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29 décembre 2009 2 29 /12 /décembre /2009 12:03

Papier paru dans L'Humanité, le 23 décembre 2009

Michel ou la galère d’un « sous-prof »

Pas de formation, pas de congés payés ou maladie… Michel est l’un de ces précaires auxquels recourt de plus en plus l’éducation nationale. Témoignage.

Il en rigolerait presque. « Surtout quand j’entends les discours sur la formation des profs et que je vois mon parcours… » Depuis un an, Michel enseigne l’histoire-géographie en collège et lycée. Pourtant, Michel n’a pas de formation professionnelle. La classe, la préparation des cours, les élèves turbulents… Tout ça, le jeune homme, diplômé d’un master d’archiviste, l’a découvert sur le tas. Du jour au lendemain. À vingt-quatre ans, Michel fait partie des « précaires » de l’éducation nationale. Ces milliers d’enseignants vacataires ou contractuels (lire encadré) auxquels les établissements recourent de plus en plus pour pallier le manque de profs remplaçants titulaires.

Son premier poste, Michel l’a décroché en décembre 2008 dans un lycée agricole de Bourgogne. Sans difficulté. « J’ai été vu par le proviseur adjoint. Il n’y a pas eu d’entretien d’embauche. La question ne se posait pas : il avait besoin d’un prof d’histoire-géo et il aurait pris n’importe qui ! » Reçu le vendredi, Michel se retrouve devant la classe le mardi suivant. « Trois jours pour préparer les cours, quand on n’a jamais fait ça, c’est un peu court. » Face à la vingtaine de paires d’yeux qui le dévisagent, le néophyte fait illusion. « Mais, au bout de dix minutes, tu te sens vraiment seul, se souvient-il. Je croyais connaître le métier, mais, en fait, pas du tout. Pédagogiquement, c’était pas le top. Dur de savoir intéresser les élèves quand on sort de la fac et des cours magistraux… » Pour cette première expérience, Michel a été embauché en tant de contractuel, pour 1 400 euros net mensuel. Il n’aura pas toujours cette « chance ».

Son deuxième poste, dans l’académie de Nice, se fera sous statut vacataire, sans droit aux congés payés ou maladie. « Passez-moi l’expression, mais on est ravalé, là, au rang de sous-merde. À l’embauche, on n’a même pas vérifié mes diplômes ! Une collègue m’a avoué qu’ils m’avaient pris car ils cherchaient un homme pour équilibrer les équipes enseignantes trop féminisées. J’étais le premier sur la liste… »

De mars à juin, Michel partage son temps entre cinq classes réparties sur deux collèges du Var, glanant toujours des conseils à droite à gauche. En septembre dernier, il sera finalement embauché au lycée hôtelier de Toulon. Des contrats d’un mois renouvelables. Jusqu’au 10 décembre. « Le prof que je remplaçais est passé en longue maladie. J’ai espéré alors un contrat jusqu’en juin, histoire de voir sur le long terme. Au lieu de ça, ils m’ont repassé sous statut vacataire ! »

Aujourd’hui, Michel s’avoue un peu dégoûté. Lui qui espérait quitter le toit familial pour un appartement n’y croit plus trop. « Les bailleurs ne me feront pas de fleur. » En attendant de décrocher l’hypothétique concours du Capes, Michel va poursuivre sa carrière de « sous -prof », comme il dit. « Attention, précise-t-il, mes collègues ont toujours été solidaires. Mais pour l’institution, on n’est rien. »

Laurent Mouloud

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