Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
27 novembre 2010 6 27 /11 /novembre /2010 18:12

 

 

Artile paru dans l'hebdomadaire La Terre du 16 au 22 novembre

 

La vallée de l’Andelle ne veut pas mourir

 

La vallée rurale de l’Andelle (Eure) connaît une situation économique et sociale délicate. Elle subit depuis plusieurs années des plans sociaux et multiplie les retards dans de nombreux secteurs. Mais les élus sont bien décidés à ne pas sombrer dans le fatalisme.

 

La récente annonce d’un nouveau plan social de 257 suppressions d’emploi chez Sealinx, équipementier automobile spécialisé dans les joints d’étanchéité, basé à Charleval, dans la vallée de l’Andelle (Eure), à trente minutes de Rouen, a été ressentie comme un vrai coup de massue par l’ensemble des acteurs de la vallée qui compte 16 000 habitants répartis sur une vingtaine de communes rurales et dont le chef-lieu, Fleury-sur-Andelle, ne dépasse guère les 2 000 habitants. Motif invoquée par la direction : des commandes en chute libre et des prévisions alarmantes pour 2011-2012 

DSCF3522.JPGLes causes multiples d’une situation difficile

Les conséquences pour la vallée rurale sont inquiétantes. Socialement d’abord, car chez Sealinx, « ce sont surtout des couples qui y travaillent » prévient le maire communiste de Charleval Daniel Bellavoine. « Des salariés qui parmi les moins diplômés habitent tous la vallée, et qui culturellement, sont peu enclin à bouger »,  ajoute Johann Mauger de la Maison de l’emploi et de la formation de Louviers, qui a dirigé une étude économique sur la vallée en 2007. Un phénomène renforcé par des réseaux de communication insuffisants.

 Problème de qualification et de formation ensuite. « Des emplois, il y en a, explique Johann Mauger, mais il s’agit d’emplois souvent très qualifiés qui ne trouvent pas preneur ». De fait, près de 80% des jeunes de la vallée qui sortent de l’école n’ont même pas le bac. Même constat à 72% chez les demandeurs d’emplois, rappelle l’étude de 2007. Il y a donc un besoin fort de formation. Malheureusement, « Le lycée professionnel à vocation industrielle du canton a fermé il y a vingt ans alors qu’il alimentait toutes les entreprises de la vallée » regrettent de concert Daniel Bellavoine et Philippe Gérics, maire socialiste de Perriers-sur-Andelle et président de la Communauté de communes de l’Andelle (CDC). Un réel gâchis donc, alors que près de 20% des emplois dans la vallée sont aujourd’hui occupés par des salariés de plus de 50 ans.

Une aide de l’Etat indispensable

Economiquement, ce nouveau plan social chez Sealinx fragilise une situation déjà compliquée avant la crise ou le chômage s’était accru de près de 5 % entre 2006 et 2007. Et pour Yohann Mauger, cette baisse d’activité de l’équipementier aura des répercussions, notamment en termes d’emplois, sur les autres petites entreprises qui travaillent beaucoup pour ce « poumon économique » et qui ont très peu diversifié leur clientèle demeurée essentiellement locale. Enfin, du côté des commerçants, on redoute aussi une baisse du chiffre d’affaire surtout à Charleval et Perriers-sur-Andelle, principaux lieux de passage et de résidence des salariés de Sealinx.

Mais les élus ont la volonté de sortir leur vallée de la difficulté. Pour Daniel Bellavoine, « la vallée, ce n’est pas que Sealinx (qui apporte néanmoins 200 000 euros de fonds de péréquation à  la commune de Perriers-sur-Andelle et les deux tiers des recettes de Charleval via la taxe professionnelle-NDLR), c’est aussi des centaines de petites entreprises et d’artisans qui s’en sortent très bien ». La CDC n’est d’ailleurs pas étrangère à ce succès : des terrains vendus à 6 euros le m2 aux PME artisanales. Bilan : « le village d’artisans est aujourd’hui plein à craquer», affirme Philippe Gerics. Et en sus, on dénombre, deux autres zones artisanales à Romilly-sur-Andelle et une zone industrielle à Pont Saint-Pierre, ainsi que deux zones d’activités à Charleval et à Bourg Baudoin en direction de Rouen. Bref, La CDC ne chôme pas.

Mais, faute de poids suffisant (le maire apparenté UMP du chef-lieu n’a pas rejoint la CDC), les élus de la communauté savent que l’avenir de la vallée se joue ailleurs, auprès des pouvoirs publics : « on attend depuis des décennies le contournement Est de Rouen, ainsi que le futur projet de plateforme multimodal autour de la Seine ». La balle est désormais dans le camp de l’Etat.

 

 

 

Où est passé l’argent public ?

Sealinx a reçu des aides publiques pour sauver son activité. Bilan : deux plans sociaux en trois ans.

1800 salariés il y a dix ans, moins de 500 dans quelques mois quand le plan social aura été validé, mettant dehors 257 salariés. « Mesnel », entreprise familiale spécialisée dans le caoutchouc avant de se spécialiser dans la foulée comme équipementier automobile, s’installe à Charleval en 1959. Elle est rachetée par BTR Sealing Systems France en 1997, avant qu’en 2000, CVC, un fonds d’investissement britannique ne le rachète à son tour. L’entreprise porte alors le nom de Metzeler. Jusqu’en 2007, date à laquelle le fonds d’investissement cède ses activités à Alain Urbain, président de Metzeler France et à Sylvain Hassid, directeur général. Sealinx Automotive est né. Et les délocalisations vers la Roumanie, et le Maghreb commencent, « pour sauver l’emploi à Charleval » se justifie la direction, soutenue par le député UMP de la circonscription, Franck Gilard.

Pourtant, les plans sociaux se multiplient. Il y a à peine un an, la direction avait laissé entendre qu’il y avait encore deux cents emplois de trop sur le site, après en avoir pourtant déjà supprimé trois cents en 2007. Ce nouveau plan qui vient d’être annoncé était donc certainement déjà dans « les cartons ». D’où la colère des élus de la vallée et notamment du maire communiste de Charleval, Daniel Bellavoine qui réclame une commission de contrôle des aides publiques – Sealinx en a reçu à hauteur de 10 millions d’euros-. Une commission d’autant plus légitime pour l’élu que « dans la presse locale le 16 septembre dernier, la direction affirmait que l’entreprise recommençait à faire des bénéfices » écrit-il dans une motion de son conseil municipal envoyée aux médias.

    Frédéric SEAUX

Partager cet article

Repost 0
Published by frederic seaux - dans emploi
commenter cet article

commentaires

Présentation

  • : Le blog de frederic seaux
  • Le blog de frederic seaux
  • : il s'agit d'un blog sur lequel paraissent certains de mes articles publiés dans le quotidien l'Humanité et les deux hebdomadaires, La Terre et l'Humanité Dimanche. J'utilise également ce blog comme moyen d'expression sur des sujets d'actualité que je ne traite pas directement à travers mes articles. Rendez-vous également sur le blog de la maison d'édition que j'ai créée : http://editionscogitoergosum.over-blog.com
  • Contact

Recherche

Liens