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8 janvier 2011 6 08 /01 /janvier /2011 13:30

 Article paru dans le Journal d'Elbeuf, le vendredi 7 janvier 2011 

  

L’Evangile selon Bernard Lebeau

Le père Bernard Lebeau, prêtre itinérant à Elbeuf, sort un nouvel ouvrage[1]. Il propose une relecture des Evangiles à la lumière d’aujourd’hui et relate quelques événements survenus à Elbeuf qui ont profondément marqué cet homme continuellement révolté par la condition humaine.

 

« La religion est l’opium du peuple ». Ce n’est pas Karl Marx qui le dit. Non. Aussi étonnant que cela puisse paraître, c’est un prêtre, Bernard Lebeau qui l’affirme. Mais ce prêtre « itinérant », comme il aime se présenter, né à  Elbeuf en 1942, tient à compléter cette citation afin d’être bien compris : « si et seulement si la religion fait oublier à quelqu’un qu’il est avant tout un homme qui doit rester digne, sans jamais baisser ni les bras, ni la tête ».

Bernard Lebeau aura bientôt soixante-dix ans. Et une vie continuellement au service des autres. Au moins depuis 1969 –après être monté sur les barricades à Rouen en mai 1968 !- et sa première mission de prêtre à Oissel. Ensuite, il exercera sa fonction ecclésiastique à Dieppe, puis à Canteleu et depuis 1996, à Elbeuf où l’évêque lui a donné la mission de faire réapparaître l’église catholique dans les lieux elbeuviens qu’elle semblait avoir désertés. Un travail évidemment en lien avec la paroisse et les paroissiens d’Elbeuf. Il y a du Jacques Gaillot (ancien évêque médiatique d’Evreux) dans cet homme. A la différence près, que Bernard Lebeau, lui, n’aime pas trop les médias et les lumières qu’on pourrait diriger sur sa personne.

DSCF4139Il rêvait de devenir missionnaire

 D’ailleurs, le livre que Bernard Lebeau vient de publier n'est accompagné d'aucune promo. Aucune dédicace n’est en effet prévue -pour l’instant- pour ce nouvel ouvrage, Dieu croit en l’homme, paru aux éditions ébroïciennes, « Le rire du serpent ». Après quarante et un ans de prêtrise, cet ancien gamin du Puchot dont les parents étaient des petits commerçants vraiment modestes dans ce quartier « misérables » durant les années 1950-1960, a eu envie  d’écrire un livre « méditatif consistant en une relecture des Evangiles à la lumière de ce que je vois autour de moi et de ce que les gens me disent », explique ce prêtre qui veut rester en phase avec ceux qu’il côtoie au quotidien, tant dans ses activités laïques – il dirige un atelier de réparation de vélos-, que religieuses.

A la prison de Rouen
  Lui qui rêvait à  dix-sept ans de devenir missionnaire, à quelque part réalisé son rêve : pas besoin de partir loin pour aider son prochain. La misère et la souffrance, le père Bernard Lebeau les affronte partout. Hier, pendant la guerre d’Algérie où il y fait dix-huit mois en tant qu’appelé du contingent. Lui qui au départ voulait être objecteur de conscience part finalement pour constater de lui-même ce qui se passe « là-bas ». Une expérience qui développe alors son esprit critique et lui fait dire que « toutes les guerres sont sales ».

  Aujourd’hui, auprès des détenus de la maison d’arrêt « Bonne Nouvelle » de Rouen. Son action d’écoute et de conseil, il la mène donc aussi depuis 1997 auprès de ces êtres humains « avant tout », non pas pour leur faire la morale, terme qu’il exècre, et encore moins pour les juger, car ce n’est pas sa mission.

 Des hommes, pas des mosntres

 « Mon but est de leur rappeler qu’ils sont des hommes et pas des monstres. Je les amène à aller chercher au fond d’eux leur part d’humanité, sans leur parler de bondieuseries qui ne servent à rien dans ces moments là », explique-t-il. Bernard Lebeau rencontre ces hommes dans leur cellule où ils sont deux voire trois à se partager 10 m2, en contradiction totale avec les règles les plus élémentaires de la dignité humaine. Et ces conditions d’existence le révoltent. La destruction prochaine de cette maison d’arrêt ? Bernard Lebeau pourrait en être satisfait, « mais tant que la justice ne sera que vengeresse, la prison ne pourra pas être humaine, même dans une prison flambant neuve, ni pour les détenus, ni pour le personnel pénitentiaire », affirme-t-il, convaincu que l’actuel milieu carcéral prépare plus à la récidive qu’à la réinsertion.

Bernard Lebeau va même plus loin dans sa démarche auprès des détenus. « Avec d’autres », insiste-t-il, au sein de « accueil Bethani » (Du nom, dans les Evangiles, de la demeure de Marthe, Marie et Lazare qui ont accueilli Jésus durant son voyage vers Jérusalem), « on a ouvert un centre d’accueil provisoire pour ceux qui sortent de prison sans rien ». Le père Bernard Lebeau est vu par son éditeur et par bien d’autres comme « un cinglé ». « Oui car on me dit que je suis un utopiste car je crois en l’homme, j’ai foi en lui ». Mais Bernard Lebeau n’est pas de ceux qui « donnent le bon dieu sans confession » au premier venu, car il considère qu’un homme est le produit de la société dans laquelle il vit, et comme notre société est vraiment loin d’être parfaite… . 

Ce nouveau livre de Bernard Lebeau est donc un bel ouvrage à l'image de son auteur. Les deux réconcilient sans nul doute l'Eglise avec ceux qui ont perdu la foi et avec ceux qui, sans l'avoir jamais eue, pourraient trop rapidement penser que l'homme n'est qu'un loup pour l'homme. En écoutant et en lisant le père Bernard Lebeau, on est en droit de se dire que l'utopie n'est pas l'irréalisable, mais l'irréalisé.

  

Frédéric SEAUX                                                                  


[1] Bernard Lebeau, Dieu croit en l’homme, Editions Le rire du serpent, Evreux, 2010, collection « Témoignage », 15 euros, 91 pages.

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Published by frederic seaux - dans portrait
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