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22 janvier 2011 6 22 /01 /janvier /2011 13:44

 

Papiers parus dans l'hebdomadaire La Terre du 18 au 24 janvier 2011

 

 

La solitude de l'enseignant en milieu rural

 

Contrairement aux clichés, enseigner en milieu rural n'est pas toujours une sinécure. Témoignanges de trois enseignants du pays de Bray en Haute-Normandie

 

L’air pur et des élèves plutôt calmes ne suffisent pas à stopper la grogne de ces trois enseignants. Au premier rang des critiques, ils regrettent fortement leur isolement. Antoine Buiche, syndiqué au Snuipp (FSU), professeur des écoles depuis huit ans, dont quatre à Cressy, en direction de Dieppe, explique. « Je suis le seul adulte au milieu des enfants de CE1-CE2, puisque l'école fait partie d'un regroupement éclaté (sic) sur d'autres communes. Je contacte mon collègue coordonnateur par mail, par téléphone ».

Du coup, l'enseignant regrette l'absence réelle de travail en équipe et l'obligation de gérer seul beaucoup de choses qui n'ont rien à voir avec son métier. « Au quotidien, je dois gérer les problèmes de chauffage, d'électricité », prévient-il. Même constat chez son collègue Michel Soulignac, cégétiste, professeur des écoles à Servaville-Sallmonville. En poste depuis septembre, ce dernier à 54 ans, a comme on dit, « roulé sa bosse » dans le métier. Il peut donc comparer avec les écoles urbaines. Outre l'isolement, l'enseignant dénonce, au contraire de son collègue Antoine Buiche, la pauvreté des équipements et du matériel, à commencer par les postes informatiques. Comme explication, l'enseignant évoque la possible faible fibre scolaire du maire de la commune, "pourtant ancien directeur de l'école", ironise-t-il.

Autre point commun dans les pratiques des deux enseignants : l'absence des collègues Rased (réseau d'aides spécialisées aux élèves en difficulté), qu'ils ne voient pas ou plus dans leur école. Antoine Buiche, à défaut, peut néanmoins compter sur un assistant de vie scolaire. « Du coup, la solution pour venir en aide aux gamins en difficulté est de les convoquer tout le temps en aide personnalisée, au moment où les autres gamins jouent dans la cour », analyse Michel Soulignac. «  Les gamins concernés en ont ras le bol, sans compter que cela fait des journées interminables car en campagne, il faut rajouter le transport scolaire », conclue-t-il, irrité.

Des Rased, Laurence Girard en parle en connaissance de cause, puisqu'à 47 ans, elle occupe  un de ces postes « par choix » depuis dix ans. Son constat fait froid dans le dos : « A la rentrée prochaine, l'inspection académique prévoit la suppression de trente postes issus du rased en Seine-Maritime. Ce sont donc mille gamins qui vont être sacrifiés ».

Les enfants en difficulté sacrifiés

Basée sur cinq écoles dans le Pays de Bray, elle s'occupe de soixante-dix élèves en difficulté. Elle dénonce également « les départs des collègues qui ne sont pas remplacés et dont les postes finissent par être supprimés ». Du coup, les enseignants en Rased ne sont plus assez nombreux pour répondre aux demandes de leurs collègues professeurs des écoles. « On ne  se déplace que dans les écoles où on touchera des enfants en plus grand nombre », explique désabusée Laurence Girard.

L'heure n'est pourtant pas à l'abattement, même en l'absence de formation officielle des intervenants en Rased. Car ces derniers ont monté une association en Seine-Maritime pour se soutenir, organiser des débats et des formations en interne. Une nécessité, car pour ces enseignants « les élèves en milieu rural accusent souvent plus de retard que ceux scolarisés en milieu urbain ».

       Frédéric SEAUX

 

 

 

La lutte des classes paie

 

Ces dernières années, la FCPE a plusieurs fois mené la fronde contre les fermetures de classes en campagne.

 

Des luttes, la FCPE (Fédération des conseils de parents d'élèves) de Seine-Maritime en mène chaque année dans le premier degré. Sébastien Alix, membre du bureau départemental et parent d'élève sur le RPI (regroupement communal) de Penly-Biville sur Mer/Assigny, près de Dieppe,  rappelle qu'il y a trois ans, une classe de maternelle était dans le viseur de l'inspection académique. Motif officiel bien connu : pas assez d'enfants scolarisés. Mais la FCPE a présenté les "vrais chiffres", précise Sébastien Alix, "car l'inspection se base toujours sur les chiffres de la rentrée précédente pour prévoir une fermeture l'année d'après,  sans jamais prendre en compte les permis de construire délivrés", explique le parent d'élève. Mobilisation des parents, occupation de l'école et convocation des médias ont eu raison de l'intransigeance de l'inspection académique. L'inspecteur, présent le jour de la rentrée, pu constater que les prévisions de la FCPE était fondée et que le nombre d'élèves présents justifiait bien le maintien de la classe de maternelle.

David Aubruchet, parent d'élève à Saint-Martin en Campagne, encore près de Dieppe, a mené un combat en 2008 avec des parents d'élèves non affiliés, bien heureux de trouver un soutien de poids avec la FCPE pour demander l’ouverture d’une septième classe, au vu des sureffectifs dans les six classes . Refus de l'inspection là encore, du fait des chiffres de la rentrée précédente, alors même qu'à l'époque les élus savaient déjà qu'en 2012, trente-huit famille de gendarmes seraient attendues sur Saint-Martin, compte tenu de la construction de l'EPR de Penly qui rend obligatoire une présence de gendarmerie à proximité. Là encore, la mobilisation, relayée par les médias, paie. La septième classe ouvre finalement en septembre 2008. Le combat n'est pourtant pas définitivement gagné, estime l'élu FCPE, car une baisse des effectifs est attendue en septembre prochain. A la FCPE, la vigilance demeure.

                                                                                                                                                     Frédéric SEAUX

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Published by frederic seaux - dans Education
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  • : il s'agit d'un blog sur lequel paraissent certains de mes articles publiés dans le quotidien l'Humanité et les deux hebdomadaires, La Terre et l'Humanité Dimanche. J'utilise également ce blog comme moyen d'expression sur des sujets d'actualité que je ne traite pas directement à travers mes articles. Rendez-vous également sur le blog de la maison d'édition que j'ai créée : http://editionscogitoergosum.over-blog.com
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