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8 janvier 2010 5 08 /01 /janvier /2010 16:08


Papier paru dans L'Humanité, le 7 janvier 2010

Il combattait le dopage, sans faille

Le peu de réactions au décès de Jacques de Ceaurriz, codécouvreur du test de détection de l’EPO, questionne sur la volonté de démasquer les tricheurs.

Il est des silences plus assourdissants que d’autres. Celui-ci atteint la cacophonie. Mardi soir, l’Agence française de lutte contre le dopage (AFLD) annonçait le décès de son directeur du département des analyses, le professeur Jacques de Ceaurriz, à l’âge de soixante ans. Hier en fin d’après-midi, excepté le président du Comité olympique français, personne parmi les autorités du sport français n’avait réagi. Aucun communiqué du secrétariat d’État aux Sports, pourtant si prompt à dégainer, ni du ministère de la Santé et des Sports, sûrement trop occupé avec ses millions de doses de vaccins contre la grippe A H1N1. Jacques de Ceaurriz n’était certes pas très connu du grand public. Il n’en était pas moins l’une des grandes personnalités de la lutte contre le dopage française, si ce n’est internationale. C’est à ce pharmacien de formation, chercheur et professeur à l’université Paris-XI, nommé en mai 1997 directeur du Laboratoire national de dépistage du dopage (LNDD), que l’on doit la mise au point en 2000 du test de détection de l’EPO, avec son collègue François Lasne. Un tournant majeur, puisqu’en dépistant cette hormone stimulant la production de globules rouges, véhicules de l’oxygène dans le sang, donc favorisant l’endurance, la lutte contre le dopage parvenait pour la première fois à rattraper des tricheurs qui comptaient jusqu’alors toujours une longueur d’avance sur leurs pourfendeurs. De Riccardo Rico à Floyd Landis, nombre de cadors du peloton cycliste ont été pris grâce à ce test. D’autres disciplines d’endurance, comme le ski de fond, l’athlétisme, ont aussi pu faire le ménage dans leur rang grâce à cette avancée.

il faut avoir un peu de courage Mais Jacques de Ceaurriz n’était pas dupe. « Le contrôle antidopage n’est qu’un outil, et un outil tout seul a forcément ses limites. Pour arrêter les tricheurs, il nous faut créer des synergies avec ceux qui peuvent aussi les traquer  : la police, la justice, les législateurs », écrivait-il dans ses colonnes mi-2007. Le manque de réaction à sa disparition nourrit un peu plus les interrogations sur la volonté réelle du mouvement sportif de poursuivre le combat contre les tricheurs. Pas un mot par exemple de l’Union cycliste internationale, ni d’ASO, organisateur du Tour. Il est vrai qu’à l’heure du retour de Lance Armstrong dans le peloton, il faut avoir un peu de courage pour saluer celui qui, en 2005, avait rétrospectivement découvert des traces d’EPO dans les échantillons du coureur Texan prélevés lors de sa première victoire sur la Grande Boucle, en 1999. Hier, Marie-George Buffet, qui l’avait nommé à la tête du laboratoire de Châtenay-Malabry lorsqu’elle était aux Sports, saluait « cet homme intègre ayant toujours fait face aux pressions, ayant toujours travaillé pour le respect des sportifs et des sportives ». Espérons qu’il en reste d’autres et en nombre.

Stéphane Guérard

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