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31 octobre 2009 6 31 /10 /octobre /2009 21:01

Article paru dans l'hebdomadaire La Terre, du 15 au 21 septembre 2009

les producteurs de lait bio épargnés par la crise laitière?

 

Alors que les producteurs de lait se battent contre le chute libre des prix, certains d’entre-eux qui ont choisi la voie biologique s’en sortent beaucoup mieux. Explications.

 

Actuellement les producteurs de lait conventionnel ne tirent plus le moindre revenu d’une activité qui implique deux traites par jour et souvent plus de 60 heures de travail hebdomadaire. « Les producteurs de lait refusent le travail gratuit » titrait, à juste titre, je journaliste Gérard Le Puill, spécialiste des questions agricoles, dans le quotidien L’Humanité du 21 juillet dernier.

Ce n’est pas le cas pourtant de la filière bio qui est d’ailleurs la plus dynamique sur le marché des produits bio. Plusieurs raisons l’expliquent. Tout d’abord, malgré la crise économique qui touche directement le porte-monnaie des Français, la demande n’a jamais été aussi forte de la part des consommateurs de plus en plus nombreux chaque année à s’orienter vers la bio. C’est donc tout d’abord une raison d’offre et de demande. Et comme les producteurs de lait ne sont pas encore assez nombreux et ne produisent pas suffisamment pour répondre à cette demande, d’où une importation de 30% selon un rapport du Sénat,  les distributeurs leur achètent à bon prix. A très bon prix même : quand un producteur de lait conventionnel, victime de surproduction, de la baisse de la consommation mondiale et d’une absence de régulation du marché européen vend 20 à 22 centimes son litre de lait, son homologue « bio », lui, le vend jusqu’à 43 centimes (moyenne de l’année 2008), selon la FNAB (Fédération Nationale de l’Agriculture Biologique) groupement d’adhérents de producteurs bio.

Deuxième raison : Face aux coûts très élevés que représentent une production de lait bio, du fait notamment d’une main-d’œuvre maraîchère abondante, les laiteries bio (Biolait, Biocoop, Lactalis) accordent des aides financières aux producteurs qui souhaitent se convertir, encadrés par les chambres d’agriculture et les GRAB (Groupement Régionaux pour l’Agriculture Biologique). Des aides bienvenues au vu de la complexité des changements culturaux qui attendent ces producteurs qui doivent patienter deux années, le temps de la conversion, pour pouvoir vendre sous le label bio. Des aides qui viennent également combler les faibles subventions européennes de la PAC (Politique Agricole Commune). Celles-ci, en effet, privilégient les grandes cultures céréalières et les grandes exploitations (la « prime à l’hectare ») qui sont rarement le quotidien des producteurs bio. Et en général, cette prime atteint près de « 10 centimes supplémentaires par litre » selon Claire Touret, chargée de mission à la FNAB.

Des producteurs aidés donc mais qui rencontrent des problèmes structurels dans la récolte de leur lait. Ainsi dans le Cantal, faute de collecte, Olivier Piganiol, en conversion depuis  deux ans,  transforme son lait lui-même et le vend aux AMAP (Association pour le Maintien de l’Agriculture Paysanne), aux cantines scolaires, en vente directe et bientôt dans les magasins bio. Les grandes surfaces ? « C’est impossible car mes pots sont consignés », explique-t-il. Dans l’Allier il n’y a pas n’ont plus les structures de transformation en lait bio.  Alors Marie Couval produit son lait selon les normes strictes de la bio mais elle doit, faute de camions de collecte bio, faire transformer son lait chez un conventionnel. Elle devrait donc être payée au prix du lait conventionnel mais Biolait, dont elle est adhérente, lui verse la différence. Tout le monde est ainsi gagnant, même la laiterie qui peut ainsi poursuivre sa politique de conversion dans ce département. Cette productrice qui élève une petite trentaine de vaches qui lui fournissent 200 000 litres par an est bien consciente que l’avenir du lait bio, s’il ne veut pas tomber dans les travers actuels du lait conventionnel, réside dans « le groupement de producteurs », qui devront uniquement produire « en fonction de la demande des marchés de consommation », prévient, Christophe Baron, vice-président de Biolait. Un point de vue largement défendu par Yannick Allard, installé en Loire-Atlantique. « L’union fait la force » en quelque sorte pour ce militant de la Confédération Paysanne qui possède avec deux autres associés 85 vaches laitières (« une taille moyenne » selon l’exploitant) qui produisent une moyenne de 520 000 litres de lait par an qu’il vend à Biolait chargé de les transformer. Des groupements de producteurs peu enclins aussi à vendre leur lait à des centrales d’achat. La raison ? pour François Thierry, producteur dans les Vosges, qui se définit comme un « paysan » avant tout, qui a toujours vendu en direct, lorsqu’on vend à une centrale « on perd le fil du produit et de la marge. On n’a plus aucune maîtrise ». Et lui qui produit du lait bio depuis le début des années 1990, il ne peut le supporter. Comme bon nombre de ses homologues, le passage au bio s’est fait naturellement. Pour des raisons financières mais pas seulement. Mieux se sentir dans sa peau fut la première raison. « Avant, j’étais plus conducteur de tracteur et acheteur de produits chimiques », explique-t-il, avant de préciser que c’était aussi au moment de la révolte des paysans sans terres du Brésil. Une prise de conscience politique en quelque sorte.  Mais également le refus de cette dérive inacceptable qui consiste à toujours produire plus avec des intrants sans forcément des résultats certains mais en tout cas coûteux. La raison sanitaire ? « A l’époque, confie-t-il, contrairement à aujourd’hui, ce n’était pas vraiment d’actualité ».

Alors la bio qui aujourd’hui ne concerne encore que 2 % de la SAU du territoire français serait-elle l’avenir pour un secteur du lait conventionnel en crise ? Au vu de l’engouement des Français et des aides financières accordées aux producteurs bio, il n’y a pas de doutes. Pourtant, cette alternative ne fait pas partie des propositions faites par le nouveau ministre de l’Agriculture, Bruno Le Maire, pour sauver la production laitière française. Ce dernier récemment parachuté, pour les municipales et les législatives, à Evreux, préfecture de l’Eure, département faiblement engagé dans la bio, serait-il sous influence de lobbies anti-bio, très puissant dans son département et plus globalement de l’industrie agro-alimentaire? « Aurait-il déjà oublié, demande une responsable de l’Agriculture Biologique en Picardie, qui a préféré rester anonyme, qu’il y a eu un Grenelle de l’environnement » sensé accorder 20 % de la SAU à l’agriculture biologique d’ici 2012 en France ?

Frédéric SEAUX

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Published by frederic seaux - dans agriculture
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