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17 janvier 2011 1 17 /01 /janvier /2011 13:41

Article de damien Roustel paru dans l'Humanité le 14 janvier 2011

 La mort du paludisme ?

 

Chaque année, 
la maladie transmise par un moustique
tue près d’un million de personnes. L’Afrique concentre 90 % des victimes. Le combat contre l’épidémie marque pourtant des points. Grâce à des acteurs comme l’Unicef, premier fournisseur 
de moustiquaires. 
Le Rwanda mène 
une lutte exemplaire.

Kayonza, Kigali (Rwanda), envoyé spécial.

 

C’est une hécatombe silencieuse. Toutes les trente

 secondes, un enfant meurt du paludisme. Au total, cette maladie tue presque un million de personnes chaque année. Et près de 250 millions de cas sont recensés dans le monde tous les ans. Les victimes, presque exclusivement des enfants de moins de cinq ans, se trouvent en Afrique. À 90 % !

Le paludisme, qui tire son nom du latin paludis, marais, est aussi appelé malaria, de l’italien mal’aria, mauvais air. Jusqu’à la fin du XIXe siècle, on croyait que les accès de fièvre mortels de cette maladie étaient provoqués par les odeurs qui émanaient des marais. Il a fallu attendre les travaux de Ronald Ross (prix Nobel de médecine en 1902) pour découvrir que le paludisme était dû essentiellement à un parasite, le Plasmodium falciparum, transmis à l’homme par la piqûre d’un moustique, l’anophèle femelle.

Un siècle plus tard, il n’existe toujours pas de vaccin. Face à la gravité de la situation, la communauté internationale a décidé d’inclure en l’an 2000 la lutte contre le paludisme parmi les huit objectifs du millénaire pour le développement (OMD), censés réduire de moitié la pauvreté d’ici à 2015. L’objectif du millénaire numéro 6-C prévoit d’avoir maîtrisé le paludisme d’ici à 2015 et « commencé à inverser la tendance actuelle ». Dix ans plus tard, le pari est en passe d’être réussi. Le combat contre le paludisme est l’un des rares domaines humanitaires où la communauté internationale peut s’enorgueillir de tenir ses promesses.

Selon le dernier rapport annuel de l’OMS, publié le 14 décembre, le nombre de décès estimé est passé de 985 000 en 2000 à 781 000 en 2009. Quant au nombre de cas, qui avait augmenté de 233 millions à 244 millions entre 2000 et 2005, il est redescendu à 225 millions. Selon un document de Roll Back Malaria (RBM), la vie de plus de 730 000 enfants, dans trente-quatre pays d’Afrique, a été sauvée au cours des dix dernières années.

La maladie a été éradiquée l’année dernière au Maroc et au Turkménistan. Mais les progrès les plus spectaculaires sont à mettre au profit de onze pays d’Afrique qui ont réussi au cours de la décennie écoulée à faire chuter de plus de 50 % le nombre de décès et de cas de paludisme confirmés. Le Rwanda est l’un de ces bons élèves.

L’histoire de Vestine Mukaruka est emblématique. Cette villageoise rwandaise de vingt-sept ans n’avait jamais entendu parler du paludisme jusqu’à ce qu’elle le contracte il y a deux ans. Elle vit pourtant dans la zone la plus endémique du pays, à Kayonza, l’un des sept districts de la province de l’Est. Pour arriver chez elle, à Bicumbi, un village très pauvre d’une centaine de foyers situé à une heure de route de Kigali, il faut emprunter une piste de terre qui serpente le long d’innombrables collines verdoyantes. Sur le chemin, on croise des chèvres, des vaches, des travailleurs dans les champs, et des cyclistes qui transportent des montagnes de bananes fixées on ne sait comment sur le porte-bagages de leur vélo. À chaque montée, des attroupements se forment pour aider le vendeur de bananes, suant à grosses gouttes, à pousser sa cargaison au sommet de la pente.

La famille de Vestine, elle, tire ses maigres revenus des deux chèvres et de la poule qui déambulent nonchalamment devant leur sombre petite maison en boue séchée. « Il y a deux ans, j’ai eu de la fièvre, des maux de tête et de ventre. Au bout de quatre jours, comme cela ne passait pas, j’ai décidé d’aller au centre de santé. J’étais tellement faible que j’ai dû payer un vélo (le taxi local – NDRL) pour m’y rendre », raconte-elle. On lui donne des médicaments et on lui demande de revenir. « C’est à ce moment-là que j’ai appris que j’avais le paludisme », poursuit-elle. Au cours son récit, en kinya rwandais, Vestine explique qu’elle s’est remise sur pied au bout d’une semaine et qu’elle n’a pas dû débourser un seul franc rwandais. Puis elle lâche en français trois mots : « mutuelle de santé ». Comme une très grande majorité de Rwandais, elle bénéficie d’un accès aux soins gratuits en contrepartie d’une cotisation annuelle de 1 000 francs (2 dollars). Un système de santé unique en Afrique à faire pâlir d’envie bien des pays riches.

Ces deux dernières années, Vestine n’est plus tombée malade. « Je suis les conseils du médecin du centre de santé. J’évite les marais. La nuit, je ferme la porte et les fenêtres. Je veille à la propreté et je dors sous une moustiquaire », ajoute-elle. Après avoir enjambé dans une semi-obscurité des sacs de sorgho destinés à la vente, entreposés dans cette bicoque sans électricité, elle nous conduit à l’unique chambre. Elle nous montre deux moustiquaires. « Pour l’instant, je n’en utilise qu’une seule », précise-t-elle. Elle y dort avec son mari et ses trois enfants.

Evariste est l’un des quatre agents de santé communautaires bénévoles du village de Bicumbu. Sa mission : informer les habitants sur les grandes maladies et prendre en charge les enfants de six mois à cinq ans. Sa priorité, repérer les enfants fiévreux. Depuis deux ans, il visite les familles à raison de trois heures par soir. Il dispose d’un téléphone. Chez lui, cadenassés dans un coffre en bois, il possède des cures de paludisme pour cinq enfants et des tests de dépistage rapide. « J’ai été formé. Je montre aux mères comment administrer les médicaments et je m’assure ensuite que le traitement est bien pris », assure-t-il, conscient du poids de sa responsabilité.

Il renvoie les cas les plus graves vers un poste de santé, situé à vingt minutes à pied du village, qui peut décider de diriger le patient vers un centre de santé. Le plus proche est à deux, trois heures. Les trente districts du pays sont désormais dotés d’au moins un hôpital. Et si l’état du malade est alarmant, le pays a installé au sommet de cette pyramide trois hôpitaux dits de référence, basés dans la capitale. Un maillage extrêmement efficace dans un pays à peine plus grand que deux départements français.

Opérationnel depuis 2005 grâce à l’ONG américaine Partners in Health et à la Fondation Clinton, l’hôpital de Rwinkavu peut désormais soigner les malades du district de Kayenza. Dans la salle de pédiatrie, les lits sont tous placés sous une moustiquaire. Dans le lit numéro cinq, une femme tient son nourrisson mis sous perfusion. « Il a le paludisme mais dans trois à cinq jours il sera sorti d’affaire », rassure Félix Rwabukwisi, un responsable de l’hôpital. « Un paludisme diagnostiqué égale un patient vivant », assène-t-il. « Je suis ici depuis trois ans. J’ai constaté une évolution remarquable en termes de décès. Mais les pics, de septembre à janvier, et à partir d’avril, ne se réduisent pas », poursuit-il. De janvier à juin, sur les quarante-neuf décès enregistrés à Rwinkavu, seuls six sont liés au paludisme. Mais cette maladie reste la première cause d’hospitalisation.

Le paludisme était la première cause de mortalité au Rwanda entre 2005 et 2008. « Grâce aux efforts de la communauté internationale et du gouvernement, ce n’est plus le cas. Le taux de morbidité est tombé à 2 % », explique Denis Muhoza, médecin de l’Unicef à Kigali. « Même pour nous, ce sont des résultats spectaculaires. Mais il n’y a pas de magie », affirme-t-il. « Lutter contre cette maladie repose sur la prévention et le traitement », poursuit-il. La prévention ? Distribution de moustiquaires, pulvérisation d’insecticides dans les habitations et épandage d’insecticides dans les eaux stagnantes, lieux de reproduction des moustiques.

L’Unicef est le plus important acheteur de moustiquaires au monde. Le fonds des Nations unies en a acheté quarante fois plus en 2000 qu’en 2009, soit environ 140 millions de moustiquaires au cours de la décennie écoulée. Il en a payé près de 300 000 pour le Rwanda au cours des trois dernières années. Avec un taux de couverture de l’ordre de 70 % pour les populations à risque, le Rwanda fait partie du Top 5 des pays d’Afrique les mieux pourvus en moustiquaires.

Les 67 millions de dollars d’aide reçus ces cinq dernières années n’y sont pas étrangers. Mais sans la mise en place d’un véritable plan national de lutte contre ce fléau, les résultats n’auraient pas été aussi bons. « En 2006, la population était devenue résistante au parasite. Nous avons dû changer de médicaments », raconte Monique Ruyange, responsable du paludisme au sein du centre national Trac Plus. À chaque vaccination contre la rougeole, une moustiquaire est distribuée, puis ensuite lors d’une consultation prénatale. « Tous les ménages en auront trois d’ici à 2013 », annonce-t-elle. Selon la spécialiste, à cette date, le Rwanda sera passé à la phase de préélimination, étape qui précède l’élimination puis l’éradication.

Propagande gouvernementale ? S’il est bien une personne que l’on ne peut pas suspecter de complaisance à l’égard du régime de Paul Kagamé, c’est bien Pascal Nyilibakwe. Seule voix critique à Kigali à parler ouvertement, ce défenseur des droits de l’homme ne tarit pas lui non plus d’éloges. « Avant, mes enfants étaient tout le temps malades. Maintenant, avec les moustiquaires, c’est fini. Un mort de paludisme à Kigali, c’est rare », affirme-t-il.

Mais ces succès restent fragiles. Une résistance à l’artémisinine, un des composants du traitement antipaludéen, est apparue à la frontière entre le Cambodge et la Thaïlande, et inquiète l’OMS. Le Nigeria et la République démocratique du Congo, territoires immenses, très peuplés et soumis à des instabilités politiques, sont très en retard. Aucune victoire définitive ne sera possible sans des actions massives dans ces deux pays. Enfin, les pays vertueux ne sont pas à l’abri d’une rechute.

Dans son dernier rapport, l’OMS a enregistré une augmentation des cas dans trois pays en Afrique en 2009. Il s’agit de Sao Tomé-et-Principe, la Zambie et… le Rwanda. Les raisons n’en sont pas connues. Ce n’est pas parce que les moustiques tueurs ont du plomb dans l’aile qu’ils ne piquent plus.

Damien Roustel

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Published by frederic seaux - dans santé
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mutuelle de santé 17/03/2011 17:45


Le Rwanda qui connaît une croissance très rapide est en effet un très bon élève et suivra peut être bientôt (espérons le) le Maroc dans la liste des pays "débarrassés" du paludisme. Il faut espérer
que les initiatives de distribution de moustiquaires continuent et se multiplient dans les pays touchés. On peut aussi souligner l'efficacité du modèle de mutuelle de santé rwandais qui permet un
meilleur accès aux soins.


frederic seaux 18/03/2011 21:10



Merci pour ce commentaire.


J'aimerais avoir plus de renseignements sur la mutuelle de santé rwandaise.


merci


Frédéric Seaux



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