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10 septembre 2011 6 10 /09 /septembre /2011 14:59

Articles parus dans La Terre, du 30 août au 5 septembre

 

 

Le rugby amateur, vache à lait du professionnel ?

 

Le rugby amateur se développe dans l’Hexagone au-delà de la seule Ovalie. Mais les problèmes d’argent sont prégnants et la Fédération française ne semble pas s’en émouvoir.

 

Grand-Champ. Commune du Morbihan aux portes de Vannes. 4933 habitants au dernier recensement 2010, 6700 hectares, ses vestiges archéologiques, son église, son passé chouan et…son stade de rugby. Après quatre saisons en fédérale 3, le 5e niveau de rugby français, le club vient en même temps de fêter ses quarante ans et d’être relégué pour la saison prochaine en championnat Honneur territorial, malgré tout, le rugby s’implante en Bretagne. La région compte aujourd’hui une cinquante de clubs. Vannes évolue même en fédérale 1 aux portes du rugby professionnel.

L’argent, nerf de la guerre

Grand-Champ possède près de 200 joueurs et joueuses et son école de rugby (moins de 15 ans), obligatoire pour jouer en fédéral. Club amateur donc, ou l’argent est pourtant le nerf de la guerre. Financé par la mairie et le Département tant que le club évoluait en fédéral 3, Grand-Champ ne possède aucun salarié. Tout est basé sur le bénévolat. Mais tous les clubs de fédérale 3 qui se sont maintenus ne sont pas dans cette situation. Autre département, autre commune beaucoup plus peuplée, le club d’Evreux, en Haute-Normandie et ses 50 000 habitants, dont les deux tiers des joueurs viennent des campagnes environnantes, avec un budget de 200 000 euros, peut lui se payer deux entraîneurs. Pourtant dans les deux cas, l’argent manque. Notamment en matière de financement du transport. 60 000 euros pour Evreux cette saison, 80 000 euros la saison d’avant, et « moins quand même »  pour Grand-Champ, explique Maurice Launay, du fait d’un nombre d’équipes et de licenciés de moitié inférieure. « Des budgets d’amateurs, mais des frais de déplacement de clubs professionnels », ironise Gaël Lecoeur, correspondant du journal Midi Olympique pour la Haute-Normandie. A Evreux non plus les joueurs ne sont pas payés, « faute de moyens, et d’envie aussi », affirme son président Didier Aubert, qui voit d’un mauvais œil la possible dérive vers le rugby business depuis la professionnalisation de ce sport.

La fédération aux abonnés absents

L’accent est donc mis sur la formation des jeunes dont leur école de rugby représente la moitié de leurs effectifs. Une manne pour ces deux clubs, mais la formation prend du temps, « 10-15 ans pour en récolter les fruits », reconnaît le président ébroïcien. Et à condition en plus de rester en championnat fédéral pour recevoir des aides financières de la fédération, car en cas de descente en championnat territorial, cette dernière, déjà peu présente aux côtés des clubs amateurs, ne finance plus, ni les écoles de rugby, ni les frais de transports. De quoi révolter les dirigeants de ces clubs, comme Maurice Launay. Pour ce septuagénaire, « les petits clubs sont des pourvoyeurs en fric pour les comités régionaux, véritables percepteur de la fédération ». Les mots sont durs, mais pas autant que son exaspération face à l’évolution du rugby où les clubs amateurs ne semblent plus avoir leur mot à dire. Pour preuve, la prochaine augmentation, sans leur aval, des licences décidée unilatéralement par la fédération et les assurances GMF.

Et comme dans le haut niveau, ces deux clubs cumulent les sponsors privés, des petits commerces aux PME en passant par les banques et les assurances. Tout est bon pour permettre de boucler son budget sans avoir à puiser dans le prochain, avant même d’avoir terminer ou même simplement commencer la saison. « La fédération répond que toutes ces dépenses et ses recherches de sponsors sont le prix à payer pour jouer à ce niveau amateur », conclue le président d’Evreux, lui, quelque peu fataliste.

Frédéric SEAUX

 

La réforme de la fédérale 3 a du mal à passer

 

« L’objectif était de déglinguer la fédérale 3, c’est réussi ! ». La réforme du rugby amateur, officialisée en mars 2010 à l’occasion d’une grande messe entre la fédération française de rugby et les différents comités régionaux, a toujours du mal à passer chez certains dirigeants de clubs amateurs, comme Maurice Launay du club breton de Grand-Champ. En cause, la réduction du nombre de clubs amateurs en fédérale 3 afin « officiellement d’améliorer le niveau du championnat amateur des trois niveaux de fédérale », affirme Didier Aubert, le président du club d’Evreux en Haute-Normandie qui comprend dès lors le raisonnement de la fédération, mais qui critique quand même les conséquences d’une telle réforme sur les coûts de transport pour les clubs amateurs. Au nom de cette recherche officielle d’un bon niveau de jeu, la fédération a alors composé les poules du championnat de fédéral 3 en ne tenant pas compte de la proximité géographique des clubs de même niveau.

Le président haut-normand reconnaît aussi qu’il y a « des mauvaises langues » qui pensent que cette réforme est surtout motivée par des raisons financières. En effet, la fédération économiserait ainsi « près de cinq millions d’euros en deux ans », précise-t-il, puisque en dessous du championnat fédéral, celle-ci n’aide plus les clubs, notamment en matière d’aides au transport et de financement des écoles de rugby. « C’est autant d’argent économisé sur le dos des petits clubs amateurs qui serviront à financer le futur grand stade que la fédération veut se payer », renchérit, lui, le dirigeant breton.

Après l’épuration, la fédération va-t-elle revenir à la montée directe des clubs terminant en tête de leur championnat d’honneur territorial en championnat de fédérale 3, sans passer par un coûteux second championnat de play-off en fin de saison ? D’autant qu’en Ovalie, la montée a continué à se faire directement sans tenir compte des nouvelles règles du jeu de la fédération. Y aurait-il donc deux poids deux mesures chez les amateurs, entre sudistes et nordistes ? Toujours est-il qu’à quelques jours de la reprise du championnat, la fédération n’a pas encore communiqué sa décision aux clubs amateurs. De quoi alimenter le sentiment de fracture grandissante entre eux et l’élite rugbystique.

Frédéric SEAUX

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Published by frederic seaux
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