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12 janvier 2011 3 12 /01 /janvier /2011 14:46

Article de Rosa Moussaoui paru dans l'Humanité, le 11 janvier 2011

 

Le régime dictatorial de Tunis choisit la fuite en avant

 

Des marches de deuil et de colère ont accompagné les dépouilles des victimes de la sanglante répression de ces derniers jours, qui a fait plusieurs dizaines de morts. Les affrontements ont repris hier dans le centre-ouest du pays.

 

 

Au pays du jasmin, on tire à balles réelles sur les jeunes qui manifestent pour le droit au travail, à la liberté, à la dignité. Aux abois, le régime dictatorial de Tunis pensait massacrer à huis clos. Saisies par des téléphones portables, les images de la sanglante répression du week-end à Thala, Kasserine et Regueb ont pourtant trompé la censure et passé les frontières, via les réseaux sociaux. Images de jeunes protestataires plaqués à terre et roués de coups. Images tragiques de manifestants répliquant par des jets de pierres aux tirs de la police. Cruelles images de deuil et de colère, de dépouilles mutilées qu’accompagnent des foules compactes.

Aucun bilan précis n’était disponible hier. Manifestement, celui du ministère de l’Intérieur, qui faisait état, dimanche soir, de 14 morts, est sous-évalué. Dans les colonnes du quotidien algérien El Watan, Sihem Bensedrine, journaliste et militante du Conseil national pour les libertés en Tunisie (CNLT), avance le chiffre de 50 morts. « C’est un climat de terreur dans le pays, (...) on voit des escadrons de la mort à la poursuite des civils dans des 4x4 et qui tirent à bout portant », affirme-t-elle, en dénonçant « un massacre orchestré par le président Ben Ali ». La Ligue tunisienne des droits de l’homme s’élève, elle aussi, contre le « meurtre » de citoyens et appelle à « mettre immédiatement fin à cette escalade policière, renvoyer l’armée dans ses casernes et renoncer à l’usage des balles réelles contre les civils ». Dans une déclaration commune, les partis d’opposition « condamnent avec force ce carnage dont la responsabilité incombe entièrement au pouvoir ».

 

Censure, intimidation et violence

Cette fuite en avant répressive se traduit aussi par des enlèvements. Comme celui de Moez El Jemai, correspondant de Radio Kalima à Gabès, kidnappé par la police politique après avoir été aspergé de gaz paralysant. Détenu au secret pendant deux jours avant d’être relâché samedi, il affirme avoir été torturé. Les associations de défense des droits humains font état de nombreuses arrestations de journalistes, d’avocats, de blogueurs. Censure, violence d’État, intimidation… Ces leviers répressifs, dont le régime policier de Tunis est familier, ne semblent pourtant pas dissuader les protestataires. Pas plus que l’intervention télévisée du président Ben Ali, qui a assimilé hier les protestataires à des « terroristes ». Hier après-midi, les affrontements avaient repris dans le centre-ouest, à Thala, Kasserine et Regueb, après qu’un manifestant blessé dimanche eut succombé. À Tunis, les étudiants appelaient à une marche contre la répression policière. Dans la région de Sfax, une grève générale était organisée par les syndicats pour « protester contre le massacre de nos enfants ». Les revendications sociales et politiques exprimées par ce mouvement restent, elles, entières. La rage d’une jeunesse sans avenir se conjugue avec la colère de tout un peuple, qui ne supporte plus le verrouillage politique imposé par le clan Ben Ali. Un clan autoritaire, corrompu, décrit comme une « quasi-mafia » dans l’un des télégrammes révélés par WikiLeaks. Pour l’animateur du blog « Débat Tunisie », seule une « révolution » pourrait venir à bout d’un tel régime. « Il faut que nous arrivions à nous remettre dans le même état d’esprit que nos aïeux qui ont réussi à renverser l’occupation française, en admettant que le salut du pays demande le renvoi immédiat des colonisateurs, écrit-il. Car nous sommes bel et bien colonisés de l’intérieur par nos propres compatriotes. 
Notre seul mot d’ordre ne peut être aujourd’hui que : “Dehors Ben Ali !” »

Rosa Moussaoui

 

Commentaire : Nicolas Sarkozy, le 28 avril 2008, lors d'une visite à Tunis, avait déclaré : "Aujourd'hui, l'espace des libertés progresse en Tunisie". Frédéric SEAUX

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Published by frederic seaux - dans démocratie
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