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5 mars 2011 6 05 /03 /mars /2011 19:03

 Article paru dans l'Humanité le 1 Mars 2011

 

 "C'est un scandale!"

Quand Pôle emploi fait de ses agents des supplétifs

 

En Midi-Pyrénées, une note impose aux agents de Pôle emploi de vérifier les papiers des chômeurs. À leur insu.

 

Toulouse, correspondance.

 

La note de la direction régionale Midi-Pyrénées date du 7 janvier 2011 : à chaque demande d’inscription, l’agent de Pôle emploi doit, sous prétexte de photocopier la carte nationale d’identité ou la carte de séjour du demandeur, soumettre le document à une lampe UV pour vérifier son authenticité. L’opération doit se faire à l’insu du demandeur d’emploi. Pourquoi ce manège ? Parce que derrière toute personne voulant s’inscrire à Pôle emploi se cache un fraudeur en puissance ou une personne étrangère en situation irrégulière…

La direction Midi-Pyrénées a décrété la suspicion générale. Toutes les agences de la région sont équipées d’une lampe UV. Le matériel, c’est la consigne, est installé dans une pièce inaccessible au demandeur d’emploi, bien à l’abri de son regard, tout près de la photocopieuse. Ainsi, le premier geste l’agent de Pôle emploi serait de suspecter de fraude celui qui a besoin de son aide. Et si l’authenticité du document est douteuse, l’agence doit prévenir la police.

Ce que n’avait peut-être pas prévu la direction régionale, c’est que trois syndicats d’agents Pôle emploi refusent d’être des auxiliaires de police et appellent leurs collègues à ne pas appliquer cette consigne. Hier, CGT, SUD Solidaires et SNU-FSU ont déposé une requête auprès du tribunal administratif de Toulouse pour obtenir l’annulation de la note du 7 janvier. « Cette note est illégale, s’insurge Daniel Memain (SUD Solidaires). Ce n’est pas dans nos attributions de faire des opérations de basse police ! »

Les nouveaux demandeurs d’emploi doivent, certes, justifier leur identité auprès des conseillers Pôle emploi mais ceux-ci n’ont pas pour mission d’examiner l’authenticité de leurs papiers. Thomas Domenech (CGT) rappelle que l’Organisation internationale du travail préconise aux États de ne pas mélanger politiques de l’emploi et contrôle des populations. « Cette note est un des aspects de la politique sécuritaire et de contrôle mise en œuvre, estime Jean-François Mignard (Ligue des droits de l’homme). Les citoyens sont mis en demeure de montrer en permanence patte blanche. »

Le directeur régional de Pôle emploi, Yves Dubrunfaut, explique de son côté qu’il s’agit d’éviter les fraudes sociales, que tous les nouveaux demandeurs sont concernés et qu’il n’y a donc pas discrimination. Pour les syndicats au contraire, il est clair que les personnes immigrées sans papiers sont les premières visées. « Cette note renforce le processus de chasse aux étrangers », accuse même leur avocat, Me Pascal Nakache. Celui-ci n’exclut pas une procédure en référé pour accélérer l’examen de la requête auprès du tribunal administratif. La mobilisation se met en place.

Bruno Vincens

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5 mars 2011 6 05 /03 /mars /2011 18:52

Article paru dans l'Humanité le 1er Mars 2011

 

Rue d’Ulm, siège de l’École normale de la censure ?

 

Après avoir censuré une conférence avec Stéphane Hessel, la directrice de l’École normale supérieure vient d’être condamnée en justice pour avoir interdit un autre débat organisé par un collectif étudiant sur le conflit israélo-palestinien.

 

Qu’il est loin le temps où l’École normale supérieure abritait les réunions contre la torture en pleine guerre d’Algérie ! Loin, le temps où le plus célèbre de ses anciens élèves, Jean-Paul Sartre, défendait les « illégalités légitimes » ! Légitimité et légalité sont deux concepts que semble en effet confondre l’actuelle directrice de la rue d’Ulm, Monique Canto-Sperber.

Après avoir annulé en janvier une conférence de Stéphane Hessel sur le boycott des produits issus des colonies israéliennes, elle a refusé d’accorder une salle au collectif Palestine ENS pour un débat dans le cadre de l’Israeli Apartheid Week, les 8, 9 et 10 mars prochain. Le collectif, qui voulait « réfléchir à la pertinence de la qualification juridique d’apartheid pour qualifier la situation israélo-palestinienne », avait proposé à l’administration de trouver des intervenants.

 «Atteinte grave illégale à la liberté de réunion »

Face à l’obstination de la direction, les élèves ont donc eu recours au tribunal administratif. Écartant la menace de trouble à l’ordre public, le juge des référés a condamné, samedi matin, cette interdiction qualifiée « d’atteinte grave et manifestement illégale à la liberté de réunion, qui constitue une liberté fondamentale ».

Ce jugement a eu ses premiers effets, hier, lors du conseil d’administration de l’école. Monique Canto-Sperber n’a pas mis au vote un texte visant à revoir l’organisation des réunions publiques. Pour cette philosophe spécialiste de l’éthique et de la morale, l’ENS, en raison de « sa place particulière sur la scène intellectuelle française », n’a pas « vocation à abriter des meetings de partis politiques ou des réunions organisées par des groupes militants nationaux ou internationaux, dans lesquels s’exprimerait un point de vue univoque ». Cette position ne remet pas en cause, et l’on s’en réjouit, la conférence des Amis de l’Humanité sur Jaurès, le 4 mars, à l’ENS. Mais elle conduit à proscrire une réunion publique sur l’agriculture organisée par des élèves du Front de gauche. « C’est sur la question israélo-palestinienne qu’il y a un tabou », relève Sandro Franceschi, membre du collectif ENS Palestine. « Plus largement, nous faisons face à une frilosité, un repli et une crispation face à des courants d’idées défendus par la gauche associative et politique de la part d’une directrice qui cherche systématiquement des cautions institutionnelles », renchérit François Avisseau, élu CGT au sein de l’école.

En attendant, un moratoire empêche toute organisation d’événement politique, regrette le normalien cégétiste. « Or, la vie de l’école doit continuer pour qu’une nouvelle génération puisse aussi être au cœur des débats politiques. »

Pierre Duquesne

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5 mars 2011 6 05 /03 /mars /2011 18:39

Article paru le 28 Février 2011 dans l'Humanité

L’opposition au gaz de schiste fait tache d’huile

 

20 000personnes ont manifesté samedi à Villeneuve-de-Berg, en Ardèche, contre les risques 
de pollution liée 
à l’exploitation 
de ce gaz, un péril écologique qui mobilise aussi en Seine-et-Marne.

 

Après s’être distillée en quelques semaines dans tout le Midi, l’opposition à l’exploitation des gaz de schiste a jailli samedi, à Villeneuve-de-Berg, au cœur de l’Ardèche. Dans cette bourgade d’à peine 3 000 âmes, 20 000 personnes ont défilé contre des permis d’exploration accordés en catimini par le gouvernement aux lobbys pétroliers.

« Des bouchons se sont formés sur quatre kilomètres. Cela m’a rappelé la grande manifestation sur le Larzac, en 1973 », raconte Michel Wienin. Ce géologue d’Alès (et président du comité de soutien au candidat Front de gauche dans le canton de Vézénobres), bat les tribunes en Ardèche, en Aveyron, dans la Drôme ou le Gard plusieurs fois par semaine. Il y explique « le danger écologique de forages tous les 500 mètres pour pulvériser la roche avec une pression de 700 bars avec de l’argile mélangée à une quantité impressionnante de produits chimiques. Aux États-Unis et au Canada, les eaux superficielles et des nappes phréatiques ont été contaminées ».

Dans une zone géographique « où l’environnement a un impact économique important, en raison du tourisme vert et de l’attachement des habitants à leur qualité de vie », l’ampleur de la manifestation ardéchoise n’étonne pas outre mesure Michel Wienin, qui y voit plutôt un beau point de départ. Les collectifs départementaux qui se sont constitués samedi matin en coordination nationale ne se satisfont pas de la suspension de l’exploration annoncée par la ministre de l’Écologie, Nathalie Kosciusko-Morizet, qualifiée de manœuvre dilatoire.

Seule l’abrogation des permis permettra de sortir de la mobilisation, a déclaré José Bové, député européen Europe Écologie et fer de lance du mouvement, évoquant même un grand rassemblement cet été sur le Larzac.

Marie-Françoise Lepetit espère que le mouvement se propagera avec la même force en Seine-et-Marne, où un permis a été accordé autour de Château-Thierry. Candidate du Front de gauche aux cantonales, elle tente, avec son époux et un large collectif d’organisations politiques locales, d’obtenir des informations sur le premier préforage, réalisé dans sa commune de Doue sans la moindre concertation des élus locaux.

« Ici, c’est le triangle des Bermudes de la politique. Christian Jacob, président du groupe UMP, Jean-François Copé, président de l’UMP, et Franck Riester, tous députés du département, disent qu’ils n’étaient pas au courant. Or, M. Jacob a été rapporteur de la loi sur le Grenelle de l’environnement… » Ce samedi, une manifestation est prévue à Doue. D’ici là, le conseil municipal abordera cette question du gaz. Il s’annonce pour le moins explosif.

Pierre Duquesne

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5 mars 2011 6 05 /03 /mars /2011 17:57

Article paru le 1er mars dans l'Humanité

Adrexo surfe sur la misère des petites retraites

 

Grand groupe de distribution postale de publicité non adressée, Adrexo fait travailler des salariés précaires, le plus souvent âgés, dans des hangars sans table, sans chaise et non chauffés. À Montpellier, le personnel se rebiffe.

 

Montpellier,correspondance.

 

Une route sépare le golf de Baillargues de l’entrepôt d’Adrexo sur la commune de Mudaison, à une quinzaine de kilomètres à l’est de Montpellier. Deux mondes. D’un côté un golf fréquenté par de nombreuses personnes fortunées et de l’autre côté de la route des salariés précaires, pour la plupart âgés, malmenés par des patrons sans scrupule. Contraste saisissant. Mais depuis plusieurs jours, avec leurs syndicats, les distributeurs de prospectus se rebiffent.

À Mudaison, 50 % du personnel a entre 50 et 80 ans, selon les responsables syndicaux. Beaucoup doivent ajouter un maigre revenu à leur pension trop basse. Jusqu’à présent ces salariés triaient dans un entrepôt sans chauffage, sans chaise et sans table, les palettes de bois faisant office de plan de travail. À la demande de l’inspection du travail, le tribunal de grande instance a exigé la mise en conformité des locaux. La direction a préféré alors bouter hors du hangar les salariés plutôt que de se conformer aux demandes du tribunal. Pourtant un courrier de l’inspection du travail adressé le 24 février à Adrexo rappelle le jugement du 17 février pour l’établissement de Mudaison : « Il a été ordonné d’assurer le chauffage des locaux, d’installer des postes de travail ergonomiques, de munir ces postes de sièges, d’équiper le personnel travaillant sur tout lieu d’utilisation d’engins de levage de chaussures de sécurité. Par ailleurs il a été constaté que le CHSCT n’a pas été consulté sur le changement d’organisation du travail. » Mais Adrexo s’entête. Aurore Verny, déléguée syndicale FO, le confirme : « À la réunion exceptionnelle qui s’est tenue vendredi après-midi, la direction a campé sur ses positions. Elle dit que chaque distributeur a trouvé une solution et que trier en dehors du dépôt est une décision prise volontairement et sans contrainte. » Sans contrainte, sauf que les salariés n’ont pas le choix, ils ont trop besoin de ce maigre revenu : « Ils exploitent la misère », ajoute la jeune déléguée.

 Exploitation des chômeurs et retraités

Les salariés sont priés désormais d’aller trier chez eux, certains le faisaient déjà mais tous n’ont pas cette possibilité, alors ils font comme ils peuvent, ils trient dans leur voiture ou sur le trottoir. Sur le site Internet d’Adrexo, on peut lire : « Pour Adrexo, la réussite d’un groupe passe par l’apport des compétences de tous les collaborateurs. Nous favorisons également l’intégration de personnes handicapées et de personnes retraitées… » Adrexo surfe sur la souffrance de milliers de femmes et d’hommes qu’elle emploie ; cette société fait de l’exploitation des chômeurs et retraités un label, l’intégration sociale version Adrexo.

 

Le vendredi est le jour où les distributeurs viennent s’approvisionner pour leurs tournées. Le ballet des véhicules s’étale de 9 heures à 12 heures sur le parking de l’entreprise. Jeunes étudiants, chômeurs, retraités viennent charger leur cargaison, plusieurs tonnes de publicités vont ainsi être réparties dans des milliers de boîtes à lettres, et c’est ainsi chaque semaine. Adrien Trivellato travaille toujours à 79 ans. « Ça complète ma retraite », souffle-t-il. Un autre témoigne : « Je gagne entre 300 et 500 euros mensuels, heureusement que j’ai mon épouse qui travaille, car moi je n’ai plus droit au chômage. » Âgé d’une soixantaine d’années, il ne souhaite pas donner son nom :  Le projet de mécanisation du tri inquiète

Chaque jour les délégués de la CGT et de FO sont là, comme encore hier matin dans l’attente de la venue de l’inspecteur du travail. Sur le parking ils parlent avec les salariés et veulent « montrer à la direction qu’on ne lâche rien en attendant qu’elle se mette en conformité ». D’autres syndicalistes sont venus apporter leur soutien comme des délégués SUD PTT de Médiapost (groupe La Poste), société qui se partage le marché de la publicité non adressée avec Adrexo.

Ce qui inquiète aussi les syndicats, c’est le projet de mécanisation du tri qui serait dans les tiroirs. « Adrexo fait croire aux salariés que tout ce qui arrive est de la faute des syndicats, que s’ils n’avaient pas attaqué sur les conditions de travail la société n’aurait pas été amenée à modifier l’organisation du travail », explique Micheline Zanoni, déléguée CGT. Une stratégie classique de division qui se heurte aujourd’hui à la volonté de bon nombre de travailleurs d’Adrexo qui veulent stopper la précarité et revendiquent le respect de leur dignité.

Éloi Martinez

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2 mars 2011 3 02 /03 /mars /2011 15:59

Article paru dans l'Humanité le 1 Mars 2011

 

 

Europac : Chantage patronal déjoué

 

Augmenter les salaires si les employés acceptaient que les futurs embauchés soient moins bien payés : la direction de la papeterie Europac (ex-Chapelle d’Arblay) en rêvait, mais la mobilisation de tous l’en a empêché.

 

 

Les salariés savent que les négociations annuelles obligatoires sur les salaires ne sont jamais une partie de plaisir face à un patronat soucieux de protéger ses marges et les dividendes des actionnaires. Mais ceux de la papeterie-cartonnerie Europac (ex-Chapelle d’Arblay et ex-Otor Papeterie) de Saint-Étienne-du-Rouvray, près de Rouen, ne s’attendaient pas à ce que leur direction dépasse ainsi les bornes en matière de négociations salariales. Il y a quelques jours les syndicats (CGT et Unsa) de l’entreprise demandaient un rattrapage de 1 % sur les salaires de 2010, arguant une inflation de 1,8 % insuffisamment compensée par une augmentation de 0,8 %. En sus, les syndicats souhaitaient une augmentation pour 2011 de 3 % étalée sur l’année, ainsi qu’une augmentation de la prime de vacances de 75 euros.

Réponse de la direction : oui à une augmentation étalée des salaires (mais pas de la prime de vacances) mais seulement à hauteur de 1,6 %. Et à la condition d’accepter que les futurs embauchés (la pyramide des âges des salariés est élevée dans cette entreprise) le soient avec un indice salarial revu à la baisse. « Près de 500 euros d’écart », s’insurge André-Pierre Terrier, de la CGT de l’entreprise. Certains acquis sociaux obtenus de longue date étaient également retirés aux futurs embauchés. « Les syndicats ont refusé cette régression sociale. Ils ont demandé l’avis aux salariés qui les ont suivis », poursuit le syndicaliste. « On a débrayé deux heures et prévenu l’équipe suivante qui a immédiatement fait savoir qu’elle se mettait elle aussi en grève », ajoute-t-il.

D’abord intransigeante, la direction a accepté de revenir à la table des négociations. En jeu pour le groupe espagnol : l’anticipation de la production et de la livraison de ses clients, avant la fermeture en mai pour près d’un mois, afin d’effectuer de lourdes et coûteuses (près de 20 millions d’euros) transformations sur les machines. Un conflit social aurait donc fait désordre. La direction a finalement reculé : plus question de rétribuer moins les futurs salariés. Mais en plus, les syndicats ont obtenu 2 % d’augmentation de salaire pour 2011, avec possibilité de renégociation à la mi-novembre en cas d’inflation supérieure aux prévisions, ainsi qu’une augmentation de 35 euros de la prime de vacances.

« Il n’était pas question de s’asseoir sur trente-cinq ans de luttes sociales dans l’entreprise », a conclu André-Pierre Terrier, qui retient dans ce conflit la volonté toujours affichée par le patronat de jouer la division entre les salariés, ici entre l’ancienne et la nouvelle génération.

 

Europac, Une usine presque centenaire

Rachetée en 2008 par le groupe espagnol Europac, 
un des leaders de l’emballage, la papeterie de Rouen est 
un des piliers historiques de l’industrie dans la région rouennaise. Créée en 1928, elle compte encore 160 salariés, 
contre 1 400 il y a trente ans. Le site, installé à Saint-Étienne-du-Rouvray (Seine-Maritime), est spécialisé dans la production 
de papier pour ondulé léger de 90 g/m2, ce qui requiert 
un outil spécifique et se révèle être une prouesse technique.

Frédéric SEAUX

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1 mars 2011 2 01 /03 /mars /2011 16:49

 Article paru dans l'Humanité, le 23 Février 2011

 

Rubrique : "Territoires du côté de chez vous"

Éoliennes offshore :vent de colère au Tréport

 

Pêcheurs du Tréport et élus communistes haut-normands s’opposent aux futurs parcs éoliens offshore au large des côtes normandes à Courseulles-sur-Mer, Fécamp et au Tréport.

 

  L’Élysée a annoncé la construction des 600 premières éoliennes marines françaises. Dans son appel à projets, l’État appelle à la constitution d’une filière éolienne marine française compétitive, à une mobilisation des tissus industriels locaux, promettant ainsi la création de 10 000 emplois dans ce secteur. En Haute et en Basse-Normandie, l’annonce a ravi la droite, à laquelle se sont associés les élus socialistes et écologistes. Ils ont salué cette décision évoquant de concert l’ancrage du développement durable, les emplois à la clé et les nouveaux débouchés économiques pour les entreprises et industries de ces deux régions. Cette décision finale ne fait pourtant pas que des heureux. Notamment les pêcheurs, qui refusent de « mordre à l’hameçon » face aux belles promesses de la Compagnie du vent (CDV). Cette filiale de GDF Suez, qui part grande favorite dans la mise en oeuvre de cette ferme de 140 éoliennes offshore au large de Dieppe et du Tréport, a revu son projet lors du dernier débat public de septembre 2010 permettant ainsi, selon elle, tous les types de pêche. Les pêcheurs de cette zone demeurent ainsi toujours opposés au projet, contrairement à leurs homologues fécampois et bas-normands, où la pêche pèse moins dans l’économie locale. Soutenus par les élus communistes de la région, dont le maire du Tréport, Alain Longuent, qui promet d’aller « jusqu’au bout avec [nos] pêcheurs », ces derniers en contestent le volet économique et écologique. « On parle de 150 emplois pérennes liés à la maintenance dans notre zone, mais nous, au Tréport, on fait travailler près de 1 000 personnes", explique Olivier Becquet, responsable de la coopérative des artisans pêcheurs de Dieppe- Le Tréport qui doute des motivations écologiques de la CDV. « Elle n’a jamais mis une éolienne en mer et elle va faire appel à des sociétés étrangères pour la réalisation de ce chantier. Une fois les éoliennes installées, ce promoteur repartira habiter dans le Midi (le siège de la CDV est à Montpellier – NDLR), là où on n’installe pas d’éoliennes. » Sur un plan écologique, le pêcheur assure avoir proposé l’alternative d’éoliennes flottantes « moins néfastes pour nos zones de pêche », mais probablement plus dangereuses pour la circulation des bateaux. La municipalité communiste du Tréport, par la voix du directeur de cabinet, enfonce le clou. « La construction nécessite 3 000 tonnes de béton par pied d’éolienne, qui en compte chacune trois, qu’il faut ensuite multiplier par les 141 éoliennes prévues dans notre zone. Où est l’économie carbone ? » ironise-t-il. 

FRÉDÉRIC SEAUX

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26 février 2011 6 26 /02 /février /2011 16:28

Article paru dans l'Humanité du 25 février 2011  

 

C'est un scandale!

 

Depuis 2010, la mairie de La Crau organise la délation

 

Le maire UMP de cette commune du Var a chargé 200 « citoyens référents » de surveiller leurs voisins.

 

 

Vous voulez espionner vos voisins ? Traquer ceux qui laissent traîner leurs poubelles ? Les dénoncer à la mairie ? C’est possible à La Crau, dans le Var. Les habitants de cette commune de 16 000 habitants ont récemment appris que 200 d’entre eux sont chargés par le maire UMP, Christian Simon, de faire le guet pour lui. On les appelle pudiquement des « citoyens référents ». Et, par citoyenneté, ils balancent les gens depuis avril 2010. Dans un but noble, bien sûr : « Développer, par la vigilance, une amélioration de la sécurité des citoyens. »

Des « citoyens référents », on en trouve aussi à Meaux, la ville de Jean-François Copé. Mais, là, la différence est que ceux de La Crau ont été nommés en dehors de toute délibération du conseil municipal, il y a deux ans. Autrement dit, la majorité s’est créée son propre service d’espionnage, pléthorique (1 % des habitants), en toute opacité. Mieux, histoire de pouvoir dénoncer en toute quiétude, les « citoyens référents » étaient anonymes. Devant le tollé, Christian Simon a promis finalement de dévoiler leur nom. On imagine la bonne ambiance dans les riants lotissements de La Crau, quand certains habitants vont apprendre que leur voisin de derrière est l’œil du maire.

La « vigilance citoyenne » est l’une des préoccupations du gouvernement. Avec le système de « réserve citoyenne », qui sera mis en place avec la Loppsi 2, des citoyens seront amenés à jouer les auxiliaires de police. Un « semblant de milice, armée et mal formée », selon le syndicat de policiers Unité SGP police. À La Crau, le maire se défend d’avoir voulu faire des 200 référents des sous-flics. « Ces référents ne font pas partie d’une quelconque police ou milice, a expliqué l’édile. Savez-vous les indications qui me sont remontées ces derniers mois ? Les problèmes de voirie, d’éclairage, de ramassage d’ordures et de propreté. C’est tout ! » « Je n’ai jamais envoyé de policiers quelque part sur la base d’un renseignement collecté par un référent », a affirmé Christian Simon.

Sauf que, selon le site Mediapart, le maire a cité un autre objectif, en janvier 2011, dans une lettre à un habitant : « Conformément à la demande des forces de gendarmerie », il s’agit « d’apporter une éventuelle aide à la prévention de certaines formes de délinquance qui touchent notre commune (vente de drogue, cambriolages, atteintes aux biens privés et publics) ». Ainsi, si un « référent » veut se prendre pour Rick Hunter ou Julie Lescaut, et courir après les dealers et les cambrioleurs, il est encouragé à le faire. Pour un peu plus de sécurité, le maire est donc prêt à brader les libertés. Mais, d’ailleurs, cette petite commune viticole et touristique a-t-elle vraiment de gros problèmes de criminalité ?

Mehdi Fikri

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26 février 2011 6 26 /02 /février /2011 14:30

 

Article paru dans l'Humanité, aujourd'hui samedi 26 février 2011

 

Pagès, disparition d’un bâtisseur

 

L’ancien sénateur et-maire communiste du Petit-Quevilly est décédé mercredi 23 février.

 

Robert Pagès, ancien sénateur et maire communiste de Petit Quevilly (banlieue rouennaise) est décédé mercredi matin d’une longue maladie à l’âge de 77 ans. Cet ancien instituteur des quartiers populaires est d’abord 1er adjoint au maire de 1967 à 1983, avant d’être élu maire durant un mandat jusqu’en 1989. Elu sénateur de 1988 à 1998, il devient vice-président de la commission des lois. Il est à l’origine de la loi instaurant la date du 20 novembre comme journée nationale des droits de l’enfant.

Localement Robert Pagès laisse une marque indélébile. Il participe activement dès son élection en 1963 à la reconstruction de la ville constituée alors en partie de taudis. Les constructions de lotissements et d’équipements notamment sportifs et scolaires se multiplient sous son action. Son idéal communiste le porte naturellement à axer son engagement dans la réduction des inégalités sociales et territoriales en favorisant la mixité sociale et culturelle des différents quartiers de la ville. Sa dernière apparition publique remonte au mois de novembre à l’occasion de la fête de l’Humanité de Normandie.

Un hommage sera rendu à ce bâtisseur lundi 28 février, à partir de 14h30, au théâtre Maxime Gorki du Petit-Quevilly dont il fut à l’origine, rebaptisé depuis théâtre de la foudre par la majorité socialiste de la ville.

 

Frédéric SEAUX

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26 février 2011 6 26 /02 /février /2011 12:35

Article paru dans l'Humanité le 24 Février 2011

Quand le président Sarkozy commerçait avec le colonel libyen

 

La visite du dictateur libyen à Paris, en 2007, a été placée sous le sceau des ventes d’armes. Lesquelles ? Pour quel montant ? Les mystères restent entiers.

 

Le «savoir-faire» français, c’est aussi ça : les ventes d’armes. Les affaires se portent bien. De mieux en mieux, même. En 2010, les commandes devaient se monter à plus de dix milliards d’euros (objectif fixé par Nicolas Sarkozy lui-même), après 8 milliards en 2009, et 6,6 en 2008. La France conforte donc sa quatrième place mondiale d’exportateur d’armes classiques, loin derrière, il est vrai, les États-Unis (un tiers du « marché » mondial) et la Russie (un quart).

Cette tradition, malheureusement fort ancienne (les ventes d’armes ont toujours été considérées comme un pilier de la diplomatie française), a pris un tour très particulier avec l’arrivée à l’Élysée de Nicolas Sarkozy. Le champion de la droite décomplexée s’est plu à se présenter comme le meilleur VRP des grands groupes français, y compris dans le domaine pour le moins sensible de l’armement. De la diplomatie comme pilier des ventes d’armes.

La visite de Muammar Kadhafi en France, en 2007, représente l’exemple le plus caricatural de cette attitude alliant « business » et cynisme. Elle est intervenue quelques mois seulement après le déplacement du chef de l’État français à Tripoli, en juillet 2007, suite à la libération des infirmières bulgares et du médecin palestinien. Il s’agissait officiellement de remercier le guide libyen et de « normaliser » les relations entre les deux pays. La mission de Nicolas Sarkozy était en fait beaucoup plus grossière : vendre des armes au pays de l’ancien terroriste Kadhafi et positionner au mieux les industriels de l’armement « Made in France » (EADS, Thales, Dassault Aviation) sur le « marché » libyen, trois ans après la levée de l’embargo de l’Union européenne.

Marc Pierini, ex-chef de la délégation de la Commission européenne en Libye, a même affirmé, devant la commission d’enquête parlementaire française, que « l’élément décisif de la remise en liberté du personnel médical a été la disponibilité de la France à se prêter à une discussion, fondamentale pour le colonel Kadhafi, sur les armements et le nucléaire ».

Kadhafi débarque donc à Paris en pleine préparation des fêtes de fin d’année et s’engage à remplir sa hotte. Sur le plan militaire, les promesses concernent 14 Rafale, 35 hélicoptères Tigre, des missiles, un système de communication militaire, des navires… Un accord secret aurait également porté, selon le Canard enchaîné, sur « la coopération dans l’entraînement des personnels militaires aux opérations de maintien de la paix ». On ne saura pas finalement ce que le dictateur libyen, au pouvoir depuis 1969, a réellement commandé (seule certitude, les Rafale sont restés dans les entrepôts de Dassault) puisque le gouvernement français refuse toujours de publier la liste des matériels exportés, contrairement à la pratique britannique.

À l’époque, Alain Bocquet, au nom des députés communistes, avait demandé la création d’une commission d’enquête de l’Assemblée nationale « sur le véritable contenu des accords passés et sur les conséquences qui peuvent en découler ». La revendication est d’une d’actualité plus brûlante que jamais.

Christophe Deroubaix

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26 février 2011 6 26 /02 /février /2011 10:23

Article paru dans l'Humanité le 24 février 2011

 

C'est un scandale!

À Caen, la discrimination au redoublement est arrivée

 

Les collèges du Calvados avec de trop forts taux de redoublement verront leurs moyens baisser !

 

A près la prime au mérite pour les proviseurs les plus performants, voici venue la sanction appliquée aux établissements qui présentent un taux de redoublement supérieur à 2,5 %. C’est le Calvados qui inaugure la méthode, grâce à son très zélé inspecteur d’académie du Calvados, Jean-Charles Huchet, arrivé en octobre dernier. Ainsi, à la rentrée prochaine, les moyens de fonctionnement en nombre d’heures de cours et de soutien scolaire se verront amputés pour des établissements qui font redoubler « trop » d’élèves. Pour les 31 collèges concernés, la réduction annuelle s’échelonnera d’une à dix heures de cours. En revanche, les établissements jugés « vertueux », avec peu de redoublants, pourront se voir accorder jusqu’à six heures supplémentaires. Une aberration qui risque d’enfoncer encore un peu plus les établissements en difficulté.

Ce système de bonus-malus est vivement dénoncé par le Snes. Annabelle Bondiguel, membre du Snes et professeur d’espagnol au collège Létot de Bayeux, rejette une mesure brutale et injuste. Fin janvier, elle a appris que son collège recevrait un malus : six heures et demie hebdomadaires en moins. Or son collège a de très bons résultats au brevet et a acquis une spécificité en langue. « Nous allons perdre trois postes en maths, anglais, histoire-géo à cause des redoublements et nous risquons de perdre notre pôle d’excellence en langue. À terme, il faudra peut-être supprimer l’apprentissage du chinois. »

La suppression annoncée de 16 000 postes à la rentrée prochaine aurait-elle un rapport avec ce dispositif ? « Il y a de fortes chances, explique Philippe Vincent, secrétaire national du Syndicat des personnels de direction (SNPDEN), que cette mesure sur les redoublements soit une manière de supprimer des postes. C’est un ordre du ministre et chacun dans son académie doit trouver des leviers pour faire baisser les dotations horaires. » D’ailleurs, l’inspecteur d’académie ne s’embarrasse pas de questions pédagogiques pour justifier une simple logique comptable : « Un collégien coûte environ 8 500 euros chaque année à l’État. Rapportée aux 1 050 redoublants annuels (sur 27 000 collégiens dans le Calvados), cette somme s’élève à 8,5 millions d’euros soit environ 170 postes. »

Du coup, les vraies questions que soulève la pratique du redoublement passent à l’as. Philippe Vincent estime que la décision a été prise sans concertation : « On se pose la question de la validité du redoublement mais personne ne nous a consultés pour chercher d’autres pistes, comme le soutien personnalisé. Les chefs d’établissement ont des contrats d’objectifs. Le redoublement aurait pu y être intégré. Au lieu de ça, on décrète une mesure sèche, sans donner les moyens de travailler sur le nombre de redoublants. »

Ixchel Delaporte

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Published by frederic seaux - dans Education
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