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26 décembre 2010 7 26 /12 /décembre /2010 13:28

 Envoyer les salariés bosser lorsqu'ils sont malades,

ça vaut bien une récompense...

 

Marie Kayser, membre du syndicat de la médecine générale et du comité de rédaction de la revue "Pratiques".

 

Juge et partie : tel est le statut des médecins-conseils de l'assurance maladie.Un accord d'intéressement signé l'été dernier entre l'assurance maladie et certains syndicats de médecins-conseils à récemment fait les titres des journaux.

De quoi s'agit-il? Cet accord n'est pas consultable par les assurés sociaux et les soignants, pourtant directement concernés, mais la presse médicale en a dévoilé les grandes lignes (Le quotidien du médecin, 8 novembre 2010). Cet accord permet aux médecins-conseils de recevoir un intéressement, évalué entre "2% et 2,5% de leur salaire annuel", en fonction des points obtenus grâce à la réalisation d'objectifs. Ces derniers concernent le nombre d'arrêts de travail contrôlés mais aussi la maîtrise du poste des indemnités journalières : nombre de jours d'arrêts, montant des indemnités versés. Ils portent aussi sur l'évolution des postes de dépenses de transport, de kinésithérapie et de certains médicaments. Il existe aussi un objectif lié au montant des pénalités financières dans le cadre du plan national de lutte contre la fraude.

Ces accords d'intéressement ne sont pas nouveaux, ils sont prévus dans la convention collective de 2006 des praticiens conseils du régime général de la sécurité sociale.

Dans de telles conditions, comment les assurés et les soignants pourraient-ils avoir confiance dans les décisions des médecins-conseils, même si certains d'entre eux arrivent à résister à ces pressions?

Quand Madame A se rendra à sa convocation, le médecin-conseil entendra-t-il ce qui motive son arrêt : une cheville encore douloureuse parce qu'elle a été renversée par une voiture il y a quelques mois, un début de grossesse un peu difficile à 38 ans, un état dépressif? Lui dont le travail n'est pas physiquement difficile, prendra-t-il en compte les conditions de travail de cette femme qui fait des ménages, ou va-t-il se laisser influencer par le discours ambiant et les pressions hiérarchiques morales et financières?

Pourtant, l'assurance maladie est un bien collectif qui fonctionne avec l'argent des assurés.

Limiter les soins aggrave les inégalités sociales :

Les plus aisés, qui sont aussi les moins usés par le travail (Populations et Sociétés, n°441, janvier 2008), peuvent plus facilement se payer les soins nécessaires à l'aide d'assurances supplémentaires ou prendre des jours de congé sans solde.

Le rôle des médecins-conseils devrait être de permettre le meilleur usage des soins possible et non de refuser leur remboursement pour des raisons financières ou d'intérêt personnel.

Juge ET partie : tel ne doit pas être le statut des médecins-conseils. Tel ne devra pas non plus être celui des médecins généralistes dans le cadre des nouveaux modes de rémunération dits "à la performance". La professions et les assurés doivent être collectivement vigilants sur les accords négociés avec l'assurance maladie. Les effets pervers du paiement à l'acte ne doivent pas faire place à ceux liés à des accords d'intéressement.

 

Source : L'Humanité dDimanche, 9-15 décembre 2010, p. 41.

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Published by frederic seaux - dans médecine
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