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28 décembre 2010 2 28 /12 /décembre /2010 11:06

 

Article de Cyprien Boganda, paru dans l'Humanité Dimanche 9 au 15 décembre 2010

 

 

A la fac : plus besoin de profs, il y aura des patrons !

 

A l'écouter, le patronat n'a aucune responsabilité dans le fait que les jeunes mettent entre 7 et 11 ans à décrocher un CDI. Le MEDEF assure même que le seul moyen d' "améliorer leur insertion professionnelle" est de "rapprocher l'université du monde de l'entreprise". Un accord vient d'être signé en ce sens entre l'organisation patronale et la conférence des présidents d'université, alors qu'on voit déjà fleurir les licences "Auchan gestion de rayons"... Que se passe-t-il dans les amphis?

 

Les facs françaises seraient-elles en train de vendre leur âme au marché? Depuis plusieurs années, les représentants du patronat ne cessent de grignoter du terrain dans les campus : cours sur mesure, multiplication des stages en entreprise, renforcement des fondations privées... Le tout sous l'oeil gourmand du MEDEF. Le 23 novembre, une convention a été signée entre les présidents d'université et Laurence Parisot, patronne des patrons. Objectif :  renforcer les "partenariats" entre les universités et les MEDEF territoriaux, dans le but claironner d'améliorer "l'insertion professionnelle des jeunes".

Au programme : stages tous azimuts, renforcement de la formation continue, développement de l'"esprit d'entreprendre" sur les campus, etc. Derrière ce tissu d'aimables généralités, certains syndicats s'inquiètent d'une pression accrue des entreprises. "Le contenu est vague mais symptomatique : les présidents d'université cherchent sans cesse à donner des gages de sérieux aux entreprises pour obtenir des fonds", s'agace Maria Cotora, du bureau national de l'UNEF.

Le processus n'est pas nouveau, mais la loi LRU relative à l'enseignement supérieur votée en 2007 a donné un sacré coup d'accélérateur. Le poids des entreprises dans la gestion des facs est renforcé. Réduits à une trentaine de membres, les conseils d'administration doivent désormais compter au minimum un chef d'entreprise. Cette intéressante précision ne figurait pas auparavant dans les textes : la loi Savary de 1984 mentionnait seulement le recours à des "personnalités extérieures".

Dans le même temps, les facs intensifient la course à la "professionnalisation". En 2008, le gouvernement résumait ainsi sa réforme : garantir "aux entreprises que les jeunes diplômés seront parfaitement en mesure de répondre à leurs besoins, présents et futurs". Voilà qui est dit. Est-ce forcément absurde? Tout dépend des méthodes et des finalités.

"Il n'y a rien de scandaleux à ce qu'une filière intègre une dimension professionnelle, rappelle Gérard Lauton du SNES (syndicat FSU du second degré). Y compris en sciences humaines". "La fac doit évidemment préparer à l'insertion professionnelle, enchaîne Maria Cotora. Un étudiant en économie peut vouloir travailler ensuite dans le commerce, un élève de géopolitique se spécialiser en conseils aux institutions...". La professionnalisation ne date pas d'hier. Les IUT dispensent en deux ans des formations techniques, avec un taux d'insertion professionnel élevé : d'après une enquête de 2007, 82% des élèves se déclaraient en CDI trois ans après leur diplôme.

Toute la question est de savoir ce qu'on entend par professionnalisation. "la fac ne peut se limiter à des cours pratiques, résume Daniel Steinmetz (SNTRS-CGT). Le but n'est pas de rendre l'élève immédiatement "employable" par l'entreprise, mais bien de combiner culture générale et savoir-faire technique".

Depuis quelque temps fleurissent pourtant des licences professionnelles lancées pour le seul bonheur de Carrefour ou Auchan : une quinzaine de facs prposent désormais des diplômes de "gestion de rayons" en partenariat avec l'association Distech, qui regroupe les grandes surfaces. Après de telles formations, difficile de se reconvertir ! Les PDG, eux, se frottent les mains. Et n'hésitent plus à sortir le portefeuille.

C'est l'une des grandes "avancées" de la LRU. la loi encourage les universités à monter des fondations avec les entreprises. Près d'une trentaine d'universités ont créé les leurs et ont ainsi levé 60 millions d'euros d'argent privé. La fac de sciences LYon-I a ouvert le bal dès 2007. Premier contributeur : Microsoft, à hauteur de 180 000 euros. Trois ans plus tard, l'université revendique l'embauche de deux étudiants par la multinationale.

"Les fondations ne sont pas forcément une mauvaise chose, glisse un professeur d'informatique. Le seul danger serait que le financement privé prenne le pas sur le public. les entreprises se retrouveraient en position de force pour imposer des filières qui leur semblent rentables, au détriment des autres". On n'y est pas encore... Mais l'histoire s'accélère. Sur les 26 milliards d'euros versés à l'enseignement supérieur en 2009, 72% proviennent de l'Etat, contre 78% en 2000. Dans le même temps, la part des entreprises dans leur financement global est passé de 8,8% à 8,2%.

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Published by frederic seaux - dans université
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