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29 janvier 2011 6 29 /01 /janvier /2011 13:24

Article de Michel Etiévent, paru dans l'Humanité le 28 janvier 2011

Ambroise Croizat

« S’unir pour donner à la France d’autres espoirs ! »

Par Michel Etievent, écrivain

 

Ministre du Travail 
de novembre 1945 
à mai 1947, 
Ambroise Croizat bâtira la Sécurité sociale, les comités d’entreprise. Il sera à l’origine de la médecine du travail, des conventions collectives et de 
la généralisation de 
la retraite pour tous.

 

Avec 2011, nous entrons dans l’année Ambroise Croizat. 110e anniversaire de sa naissance, 60e de sa mort, 65e anniversaire de la Sécurité sociale, dont il est le bâtisseur. Celui dont l’œuvre résonne aujourd’hui d’une modernité brûlante naît un 28 janvier 1901 comme un fils d’usine. Entre l’éclat des fours de Savoie, son père, Antoine, est manœuvre. Douze heures par jour pour huit sous de l’heure. À peine le prix du pain.

En cette aurore de siècle, dans la cité ouvrière de Notre-Dame-de-Briançon, on vit la misère qui court les pages de Germinal. Pas de protection sociale, pas de congés, pas de retraite. Devant les coulées d’acier, l’accident de travail est quotidien. L’espoir, c’est le père d’Ambroise qui l’incarne.

Fondateur du premier syndicat CGT des Alpes, il lance, en 1906, la première grande grève. Dix jours de bras croisés pour la reconnaissance de la caisse de secours. Une grève pour le droit à la santé, tout simplement. Il l’obtient, mais de vieilles revanches l’invitent à s’embaucher ailleurs.

1907. Ugine. Autre grève, autre départ obligé vers la région lyonnaise. Ambroise prend le relais du père, qui part à la guerre. À treize ans, il est ajusteur. Derrière l’établi, les mots du père fécondent : « Ne plie pas, petit. 
Le siècle s’ouvre pour toi. » Ambroise adhère à la CGT puis à la SFIO.

À dix-sept ans, il anime les grèves de la métallurgie. Reste à faire le pas. Celui du Congrès de Tours, où il entre au PCF en 1920. « Proche du peuple, on le voyait partout, dit un témoin, devant les usines, au cœur d’une assemblée paysanne… » Antimilitarisme, anticolonialisme, les deux mots tissent les chemins du militant.

1927, il est secrétaire de la Fédération des métaux CGTU. La route à nouveau, « militant ambulant », un baluchon de Vie ouvrière à vendre pour tout salaire. Commence un long périple où il anime les grèves de Marseille, du Nord, les comités de chômeurs de Lille ou de Bordeaux. Sur le terreau de la crise germe le fascisme. « S’unir, disait-il, pour donner à la France d’autres espoirs ! » Ces mots, il les laisse au cœur des luttes qui ouvrent l’ère du Front populaire.

En 1936, Ambroise est élu député de Paris du PCF. À l’Assemblée, il impose la loi sur les conventions collectives. Présent à Matignon aux côtés de Benoît Frachon, il donne, aux accords du même nom, la couleur des congés payés et de la semaine des quarante heures. Mais la route s’ennuage. À Munich, le soleil de mai décline devant la capitulation face à Hitler.

1939. Arrêté le 7 octobre, il est incarcéré à la prison de la Santé. Il traverse 14 prisons françaises avant de vivre les horreurs du bagne d’Alger. Libéré en février 1943, il est nommé par la CGT à la commission consultative du gouvernement provisoire d’Alger autour du général de Gaulle. Là mûrissent les inventions sociales du Conseil national de la Résistance. La Sécurité sociale, bien sûr, dont le postulat colore le programme de mars 1944 : « Nous, combattants de l’ombre, exigeons la mise en place d’un plan complet de sécurité sociale vivant à assurer à tous les citoyens des moyens d’existence dans tous les cas où ils sont incapables de se le procurer par le travail avec gestion par les intéressés et l’État. »

À la tête d’une commission de résistants, Ambroise dessine les premières moutures de ce qui allait devenir le droit à la santé. « Nous libérerons les Français des angoisses du lendemain ! » disait-il à Alger, le 14 janvier 1944.

C’est ce travail, mûri par deux années de réflexion, et l’aide des services de François Billoux, ministre de la Santé, qui vont aboutir à l’ordonnance d’octobre 1945 instituant la Sécurité sociale. Reste à bâtir l’idée. Le chantier commence en novembre 1945, quand Croizat est nommé au ministère du Travail. 138 caisses de Sécurité sociale sont édifiées en deux ans sous sa maîtrise d’œuvre par un peuple anonyme après le travail ou sur le temps des congés, « pour en terminer – selon ses mots – avec l’indignité des vies dans la peur de la maladie ou des souffrances de l’enfance ». Rappelons combien le rapport de forces de la Libération permit la naissance de celle que l’on va désormais appeler « la Sécu » : un Parti communiste à 29 % des voix, 5 millions d’adhérents à la CGT, une classe ouvrière grandie par sa lutte dans la Résistance.

Là ne s’arrête pas l’héritage de celui que l’on appelle le « ministre des travailleurs ». Il laisse au siècle ses plus belles conquêtes : la généralisation des retraites, des prestations familiales uniques au monde, les comités d’entreprise, la formation professionnelle, la médecine du travail, le statut des mineurs, celui des électriciens et gaziers (cosigné avec Marcel Paul), la prévention dans l’entreprise et la reconnaissance des maladies professionnelles, la caisse d’intempérie du bâtiment, etc.

En 1950, alors que la maladie le ronge, ses derniers mots à l’Assemblée nationale sont pour la Sécurité sociale : « Jamais nous ne tolérerons que soit rogné un seul des avantages de la Sécurité sociale. Nous défendrons à en mourir et avec la dernière énergie cette loi humaine et de progrès. »

Un appel brûlant pour que la Sécurité sociale ne soit pas une coquille vide livrée au privé, mais demeure ce qu’il a toujours voulu qu’elle soit : un vrai lieu de solidarité, un rempart contre le rejet et l’exclusion. Ambroise Croizat meurt le 11 février 1951. Un million de personnes l’accompagnent au Père-Lachaise. Le peuple de France, « celui qui l’avait aimé et à qui il avait donné le goût de la dignité », écrivait Jean-Pierre Chabrol dans l’Humanité, le 18 février 1951.

 

Auteur des livres Ambroise Croizat ou l’invention sociale et Marcel Paul, Ambroise Croizat, chemins croisés d’innovation sociale. Commandes à l’ordre de Michel Etiévent, 
520, avenue des Thermes, 
73600 Salins-les-Thermes. Prix de chaque ouvrage : 25 euros + 5 euros de port 
(pour les deux : seulement 7 euros de port). 
Téléphone : 04 79 22 54 69.

 

Michel Etiévent

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24 janvier 2011 1 24 /01 /janvier /2011 11:42

Article paru dans l'Humanité le 22 Janvier 2011

Education : Un budget de pénurie

 

Hérouville-Saint-Clair. La pédagogie écrasée par l’austérité

 

 À Hérouville-Saint-Clair, le manque de moyens menace la spécificité du collège-lycée expérimental.

 

Basse-Normandie, correspondance particulière.

 

Au collège-lycée expérimental d’Hérouville-Saint-Clair, près de Caen, en Basse-Normandie, l’heure est à l’inquiétude et au combat depuis que le rectorat a signifié aux enseignants la suppression, à la rentrée prochaine, de l’équivalent de deux temps plein. « La perte de ces deux postes équivaut à 6 % de l’ensemble des équivalents temps plein alors que la moyenne académique se situe à 2,2 % », expliquent les enseignants, dans un courrier envoyé à la rectrice de l’académie de Caen, qui refuserait toujours de les recevoir. Les trente-sept enseignants du collège-lycée (1) s’interrogent par conséquent sur l’existence à terme de la spécificité de leur établissement. Celui-ci, créé en 1982 (il n’y en a que quatre en France – NDLR), est porteur d’un projet « basé sur un accompagnement individualisé fort par le tutorat et sur la proposition de modalités d’enseignement différentes à travers des ateliers, de l’ouverture culturelle, de l’aide au travail pour l’ensemble des élèves, ou encore des temps d’interdisciplinarité généralisés à l’ensemble de l’école ». Les moyens humains étant déjà fortement sollicités par la mise en œuvre de ce projet, les enseignants, qui ont déjà multiplié les arrêts de travail et qui prévoient aujourd’hui « d’aller mettre le bazar » au Salon de l’étudiant de Caen, refusent que les deux postes supprimés soient remplacés par des heures supplémentaires, comme le propose le rectorat. « Car, rappellent-ils, le service enseignant est déjà majoré en moyenne de près de deux heures et le temps effectif de service d’un enseignant approche vingt-cinq heures. » Mais si ces heures supplémentaires n’étaient pas acceptées, l’aspect expérimental de l’établissement pourrait ne pas se poursuivre. « Le rectorat ne s’intéresse qu’aux suppressions de postes et pas à la réussite éducative de notre établissement », confie Fabien Tesson, professeur d’histoire-géographie dans ce collège-lycée depuis douze ans.

 

(1) Les enseignants ont créé 
un collectif de défense ainsi qu’un blog (collectifcle.eklablog.com) sur lequel apparaissent de nombreux témoignages d’élèves.

Fredéric Seaux

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23 janvier 2011 7 23 /01 /janvier /2011 14:31

  

 Article paru dans l'Humanité le 22 janvier 2011 

  

  

La pédagogie écrasée par l’austérité

 

Un budget de pénurie. A Hérouville Saint-Clair, le manque de moyens menace la spécificité du collège-lycée expérimental

 

Au collège-lycée expérimental d’Hérouville Saint-Clair, près de Caen en Basse-Normandie, l’heure est à l’inquiétude et au combat[1] depuis que le rectorat a signifié aux enseignants la suppression, à la rentrée prochaine, de l’équivalent de deux temps plein. « La perte de ces deux postes équivaut à 6 % de l’ensemble des équivalents temps plein alors que la moyenne académique se situe à 2,2 % », expliquent les enseignants dans un courrier envoyée à la rectrice de l’académie de Caen, qui refuserait toujours de les recevoir. Les trente-sept enseignants de l’établissement s’interrogent par conséquent sur l’existence à terme de la spécificité de leur établissement. Celui-ci, créé en 1982, (il n’y en a que quatre en France-NDLR) est porteur d’un projet « basé sur un accompagnement individualisé fort par le tutorat et sur la proposition de modalités d’enseignement différentes à travers des ateliers, de l’ouverture culturelle, de l’aide au travail pour l’ensemble des élèves ou encore des temps d’interdisciplinarité généralisés à l’ensemble de l’école ».

Les moyens humains étant déjà fortement sollicités par la mise en oeuvre de ce projet, les enseignants, qui ont déjà multiplié les arrêts de travail et qui prévoit aujourd’hui « d’aller mettre le bazar » au Salon de l’étudiant de Caen, refusent que les deux postes supprimés soient remplacés par des heures supplémentaires, comme le propose le rectorat. « Car rappellent-ils, le service enseignant est déjà majoré en moyenne de près de deux heures supplémentaires et le temps effectif de service d’un enseignant approche vingt cinq heures ». Mais si ces heures supplémentaires n’étaient pas acceptées, l’aspect expérimental de l’établissement pourrait ne pas se poursuivre. « Le rectorat ne s’intéresse qu’aux suppressions de postes et pas à la réussite éducative de notre établissement», confie Fabien Tesson, professeur d’histoire-géographie dans ce collège-lycée depuis douze ans.

    Frédéric SEAUX



[1] Les enseignants ont créé un collectif de défense ainsi qu’un blog (coolectifcle.eklablog.com) sur lequel apparaissent de nombreux témoignages d’élèves.

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22 janvier 2011 6 22 /01 /janvier /2011 13:54

  

Article paru dans l’Humanité Dimanche du 20 au 26 janvier 2011

 

A Rouen. La régie publique de l’eau va être confiée… au privé !

 

A compter du 1er janvier 2012, l’eau d’une partie des 71 communes de la communauté d’agglomération de Rouen, Elbeuf, Austreberthe, présidée par Laurent Fabius, sera gérée en régie publique, mais sous-traitée au privé. Ecologistes et communistes dénoncent la manœuvre..

 

Le conseil de la CREA (Communauté d’agglomération de Rouen-Elbeuf-Austreberthe), présidé par Laurent Fabius, soutenu par une forte majorité socialiste, a entériné le 20 décembre dernier, selon son président « la consolidation de sa régie publique de l’eau », qui était déjà la plus importante de France. Au 1er janvier 2012, douze nouvelles communes du Nord-Ouest de Rouen, dont les contrats de délégation arrivent à échéance le 31 décembre 2011, rejoindront donc cette régie publique qui s’appellera « Eau de la CREA ». Objectif ? « Faciliter l’identification de l’eau comme bien public et mieux maîtriser la gestion de l'eau sur le territoire». La CREA décidera ainsi des futurs tarifs et investissements.

Les communistes s’abstiennent. Les écologistes s’opposent

Pourtant les élus écologistes ont rejeté cette décision et les communistes se sont abstenus. Ces derniers, tout en partageant les critiques des Verts-Europe Ecologie, ont cependant estimé, pour justifier leur abstention, que la suppression de la délégation de service public était une réelle avancée. Le très actif « Collectif pour une eau publique » a fait lui aussi entendre sa déception sur son site et au travers de campagne d’information auprès du grand public sur cette question. Pour ces opposants au projet fabiusien, c’est ni plus ni moins « un  retour en régie publique pour sous-traiter au privé ». Ils reprochent ainsi à Laurent Fabius et aux élus PS de préférer confier l’exploitation de cette extension à des sociétés privées, plutôt qu’aux services de la CREA qui gèrent pourtant avec succès depuis un an, le retour en régie publique directe de l’exploitation de l’eau sur la rive gauche de Rouen et le plateau-Est de l’agglomération avec l’intégration des salariés de Véolia  dans les services de l’agglo.

Autre pierre d’achoppement : cette exploitation sera soumise à appel d’offre pour une durée de six ans. Or, « outre le fait d’insécuriser les salariés concernés par le contrat des plateaux Nord-Ouest, cela va reporter sur le prochain mandat la décision de réintégrer les plateaux Nord Ouest de l’agglomération au sein du Service public de l’eau », expliquent les opposants. « Surtout que le projet de délibération soumis au conseil de la CREA n’affiche pas clairement l’objectif réel d’un retour en régie directe », soutien David Querret du collectif qui craint ensuite une mise en concurrence des services de la CREA avec des entreprises privées sur l’ensemble des exploitations.

La droite soutient Fabius

Du côté de Laurent Fabius et des socialistes, on explique ces choix, « après consultation de l’Observatoire de l’eau », du fait «  de l'ampleur des chantiers en cours pour consolider cette régie ». Un argument que dénoncent les élus communistes qui réclament plutôt « une période transitoire réduite qui permettrait aux élus de [notre] conseil dès 2014 et donc avant la fin de cette mandature, de décider l‘intégration dans la régie. Cela serait plus satisfaisant d’un point de vue démocratique. Je rappelle que cette volonté a été reprise dans un appel qui a recueilli le soutien de nombreux élus des communes directement concernées », explique Didier Chartier, pour le groupe communiste.

La Lyonnaise des eaux, sortie par la porte, risque donc de revenir par la fenêtre. Pas étonnant alors que la droite élue à la CREA, qui a toujours manifesté son hostilité à l’extension de la régie publique, ait salué la décision de Laurent Fabius.

                                                                                                                  Frédéric SEAUX

 

Repères

493 382 : c’est le nombre d’habitants résidant au sein des 71 communes de la CREA. C’est la plus grande agglomération de France.

65% : pourcentage de la population de la CREA qui bénéficie actuellement de la régie publique de l’eau.

327 : nombre d’agents de la CREA actuellement en charge de la gestion de l’eau.

 

 

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22 janvier 2011 6 22 /01 /janvier /2011 13:44

 

Papiers parus dans l'hebdomadaire La Terre du 18 au 24 janvier 2011

 

 

La solitude de l'enseignant en milieu rural

 

Contrairement aux clichés, enseigner en milieu rural n'est pas toujours une sinécure. Témoignanges de trois enseignants du pays de Bray en Haute-Normandie

 

L’air pur et des élèves plutôt calmes ne suffisent pas à stopper la grogne de ces trois enseignants. Au premier rang des critiques, ils regrettent fortement leur isolement. Antoine Buiche, syndiqué au Snuipp (FSU), professeur des écoles depuis huit ans, dont quatre à Cressy, en direction de Dieppe, explique. « Je suis le seul adulte au milieu des enfants de CE1-CE2, puisque l'école fait partie d'un regroupement éclaté (sic) sur d'autres communes. Je contacte mon collègue coordonnateur par mail, par téléphone ».

Du coup, l'enseignant regrette l'absence réelle de travail en équipe et l'obligation de gérer seul beaucoup de choses qui n'ont rien à voir avec son métier. « Au quotidien, je dois gérer les problèmes de chauffage, d'électricité », prévient-il. Même constat chez son collègue Michel Soulignac, cégétiste, professeur des écoles à Servaville-Sallmonville. En poste depuis septembre, ce dernier à 54 ans, a comme on dit, « roulé sa bosse » dans le métier. Il peut donc comparer avec les écoles urbaines. Outre l'isolement, l'enseignant dénonce, au contraire de son collègue Antoine Buiche, la pauvreté des équipements et du matériel, à commencer par les postes informatiques. Comme explication, l'enseignant évoque la possible faible fibre scolaire du maire de la commune, "pourtant ancien directeur de l'école", ironise-t-il.

Autre point commun dans les pratiques des deux enseignants : l'absence des collègues Rased (réseau d'aides spécialisées aux élèves en difficulté), qu'ils ne voient pas ou plus dans leur école. Antoine Buiche, à défaut, peut néanmoins compter sur un assistant de vie scolaire. « Du coup, la solution pour venir en aide aux gamins en difficulté est de les convoquer tout le temps en aide personnalisée, au moment où les autres gamins jouent dans la cour », analyse Michel Soulignac. «  Les gamins concernés en ont ras le bol, sans compter que cela fait des journées interminables car en campagne, il faut rajouter le transport scolaire », conclue-t-il, irrité.

Des Rased, Laurence Girard en parle en connaissance de cause, puisqu'à 47 ans, elle occupe  un de ces postes « par choix » depuis dix ans. Son constat fait froid dans le dos : « A la rentrée prochaine, l'inspection académique prévoit la suppression de trente postes issus du rased en Seine-Maritime. Ce sont donc mille gamins qui vont être sacrifiés ».

Les enfants en difficulté sacrifiés

Basée sur cinq écoles dans le Pays de Bray, elle s'occupe de soixante-dix élèves en difficulté. Elle dénonce également « les départs des collègues qui ne sont pas remplacés et dont les postes finissent par être supprimés ». Du coup, les enseignants en Rased ne sont plus assez nombreux pour répondre aux demandes de leurs collègues professeurs des écoles. « On ne  se déplace que dans les écoles où on touchera des enfants en plus grand nombre », explique désabusée Laurence Girard.

L'heure n'est pourtant pas à l'abattement, même en l'absence de formation officielle des intervenants en Rased. Car ces derniers ont monté une association en Seine-Maritime pour se soutenir, organiser des débats et des formations en interne. Une nécessité, car pour ces enseignants « les élèves en milieu rural accusent souvent plus de retard que ceux scolarisés en milieu urbain ».

       Frédéric SEAUX

 

 

 

La lutte des classes paie

 

Ces dernières années, la FCPE a plusieurs fois mené la fronde contre les fermetures de classes en campagne.

 

Des luttes, la FCPE (Fédération des conseils de parents d'élèves) de Seine-Maritime en mène chaque année dans le premier degré. Sébastien Alix, membre du bureau départemental et parent d'élève sur le RPI (regroupement communal) de Penly-Biville sur Mer/Assigny, près de Dieppe,  rappelle qu'il y a trois ans, une classe de maternelle était dans le viseur de l'inspection académique. Motif officiel bien connu : pas assez d'enfants scolarisés. Mais la FCPE a présenté les "vrais chiffres", précise Sébastien Alix, "car l'inspection se base toujours sur les chiffres de la rentrée précédente pour prévoir une fermeture l'année d'après,  sans jamais prendre en compte les permis de construire délivrés", explique le parent d'élève. Mobilisation des parents, occupation de l'école et convocation des médias ont eu raison de l'intransigeance de l'inspection académique. L'inspecteur, présent le jour de la rentrée, pu constater que les prévisions de la FCPE était fondée et que le nombre d'élèves présents justifiait bien le maintien de la classe de maternelle.

David Aubruchet, parent d'élève à Saint-Martin en Campagne, encore près de Dieppe, a mené un combat en 2008 avec des parents d'élèves non affiliés, bien heureux de trouver un soutien de poids avec la FCPE pour demander l’ouverture d’une septième classe, au vu des sureffectifs dans les six classes . Refus de l'inspection là encore, du fait des chiffres de la rentrée précédente, alors même qu'à l'époque les élus savaient déjà qu'en 2012, trente-huit famille de gendarmes seraient attendues sur Saint-Martin, compte tenu de la construction de l'EPR de Penly qui rend obligatoire une présence de gendarmerie à proximité. Là encore, la mobilisation, relayée par les médias, paie. La septième classe ouvre finalement en septembre 2008. Le combat n'est pourtant pas définitivement gagné, estime l'élu FCPE, car une baisse des effectifs est attendue en septembre prochain. A la FCPE, la vigilance demeure.

                                                                                                                                                     Frédéric SEAUX

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22 janvier 2011 6 22 /01 /janvier /2011 13:32

Articles parus dans l'hebdomadaire La Terre, du 18 au 24 janvier 2011

 

Le monde rural sur les planches

 

La décentralisation théâtrale s’est globalement arrêtée aux portes des villages. En  Haute-Normandie, certaines communes en ont décidé autrement en signant une convention avec la compagnie « La Comédie errante » de Bob Villette.

 

En Haute-Normandie, des communes ont en effet décidé de se lier à une troupe d’irréductibles, « la Compagnie errante », qui depuis près de trente ans joue et fait jouer « dans des lieux peu probables, à commencer par les villages », insiste Bob Villette, fondateur de cette compagnie installée pourtant en zone urbaine à Cléon, dans la banlieue d'Elbeuf, à quinze minutes de Rouen. Et le moins que l'on puisse dire, c'est que le succès, naissant ici, durable là, est prégnant. Un succès que l'on doit en premier lieu aux choix des élus locaux et des associations qui  sont des éléments primordiaux au dynamisme rural.
Les communes d'Ymare (1000 habitants), Bois d'Ennebourg (associé à Bois l'Evêque, 1000 habitants à eux deux) et Montigny (1200 habitants) ont ainsi fait le pari gagnant de signer une convention avec la compagnie de Bob Villette.

Les ingrédients d’une telle réussite ? « Il faut qu’il y ait une rencontre » explique Bob Villette. Ainsi, la création l’an dernier d’un atelier théâtre à Bois d’Ennebourg a vu le jour grâce à l’épouse du maire de cette commune qui participait aux cours pour adultes dispensés à Ymare. Mais il faut ensuite une réelle volonté du maire et de son conseil. A Bois d’Ennebourg, Mathias Ader, maire depuis 2008, naturellement influencé par son épouse, en a eu aussi la volonté politique. L’ingénieur territorial qui a passé toute sa jeunesse parisienne dans les théâtres de la capitale et de sa banlieue, tenait à  amener le théâtre dans sa commune afin d’en combattre l’image élitiste. Mais l’élu écologiste, exigeant, souhaitait un théâtre de qualité avec une démarche réflexive.

Les associations s’en mêlent

 « J’ai tout de suite été intéressé par le travail de Bob Villette qui dans sa démarche de « chemin d’acteur » propose une approche nouvelle du théâtre, rigoureuse et structurée et en même temps très pédagogique pour l’enfant car le théâtre de Bob Villette est fondé sur l’esprit collectif qui est une valeur importante », poursuit l’élu.  De neuf enfants l’an passé, ils sont aujourd’hui treize à fréquenter le cours hebdomadaire. Revigoré par le spectacle donné en  juin dernier dans la salle des fêtes devant la population, l’élu aurait pu s’en satisfaire. Mais conscient de l’insuffisance du nombre de participants qui étaient « essentiellement  les enfants des conseillers municipaux », l’élu a relancé la convention,  « plus seulement pour voir comme la première année », dit-il, ainsi que les inscriptions. Aujourd’hui, précise-il, le premier surpris, « c’est presque 30 % d’une classe d’âge des deux villages qui fait du théâtre ».

A Ymare, le maire communiste confie que « c’est une association locale, « la chandelle verte » qui gère la convention avec la compagnie errante, car en milieu rural, on n’a pas toujours les services en quantité et en qualité. On préfère donc accompagner les associations financièrement et sur le plan logistique ». Une réalité que partage le maire « sans étiquette » de Montigny, près de Maromme en banlieue Nord de Rouen. Là encore, c’est une association locale, « le foyer culturel de Montigny » qui gère la convention avec la troupe de Bob Villette. La présidente Christiane Semail explique que « le théâtre, seule activité culturelle de la commune, est né, il y a deux ans, d’une demande des jeunes ».

« La salle des fêtes est plus extensible que notre budget »

Le point commun pour ces communes est en tout cas la volonté de ne pas se satisfaire de cet actuel succès d’estime dont ils bénéficient. A Montigny, la présidente espère bien atteindre rapidement quinze à vingt adolescents (contre dix cette année, et huit la première année) pour constituer une vraie troupe. Il faut dire que dans ce village, la salle des fêtes de 120 places et l’existence, il y a une quinzaine d’année, d’une troupe d’adultes alimentent l’espoir.

Du côté de la « Comédie errante », l’ambition est identique. « Une dizaine d’enfants ou d’adultes dans un cours n’est pas une fin en soi » affirme Bob Villette. L’objectif est donc que le théâtre s’implante durablement via la formation, bien sûr, puis par des représentations que la troupe professionnelle vend aux communes. Et du côté des associations, comme « la chandelle verte » à Ymare, on rêve souvent d’un lieu (souvent la salle des fêtes) mieux adapté au vu du travail effectué et des ambitions fixées. C’est là par contre que le bât blesse car les municipalités rurales n’en ont souvent ni les moyens, ni l’envie d’en faire une priorité. « Quand il y a un spectacle, on tire les murs de la salle des fêtes qui sont plus extensibles que notre budget », ironise le maire qui reconnaît malgré tout que l’activité théâtrale permet d’offrir depuis maintenant huit ans un service de plus aux habitants et un visage dynamique du village qui, bien que situé à quinze kilomètres de Rouen, « n’est pas une cité dortoir », insiste-t-il.

Frédéric SEAUX

 

 

 

La Comédie errante à la recherche d’un nouveau théâtre

La comédie errante fêtera bientôt ses trente ans d’existence. Trente ans que Bob Villette, son fondateur âgé de 61 ans, travaille à l’éclosion d’un nouveau théâtre. Comédien, auteur, metteur en scène, pédagogue, Bob Villette se définit lui-même comme un « chercheur de la forme théâtrale ». Passionné par l’étude du travail d’acteur auquel il donne le nom en 2008 de « chemins d’acteur », ses travaux ont été relayés par le département Arts et Spectacles du CNRS. Même s’il reste modeste à ce sujet, Bob Villette est l’homme qui a formé des acteurs comme Philippe Torreton et Bruno Putzulu.

En continuelle recherche théâtrale, Bob Villette met en scène des auteurs classiques et contemporains avec comme leitmotiv, une démarche de longue haleine : amener au théâtre de nouveaux spectateurs et leur donner envie d’y revenir en allant à leur rencontre.

                   Frédéric SEAUX

 

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17 janvier 2011 1 17 /01 /janvier /2011 13:41

Article de damien Roustel paru dans l'Humanité le 14 janvier 2011

 La mort du paludisme ?

 

Chaque année, 
la maladie transmise par un moustique
tue près d’un million de personnes. L’Afrique concentre 90 % des victimes. Le combat contre l’épidémie marque pourtant des points. Grâce à des acteurs comme l’Unicef, premier fournisseur 
de moustiquaires. 
Le Rwanda mène 
une lutte exemplaire.

Kayonza, Kigali (Rwanda), envoyé spécial.

 

C’est une hécatombe silencieuse. Toutes les trente

 secondes, un enfant meurt du paludisme. Au total, cette maladie tue presque un million de personnes chaque année. Et près de 250 millions de cas sont recensés dans le monde tous les ans. Les victimes, presque exclusivement des enfants de moins de cinq ans, se trouvent en Afrique. À 90 % !

Le paludisme, qui tire son nom du latin paludis, marais, est aussi appelé malaria, de l’italien mal’aria, mauvais air. Jusqu’à la fin du XIXe siècle, on croyait que les accès de fièvre mortels de cette maladie étaient provoqués par les odeurs qui émanaient des marais. Il a fallu attendre les travaux de Ronald Ross (prix Nobel de médecine en 1902) pour découvrir que le paludisme était dû essentiellement à un parasite, le Plasmodium falciparum, transmis à l’homme par la piqûre d’un moustique, l’anophèle femelle.

Un siècle plus tard, il n’existe toujours pas de vaccin. Face à la gravité de la situation, la communauté internationale a décidé d’inclure en l’an 2000 la lutte contre le paludisme parmi les huit objectifs du millénaire pour le développement (OMD), censés réduire de moitié la pauvreté d’ici à 2015. L’objectif du millénaire numéro 6-C prévoit d’avoir maîtrisé le paludisme d’ici à 2015 et « commencé à inverser la tendance actuelle ». Dix ans plus tard, le pari est en passe d’être réussi. Le combat contre le paludisme est l’un des rares domaines humanitaires où la communauté internationale peut s’enorgueillir de tenir ses promesses.

Selon le dernier rapport annuel de l’OMS, publié le 14 décembre, le nombre de décès estimé est passé de 985 000 en 2000 à 781 000 en 2009. Quant au nombre de cas, qui avait augmenté de 233 millions à 244 millions entre 2000 et 2005, il est redescendu à 225 millions. Selon un document de Roll Back Malaria (RBM), la vie de plus de 730 000 enfants, dans trente-quatre pays d’Afrique, a été sauvée au cours des dix dernières années.

La maladie a été éradiquée l’année dernière au Maroc et au Turkménistan. Mais les progrès les plus spectaculaires sont à mettre au profit de onze pays d’Afrique qui ont réussi au cours de la décennie écoulée à faire chuter de plus de 50 % le nombre de décès et de cas de paludisme confirmés. Le Rwanda est l’un de ces bons élèves.

L’histoire de Vestine Mukaruka est emblématique. Cette villageoise rwandaise de vingt-sept ans n’avait jamais entendu parler du paludisme jusqu’à ce qu’elle le contracte il y a deux ans. Elle vit pourtant dans la zone la plus endémique du pays, à Kayonza, l’un des sept districts de la province de l’Est. Pour arriver chez elle, à Bicumbi, un village très pauvre d’une centaine de foyers situé à une heure de route de Kigali, il faut emprunter une piste de terre qui serpente le long d’innombrables collines verdoyantes. Sur le chemin, on croise des chèvres, des vaches, des travailleurs dans les champs, et des cyclistes qui transportent des montagnes de bananes fixées on ne sait comment sur le porte-bagages de leur vélo. À chaque montée, des attroupements se forment pour aider le vendeur de bananes, suant à grosses gouttes, à pousser sa cargaison au sommet de la pente.

La famille de Vestine, elle, tire ses maigres revenus des deux chèvres et de la poule qui déambulent nonchalamment devant leur sombre petite maison en boue séchée. « Il y a deux ans, j’ai eu de la fièvre, des maux de tête et de ventre. Au bout de quatre jours, comme cela ne passait pas, j’ai décidé d’aller au centre de santé. J’étais tellement faible que j’ai dû payer un vélo (le taxi local – NDRL) pour m’y rendre », raconte-elle. On lui donne des médicaments et on lui demande de revenir. « C’est à ce moment-là que j’ai appris que j’avais le paludisme », poursuit-elle. Au cours son récit, en kinya rwandais, Vestine explique qu’elle s’est remise sur pied au bout d’une semaine et qu’elle n’a pas dû débourser un seul franc rwandais. Puis elle lâche en français trois mots : « mutuelle de santé ». Comme une très grande majorité de Rwandais, elle bénéficie d’un accès aux soins gratuits en contrepartie d’une cotisation annuelle de 1 000 francs (2 dollars). Un système de santé unique en Afrique à faire pâlir d’envie bien des pays riches.

Ces deux dernières années, Vestine n’est plus tombée malade. « Je suis les conseils du médecin du centre de santé. J’évite les marais. La nuit, je ferme la porte et les fenêtres. Je veille à la propreté et je dors sous une moustiquaire », ajoute-elle. Après avoir enjambé dans une semi-obscurité des sacs de sorgho destinés à la vente, entreposés dans cette bicoque sans électricité, elle nous conduit à l’unique chambre. Elle nous montre deux moustiquaires. « Pour l’instant, je n’en utilise qu’une seule », précise-t-elle. Elle y dort avec son mari et ses trois enfants.

Evariste est l’un des quatre agents de santé communautaires bénévoles du village de Bicumbu. Sa mission : informer les habitants sur les grandes maladies et prendre en charge les enfants de six mois à cinq ans. Sa priorité, repérer les enfants fiévreux. Depuis deux ans, il visite les familles à raison de trois heures par soir. Il dispose d’un téléphone. Chez lui, cadenassés dans un coffre en bois, il possède des cures de paludisme pour cinq enfants et des tests de dépistage rapide. « J’ai été formé. Je montre aux mères comment administrer les médicaments et je m’assure ensuite que le traitement est bien pris », assure-t-il, conscient du poids de sa responsabilité.

Il renvoie les cas les plus graves vers un poste de santé, situé à vingt minutes à pied du village, qui peut décider de diriger le patient vers un centre de santé. Le plus proche est à deux, trois heures. Les trente districts du pays sont désormais dotés d’au moins un hôpital. Et si l’état du malade est alarmant, le pays a installé au sommet de cette pyramide trois hôpitaux dits de référence, basés dans la capitale. Un maillage extrêmement efficace dans un pays à peine plus grand que deux départements français.

Opérationnel depuis 2005 grâce à l’ONG américaine Partners in Health et à la Fondation Clinton, l’hôpital de Rwinkavu peut désormais soigner les malades du district de Kayenza. Dans la salle de pédiatrie, les lits sont tous placés sous une moustiquaire. Dans le lit numéro cinq, une femme tient son nourrisson mis sous perfusion. « Il a le paludisme mais dans trois à cinq jours il sera sorti d’affaire », rassure Félix Rwabukwisi, un responsable de l’hôpital. « Un paludisme diagnostiqué égale un patient vivant », assène-t-il. « Je suis ici depuis trois ans. J’ai constaté une évolution remarquable en termes de décès. Mais les pics, de septembre à janvier, et à partir d’avril, ne se réduisent pas », poursuit-il. De janvier à juin, sur les quarante-neuf décès enregistrés à Rwinkavu, seuls six sont liés au paludisme. Mais cette maladie reste la première cause d’hospitalisation.

Le paludisme était la première cause de mortalité au Rwanda entre 2005 et 2008. « Grâce aux efforts de la communauté internationale et du gouvernement, ce n’est plus le cas. Le taux de morbidité est tombé à 2 % », explique Denis Muhoza, médecin de l’Unicef à Kigali. « Même pour nous, ce sont des résultats spectaculaires. Mais il n’y a pas de magie », affirme-t-il. « Lutter contre cette maladie repose sur la prévention et le traitement », poursuit-il. La prévention ? Distribution de moustiquaires, pulvérisation d’insecticides dans les habitations et épandage d’insecticides dans les eaux stagnantes, lieux de reproduction des moustiques.

L’Unicef est le plus important acheteur de moustiquaires au monde. Le fonds des Nations unies en a acheté quarante fois plus en 2000 qu’en 2009, soit environ 140 millions de moustiquaires au cours de la décennie écoulée. Il en a payé près de 300 000 pour le Rwanda au cours des trois dernières années. Avec un taux de couverture de l’ordre de 70 % pour les populations à risque, le Rwanda fait partie du Top 5 des pays d’Afrique les mieux pourvus en moustiquaires.

Les 67 millions de dollars d’aide reçus ces cinq dernières années n’y sont pas étrangers. Mais sans la mise en place d’un véritable plan national de lutte contre ce fléau, les résultats n’auraient pas été aussi bons. « En 2006, la population était devenue résistante au parasite. Nous avons dû changer de médicaments », raconte Monique Ruyange, responsable du paludisme au sein du centre national Trac Plus. À chaque vaccination contre la rougeole, une moustiquaire est distribuée, puis ensuite lors d’une consultation prénatale. « Tous les ménages en auront trois d’ici à 2013 », annonce-t-elle. Selon la spécialiste, à cette date, le Rwanda sera passé à la phase de préélimination, étape qui précède l’élimination puis l’éradication.

Propagande gouvernementale ? S’il est bien une personne que l’on ne peut pas suspecter de complaisance à l’égard du régime de Paul Kagamé, c’est bien Pascal Nyilibakwe. Seule voix critique à Kigali à parler ouvertement, ce défenseur des droits de l’homme ne tarit pas lui non plus d’éloges. « Avant, mes enfants étaient tout le temps malades. Maintenant, avec les moustiquaires, c’est fini. Un mort de paludisme à Kigali, c’est rare », affirme-t-il.

Mais ces succès restent fragiles. Une résistance à l’artémisinine, un des composants du traitement antipaludéen, est apparue à la frontière entre le Cambodge et la Thaïlande, et inquiète l’OMS. Le Nigeria et la République démocratique du Congo, territoires immenses, très peuplés et soumis à des instabilités politiques, sont très en retard. Aucune victoire définitive ne sera possible sans des actions massives dans ces deux pays. Enfin, les pays vertueux ne sont pas à l’abri d’une rechute.

Dans son dernier rapport, l’OMS a enregistré une augmentation des cas dans trois pays en Afrique en 2009. Il s’agit de Sao Tomé-et-Principe, la Zambie et… le Rwanda. Les raisons n’en sont pas connues. Ce n’est pas parce que les moustiques tueurs ont du plomb dans l’aile qu’ils ne piquent plus.

Damien Roustel

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17 janvier 2011 1 17 /01 /janvier /2011 13:34

Article de Pierre Duquesne paru dans l'Humanité le 14 janvier 2011

 

Des jurys populaires ou populistes ?

 

Mettre des citoyens dans les tribunaux correctionnels est devenu la nouvelle obsession du chef de l’État. Démagogique et irréaliste, cette réforme suscite d’importantes critiques.

 

Nicolas Sarkozy devrait commencer à se méfier, à force d’invoquer la justice du peuple. Devant les députés, mercredi soir, il a encore défendu l’instauration de jurys populaires dans les tribunaux correctionnels. Cette mesure, annoncée en septembre, resservie en octobre et décembre à la télé, permettrait, selon lui, « de réduire le fossé entre le monde de la justice et le peuple français ».

Pourtant, la chancellerie planchait, il y a quelques mois encore, sur la suppression des jurys populaires de cour d’assises. Et le retrait des magistrats non professionnels composant les tribunaux pour enfants était aussi envisagé depuis la remise du rapport Varinard, fin 2008. Comment expliquer une telle volte-face ? « C’est un coup de communication, vitupère Benoist Hurel, secrétaire national du Syndicat de la magistrature (SM). Nicolas Sarkozy veut faire oublier la suppression annoncée des juges d’instruction », tombée aux oubliettes après les affaires de cet été.

 

interrogation sur la faisabilité de cette réforme

« Pas opposé par principe à l’objectif de rapprocher la justice du peuple », Benoist Hurel s’interroge sur la faisabilité d’une telle réforme. « Des jurys comme dans les cours d’assises, cela ne peut se faire sans revoir totalement la procédure devant les tribunaux correctionnels. » « Juger, ça nécessite du temps pour comprendre les affaires, et il sera impossible de traiter dix, douze ou quinze affaires par audience, comme c’est le cas aujourd’hui dans les tribunaux correctionnels », explique aussi Christophe Régnard de l’Union syndicale des magistrats (USM).

 

un casse-tête au coût très élevé

Autre piste, la mise en place d’échevins, des juges élus à durée déterminée. Or « cela nécessite des moyens », tranche Benoist Hurel. Au cours des quatre derniers mois de 2010, les juges de proximité, magistrats non professionnels qui siègent déjà dans les tribunaux correctionnels (lire ci-dessous), ont dû cesser leurs activités, faute de budget, comme à Mantes-la-Jolie ou à Versailles. Pour ces mêmes raisons économiques, « une session d’assises a dû être reportée à Caen », raconte Christophe Régnard.

Face à un tel casse-tête, Michel Mercier, le ministre de la Justice, a déjà indiqué que les jurés populaires délibéreraient uniquement sur les « délits les plus graves ». « Cela ne résout rien, conteste Christophe Régnard. Les homicides involontaires, par exemple, concernent aussi les affaires d’accidents d’avion ou le Mediator. Or de tels procès peuvent durer des mois et nécessitent de très solides formations techniques et juridiques. »

Pour ce représentant de l’USM, ce projet n’a qu’un but : trouver un responsable au fiasco de la politique sécuritaire. « Et ce responsable, c’est le juge, trop laxiste. Mais rien ne le prouve ! » Comme rien ne prouve que des jurés citoyens auraient la main plus lourde que des magistrats professionnels. « Aux assises, racontait dans les Inrockuptibles, la juge et membre de la LDH Évelyne Sire Marin, les jurés se trouvent en face d’individus incarnés, aux prises avec des parcours chaotiques auxquels ils sont sensibles. » Pas vraiment le meilleur levier pour la politique de tolérance zéro prônée par le pouvoir.

Pierre Duquesne

 

Commentaire : Il y a chaque année en France 600 000 procès en correctionnelle !

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17 janvier 2011 1 17 /01 /janvier /2011 13:28

 

Article de Alexandra Chaignon, paru dans l'Humanité, le 14 janvier 2011

Comment les laboratoires nous font avaler la pilule

 

Le scandale du Mediator a mis en lumière la défaillance du système de contrôle des médicaments. Les pouvoirs publics privilégient l’intérêt économique avant celui des patients. Le meilleur remède, c’est celui qui fait grossir le portefeuille.

 

Deux mois après s’être vu confier l’enquête sur le Mediator, ce coupe-faim retiré du marché fin 2009, l’Inspection des affaires sociales (Igas) doit remettre demain son rapport au ministre de la Santé. « Je veux comprendre pourquoi, malgré certaines mises en garde, malgré une parenté chimique avec des molécules interdites, ce médicament est resté sur le marché pendant trente-trois ans », déclarait Xavier Bertrand, fin décembre. C’est justement LA question que tout le monde se pose et qui interroge les liens existant entre l’agence sanitaire publique et les laboratoires.

« On ne soupçonne pas la puissance de l’industrie pharmaceutique. Elle contrôle toute la chaîne du médicament, depuis la molécule jusqu’à sa prescription. » Ancien médecin-conseil de la Cnam, Claude Béraud a été vice-président de l’une des plus hautes institutions publiques en matière de médicament, la Commission de transparence de l’Afssaps (Agence française de sécurité sanitaire des produits de santé). Pour lui, les pouvoirs publics privilégient l’intérêt économique et celui des firmes avant celui des patients.

 

18 000 morts par an en France

À commencer par les pratiques d’évaluation. Les essais cliniques, qui servent de référence à l’évaluation des médicaments par la commission d’autorisation de mise sur le marché (AMM), sont réalisés à l’initiative des laboratoires. Le médicament passe ensuite par la commission de la transparence, chargée d’évaluer son apport thérapeutique, sur une échelle de 1 à 5. Sachant qu’entre 1 et 3 le taux de remboursement variera entre 35 et 65 %. Au-dessus de cette fourchette, le principe actif est jugé inefficace et n’est pas admis sur la liste des produits remboursés. « En théorie », précise Claude Béraud. Car cette commission n’exige aucune preuve de progrès thérapeutique. 90 % des nouveaux médicaments seraient pourtant dans ce cas ! Quant au contrôle des médicaments après leur mise sur le marché, aucune étude ne permet de vérifier que les plus prescrits tiennent bien leurs promesses alors que la collectivité consacre à leur remboursement des sommes astronomiques. Pourtant, les effets secondaires dus aux médicaments font chaque année près de 18 000 morts en France.

Parallèlement, que penser des comités d’experts dont la plupart sont rémunérés comme consultants des firmes dont ils doivent juger les produits ? Ces liens ont l’obligation d’être publiés, mais la transparence n’est pas l’indépendance. En 2010, 99 % des experts de l’Afssaps ont déclaré des liens avec l’industrie pharmaceutique. « Ce n’est pas parce qu’il y a un lien entre la firme et l’expert qu’il y a conflit d’intérêts », se défend Christian Lajoux, président du Leem (syndicat français de l’industrie pharmaceutique).

 

une concurrence acharnée

Le financement de l’Afssaps fait également débat. Désormais, ses ressources proviennent à 100 % des labos pharmaceutiques. Un mode de financement « pas de nature à assurer l’indépendance de l’agence », note la Cour des comptes. L’agence rétorque que ces redevances sont des taxes obligatoires. « Il n’y a pas d’échanges financiers. Ce type de financement garantit l’autonomie financière de l’agence sans pour autant dresser de lien de subordination », s’irrite Christian Lajoux. « Certes, mais rien n’oblige la firme à soumettre sa demande d’autorisation de mise sur le marché à l’Afssaps, en concurrence sur ce “marché” avec l’Agence européenne du médicament, encore moins indépendante, voire avec des agences d’autres pays européens. L’agence subit donc le dumping réglementaire de l’agence la plus conciliante, au risque de voir les demandes d’AMM et les recettes afférentes se détourner d’elles », explique Philippe Foucras, président du collectif Formindep (pour une formation médicale indépendante au service des professionnels de santé et des patients ).

Les laboratoires doivent donc se livrer à une concurrence acharnée pour préserver des marges bénéficiaires extrêmement élevées. « Les axes de recherche développés par l’industrie pharmaceutique correspondent essentiellement aux pathologies représentant un marché important, délaissant nombre de pathologies des pays en voie de développement », dénonce Thierry Bodin, délégué central CGT chez Sanofi-Aventis. Cette logique industrielle accule les laboratoires à tout faire pour réduire les délais de retour sur investissement. De son côté, financée par les firmes, l’Afssaps n’ose plus prendre de décisions contrariant un tant soit peu les intérêts des labos.

Alexandra Chaignon

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12 janvier 2011 3 12 /01 /janvier /2011 14:57

Article de Lina Sankari paru dans l'Humanité le 11 janvier 2011

75 % des Français pour plafonner les salaires des PDG

 

Selon une enquête de l’Ifop pour l’Humanité, trois Français sur quatre 
se prononcent en faveur d’un salaire maximal. À l’heure où la production de richesses n’a jamais été aussi importante, la gauche avance ses propositions.

 

«Au-dessus de 4 millions, je prends tout ! » Étonnante actualité de cette proposition lancée par Georges Marchais en 1981. Trente ans plus tard, la crise financière a remis la question des écarts de revenus au goût du jour. Après imposition, le revenu moyen des 10 % des foyers les plus riches reste neuf fois plus élevé que celui des 10 % les plus pauvres. À cet égard, Jean Gadrey, professeur émérite d’économie à l’université Lille-I, rappelle que, déjà, au Ve siècle avant notre ère, « Platon estimait que le législateur doit établir quelles sont les limites acceptables à la richesse et à la pauvreté. Il proposait un rapport de 1 à 4 ». En 1998, une enquête de l’économiste Thomas Piketty montrait que, selon les Français, les écarts entre hauts et bas revenus devaient être compris entre 1 et 3,6. Même constat aujourd’hui, au regard du sondage réalisé par l’Ifop pour l’Humanité. Ainsi, 75 % des personnes interrogées se disent plutôt favorables à la fixation par la loi d’un salaire maximal « car la rémunération de certains dirigeants de grandes entreprises atteint aujourd’hui des niveaux déraisonnables ». Sans surprise, cette mesure recueille 84 % d’avis favorables parmi les sympathisants de gauche. Plus intéressant : 58 % des sympathisants UMP donnent également leur assentiment à une telle législation.

Stock-options et tranches d’impôt

À gauche, le cortège de licenciements consécutifs à la crise – malgré des profits record pour les entreprises – a remis au goût du jour l’idée d’un revenu maximal permettant une meilleure répartition des richesses. Dans son projet sur l’égalité réelle, le Parti socialiste propose que les rémunérations soient comprises dans une échelle d’ordre de 1 à 20 pour les entreprises où il existe une participation publique, sur le modèle de Barack Obama, qui proposait, en 2009, de limiter à 389 000 euros les revenus annuels globaux des patrons des banques renflouées par l’État. En France, avec un smic à 1 055 euros net, le salaire du dirigeant ne pourrait ainsi excéder 21 100 euros mensuels. Restent les autres formes de rémunération telles que les actions gratuites ou les stock-options qui pourraient croître. De leur côté, les députés communistes, républicains et du Parti de Gauche ont déposé une proposition de loi à l’automne dernier pour une « fiscalité juste et efficace ».

Production de richesses et redistribution

Le texte, rejeté par la majorité, visait également à plafonner le niveau des salaires de 1 à 20, d’en finir avec les stock-options et les parachutes dorés, de taxer à 9,9 % les revenus financiers afin de faire contribuer l’ensemble des revenus du capital au budget de la nation. Enfin, les députés proposaient de revenir à neuf tranches d’impôt, contre cinq actuellement. Dans ce cadre, la tranche du haut verrait son taux d’imposition porté à 54,8 %, au lieu de 40 % aujourd’hui. Pour sa part, le Nouveau Parti anticapitaliste souhaiterait rétablir le taux de 65 % d’imposition pour cette tranche supérieure. Selon Olivier Besancenot, le porte-parole du NPA, il est désormais nécessaire de « reprendre les 10 % de richesse nationale passés de la masse salariale aux plus hauts revenus ». 
Enfin, Europe Écologie-les Verts parlent d’un revenu maximal qui correspondrait à 30 fois le revenu médian (28 570 euros par ménage en 2008) et qui permettrait d’investir dans la reconversion d’une part de l’industrie vers des activités à faible impact écologique.
Que le revenu maximal soit autorisé, admissible ou acceptable, l’ensemble des partis de gauche s’accordent aujourd’hui à résoudre l’écart entre une production de richesses qui n’a jamais été aussi importante et sa distribution. Écart que la suspension temporaire des bonus promise par Nicolas Sarkozy en temps de crise n’a pas réduit.

Lina Sankari

 

Commentaire : Il faudrait quatre vies pour qu'un smicard gagne ce qu'un patron du CAC 40  gagne en un an. Frédéric SEAUX

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