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12 janvier 2010 2 12 /01 /janvier /2010 09:09


papier paru dans L'Humanité, le lundi 11 janvier 2010

Dans ce papier l'historien Roger Bourderon fait le compte-rendu de lecture de deux ouvrages qui viennent d'être publiés. Si pour le 1er sur le camp de Drancy, l'histoire est bien connue, celle du sort des Tsiganes durant le conflit et à la Libération, en revanche, l'est moins. A lire !

Vichy et le système concentrationnaire

Confié à la gendarmerie, le camp d’internement de Drancy joua un rôle clé dans la politique criminelle du régime pétainiste qui développa aussi la persécution des Tsiganes.


Obéir  : les déshonneurs 
du capitaine Vieux, 
Drancy 1941-1944, de Didier Epelbaum,
Éditions Stock, 2009, 20 euros  ;


les Tsiganes en France, 
un sort à part, 1939-1946, d’Emmanuel Filhol et Marie-Christine Hubert, préface d’Henriette Asséo, 
Éditions Perrin, 2009, 22 euros.


Ces ouvrages d’un grand intérêt portent sur le sort infligé par Vichy à ses « parias » (1). Ils interrogent sur des questions essentielles. Le premier est axé sur l’étude du comportement des gendarmes chargés d’administrer le camp de Drancy. On sait que d’août 1941 à la Libération, des milliers de juifs y furent internés avant d’être déportés, et soumis à un règlement d’une dureté implacable. Si quelques gendarmes firent preuve de compassion et aidèrent les détenus, ou résistèrent, de très nombreux furent les instruments de la terreur, profitant de la détresse des internés pour exercer d’odieux trafics, malgré les sanctions encourues. Le pire advint lorsque le capitaine Marcelin Vieux commanda le camp, se livrant lui-même à d’atroces exactions. Ceux qui furent poursuivis à la Libération invoquèrent l’obéissance aux ordres. Tous eurent droit aux circonstances atténuantes. L’auteur pointe les facteurs, personnels et externes – criminalisation officielle des victimes, peur d’être soi-même la proie de l’occupant, etc. – qui ont pu conduire à de tels comportements. Vaste question qui pose celle, toujours actuelle, de la désobéissance à des ordres iniques. Les Tsiganes nomades, souvent français depuis des générations, ont toujours été sous surveillance  : ils étaient suspects parce que nomades. La loi de juillet 1912 (qui ne fut abrogée qu’en 1969) les contraignit à avoir un carnet anthropométrique d’identité, à faire viser à chaque stationnement. Assignés à résidence dès avril 1940, ils sont internés par Vichy en octobre, à la demande de l’occupant. Environ six mille cinq cents, dont presque 90 % étaient français, sont parqués par familles entières dans trente camps (dont cinq en zone « libre ») gérés par la gendarmerie. Insalubrité, absence d’hygiène, malnutrition sont le lot commun. Certains sont libérés, contre assignation à résidence. Objectif, sédentariser de force  : les adultes, supposés oisifs, par le travail contraint  ; les enfants, par la religion et l’école, fût-ce en coupant le lien familial. Les Tsiganes échappent, sauf exception, à la déportation collective, mais ils demeurent suspects à la Libération, libérés seulement après enquête individuelle, avec assignation à résidence – les quinze derniers ne le seront qu’en mai 1946. Au cœur de cet ouvrage, cette tendance lourde, qu’exacerba le pétainisme mais toujours présente, des gouvernants et d’une partie de la population à refuser toute spécificité culturelle hors normes – ici le nomadisme d’une partie de nos concitoyens – sous couvert de sa supposée dangerosité.

Roger Bourderon historien

(1) Selon l’expression d’Henri Michel dans son ouvrage pionnier, Vichy année 40 (1966).

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Published by frederic seaux - dans histoire
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