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21 janvier 2010 4 21 /01 /janvier /2010 09:24



papier paru dans L'Humanité, le 21 janvier 2010

« Je n’en peux plus »

 

Didier Lecanu, syndicaliste CGT, est agent à la direction interdépartementale des Routes en Haute-Normandie. Il est en grève aujourd’hui contre les remises en cause quotidiennes de ses conditions de travail et du service public routier.

 

 

« Comme bon nombre de salariés du public, je suis en grève aujourd’hui, car je n’en peux plus », lâche fatigué,  Didier Lecanu, agent de la Direction Interdépartementale des Routes (D.I.R) du secteur Nord-ouest du territoire français qui a succédé à l’ancienne Direction Départementale de l’Equipement (D.D.E). Et des griefs, cet agent, également secrétaire de la section départementale CGT des personnels des réseaux et des infrastructures, en a à revendre. « C’est de pire en pire. On voudrait nous vider de notre savoir-faire qu’on ne s’y prendrait pas mieux », peste le syndicaliste qui critique ouvertement les conséquences des différentes lois de décentralisation qui se sont succédé jusqu’à présent. « Désormais les routes départementales et certaines nationales sont gérées directement par les conseils généraux qui ont leurs propres agents d’intervention. Et pour ne rien arranger, l’Etat, dont nous dépendons (la D.I.R dépend du Ministère de l’Environnement-NDLR) confie bon nombre de nos missions à des sociétés privées, et nous laisse ce qui ne rapporte pas, c’est-à-dire l’entretien des aires de repos, la protection des chantiers, l’intervention sur des pannes, des accidents, la signalisation, le fauchage», s’irrite-t-il. Et d’ajouter d’emblée, « que le ministère ose parler de notre réseau d’entretien comme d’un réseau d’excellence, c’est se moquer des usagers ».

Des effectifs en baisse

 Pour l’homme, c’est le service public de l’entretien des routes qui fond comme neige au soleil. « Et justement là, au moment des fortes intempéries de neige, on nous a demandé d’être performants pour dégager au plus vite les routes et les sécuriser », affirme-t-il d’un ton qui en dit long sur son ras-le bol et son état de découragement. « Je n’en peux plus », lâche-t-il. « J’ai 58 ans et j’ai décidé de prendre ma retraite à la fin de l’année alors que je pourrais aller jusqu’à 60 ans, mais je n’en peux plus » répète-t-il plusieurs fois. « Je fais ce métier depuis 1976 et la situation n’a jamais été pire qu’aujourd’hui, au point de me dire que si c’était à refaire, je ne recommencerais pas à cause des conditions de travail qui sont les nôtres maintenant ». Didier Lecanu précise ses propos. « Dans mon équipe on est passés de 15 à 6 agents en trente ans. Nos effectifs sont en baisse constante. La qualité s’en ressent », s’emporte-t-il. « Alors, surtout au moment des intempéries comme celles qu’on vient de connaître, la direction n’hésite pas à rappeler les gars sur leurs congés, leurs repos, y compris ceux qui viennent de faire des astreintes ».

1806 euros bruts par mois après 34 ans d’ancienneté

On pourrait alors penser que les salaires sont au moins à la hauteur des exigences. « Pas du tout » s’insurge  Didier Lecanu  qui défile aussi  aujourd’hui pour dénoncer sa perte de pouvoir d’achat. Dans son secteur, les salaires sont loin, en effet, d’atteindre des sommets. Fonctionnaire d’Etat, après 34 ans d’ancienneté, il perçoit 1806 euros bruts par mois (et 1200 euros bruts à la retraite) et les différentes primes n’ont pas été réévaluées depuis au moins trois ans. Pas cher payé pour un métier où on doit être disponible 24h/24, sept jours sur sept. « Et les nouveaux débutent au SMIC », ajoute-t-il. Il espère donc que tous ses collègues cesseront le travail pour exprimer leur colère mais aussi leurs revendications nombreuses en termes salariales et statutaires. Pour le syndicaliste, son métier est d’ailleurs sur ce dernier point a un tournant majeur. Le risque est en effet grand que les agents de la D.I.R soient, dans un avenir proche, amenés à travailler en détachement, pour des sociétés privées concurrentes et qu’ils soient dans l’obligation au bout d’un certain temps de choisir entre le secteur public et privé.

Et la goutte d’eau pour Didier Lecanu est l’attitude de certains usagers de la route pour lesquels il a le sentiment pourtant de travailler. « On a parfois des réflexions désagréables quand on est arrêtés en bordure de routes. Certains nous klaxonnent, nous traitent de fainéants. Les routiers sympas ne le sont pas toujours. Ils nous jettent des papiers, des cartons alors que nous sommes en train de nettoyer les voies. Tous ces gens sont pourtant contents de nous trouver quand ils sont dans le besoin ».

A défaut de faire évoluer les mentalités sur son travail, il espère au moins faire entendre les revendications de son secteur et de son syndicat qu’il portera fièrement. Son esprit syndicaliste est, lui, resté intact.

 

Frédéric SEAUX

 

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Published by frederic seaux - dans défense du service public
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