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13 janvier 2010 3 13 /01 /janvier /2010 14:52



Article paru dans l'hebdomadaire, La Terre du 12 au 17 janvier 2010


L’AOC neufchâtel ne connait pas la crise

 

Le fromage en AOC Neufchâtel se porte bien. La récente fête de ce fromage qui a lieu tous les ans en septembre dans la commune de Neufchâtel, au cœur du pays de Bray en Haute-Normandie, à la frontière de la Somme, a marqué les esprits cette année encore.

Le tonnage a connu ces deux dernières années une légère flexion due à la perte pour un laitier de Buchy d’un marché avec l’Allemagne. Mais la corporation des producteurs de cette AOC attend les résultats de 2009 avec impatience. L’année sera bonne, semble-t-il, même si Jean-Louis Bloquel, secrétaire général du syndicat des producteurs de neufchâtel, veut rester prudent et modéré dans les conclusions, crise oblige.

Le succès du neufchâtel est lié d’abord à son prix. Alors que le lait depuis deux ans connaît une forte augmentation, le prix du neufchâtel, lui, n’a pas bougé depuis cette période où il s’était accru de 5%. « Nous le vendons toujours au même prix à la grande surface aux alentours, selon les producteurs bien sûr, entre 1,10 et 1,30 euros pour un fromage de 200 grammes qui est celui qui se vend le plus », explique Jean-Louis Bloquel. Et si la marge, selon le responsable, reste faible le succès du fromage tient ensuite à son Appellation d’Origine Contrôlée (AOC) qui requiert une extrême rigueur (voir encadré) à laquelle veille un organisme indépendant, « Ouest Inspection », basé à Caen.

La grande surface n’est pas l’unique client

Dès lors, les 29 producteurs agréés (24 fermiers et 5 artisans et laitiers) n’ont aucun mal à écouler leurs stocks. Leurs clients ? Les grossistes et la grande surface bien sûr, mais pas seulement. Car les consommateurs de neufchâtel recherchent de l’authenticité. Ils n’hésitent donc pas à l’acheter en direct à la ferme et sur les marchés. Un moyen aussi pour le producteur de vendre son produit avec une marge un peu plus élevée. La vente a également lieu dans les AMAP (association pour le maintien de l’agriculture paysanne). C’est le cas notamment du producteur Laurent Moinet qui à la particularité, lui, d’être le seul à fabriquer un neufchâtel bio depuis 2003. Il approvisionne ainsi celle de Darnétal, en banlieue rouennaise et « Saveur et Savoir » à Romilly sur Andelle, dans le département de l’Eure. Autre client original pour ce producteur, syndiqué à la confédération paysanne en pleine région largement dominée par la FNSEA,  qui a fait aussi de la bio un art de vivre : Le département de la Seine-Maritime qui dans le cadre de l’opération « Le bon repas de l’agriculture durable » travaille en étroite collaboration avec des producteurs, « qui sont loin d’être tous en bio » se désole quelque peu le producteur. Celui-ci a le sentiment [qu’] on instaure dans l’esprit des enfants et des parents une confusion avec l’agriculture raisonnée », conclue-t-il tout en reconnaissant tout de même son utilité citoyenne. Laurent Moinet vend aussi à l’étranger, en Allemagne « mais uniquement dans les magasins bio » précise-t-il immédiatement afin de rester conforme à ses idées.

60% de vaches normandes dès 2019

 Le prix de son neufchâtel varie donc non seulement en fonction du poids de ses fromages mais aussi de ses clients : de 1,70 euro aux grossistes, le neufchâtel de 200 grammes est ainsi vendu 1,90 euro à la ferme (15 % de son chiffre d’affaire), 2,20 euros aux AMAP et 2,50 euros sur le marché bio de Montmain, près de Rouen. Des prix plus élevés que chez les autres producteurs conventionnels, (1,10 euro, 1,20 euro en moyenne vendu aux grandes surfaces) « car produire du lait bio coûte plus cher », explique-t-il. Il faut donc répercuter ce coût sur le prix final. Et la grande surface ?  A l’inverse de ses confrères qui lui réservent souvent l’essentiel de leur production, la sienne demeure insuffisante pour intéresser ce genre de client. Et d’ailleurs, ce producteur qu’on sent fidèle à la décroissance et qui tient « à ne pas se faire bouffer par la vie professionnelle » n’a pas l’intention de le démarcher, alors même qu’il a beaucoup investi récemment de sa poche, bien qu’aidé en partie par la région Haute-Normandie. Prochain projet : un séchoir solaire à foin afin d’améliorer la qualité du foin en stoppant l’ensilage de l’herbe, consommateur d’énergie. Laurent Moinet possède 75 vaches dont 60 % de normandes, « comme le prévoira d’ici 2019  l’INAO », (institut nationale des appellations d’origine-ndlr) explique malicieux ce producteur qui s’étonne de la résistance de ses collègues pour rester en vaches holstein. Une hérésie pour cet éleveur et producteur qui considère qu’un fromage normand, qui plus est en AOC, doit être fait avec du lait de vaches normandes, « Sinon c’est du protectionnisme et l’AOC n’a aucune raison d’exister », conclue-t-il. En renforçant la rigueur de l’AOC, l’INAO ne ferait que contribuer à la préservation de la qualité du neufchâtel et à son développement commercial. Laurent Moinet en est convaincu. Mais il ne fait pas l’unanimité au sein de la profession.

 

L’AOC neufchâtel en quelques lignes


 Le  neufchâtel  pèse au minimum 100 g pour la bonde et jusqu’à 600g pour le grand coeur.
Il renferme au minimum 45 g de matière grasse et 40 g de matière sèche pour 100g de fromage. La production, la fabrication et l’affinage sont effectués dans une aire géographique précise. Le troupeau des producteurs de lait comprendra 60% d’animaux de race normande à partir du 1er janvier 2019. L'exploitation comporte au minimum par vache laitière du troupeau 0,25 ha de prairie pâturable et de surface exploitée en maïs ensilage. Seuls sont autorisés dans l'alimentation des animaux présents dans l'exploitation les végétaux, coproduits et aliments issus de produits non OGM.
 Le stockage du lait à la ferme avant collecte ne peut excéder 48 heures après la traite la plus ancienne. Outre les matières premières laitières, les seuls ingrédients ou auxiliaires de fabrication ou additifs autorisés sont la présure, les cultures inoffensives de bactéries, de levures, de moisissures et de sel sec
La durée de l'affinage est de 10 jours minimum à compter du jour de moulage.

 

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Published by frederic seaux - dans agriculture
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