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24 octobre 2010 7 24 /10 /octobre /2010 10:28

 Articles parus dans l'Hedomadaire La Terre, 12-18 octobre 2010, page 17

 

 

livre julian mischiOuvriers, paysans, même combat ?

 

Les ouvriers ont écarté les paysans des instances dirigeantes du PCF. C’est la thèse que développe le sociologue Julian Mischi dans son ouvrage consacré aux sociabilités militantes au PCF. Il y explore les liens de ce parti dans les milieux ruraux, notamment dans l’Allier.

 

Comment fonctionne le PCF et quel est son rôle dans les milieux ruraux ? C’est ce qu’a voulu savoir le sociologue Julian Mischi. D’autant que, selon le chercheur, l’historiographie communiste a longtemps délaissé les campagnes, « reprenant ainsi l’image ouvriériste de ʺ parti de la classe ouvrière ʺ. D’une thèse de doctorat sur ce sujet est né un livre, Servir la classe ouvrière (Presses universitaires de Rennes, 2009, 340 pages, 19 euros) qui se limite à l’apogée du PCF de 1920 à 1970. un ouvrage captivant tant pas ses analyses que par ses angles d’études.

Dans cette démarche, le chapitre consacré au bocage bourbonnais dans le département de l’Allier, retient particulièrement l’attention. Situé sur le bordure nord-ouest du massif central ou domine le bocage orienté en priorité vers l’élevage bovin et secondairement vers la polyculture, le bourbonnais est composé de communes issues d’assemblages de hameaux éloignés les uns des autres et de bourgs minuscules. La conclusion de Julian Mischi dans ce chapitre est étonnante : alors que les ruraux constituent la principale base militante et électorale du PCF dans la région, ils sont paradoxalement marginalisés au sein d’une organisation politique dirigée par des permanents d’origine ouvrière.

Les ruraux exclus des instances dirigeantes du PCF

Pour Julian Mischi, il s’agit ni plus ni moins d’un aspect caractéristique de l’ouvriérisme du parti : la mise à distance des catégories non-ouvrières. Pour autant, Julian Mischi n’en déduit pas une domination totale des « ouvriers ». Dans ce chapitre, il prend soin de démontrer qu’au-delà de l’appareil fédéral largement dominé par ces derniers, « la promotion des militants locaux ruraux est effective à l’échelon local et qu’elle peut prendre des voies électives et syndicales ».

Julian Mischi tente trois explications, certainement insuffisantes mais qui ont le mérite de s’interroger intelligemment sur le fonctionnement de ce parti : Cette marginalisation ne serait pas un aveuglement du PCF mais une volonté d’imposer des normes sociales ouvriéristes diffusées avec efficacité dans les fédération. Autre explication : les contraintes propres des exploitants agricoles. Mais si le manque de temps était vraiment la raison expliquant cette absence, comment adhérer alors à la dernière hypothèse de l’auteur ? Il estime, en effet, qu’elle est due aussi au fait qu’ils sont très souvent pris par un fort engagement syndical qui leur laisse peu de temps pour le parti qui par conséquent ne les promeut pas.

Un soutien modéré aux ouvriers agricoles

Et si cette conséquence était plutôt la cause ? D’ailleurs quelques lignes plus loin dans l’ouvrage, Julian Mischi en citant Waldeck Rochet en 1955 lors du comité central donne corps à cette hypothèse. Pour le leader communiste, les paysans membres du parti sont souvent des paysans aisés patrons (« les mains blanches ») qui emploient des salariés. Par conséquent, ils ne peuvent pas donner « une orientation juste » et ils ne peuvent pas « appliquer de façon conséquente la politique de classe du PCF en direction des ouvriers agricoles et des petits paysans ».

L’ouvriérisme communiste aurait-il donc totalement triomphé dans le Bourbonnais à la fin des années 1970 ? Julian Mischi n’en est pourtant pas certain, pointant du doigt là encore une autre mise à l’écart des instances dirigeantes, celle des ouvriers agricoles au profit des exploitants agricoles qui demeurent néanmoins peu nombreux à mesure que l’on grimpe dans la hiérarchie du parti communiste. D’ailleurs, rappelle l’auteur, lors des grèves des ouvriers agricoles en 1936-1937, le parti communiste français apportera un soutien très modéré à ces grévistes.

 Frédéric SEAUX

 

 

Un regard sans concessions sur le PCF

 

Portrait. "le monde ouvrier et le PCF sont deux choses différentes", estime Julian Mischi. Aujourd'hui, ce chercheur à l'Inra enseigne la sociologie des espaces ruraux, après un parcours universitaires consacré au monde ouvrier. 

 

Julian Mischi ne pouvait que s'intéresser au monde ouvrier et au parti communiste : il voit le jour en 1974 dans une famille installée en Lorraine, d'origine italienne par son grand-père paternel, mieneur de fond. Ses parents se sont engagés au PCF, « en hommage à leurs parents qui ne l’étaient pas », précise-t-il amusé, Julian Mischi s'est rendu compte « très vite que le monde ouvrier et le PCF étaient deux choses différentes ». Après des études de philosophie, Julian Mischi consacre un mémoire de DEA d’histoire au monde ouvrier dans la région de Grenoble et de Saint-Nazaire. A cette occasion, il s’aperçoit que dans cette ville le PCF est faible par rapport au potentiel ouvrier de la ville. Paradoxalement, il est bien implanté dans les villages environnants, notamment dans le marais de Brière qui recense de nombreuses municipalités communistes.

Julian Mischi l’affirme : ses recherches n’auraient jamais abouti sans la participation active des fédérations du PCF qui lui ont facilité le travail en lui ouvrant pleinement leurs archives. Aujourd’hui, il est chargé de recherche à l’INRA de Dijon et chargé de cours à sciences-po Paris ainsi qu’à l’Université de Dijon où il y enseigne la sociologie des espaces ruraux. Il n’en délaisse pas pour autant le monde ouvrier. Il travaille désormais sur l’univers syndical à travers la CGT.

Le regard du sociologue sur le PCF est  sans concessions. Pour Julian Mischi ce parti s’est désagrégé. Longtemps basé sur ses militants, il survivrait aujourd’hui exclusivement grâce à ses élus, de moins en moins représentatifs des milieux populaires qu’ils sont censés défendre. Le Front de Gauche pourrait être une planche de salut pour le PCF « à condition qu’il soit constitué d’élus et de militants issus des milieux populaires. Sinon il deviendra un parti comme le Parti socialiste », conclue le jeune chercheur.

Frédéric SEAUX

 

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Published by frederic seaux - dans histoire
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