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11 mars 2011 5 11 /03 /mars /2011 14:39

Article paru dans l'Humanité le 9 Mars 2011

 

Pétrole : les spéculateurs ont l’essence du profit

 

Les prix des carburants battent des records. À 1,5417 euro, le prix du litre du super sans plomb 98 dépasse même le pic historique de 2008. Le premier ministre, François Fillon, écarte toute action pour en atténuer l’impact sur le consommateur.

 

Débrouillez-vous tout seuls ! C’est, en substance, le message adressé par le gouvernement à celles et ceux que la flambée du prix des carburants va placer en situation financière difficile. Alors que les services de la direction générale de l’énergie et du climat viennent d’annoncer que les prix du super 95 et le super 98 ont battu leurs records respectifs de 2008, le premier ministre, François Fillon, s’est contenté samedi de demander à la ministre de l’Économie, Christine Lagarde, de « mobiliser ses services » pour vérifier qu’il n’y a « pas d’abus » dans la répercussion de l’envolée des cours du pétrole sur les prix à la pompe.

Le litre de super sans plomb 95 se vend actuellement, en moyenne, 1,5067 euro, soit plus que le pic de 1,4971 euro qu’il avait enregistré en juin 2008. Celui de super sans plomb 98 atteint 1,5417 euro, contre 1,5326 euro en juin 2008. Avec une moyenne de 1,3513 euro, le prix du gazole reste inférieur de quelque dix centimes par rapport à son record de mai 2008 (1,4541 euro). Mais le prix du carburant le plus vendu en France (78 % de la consommation) a cependant progressé de 10 % en moins d’un an.

 l’envolée des prix de l’or noir

La flambée des prix à la pompe trouve son origine dans celle des cours du pétrole. Lundi, le baril de brent de la mer du Nord s’échangeait à 116,85 dollars, non loin de son pic du 24 février dernier (119,24 dollars), soit un niveau jamais atteint depuis août 2008. Une anomalie reste pourtant à expliquer : pourquoi les prix du super sans plomb ont-ils dépassé le record de 2008 alors que le prix du baril demeure encore nettement en dessous du pic de 140 dollars qu’il avait atteint cette année-là ? Nul doute que s’il s’agit d’un « abus », les services de Christine Lagarde sauront y mettre fin…

Crise économique aidant, le prix du baril de brut a plongé à 36,5 dollars en janvier 2009. Son cours est sensiblement reparti à la hausse au second semestre 2009. En 2010, sa progression s’est confirmée. Le 30 décembre dernier, le baril a ainsi atteint 95 dollars. Autant dire que la révolte des peuples arabes ne peut suffire à expliquer à elle seule l’envolée des prix de l’or noir, comme le suggère pourtant le gouvernement, aidé de certains « analystes ». En décembre dernier, la Tunisie qui ne produit aucune goutte de pétrole, était le seul pays à être en effervescence.

Plus sûrement, les causes de la nouvelle flambée du pétrole sont à chercher ailleurs que dans l’aspiration démocratique des peuples. « En premier lieu, il faut regarder du côté de la spéculation », accuse l’économiste communiste Yves Dimicoli. Selon des chiffres cités hier par les Échos, les spéculateurs ont augmenté de 30 % leurs positions acheteuses au cours des huit derniers jours de février, soit « un niveau record de 286 600 contrats », écrit le quotidien économique. « Les grands groupes, les multinationales et les fonds d’investissement disposent de réserves colossales de liquidités qu’ils valorisent en spéculant sur l’ensemble des matières premières dont le pétrole », explique le responsable national du PCF.

L’or noir est particulièrement attractif pour les spéculateurs car son marché est à la limite du déséquilibre entre l’offre et la demande. Bien qu’on ne puisse pas à proprement parler de risque de pénurie, la situation du marché est de plus en plus tendue. En un an, malgré une croissance de 3 % de la demande mondiale, la production est restée stable. « Les pays producteurs rechignent à l’augmenter d’autant plus que le dollar, qui se déprécie sans cesse, ne les y encourage pas », précise Yves Dimicoli.

«un véritable impôt sur l’impôt»

Si la France n’a pas les moyens d’enrayer à elle seule la flambée des cours du pétrole sur les marchés internationaux, le gouvernement pourrait, lui, en atténuer les conséquences. À elles deux, la taxe intérieure sur les produits pétroliers (Tipp) et la TVA représentent 60 % du prix du litre de super sans plomb et 50 % de celui du gazole. Cette fiscalité indirecte est d’autant plus injuste qu’elle s’applique aux consommateurs indépendamment de leur niveau de revenu. Pire, la TVA constitue « un véritable impôt sur l’impôt ». Son montant n’est pas calculé sur la base du prix hors taxe du litre de carburant mais intègre la Tipp. Dans ce contexte, « promouvoir une fiscalité plus juste en imposant plus, par exemple, les bénéfices des groupes pétroliers, c’est une piste pour réduire le prix des carburants », assure Yves Dimicoli.

Une piste que François Fillon n’est pas enclin à suivre. Reste que la fièvre qui s’est emparée des cours de l’or noir ne devrait pas retomber de sitôt. Elle pourrait même vraisemblablement s’aggraver, au risque de plonger des centaines de milliers de familles dans la difficulté. Voire même de remettre en cause la timide reprise économique.

Pierre-Henri Lab

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