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12 janvier 2011 3 12 /01 /janvier /2011 14:52

Le plafonnement des salaires

 

Editorial de Maurice Ulrich paru dans l'Humanité, le 11 janvier 2011

 

«À vrai dire, écrivait trois jours après Noël l’inimitable chroniqueur économique et membre du Medef, Yves de Kerdrel, dans le Figaro, personne n’est capable de dire ce qu’est un salaire excessif. Ni de dire si un patron du CAC 40 doit être payé 500 000 euros ou deux millions d’euros… » Et de dénoncer, quelques paragraphes plus loin une « dictature française de la notion d’égalité ». Personne, vraiment ? Voilà les résultats de notre sondage : 75 % des Français sont favorables à une limitation des hauts salaires, et 58 %parmi les sympathisants de l’UMP eux-mêmes. Des millions de Français ont tout de même une petite idée de « l’excès », et c’est peu dire. Car la réalité, c’est qu’ils sont des millions abasourdis, écœurés, voire incrédules, tant 
les chiffres sont énormes, devant l’obscénité des salaires que s’octroient certains patrons. Deux cents fois 
le smic en moyenne pour ceux du CAC 40, quand ce dernier, au 1er janvier, était augmenté de 13 euros !

Mais, en même temps que cette salutaire indignation, on peut aussi se poser une simple question. À quoi peuvent bien correspondre ces rémunérations insensées ? Quels talents récompensent-elles ? Combien d’heures passées à un travail d’un tel niveau de qualification qu’il laisse loin derrière le savoir et la science des chirurgiens les plus talentueux, des scientifiques les plus pointus ? On connaît les réponses que bredouillent les idéologues du capital. Il y a un marché international des compétences : les plus performants risquent de partir à l’étranger ; il est normal qu’un PDG qui fait gagner beaucoup d’argent à une entreprise en gagne beaucoup, lui aussi. Au fond, tout ça est à peu près vrai, mais à quelles fins ? Un expert, Jean Peyrelevade, ancien patron du Crédit lyonnais et directeur aujourd’hui d’une banque d’affaires, le disait sans ambages en décembre dans l’Expansion : « Les PDG sont les intendants du château actionnarial. » C’est clair. Ces dirigeants sont payés très cher parce qu’ils sont les serviteurs des possédants et qu’ils leur permettent de gagner beaucoup. De ce point de vue, les chiffres publiés dans le même numéro de l’Expansion sont encore plus indécents que ces salaires, si c’est possible. Chez Vallourec, entre 2003 et 2009, la masse salariale a augmenté de 35 %, le dividende par action, de 1 007 %. 24 % chez Bouygues pour la masse salariale, 241 % pour les dividendes. Sanofi-Aventis : – 2 % pour les salaires, plus 100 % pour les dividendes… Et le magazine économique annonce : « Et si c’était le grand retour de la lutte des classes ? Le CAC 40 fait la part belle aux actionnaires et laisse les salariés sur leur faim. Plongée dans cette mécanique de répartition des richesses dangereuse pour la croissance. »

Danger pour la croissance. Mais c’est même davantage, et c’est le nœud de la crise. La course à la rentabilité financière pervertit l’économie, elle est la cause des licenciements, elle affame les peuples, elle saccage l’environnement. Ce sont les masses énormes de capitaux en circulation et à la recherche de rentabilité qui ont conduit les banques à prendre des risques insensés avec des produits financiers toujours plus volatils. Et cela continue. Les banques anglaises estiment même qu’on les harcèle en leur demandant quelques tout petits comptes.

C’est aussi un cancer pour la démocratie. Où est-elle quand l’économie tourne au profit exclusif d’une couche d’hyperriches vivant en parasites sur le corps social ? Quelle est la contribution à la société, à la chose publique, de quelqu’un qui pense qu’il vaut deux cents fois plus que sa secrétaire ou son chauffeur ? Mais il paraît que Nicolas Sarkozy va parler de régulation financière à Barack Obama. On en rigole ou on s’indigne ?

Maurice Ulrich

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12 janvier 2011 3 12 /01 /janvier /2011 14:46

Article de Rosa Moussaoui paru dans l'Humanité, le 11 janvier 2011

 

Le régime dictatorial de Tunis choisit la fuite en avant

 

Des marches de deuil et de colère ont accompagné les dépouilles des victimes de la sanglante répression de ces derniers jours, qui a fait plusieurs dizaines de morts. Les affrontements ont repris hier dans le centre-ouest du pays.

 

 

Au pays du jasmin, on tire à balles réelles sur les jeunes qui manifestent pour le droit au travail, à la liberté, à la dignité. Aux abois, le régime dictatorial de Tunis pensait massacrer à huis clos. Saisies par des téléphones portables, les images de la sanglante répression du week-end à Thala, Kasserine et Regueb ont pourtant trompé la censure et passé les frontières, via les réseaux sociaux. Images de jeunes protestataires plaqués à terre et roués de coups. Images tragiques de manifestants répliquant par des jets de pierres aux tirs de la police. Cruelles images de deuil et de colère, de dépouilles mutilées qu’accompagnent des foules compactes.

Aucun bilan précis n’était disponible hier. Manifestement, celui du ministère de l’Intérieur, qui faisait état, dimanche soir, de 14 morts, est sous-évalué. Dans les colonnes du quotidien algérien El Watan, Sihem Bensedrine, journaliste et militante du Conseil national pour les libertés en Tunisie (CNLT), avance le chiffre de 50 morts. « C’est un climat de terreur dans le pays, (...) on voit des escadrons de la mort à la poursuite des civils dans des 4x4 et qui tirent à bout portant », affirme-t-elle, en dénonçant « un massacre orchestré par le président Ben Ali ». La Ligue tunisienne des droits de l’homme s’élève, elle aussi, contre le « meurtre » de citoyens et appelle à « mettre immédiatement fin à cette escalade policière, renvoyer l’armée dans ses casernes et renoncer à l’usage des balles réelles contre les civils ». Dans une déclaration commune, les partis d’opposition « condamnent avec force ce carnage dont la responsabilité incombe entièrement au pouvoir ».

 

Censure, intimidation et violence

Cette fuite en avant répressive se traduit aussi par des enlèvements. Comme celui de Moez El Jemai, correspondant de Radio Kalima à Gabès, kidnappé par la police politique après avoir été aspergé de gaz paralysant. Détenu au secret pendant deux jours avant d’être relâché samedi, il affirme avoir été torturé. Les associations de défense des droits humains font état de nombreuses arrestations de journalistes, d’avocats, de blogueurs. Censure, violence d’État, intimidation… Ces leviers répressifs, dont le régime policier de Tunis est familier, ne semblent pourtant pas dissuader les protestataires. Pas plus que l’intervention télévisée du président Ben Ali, qui a assimilé hier les protestataires à des « terroristes ». Hier après-midi, les affrontements avaient repris dans le centre-ouest, à Thala, Kasserine et Regueb, après qu’un manifestant blessé dimanche eut succombé. À Tunis, les étudiants appelaient à une marche contre la répression policière. Dans la région de Sfax, une grève générale était organisée par les syndicats pour « protester contre le massacre de nos enfants ». Les revendications sociales et politiques exprimées par ce mouvement restent, elles, entières. La rage d’une jeunesse sans avenir se conjugue avec la colère de tout un peuple, qui ne supporte plus le verrouillage politique imposé par le clan Ben Ali. Un clan autoritaire, corrompu, décrit comme une « quasi-mafia » dans l’un des télégrammes révélés par WikiLeaks. Pour l’animateur du blog « Débat Tunisie », seule une « révolution » pourrait venir à bout d’un tel régime. « Il faut que nous arrivions à nous remettre dans le même état d’esprit que nos aïeux qui ont réussi à renverser l’occupation française, en admettant que le salut du pays demande le renvoi immédiat des colonisateurs, écrit-il. Car nous sommes bel et bien colonisés de l’intérieur par nos propres compatriotes. 
Notre seul mot d’ordre ne peut être aujourd’hui que : “Dehors Ben Ali !” »

Rosa Moussaoui

 

Commentaire : Nicolas Sarkozy, le 28 avril 2008, lors d'une visite à Tunis, avait déclaré : "Aujourd'hui, l'espace des libertés progresse en Tunisie". Frédéric SEAUX

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12 janvier 2011 3 12 /01 /janvier /2011 14:35

Article de Maud Dugrand paru dans l'Humanité le 11 janvier 2011

Enquête 

Victimes du Mediator

 Elles réclament justice

 

Plus d’une centaine de plaintes contre le laboratoire Servier doivent être déposées ce matin par une association de malades, tandis que d’autres réclament un accord à l’amiable et la création d’un fonds public d’indemnisation.

Ce matin, quelque cent dix dossiers doivent être déposés au pôle de santé publique du tribunal de Paris par l’association d’aide aux victimes du Mediator et de l’Isoméride. Précisément cent plaintes pénales avec constitution de partie civile contre le laboratoire Servier pour « blessures involontaires », dix plaintes avec constitution de partie civile pour « homicide involontaire », auxquelles s’ajoute une plainte pénale déposée au nom de l’association elle-même. Ces procédures interviennent en parallèle à celle engagée par le parquet de Paris au mois de décembre et confiée à l’Office central de lutte contre les atteintes à l’environnement et à la santé publique (Oclaesp).

Une démarche jugée trop lourde par Georges-Alexandre Imbert, président de l’association d’aide aux victimes des accidents de médicaments. Lui préfère s’orienter vers une conciliation avec le laboratoire Servier afin de permettre une indemnisation des victimes plus rapide que ce que produirait une longue procédure pénale, qui pourrait durer plusieurs années. Et où il sera de toute façon difficile de prouver au cas par cas le lien entre la prise du Mediator et ses conséquences sur la santé. Signe d’un certain changement de ton dans la communication et la stratégie du laboratoire, celui-ci ne semble pas opposé à cette éventualité. Il faut dire qu’il était déjà passé par là avec les victimes de l’Isoméride, son autre médicament interdit, en 1997.

 

Dans l’attente du rapport de l’Igas

« Si notre responsabilité est engagée, Servier l’assumera, comme il l’a toujours fait », a déclaré hier la directrice générale du laboratoire, Lucy Vincent, au micro de RTL. Une promesse qui ne convainc guère le député PS Jean-Marie Le Guen, qui réclame que l’État mette en place « un fonds d’anticipation des indemnisations » et même « la mise sous séquestre des biens de Jacques Servier ». Difficile de s’y retrouver aujourd’hui pour les malades, autour desquels se pressent nombre d’avocats, flairant le procès de la décennie. Marc Paris, du collectif interassociatif sur la santé, conseille, lui, aux victimes de constituer leur dossier de plainte, démarche déjà longue et fastidieuse (lire les portraits ci-joints). Une seule certitude : tous attendent avec impatience le rapport de l’Inspection générale des affaires sociales (Igas), à la fin de la semaine, qui devrait nous éclairer un peu plus sur la chaîne des responsabilités. Si Servier est aujourd’hui visé, il ne sera sans doute pas le seul. Car c’est tout un système qui est à réformer.

Maud Dugrand

 

Commentaire : Trois témoignages poignants  de victimes du Médiator  suivent ce papier de Maud Dugrand. Un rappel :  en juillet 2009, Nicolas Sarkozy remettait la grande croix de la Légion d'honneur à Jacques Servier, patron du laboratoire commercialisant en France le Médiator, pourtant déjà interdir en Italie et en Espagne. Vous avez dit collusion d'intérêts?

Frédéric SEAUX

 

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12 janvier 2011 3 12 /01 /janvier /2011 14:28

Les victimes du Médiator

Témoignage paru dans l'Humanité, le 11 janvier 2011

« Je ne mangeais plus, je ne me nourrissais plus que de pilules »

 

Souffrant de dépression et d’isolement, Catherine Leraillez a sombré, il y a quinze ans, dans l’engrenage des cocktails médicamenteux. Jusqu’au point de rupture.

 

Divorce, licenciement, dépression : en 1992, Catherine Leraillez n’a pas tiré le tiercé gagnant. Son quotidien bascule peu à peu dans une solitude sans fond. Sous l’effet conjugué des antidépresseurs et autres anxiolytiques, elle subit alors une importante prise de poids, passant de 63 kilos à 108 kilos. Sa nouvelle morphologie tourne vite à l’obsession. Son médecin généraliste choisit alors de lui prescrire le Mediator à contre-emploi, comme coupe-faim. Dans son profond désarroi, elle voit en lui « le remède miracle ». Le cocktail médicamenteux ne tarde pas à se faire sentir. « J’ai commencé à avoir des vertiges, des troubles de la vision, je ne supportais plus ni la lumière ni le bruit. »

D’après Catherine, son médecin a sous-estimé ces effets secondaires. « À chaque fois que je lui en parlais, il allongeait la liste des prescriptions, mettant ces symptômes sur le dos de nouvelles maladies. Si j’avais des palpitations, c’était parce que je faisais de la tachycardie. Si j’avais des vomissements, c’était une gastro-entérite... » Très affaiblie, Catherine prend vite la fâcheuse habitude de « faire son marché » auprès de son médecin, pour un oui ou pour un non, comparant ses traitements avec ceux de sa meilleure amie, à l’époque dans le même cas de figure. « Comme il n’était pas très regardant, c’était quasiment devenu de l’automédication. Je passais commande et lui, il se contentait de signer des ordonnances longues comme le bras, sans prendre garde à d’éventuelles contre-indications », témoigne-t-elle. Peu à peu, l’appartement de Catherine change lui aussi. « La table du salon était couverte de médicaments, divisés en trois lignes : celle du matin, celle du midi et celle du soir. Je ne mangeais plus, je ne me nourrissais plus que de pilules diverses, mais je ne maigrissais pas pour autant. »

En 2002, après une brutale intensification des effets, un de ses collègues de la communauté urbaine de Lille la retrouve gisant chez elle. Catherine a fait une rupture d’anévrisme. Lorsqu’elle sort, miraculée, de l’hôpital, elle reprend pourtant le Mediator en dépit du bon sens.

Cristallisant sa rancœur sur son médecin, elle se ruine en procès et en expertises, l’accusant de plusieurs retards de diagnostics dont il sort finalement blanchi. Pendant douze ans, elle n’a pourtant pas jugé bon de le quitter pour un autre. « J’avais des problèmes financiers, j’avais donc peur de changer de généraliste, car comme il me connaissait, il acceptait de me faire un forfait au mois. » Aujourd’hui, reconnue Cotorep à 79 %, Catherine ne décolère pas et répète à l’envi que les professionnels de santé gagnent primes et voyages au prorata de leurs prescriptions. Son récit, contredit par celui du médecin, qui ne se souvient pas lui avoir prescrit le Mediator, « sauf peut-être une ou deux fois », et estime ne lui avoir « délivré que des ordonnances justifiées », sème le trouble. Une chose est sûre cependant, le recours addictif de Catherine aux médicaments, tout comme ses effets néfastes, est bien réel. Et il a été permis par notre système de soins.

Catherine leraillez, 55 ans, 4 cachets par jour pendant 5 ans

 

Flora Bellouin

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12 janvier 2011 3 12 /01 /janvier /2011 14:22

Les victimes du Médiator

Témopignage paru dans l'Humanité le 11 janvier 2011

Mediator. « Servier ne pouvait ignorer les risques »

 

Pour quelques kilos superflus, Dominique Garcia s’est retrouvé aux urgences. Il porte plainte aujourd’hui.

 

 

« Ce médicament va faire d’une pierre deux coups : il va vous permettre de réduire le taux de sucre dans le sang et il facilitera votre régime. » Cette phrase, prononcée par son médecin en 2005, Dominique Garcia ne l’oubliera pas de sitôt. À l’époque, aux yeux de cet homme complètement obnubilé par ses 83 kilos, l’argument sanitaire fait office de bon prétexte pour prendre le Mediator. Pourtant, sa glycémie dépasse à peine la moyenne et il n’est pas diabétique. Quant au régime, cet homme de haute stature reconnaît aujourd’hui que « ça relevait plutôt de la coquetterie ».

Mais depuis que Dominique s’est reconnu dans les témoignages des premières victimes du Mediator, ce qu’il ne s’explique pas, c’est que son généraliste ait continué à lui prescrire le médicament alors que son régime avait porté ses fruits. «  Je ne pesais plus que 71 kilos, j’aurais dû arrêter. J’ai continué à prendre du Mediator pendant trois ans. » À l’époque, pourtant, il ne s’en plaint pas : « Ça me permettait de recommencer à manger normalement sans reprendre le poids que j’avais perdu, mais cela n’avait aucun impact sur mon taux de sucre dans le sang. »

Sans aucun signe avant-coureur, c’est par une matinée de décembre 2009, alors qu’il est au volant, que ce chauffeur professionnel commence à ressentir de violentes bouffées de chaleur. Très vite, il peine à trouver son souffle et appelle le Samu. Aux urgences, Dominique est aussitôt pris en charge pour un œdème pulmonaire. Lors de son hospitalisation, les médecins lui recommandent d’arrêter le Mediator, lui expliquant qu’il n’en a plus besoin mais sans pour autant évoquer un quelconque danger. « Sur le coup, personne n’a pas percuté sur un lien éventuel entre le médicament et l’œdème. Ce n’est que lorsque l’affaire a été médiatisée que j’ai identifié la ressemblance avec mes propres symptômes. J’ai enfin pu mettre un nom sur ce que j’avais vécu. »

Lorsque le Mediator est retiré de la vente, peu après son hospitalisation, son médecin généraliste – « peut-être par ignorance » –   n’évoque pas cette information avec lui, et aucun examen médical ne lui est alors proposé. « On se demande pourquoi les médecins sont si mal informés sur les motifs d’interdiction de certains médicaments », s’étonne Dominique, dont la valvulopathie est désormais avérée et qui s’attend à subir prochainement une opération à cœur ouvert. Miné par l’hypertension, sous anticoagulants, il remet en question le rapport consumériste de certains patients aux médicaments. Une relation ambiguë dans laquelle il s’inclut. « Ma mère a aussi pris du Mediator, pour maigrir, en 2009. Mais très vite, son cardiologue le lui a formellement déconseillé. Il devait avoir été informé, mais comme mon généraliste continuait à m’en prescrire, on n’a pas pris ses conseils au sérieux. Du coup, je fournissais moi-même des boîtes à ma mère », confie-t-il. « Aujourd'hui, je n’en veux pas à mon médecin, je pense qu’il ne savait pas. En revanche, l’attitude de Servier est impardonnable. Après les interdictions en Espagne et en Italie, il ne pouvait pas ignorer les risques. »

Dominique garcia, 48 ans, 
3 cachets par jour pendant 4 ans

 

Flora Beillouin

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12 janvier 2011 3 12 /01 /janvier /2011 14:16

Les victimes du médiator

 

Témoignage paru dans l'Humanité, le 11 janvier 2011

 

Mediator. « Mon médecin en prenait lui-même » 

 

 

 

Diabétique, Henri Ferrer trouvait son traitement pénible. Son généraliste lui a conseillé le Mediator.

 

 

En 1998, Henri Ferrer est rattrapé par son hérédité. La faute à pas de chance, il se découvre diabétique de type 2. Ce fonctionnaire du ministère des Finances se voit alors assujetti à un traitement à vie : un glucophage destiné à régulariser sa glycémie. Aujourd’hui, de l’eau a coulé sous les ponts et il a oublié le nom dudit médicament. Tout ce dont se souvient Henri, c’est qu’il en avait plus qu’assez des ballonnements occasionnés. Compréhensive, sa généraliste lui propose donc en 2000 d’opter pour le Mediator. Il accepte.

Dès les premiers mois, ce passionné de rugby de cinquante-sept ans se met à ressentir des pointes au cœur, « comme si des aiguilles me transperçaient ». L’hiver arrivé, ce sont les bronches qui trinquent. Puis rebelote l’hiver suivant. Chaque année, Henri souffre de pathologies respiratoires de plus en plus lourdes sans que les médecins ne parviennent à les identifier. En 2008, il reste souffrant plus de cinq mois d’affilée, et de grosses fièvres viennent envenimer son état de santé. Malgré de fortes doses d’antibiotiques et d’antidouleurs, la situation empire.

Inquiet, Henri se tourne vers un pneumologue qui, après des examens plus poussés, l’exhorte à arrêter le Mediator. « Il m’a prévenu qu’il pouvait avoir des effets néfastes, mais sans préciser lesquels. Peut-être avait-il peur de subir les foudres des laboratoires s’il en disait trop ? » s’interroge le Perpignanais, dont les étranges bronchites ont disparu dès l’interruption du traitement. Seuls des essoufflements ponctuels et des palpitations persistent, mais il faudra attendre que le scandale éclate pour qu’Henri évoque l’impact du Mediator avec son médecin. « Elle m’a répondu de ne pas m’en faire, qu’elle aussi en avait pris. » Depuis, Henri attend le verdict de l’échographie pour constituer sa plainte. « Mais même si elle n’est pas déclarée, la maladie pointera forcément le bout de son nez un jour ou l’autre. »

Henri FERRER, 57 ans, 
3 cachets par jour pendant 10 ans

 

Flora Bellouin

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8 janvier 2011 6 08 /01 /janvier /2011 13:30

 Article paru dans le Journal d'Elbeuf, le vendredi 7 janvier 2011 

  

L’Evangile selon Bernard Lebeau

Le père Bernard Lebeau, prêtre itinérant à Elbeuf, sort un nouvel ouvrage[1]. Il propose une relecture des Evangiles à la lumière d’aujourd’hui et relate quelques événements survenus à Elbeuf qui ont profondément marqué cet homme continuellement révolté par la condition humaine.

 

« La religion est l’opium du peuple ». Ce n’est pas Karl Marx qui le dit. Non. Aussi étonnant que cela puisse paraître, c’est un prêtre, Bernard Lebeau qui l’affirme. Mais ce prêtre « itinérant », comme il aime se présenter, né à  Elbeuf en 1942, tient à compléter cette citation afin d’être bien compris : « si et seulement si la religion fait oublier à quelqu’un qu’il est avant tout un homme qui doit rester digne, sans jamais baisser ni les bras, ni la tête ».

Bernard Lebeau aura bientôt soixante-dix ans. Et une vie continuellement au service des autres. Au moins depuis 1969 –après être monté sur les barricades à Rouen en mai 1968 !- et sa première mission de prêtre à Oissel. Ensuite, il exercera sa fonction ecclésiastique à Dieppe, puis à Canteleu et depuis 1996, à Elbeuf où l’évêque lui a donné la mission de faire réapparaître l’église catholique dans les lieux elbeuviens qu’elle semblait avoir désertés. Un travail évidemment en lien avec la paroisse et les paroissiens d’Elbeuf. Il y a du Jacques Gaillot (ancien évêque médiatique d’Evreux) dans cet homme. A la différence près, que Bernard Lebeau, lui, n’aime pas trop les médias et les lumières qu’on pourrait diriger sur sa personne.

DSCF4139Il rêvait de devenir missionnaire

 D’ailleurs, le livre que Bernard Lebeau vient de publier n'est accompagné d'aucune promo. Aucune dédicace n’est en effet prévue -pour l’instant- pour ce nouvel ouvrage, Dieu croit en l’homme, paru aux éditions ébroïciennes, « Le rire du serpent ». Après quarante et un ans de prêtrise, cet ancien gamin du Puchot dont les parents étaient des petits commerçants vraiment modestes dans ce quartier « misérables » durant les années 1950-1960, a eu envie  d’écrire un livre « méditatif consistant en une relecture des Evangiles à la lumière de ce que je vois autour de moi et de ce que les gens me disent », explique ce prêtre qui veut rester en phase avec ceux qu’il côtoie au quotidien, tant dans ses activités laïques – il dirige un atelier de réparation de vélos-, que religieuses.

A la prison de Rouen
  Lui qui rêvait à  dix-sept ans de devenir missionnaire, à quelque part réalisé son rêve : pas besoin de partir loin pour aider son prochain. La misère et la souffrance, le père Bernard Lebeau les affronte partout. Hier, pendant la guerre d’Algérie où il y fait dix-huit mois en tant qu’appelé du contingent. Lui qui au départ voulait être objecteur de conscience part finalement pour constater de lui-même ce qui se passe « là-bas ». Une expérience qui développe alors son esprit critique et lui fait dire que « toutes les guerres sont sales ».

  Aujourd’hui, auprès des détenus de la maison d’arrêt « Bonne Nouvelle » de Rouen. Son action d’écoute et de conseil, il la mène donc aussi depuis 1997 auprès de ces êtres humains « avant tout », non pas pour leur faire la morale, terme qu’il exècre, et encore moins pour les juger, car ce n’est pas sa mission.

 Des hommes, pas des mosntres

 « Mon but est de leur rappeler qu’ils sont des hommes et pas des monstres. Je les amène à aller chercher au fond d’eux leur part d’humanité, sans leur parler de bondieuseries qui ne servent à rien dans ces moments là », explique-t-il. Bernard Lebeau rencontre ces hommes dans leur cellule où ils sont deux voire trois à se partager 10 m2, en contradiction totale avec les règles les plus élémentaires de la dignité humaine. Et ces conditions d’existence le révoltent. La destruction prochaine de cette maison d’arrêt ? Bernard Lebeau pourrait en être satisfait, « mais tant que la justice ne sera que vengeresse, la prison ne pourra pas être humaine, même dans une prison flambant neuve, ni pour les détenus, ni pour le personnel pénitentiaire », affirme-t-il, convaincu que l’actuel milieu carcéral prépare plus à la récidive qu’à la réinsertion.

Bernard Lebeau va même plus loin dans sa démarche auprès des détenus. « Avec d’autres », insiste-t-il, au sein de « accueil Bethani » (Du nom, dans les Evangiles, de la demeure de Marthe, Marie et Lazare qui ont accueilli Jésus durant son voyage vers Jérusalem), « on a ouvert un centre d’accueil provisoire pour ceux qui sortent de prison sans rien ». Le père Bernard Lebeau est vu par son éditeur et par bien d’autres comme « un cinglé ». « Oui car on me dit que je suis un utopiste car je crois en l’homme, j’ai foi en lui ». Mais Bernard Lebeau n’est pas de ceux qui « donnent le bon dieu sans confession » au premier venu, car il considère qu’un homme est le produit de la société dans laquelle il vit, et comme notre société est vraiment loin d’être parfaite… . 

Ce nouveau livre de Bernard Lebeau est donc un bel ouvrage à l'image de son auteur. Les deux réconcilient sans nul doute l'Eglise avec ceux qui ont perdu la foi et avec ceux qui, sans l'avoir jamais eue, pourraient trop rapidement penser que l'homme n'est qu'un loup pour l'homme. En écoutant et en lisant le père Bernard Lebeau, on est en droit de se dire que l'utopie n'est pas l'irréalisable, mais l'irréalisé.

  

Frédéric SEAUX                                                                  


[1] Bernard Lebeau, Dieu croit en l’homme, Editions Le rire du serpent, Evreux, 2010, collection « Témoignage », 15 euros, 91 pages.

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5 janvier 2011 3 05 /01 /janvier /2011 19:56

Papier de Dominique Bègles paru dans l'Humanité le 4 Janvier 2011

Dassault dans le Figaro : les vœux du propriétaire

 

 

Diffuser «des idées saines», expliquait Serge Dassault, 89e fortune mondiale, en 2004. Il venait de s’offrir le Figaro. Quelques jours plus tard, il exhortait «à cesser de former des journalistes de gauche». Hier, puisqu’on n’est jamais aussi bien servi que par soi-même, Serge Dassault signe un éditorial en tant que « propriétaire ». Il y liste les réformes à mener « pour l’avenir de notre pays ». Pêle-mêle, mais avec la cohérence d’un capitalisme de jungle, il prône « des fondamentaux » : retour aux 39 heures, suppression totale « des charges sur les salaires », « réduction de la masse salariale », « robotisation au maximum » de la production, « réglementation du droit de grève sinon on ira tout droit à l’anarchie ». Certes, concède-t-il, « on peut craindre une réaction violente des syndicats et de la gauche ». Aussi propose-t-il de façonner très tôt les futurs salariés : « On peut toujours se tromper mais on n’a pas le droit de persévérer dans l’erreur (...). Il faut donc s’attaquer résolument à la réforme complète de notre système éducatif. » Pour l’élu UMP, un temps inéligible à Corbeil-Essonnes pour confusion entre quête d’électeurs et achat à la pièce, là est l’origine du mal. En particulier « dans l’absence totale de sélection ». Un Dassault 2011 très classe.

Dominique Bègles

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5 janvier 2011 3 05 /01 /janvier /2011 19:51

Editorial de Paule Masson paru dans l'Humanité le 4 Janvier 2011

 

Vieillir est une chance, pas une charge

 

 

Et rebelote ! La réforme des retraites n’est toujours pas digérée, que s’engage un scénario en tout point similaire avec le chantier de la dépendance. D’abord, le président de la République lance à la télévision une promesse qu’il va dévoyer : « créer une nouvelle branche de la Sécurité sociale ». Ensuite, Nicolas Sarkozy lâche une petite phrase en forme de question, comme si de rien n’était : « Faut-il un système assurantiel ? Obliger les gens à s’assurer ? » Et là tout est dit. Le recours à l’assurance privée est dans les tuyaux. Pire, l’idée s’en trouve banalisée, préparant le terrain d’une inversion totale de logique. Adieu le concept de solidarité nationale inscrit dans le principe « chacun cotise en fonction de ses moyens et reçoit en fonction de ses besoins ». Bonjour le diktat des marchés : chacun cotise en fonction de ses moyens et se retrouve couvert en conséquence, c’est-à-dire peu pour les foyers les plus pauvres. Les syndicats vont se montrer réticents à emprunter ce chemin. Le gouvernement installe donc un sens unique. Une « concertation » suffira. Pas de négociation. Pas de place aux propositions alternatives.

Pas étonnant dans ce cadre que les Français soient les champions du monde du pessimisme. 
Ils viennent de perdre deux ans de retraite, pressentent qu’ils vont devoir se payer le risque dépendance, et même du côté des socialistes, il est aujourd’hui question de rogner sur les 35 heures ! Dans l’optique sarkozyste, au nom de la réduction des déficits publics, le social doit payer, générant pour des millions de citoyens des lendemains qui déchantent.

Mais rien n’est perdu. Car l’opinion publique fait d’abord preuve d’une grande lucidité. Face à l’indice de « malheur intérieur brut » que veulent imposer les libéraux, la protection sociale est précisément un des principaux facteurs de confiance quand il s’agit de mesurer le bien-être d’une population, un « indice de bonheur brut » qui pourrait s’imposer dans le débat.

La question est donc bien d’occuper les mois 
qui viennent à déverrouiller la bataille idéologique.
La Sécurité sociale a été créée pour répondre à une question : comment compenser tous les aléas de la vie, de la naissance à la mort. L’UMP considère que vieillir est une charge pour les finances publiques et rabaisse le grand âge au rang d’une facture de 6 milliards d’euros par an à trouver. Mais il n’est pas impossible d’inverser le point de vue. Si vieillir est une chance, alors il faut protéger ce temps de vie, en imaginant une solide protection sociale, qui sécurise aussi la perte d’autonomie, quel que soit l’âge auquel on y est d’ailleurs confronté. Il s’agit donc d’imaginer une sorte de service public de la vieillesse, dont les ressorts de financement s’appuieraient sur une répartition plus équitable des richesses, ce qui permettrait au passage de rabattre le caquet aux lobbies des assurances qui piaffent d’impatience en attendant les étrennes que leur prépare
le « président des riches ».

La question est donc bien d’occuper les mois qui viennent à déverrouiller la bataille idéologique.

Paule Masson

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5 janvier 2011 3 05 /01 /janvier /2011 18:41

Article de Laurence Mauriaucourt, paru dans l'Humanité, le 4 Janvier 2011

La prime s’est cassée, les bénefs sont là

 

La fin de la prime à la casse a dopé les ventes de véhicules neufs en décembre. De quoi espérer une bonne année 2011 pour les actionnaires, pas pour les salariés de l’automobile.

 

«Absolument phénoménal», c’est ainsi que Bernard Cambier, directeur des ventes de Renault France, a qualifié lundi sur radio BFM, le chiffre de 370 000 commandes de véhicules neufs enregistrées en France durant le seul mois de décembre. De quoi « débuter l’année avec un portefeuille très confortable », s’est-il félicité, détaillant les résultats : « un marché à + 30 % par rapport au mois de décembre l’année dernière », Renault réalisant pour sa part + 46% de ventes. La suppression de la prime à la casse, mise en place en 2008, laisse néanmoins prévoir une chute du marché qualifiée de « probable » par l’AFP. Mais le constructeur français promet de « s’adapter en 2011 ». Il n’a pas été invité à préciser si les 4 400 salariés encouragés au « départ volontaire » de l’entreprise entraient dans cette stratégie d’adaptation.

Le Comité des constructeurs français d’automobiles (CCFA) est venu, hier, confirmer les bons résultats des ventes 2010 : 2,25 millions de véhicules nouvellement immatriculés. 
À peine 2,2 % de moins qu’en 2009, l’année du record avec 2,27 millions de ventes neuves, le meilleur chiffre depuis 1990. C’est grâce à sa marque low cost Dacia que Renault voit ses immatriculations de véhicules neufs augmenter de 4,2 % en 2010, tandis que PSA Peugeot Citroën enregistre une légère baisse de 1,3 %, selon le CCFA, avec 728 825 voitures vendues. Dans le détail, on note – 5,3 % de ventes pour Citroën mais + 2,2 % pour Peugeot. La fin de la prime à la casse aura tout de même eu l’effet d’aubaine escompté pour PSA Peugeot Citroën qui affiche + 5,7 % de ventes en décembre 2010 par rapport à l’an dernier.

 Productivité et profits accrus

Philippe Martinez, secrétaire national de la Fédération des travailleurs de la métallurgie CGT, analyse ces chiffres en termes de pouvoir d’achat et d’emploi. « Cette prime a été une forme de coup de pouce au pouvoir d’achat qui a offert une possibilité de consommer, même si l’achat d’une voiture reste un acte important qui ne se renouvelle que tous les cinq ou dix ans. » La prime Juppé de 1995-1996 avait eu les mêmes effets ponctuels sur les ventes. « Au final, en février, nous aurons en main les bilans des groupes automobiles au titre de l’année 2010 et on s’apercevra  que cette distribution d’argent public n’aura pas généré d’emplois, mais qu’elle aura contribué à accroître la productivité et les profits. »
 Une manne publique qui profitera aux actionnaires aux dépens des emplois et des conditions de travail, c’est ce que déplore également Éric Pécqueur, délégué syndical CGT Toyota, à Onnaing, dans le Nord : « Cette prime est une solution à un coup dont la disparition, de fait, aura pour effet de réduire les ventes. » 
« Garantir des emplois stables et des salaires dignes », c’est là, pour le syndicaliste, qu’il faudrait « investir », pour produire des effets à long terme. « Toyota a réalisé 2,5 milliards de chiffre de bénéfices entre avril et octobre 2010. Dans le cadre des dernières négociations obligatoires nous avons obtenu la création de 100 emplois en CDI, d’ici à l’horizon 2012 », relate Éric Pécqueur. « 2012… La direction pense sans doute que d’ici là nous aurons oublié. »

Laurence Mauriaucourt

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