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5 janvier 2011 3 05 /01 /janvier /2011 10:46

Article de Marie-Noëlle Bertrand paru dans l'Humanité le 4 Janvier 2011

 

Coup de rabot sur le crédit d’impôt pour les bios

 

Adopté avant Noël, le projet de loi de finances divise par deux 
ce soutien accordé 
aux agriculteurs bio.

 

Àl’heure de prendre les bonnes résolutions, il peut être utile de rappeler qu’il en existe trois sortes. Celles que l’on tient, celle que l’on ne tient pas. Et celles que l’on ne tient pas longtemps. Proposée en 2007, effective depuis 2009, la hausse des crédits d’impôt accordés aux producteurs convertis à l’agriculture biologique n’aura pas survécu à l’année 2010. Ainsi en décide le projet de loi de finances 2011. Adopté au Sénat un peu avant Noël, il divise par deux le montant de la déduction fiscale accordée aux producteurs de bio, laquelle passe de 4 000 euros à 2 000 euros. Soit un retour direct à la case départ. Mieux que rien, relève le gouvernement alors que plusieurs parlementaires UMP demandaient sa suppression pure et simple, et qui modère l’impact de ce revirement : il sera compensé par les aides accordées par l’Europe, assure-t-il, cumulables dans la limite de 4 000 euros.

Trahison, estiment pour leur part les concernés, selon qui ce crédit avait justement pour mérite d’insuffler un semblant d’équité dans l’attribution de ces aides. Alors qu’elles étaient accordées forfaitairement à chaque exploitant bio, il était d’un apport d’autant plus essentiel que l’exploitation était petite, donc fragile. « Une logique euro-incompatible », souligne Dominique Marion, président de la Fédération nationale d’agriculture biologique (Fnab), qui rappelle que les aides européennes sont, quant à elles, distribuées au prorata de la surface des exploitations. De 100 euros pour un hectare de fruits céréales, elles tombent à 80 euros pour un hectare de prairie. « Un éleveur qui en possède vingt bénéficiait jusqu’alors d’un crédit d’impôt de 
4 000 euros. Dorénavant, il percevra 1 600 euros d’aides européennes, plus 2 000 euros de crédit d’impôt. » Soit une perte sèche de 400 euros, conclut Dominique Marion, selon qui les premiers à souffrir seront les apiculteurs et les petits maraîchers. Plus généralement, « en dessous de 50 hectares, aucun producteur ne s’y retrouvera », appuie Philippe Colin, porte-parole de la Confédération paysanne. Dans un communiqué commun, les organisations dénoncent le coup de canif porté à l’objectif lancé en 2007 (1) et repris par le Grenelle de l’environnement de tripler les surfaces cultivées en bio pour les porter à 6 % de la surface agricole française en 2012. « On ne les atteindra jamais », reprend Dominique Marion, rappelant qu’en 2009, seulement 2,6 % de la surface agricole française était consacrée à cette filière. Comble de tout, l’économie réalisée par le gouvernement sera dérisoire, note Philippe Colin. L’enveloppe initiale consacrée au crédit d’impôt s’élevait entre 17 et 25 millions d’euros. Dix fois moins que le soutien accordé par ce même PLF 2011 à la filière des agrocarburants. Vous avez dit chouchous ?

(1) Plan « Agriculture biologique : horizon 2012 ».

 

Marie-Noëlle Bertrand

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4 janvier 2011 2 04 /01 /janvier /2011 20:39

Article de Sébastien Crépel et Grégory Marin paru dans L'Humanité le 3 Janvier 2011

L’intox à une heure de grande écoute

 

Lors de ses vœux, le président de la République a une fois de plus fait preuve d’un rare mépris. Imputant le « sentiment d’injustice » 
à la seule crise économique, 
il appelle 
à la poursuite 
des réformes.

«Debout pour mieux fouler au pied la réalité », selon l’expression de Pierre Laurent, secrétaire national du PCF, Nicolas Sarkozy a « embelli son bilan », vendredi soir, devant des millions de téléspectateurs. Pour la première fois, un président de la République a transmis ses vœux debout, s’alignant sur la nouvelle mode des journaux télévisés, mais la modernité s’arrête là : « Poursuite et durcissement de sa politique régressive dans tous les domaines », déplore le PCF. Le porte-parole du Parti socialiste, Benoît Hamon, décèle un « manque de respect » du chef de l’État envers les Français. « Pour leurs aspirations », mais aussi « pour leur intelligence, quand le gouvernement s’est entêté à défendre une politique où se sont mélangés intérêt privé et intérêt général ».

 Mieux vendre son projet

« Je sais que 2012 sera un rendez-vous électoral de grande importance. Mais nous sommes en 2011, nous ne pouvons nous payer le luxe d’une année d’immobilisme préélectoral », a déclaré le président pour justifier la poursuite de réformes qui « commencent à porter leurs fruits » : retraites, universités, justice, etc., et bientôt installation de jurés populaires en correctionnelle, fin du bouclier fiscal (doublée de l’aménagement de l’ISF) et réforme de la dépendance. Le chef de l’État a promis de faire de 2011 une « année utile » et « porteuse d’espérance » malgré les difficultés économiques et sociales. Des « injustices » ressenties par des salariés « qui n’étaient en rien responsables de la crise » et qu’il affirme vouloir « protéger », aidé en cela par le « courage » des Français, « la force de notre économie » et les « avantages de notre modèle social » (sic).

Mais si Nicolas Sarkozy s’est attaché à donner un aspect présentable à son bilan, c’est pour mieux vendre son projet, maniant mensonges et contre-vérités. Nous en avons identifié sept, dont l’analyse relève incohérences et dangers.

 

 

Décryptage

 1. « Nos chercheurs se sont vus dotés de moyens financiers considérables grâce au grand emprunt. »

Les chercheurs seraient choyés par le gouvernement, selon Nicolas Sarkozy ? L’avis des intéressés est pourtant sensiblement différent. Dans un appel « à la résistance » publié le 22 novembre par l’intersyndicale de l’enseignement supérieur et de la recherche (FSU, CGT, Unsa, CFDT, Solidaires, Unef et les collectifs Sauvons l’université et Sauvons la recherche), ils dénoncent, avec le grand emprunt, « une nouvelle étape de destruction du système d’enseignement supérieur ». Au lieu d’augmenter le financement de l’ensemble des laboratoires, le gouvernement « met en place le grand emprunt avec l’objectif de concentrer les moyens de la recherche sur cinq à dix sites à visibilité internationale », rappelle le collectif de chercheurs. En clair, seuls quelques laboratoires bénéficieront de financements liés « aux intérêts du capital apporté par cet emprunt », tandis que le budget public des organismes de recherche est en baisse, entraînant une chute des crédits aux laboratoires de 15 %, rappelle l’intersyndicale.

2. « Plus de 5 millions de salariés ont effectué des heures supplémentaires entièrement défiscalisées (…), ce qui a permis 
de soutenir le pouvoir d’achat malgré la crise. »

 Si le nombre d’heures supplémentaires a augmenté en un an, leur nombre par salarié reste modeste : 10,2 au 2e trimestre 2010 pour les employés à temps complet des entreprises de plus de dix salariés, selon la Dares. Reste à mesurer leur impact dans le porte-monnaie. Or, si les revenus globaux ont progressé de 0,8 % au 4e trimestre, le pouvoir d’achat, lui, compte tenu de l’inflation, ne monte que de 0,4 %, selon la note de conjoncture de décembre de l’Insee. Si la consommation progresse (+ 0,9 % au 4e trimestre 2010), c’est notamment à cause de la forte hausse de la consommation automobile dans la perspective de la suppression de la prime à la casse en 2011. Un « contrecoup » est d’ailleurs attendu dès le premier semestre de cette année, selon l’Insee, avec une croissance de la consommation qui « se modérerait fortement » : seulement +0,1 %.

3. « Notre système de retraites a été mis à l’abri de la faillite inéluctable qui le guettait si nous n’avions rien fait. Ce sont les pensions de nos aînés qui ont été sauvées. »

 Contrairement à ce qu’avance Nicolas Sarkozy, le financement du système par répartition n’est pas réglé par la réforme votée cet automne, au contraire. D’ailleurs, le gouvernement a prévu d’ouvrir les négociations sur une réforme « systémique » en 2013. « Tout le monde sait que, dès 2018, le financement du système des retraites n’est pas assuré, et que l’achèvement définitif du système par répartition se prépare avec la mise en place de comptes de retraite par points », constatait le porte-parole des députés communistes, Roland Muzeau, dans notre édition du 12 novembre dernier. Quant au niveau des pensions, il baissera, pénalisant particulièrement les femmes aux carrières souvent incomplètes, sous l’effet conjugué du report de l’âge légal de départ à 62 ans, de l’allongement progressif de la durée de cotisation et de la décote instaurée pour les annuités manquantes.

4. Les Français « savaient bien que 
ce rendez-vous, pour douloureux qu’il fût, était inéluctable. Je veux rendre hommage à leur maturité 
et à leur intelligence collective ».

 Sans doute beaucoup de Français estimaient qu’une réforme des retraites était indispensable, mais à condition que celle-ci soit juste et équitable… ce qu’ils ne pensaient pas de celle de Nicolas Sarkozy. Les sondages effectués durant le conflit de cet automne l’ont amplement démontré : jamais le soutien à un mouvement social n’a été aussi fort ces dernières décennies. Le 14 octobre 2010, interrogés par l’Ifop pour l’Humanité, un mois après le vote de la réforme en première lecture par les députés, 69 % des sondés continuaient ainsi de réclamer que le gouvernement « engage une discussion pour élaborer un autre projet de réforme des retraites ». Les 20 et 21 octobre, veille du vote au Sénat, même jugement pour BVA à la demande de Canal + : 69 % des Français déclaraient soutenir le mouvement. La « maturité » et l’« intelligence collective » n’étaient décidément pas du côté du gouvernement.

5. « Je me suis toujours battu 
pour la protection de notre industrie, la réciprocité 
et la fin de la naïveté dans 
les discussions commerciales. »

 Le combat de Nicolas Sarkozy pour la protection de l’industrie, les salariés de l’usine sidérurgique de Gandrange, en Moselle, s’en souviennent encore. Un monument de promesses non tenues, qui a révélé à lui seul l’imposture sarkozyste en matière de volontarisme économique. « L’État préfère investir pour moderniser le site plutôt que payer de l’argent pour accompagner des gens soit en préretraite, soit au chômage. Je suis donc venu vous dire (…) que nous sommes prêts à mettre de l’argent pour faire les investissements qui auraient dû être faits depuis longtemps sur le site et qui n’ont pas été faits », déclarait-il aux ouvriers du site, le 4 février 2008, promettant même de revenir sur les lieux leur annoncer « la solution qu’on aura trouvée » pour maintenir l’activité et l’emploi. Quelques semaines plus tard, Nicolas Sarkozy se rétractera, laissant fermer l’usine par son repreneur, l’industriel indien Lakshmi Mittal. Bel exemple de réciprocité et d’absence de naïveté dans les « discussions commerciales ».

6. « Il nous faut continuer inlassablement à renforcer nos atouts et à effacer nos points faibles en étant plus compétitifs. »

Pas assez compétitifs, les Français ? À regarder

le tableau de bord 2010 de l’attractivité de la France, édité par le ministère de l’Économie, de l’Industrie et de l’Emploi, la délégation interministérielle à l’aménagement du territoire et à l’attractivité régionale (Datar), le Centre d’analyse stratégique (CAS) et l’Agence française pour les investissements internationaux (AFII), la France présente pourtant de beaux atouts. « La France est un acteur de premier rang de l’investissement international », y lit-on (p. 9). « Économie particulièrement attractive, la France s’est maintenue depuis le début de la crise économique parmi les premiers pays d’accueil des investissements directs étrangers » (p. 14). Elle est « le premier pays d’accueil de l’investissement direct étranger en Europe, et le troisième au monde, derrière les États-Unis et la Chine ». On y apprend aussi qu’elle se situe devant les États-Unis et l’Allemagne pour le pourcentage des 25-34 ans ayant atteint un niveau d’éducation supérieure (p. 11), et qu’elle « affiche une des plus fortes productivités du travail, que celle-ci soit mesurée par personne employée ou par heure travaillée » (p. 29)…

7. « Les pays qui ont voulu vivre 
au-dessus de leurs moyens 
sans penser aux lendemains 
ont été lourdement sanctionnés. »

 Pour ne pas connaître le même sort que la Grèce, l’Irlande ou le Portugal, la France serait obligée de réduire ses « dépenses publiques », a déclaré le chef de l’État. Mais si des États européens ont été précipités dans une quasi-faillite, ce n’est pas la faute des fonctionnaires ou des prestations sociales, mais des aides gigantesques accordées aux banques pour les sauver de la faillite. Quant aux ménages, c’est au contraire l’insuffisance de leurs revenus qui les a jetés dans la spirale de surendettements qui ont grossi les profits des banques… jusqu’à l’effondrement du système. Dans notre édition du 28 décembre, Paul Jorion, docteur de l’Université libre de Bruxelles, rappelait le mécanisme de la crise : « En 2008, le château de cartes du crédit s’est écroulé. Les États se sont surendettés pour renflouer les banques, leurs rentrées ont baissé du fait de la récession, le taux exigé sur leur dette par le marché des capitaux a grimpé (…). La Grèce a crié au secours la première. Puis l’Irlande, dont le secteur bancaire réclame un soutien abyssal : pas moins de 32 % du PIB de cette petite nation pour 2010 »…

Grégory Marin et Sébastien Crépel

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4 janvier 2011 2 04 /01 /janvier /2011 20:30

Article de Pierre Duquesne, paru dans l'Humanité le 3 Janvier 2011

 

"Le travail dans tous ses états"

Près de deux millions de salariés sont en situation d’illettrisme

 

Sept personnes sur dix ayant des difficultés à lire, écrire et compter participent chaque jour à la production de richesses. Pour briser ce tabou, le Conseil d’orientation 
économique veut faire de la lutte contre l’illettrisme une grande cause nationale pour 2012.

 

Elle a perdu son écriture. Carla (1), après un CAP obtenu à 15 ans, a enchaîné les missions de ménage et de propreté jusqu’à ses 20 ans. Dans cet emploi où les tâches sont souvent silencieuses et où l’on devient rapidement invisible, son niveau de langage, rarement sollicité, a régressé. « Même à l’oral, elle avait des difficultés à construire ses phrases », se souvient la formatrice Lamia Allal, qui confirme que l’on peut désapprendre à lire et à écrire.

Fait méconnu, l’illettrisme dans le monde du travail est un fléau 
largement répandu. 57 % des 3 100 000 personnes de 18 à 65 ans en situation d’illettrisme occupent un emploi, révèle un rapport du Conseil d’orientation pour l’emploi rendu fin novembre. Contrairement à certaines idées reçues, les difficultés à écrire, à lire ou à faire des calculs ne concernent pas seulement la population inactive, les immigrés ou les plus défavorisés. Les travailleurs illettrés sont particulièrement vulnérables face à un marché du travail de plus en plus sélectif, et risquent de voir leur accès à l’emploi ou leur évolution professionnelle compromis.

Aujourd’hui, l’écrit est devenu incontournable, y compris pour les emplois non qualifiés, explique 
Hervé Fernandez, secrétaire général de l’Agence nationale de lutte contre l’illettrisme (ANLCI) : « L’organisation du travail a complètement changé : le travail en équipe se transforme et les entreprises exigent des salariés autonomes et polyvalents. Les agents de propreté doivent, par exemple, faire des comptes rendus de leurs journées de travail. Les chauffeurs livreurs effectuent le contrôle de leurs stocks via des outils informatiques. Et les entreprises sont de plus en plus soumises à des certifications imposant des normes et des procédures. »

Les difficultés liées à des situations d’illettrisme ne sont pas uniquement l’apanage des cols bleus. Une comptable, avec un statut de cadre, est aussi venue voir Lamia Allal, « devant l’impossibilité pour elle de remplir les formulaires des entretiens annuels d’évaluation ». Après avoir commencé au rayon frais, Hervé a été promu, à force de mérite et d’expérience, responsable des achats d’un supermarché. Pour mener ses nouvelles missions de management et d’encadrement de son équipe, l’appui de sa secrétaire ne suffisait plus pour compenser ses lacunes en expression écrite.

Devant cet enjeu stratégique pour la marche des entreprises, certaines d’entre elles commencent à se mobiliser. Le bailleur social ICF a proposé une remise à niveau à ses gardiens d’immeuble à qui il incombe dorénavant la charge de compléter les états des lieux entrants et sortants des logements HLM. Le groupe Accor a intégré dans son plan de formation la lutte contre l’illettrisme : dès les premiers jours de janvier, 140 salariés d’Île-de-France suivront le programme Hôtel à la lettre. « C’est du gagnant-gagnant, indique-t-on aux ressources humaines de ce grand groupe hôtelier. D’une part, cela renforce la confiance des collaborateurs et améliore le quotidien de travail de ceux, par exemple, qui travaillent dans les étages. D’autre part, cela facilite la communication et le passage des consignes. »

Cette lente prise de conscience est aussi facilitée par l’évolution de la jurisprudence. Dans un arrêt du 2 mars 2010, la Cour de cassation a donné raison à quatre salariés qui avaient protesté contre leur manque d’évolution dans l’entreprise alors « qu’aucune formation ne leur avait été proposée, notamment pour combattre leur illettrisme ». Elle constitue, pour la chambre sociale, une violation « par l’entreprise de son obligation de veiller au maintien des capacités professionnelles du salarié ». Depuis une dizaine d’années, des accords nationaux interprofessionnels sur la formation professionnelle et des dispositifs législatifs ont incité les employeurs à s’emparer de la question de la lutte contre l’illettrisme.

Cette montée en charge est saluée par le rapport du Conseil d’orientation économique (COE), qui précise néanmoins « qu’il n’existe aujourd’hui ni obligation explicite de lutter contre l’illettrisme ni dispositif de détection automatique ».

Quant à l’offre de formation, elle reste bien faible : d’après 
l’ANLCI, 21 000 salariés ont bénéficié de mesures de remédiation en trois ans, en partenariat avec les organismes paritaires collecteurs agréés. « Non négligeable, ce chiffre reste en deçà des enjeux des quelque deux millions de salariés en situation d’illettrisme », note le rapport.

« Les efforts accomplis jusqu’ici s’apparentent à écoper une voie d’eau avec une petite cuiller », s’est émue Marie-Claire Carrère-Gée, la présidente du COE, qui a demandé au premier ministre « de faire de la lutte contre l’illettrisme une grande cause nationale en 2012 ». Une telle campagne « aidera à déculpabiliser » les personnes illettrées qui aujourd’hui « n’osent pas en parler, par honte, 
ou par peur d’être fragilisées dans leur emploi ».

Le COE propose aussi la mise en place d’un comité de pilotage au niveau national. En effet, certains secteurs comme la propreté sont depuis longtemps en pointe sur ces questions. D’autres, en revanche, sont particulièrement inactifs, comme la fonction publique territoriale. Autre bataille à mener au niveau des entreprises : faire figurer des actions de lutte contre l’illettrisme dans le bilan social de l’entreprise.

Mais la proposition numéro 1 reste la proclamation d’un droit pour chaque citoyen « d’acquérir et d’entretenir tout au long de la vie des savoirs fondamentaux, c’est-à-dire savoir lire, écrire, compter ». Ce 
serait une garantie que la lutte 
contre l’illettrisme ne soit plus réduite à la seule scolarité.

 

(1) Les noms ont été changés.

Pierre Duquesne

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4 janvier 2011 2 04 /01 /janvier /2011 20:06

Le billet de Maurice Ulrich  paru dans L'Humanité le 3 Janvier 2011

Honneurs

 

 

Zut. Personne de l’Huma dans la promotion du 31 décembre de 
la Légion d’honneur. C’est qu’il y faut de grands mérites comme avec Patrice de Maistre, par exemple, le gestionnaire de biens de Mme Bettencourt. Lesquels mérites furent reconnus par Éric Woerth. C’est dire. Donc, dans cette promotion, plusieurs noms dignes d’être distingués. Fadela Amara : c’est la moindre des choses et si ça peut consoler Christine Boutin, en raison, pense-t-elle, « des propositions que j’ai pu faire dans mon rapport sur la mondialisation ». Rapport pour lequel elle touchait 9 500 euros par mois, avant d’y renoncer quand cela se sut. Ruban contre salaire, c’est honnête. Sinon, promu à la dignité de grand-croix, s’il vous plaît, Marc Ladreit de Lacharrière, membre il est vrai de l’Académie des beaux-arts, mais aussi administrateur des groupes Casino, Renault, L’Oréal, classé parmi les milliardaires français et premier dirigeant de Ficht Raftings, l’une des premières agences 
de notation des marchés financiers. Voilà quelqu’un qui vaut bien sa croix.

Maurice Ulrich

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4 janvier 2011 2 04 /01 /janvier /2011 20:00

Article de Frédéric Durand, paru dans L'Humanité,  le 3 Janvier 2011

57 journalistes ont perdu la vie en 2010

 

Si le bilan annuel de Reporters sans frontières fait apparaître une baisse sensible du nombre de décès de journalistes, il révèle une recrudescence inquiétante des enlèvements.

 

Les journalistes deviennent de plus en plus souvent une monnaie d’échange. C’est le constat établi par Reporters sans frontières (RSF) à l’issue de son bilan 2010. Ainsi, le nombre de professionnels tués dans leur travail s’est-il réduit de 25 % en un an (57 en 2010 contre 76 en 2009) pendant que les enlèvements augmentent chaque année (+55 % en 2010). « Les kidnappings permettent aux ravisseurs de financer leurs activités criminelles, de faire plier les gouvernements à leurs revendications et de diffuser un message auprès de l’opinion publique », explique RSF.

La détention d’Hervé Ghesquière, Stéphane Taponier, journalistes à France Télévisions, et leurs trois accompagnateurs afghans, depuis le 29 décembre 2009, est la plus longue de l’histoire du journalisme français depuis la fin des années 1980, détaille le rapport. Mafias et milices de tout poil sont les premières responsables des assassinats de journalistes dans le monde. Pakistan, Irak et Mexique, où l’ultraviolence liée aux narcotrafics ne faiblit pas, sont les trois pays les plus dangereux pour les reporters. Si l’Europe est le continent où leur vie est le moins en danger (deux assassinats recensés en 2010, en Grèce et en Lettonie), c’est aussi l’une des régions du monde où les journalistes sont le plus agressés et menacés (24,5 % des menaces et agressions).

Entre la mort et l’exil

Autre évolution constatée, la violence à l’égard des médias fait tâche d’huile et aucune région du monde n’est aujourd’hui épargnée. Des journalistes ont été tués en 2010 dans 25 pays différents. Les coupables, de plus en plus difficilement identifiables, jouissent le plus souvent d’une totale impunité.

Les nouveaux médias diffusés par Internet ne sont pas en reste. Plus difficiles à censurer, ils sont devenus la cible de « cyberattaques », lorsque ce ne sont pas leurs animateurs qui sont agressés ou arrêtés. 152 blogueurs et « Net-citoyens » ont été incarcérés en 2010, révèle le rapport de RSF qui précise que « les pressions sur les blogueurs et la censure du Net se banalisent. Le filtrage n’est plus tabou. La censure prend de nouvelles formes : propagande en ligne plus agressive et recours de plus en plus fréquent aux cyberattaques comme moyen de réduire au silence les internautes trop gênants ».

Enfin l’exil devient parfois le dernier recours. 127 journalistes, provenant de 23 pays, se sont vu contraints de quitter le sol natal en 2010. RSF dénombre en outre 62 pays recourant à la censure et 504 médias qui en sont victimes.

Jeudi dernier, Emine Demir, ancienne rédactrice d’un quotidien kurde, a été condamnée à 138 ans de prison par les autorités turques pour « propagande en faveur des rebelles kurdes ».

Frédéric Durand

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2 janvier 2011 7 02 /01 /janvier /2011 15:35

Tribune parue dans l'Humanité le 31 Décembre 2010

 

 

Pourquoi faudrait-il que le candidat

à la présidentielle soit forcément issu du pc ?

On a peur ! Mais de qui ? De quoi ?

Par Brigitte Dionnet, Membre du Conseil National du PCF.

 

 

Pourquoi sommes-nous au PCF, pourquoi nous battons-nous ? Faut-il exister pour nous-mêmes ou pour être utiles au peuple à changer la société ? Nous avons fait des choix correspondant au deuxième terme de l’alternative et initié et impulsé un Front de gauche pouvant être porteur d’espoir et donc de mobilisation. En assumant ce choix, en nous montrant offensifs pour le faire vivre, nous pouvons aller loin. Franchement est-ce « pire » de s’allier avec le PG aujourd’hui que de s’être allié avec Blum en 1936 ou de participer à un gouvernement avec de Gaulle en 1945 ! Cela a-t-il empêché le peuple de France d’avoir des conquêtes formidables, cela a-t-il empêché le PCF d’être fort ? Pourtant les divergences avec la SFIO ou la droite de Gaulle étaient patentes. Alors, la différence aujourd’hui vient peut-être du manque de confiance en nous, en nos idées, en notre combat et nos objectifs. On a peur ! Mais de qui ? De quoi ? Si c’est de la confrontation avec d’autres, du débat avec des femmes et des hommes qui nous entourent sans partager nos points de vue, alors mieux vaut se transformer en secte on sera bien au chaud entre nous sans enquiquineur ! Et pire, si l’on a peur de faire peur à des adhérents, alors on a peur de nous-mêmes. Voulons-nous cet avenir ? Je ne m’y résigne pas.

Ce n’est que dans et par la contradiction exprimée et débattue qu’il est possible d’avancer. La peur de fâcher ou de se fâcher ne conduit qu’à gérer l’existant et non à tracer une perspective de développement. La crainte et la frilosité sont les pires ennemies de la créativité, de l’envie de se mobiliser. À force de devoir se montrer « raisonnable », à force de craindre l’ombre des autres, on en arrive à avoir peur de sa propre ombre. Or moi, j’ai encore envie de changer le monde, encore envie de transformer les rapports humains, de bouter toute once de domination, tout pouvoir de coercition, toute injustice où qu’elle se niche. C’est d’abord cela qui fonde mon engagement resté intact depuis que j’ai choisi le PCF en 1969 pour lui donner une dimension politique. Laissons aux oubliettes une conception du parti étroite, triste, mortifère. Pourquoi est-ce dangereux de défendre un centre IVG sans avoir d’autre souci que celui de défendre le droit des femmes ? Pourquoi est ce dangereux de parler de partage des richesses alors que la justice l’exige ? Et pourquoi faudrait–il que le candidat qui va mobiliser les communistes à la présidentielle soit forcément issu de leurs rangs. Claude Mazauric l’a très bien dit dans sa tribune (17/12). Aucune démonstration n’est faite de cette nécessité. Ni pour pérenniser l’existence d’un PCF utile au peuple ni pour réussir à battre la droite et Sarkozy en 2012, ni pour promouvoir une politique de gauche capable de répondre aux attentes populaires. Tout montre qu’aujourd’hui le doute, la peur, la division conduisent à la victoire de la droite car cela porte des valeurs de droite. La gauche c’est le rassemblement, l’espoir, le rêve même – on parle d’utopie quand on parle des Lumières et de 1789. Le moteur de sa victoire réside dans l’ambition affichée, la grandeur de vue, la hauteur des ambitions et l’envie d’union, de partage. Avec un projet capable de porter tout cela et certainement pas en proposant la défense d’une chapelle contre une autre. N’est-ce pas à ce prix qu’une dynamique pourra exister en 2012 avec une victoire de la gauche dans laquelle notre groupe à l’Assemblée nationale sortira renforcé. C’est possible, il faut déjà le vouloir. Alors soyons audacieux, « allons au devant du matin » !

Brigitte Dionnet

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2 janvier 2011 7 02 /01 /janvier /2011 15:16

Article de Cécile Rousseau, paru dans l'Humanité,  31 Décembre 2010

La restauration rapide, tendance haut de gamme

 

Les restaurants rapides de luxe, avec leurs produits de qualité et leur ambiance feutrée, poussent comme des champignons dans les grandes villes de France.

 

«J’adore le jambon-beurre quand il est bon, quand le jambon à l’os est de la meilleure qualité, c’est extraordinaire ! » Si le chef Guy Martin, étoilé au Guide Michelin, s’extasie sur le sandwich parisien sur le site Internet du Bon Marché, c’est qu’il a ouvert en 2008 deux snacks Miyou, qui signifie beau et bon en japonais, au second étage du Bon Marché et à l’aéroport de Roissy. Dans ce lieu feutré, incarnation de l’hédonisme version rive gauche, vous pouvez consommer la roll’s du sandwich au foie gras ou un wrap avec des fraises dans une ambiance zen. Des produits frais, cuisinés sur place par des mains expertes... Depuis quelques années, les grands chefs prennent le virage du fast-food. Le précurseur est Alain Ducasse, associé avec la famille Westermann en 2002, qui a lancé l’enseigne Be. En 2008, Marc Veyrat s’est mis à la confection des petits pains en ouvrant le Cozna Vera, à Annecy. Et Paul Bocuse cartonne à Lyon avec ses deux snacks Ouest-Express. Dans tous les cas, comptez au moins 10 euros pour être rassasié. Un peu plus cher que les enseignes classiques. Cette tendance s’explique aisément pour Patrick Rambourg, historien de la cuisine, auteur d’Histoire de la cuisine et de la gastronomie française. « Il ne faut pas se leurrer, c’est aussi pour renflouer leurs restaurants 
3 étoiles. Les chefs ne font pas beaucoup de marge, la restauration rapide est plus rentable. » Du beurre dans les épinards, puisqu’en 2009, la restauration sur le pouce a passé le cap des 30 milliards d’euros de chiffre d’affaires, selon le cabinet d’étude Gira Conseil.

Quick et McDonald’s veulent aussi surfer sur cette mode. L’enseigne américaine a revu sa déco et installé des petits espaces cosy pour prendre le café. Pour les fêtes de fin d’année, Quick rend chic son hamburger en y ajoutant une tranche de foie gras. Une « gastronomie » de la restauration rapide est-elle en train de se mijoter en cuisine ? Pas pour Patrick Rambourg qui récuse ce terme : « Cela correspond à une évolution de la société qu’on constate depuis un petit moment. Il y a une tendance à la réhabilitation de cette restauration, à décoller cette mauvaise image, injustifiée, de malbouffe, ce côté populaire, voire de pauvreté. L’image des grands chefs y contribue. » Dans leur démarche, ces derniers ont plus trouvé l’inspiration dans la cuisine de rue, très présente dans les pays du Maghreb ou d’Asie, que dans le débarquement du hamburger made in USA dans les années soixante-dix - quatre-vingt.

Entre démocratisation de produits de qualité pour les plus modestes et repli hédoniste pour les bobos parisiens qui découvrent le déjeuner sur le pouce selon leurs critères haut de gamme, le fast-food de luxe hésite. Pourtant, cette image cheap de la restauration rapide n’est pas historique. Au XVIe siècle, « les charcutiers servaient le menu peuple mais aussi les saucisses aux bourgeois. Il n’y avait pas de rupture entre les groupes sociaux », analyse Patrick Rambourg. Au XIXe siècle, cette cuisine de rue disparaît des paysages urbains. Avant de revenir en force ces 30 dernières années, avec la réduction de temps de la pause déjeuner (31 minutes de nos jours). Si l’image de marque des chefs redore le blason de la restauration rapide, elle ne suffit pas à considérer la « gastronomie » du fast-food, comme une nouvelle exception culinaire française.

Cécile Rousseau

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31 décembre 2010 5 31 /12 /décembre /2010 11:48

Papier de Sébastien Crépel paru dans L'Humanité, le vendredi 31 décembre 2010

 

 

"Il faut utiliser les mots.

En Seine-Saint-Denis,

 nous sommes en guerre"

 

Christian Lambert,

préfet de la Seine-Saint-Denis

Le préfet de la Seine-Saint-denis souffre d'une grosse lacune, malheureusement incompatible avec sa fonction : il semble ignorer que le département dans lequel il est le représentant de l'Etat n'est pas un territoire étranger où stationne une armée en campagne. Bobigny n'est ni Kaboul ni Bagdad, même si Christian Lambert aimerait le (faire) croire. En fait, Nicolas Sarkozy a nommé un homme à son image. La voix de son maître, en quelque sorte. Verbe haut et agressif, déclarations provocatrices, voire insultantes pour les habitants... mais pour quels résultats à mettre à l'actif de Nicolas Sarkozy?

Petit rappel à ce sujet : selon l'Observatoire national de la délinquance , en 2008, les destructions et dégradations avaient progressé de près de 2% en un an dans ce département, les violences physiques de 3,2% et les violences sexuelles de plus de 6,4%. Quant aux infractions sur les stupéfiants, le bond était de 14%. Cela n'a pas empêché Nicolas Sarkozy de fustiger "les conséquences de plusieurs décennies de renoncement et de laxisme, je pense notamment aux mineurs délinquants. Ce temps est révolu. Nous devons harceler les délinquants qu'ils soient grands caïds ou petits dealers", déclarait-il le 20 avril dernier, à Bobigny, lors de la prise de fonctions de Christian Lambert. Mais de quel laxisme Nicolas Sarkozy parte-t-il? N'était-ce pas un certain... NIcolas Sarkozy qui était ministre de l'Intérieur, de 2002 à 2004, puis de 2005 à 2007, et qui en a profité pour supprimer la police de proximité?

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29 décembre 2010 3 29 /12 /décembre /2010 13:17

 

 

Comment madame MEDEF a fait exploser

 

 le chômage des seniors en 5 ans

 

Par Gérard Filoche, inspecteur du travail. Tribune parue dans l'Humanité Dimanche, 9 au 15 décembre 2010.

 

Laurence Parisot n'est jamais à court d'idées sur le travail des seniors. Elle qui propose aux syndicats une négociation sur le sujet en a soufflé beaucoup aux oreilles du gouvernement depuis 5 ans. Résultat : depuis 2008, le chômage des seniors a crû d'environ 20%. Et la situation va encore se dégrader avec la loi sur les retraites dont madame MEDEF se présente volontiers comme la marraine. Explications.

 

 

"Relevons l'âge de la retraite, cela entraînera une hausse d'activité des seniors", voilà ce que se plaisait à dire Laurence Parisot, la "marraine" (elle se présente volontiers ainsi) de la loi Sarkozy-Fillon-Woerth contre nos retraites. La chef du MEDEF est une fougueuse du travail des seniors, voilà cinq qu'elle s'y attache et ne cesse de faire passer des mesures en ce sens. Son rêve, "c'est qu'à 55 ans commence une nouvelle vie professionnelle" pour mettre fin au "faible taux d'activité des seniors en France", fruit, selon elle, "d'une complicité tacite nouée depuis 30 ans entre l'Etat, le patronat et les syndicats". Elle prétend imiter les autres pays européens et y parvenir en repoussant l'âge de la retraite : "Commençons  par aller à 62, 63 ans; puis 65 ans dans 10 ans". Elle couvre même cela du prétexte de la lutte contre la discrimination. "Cessons de penser qu'être senior est un handicap. Pour ma part, je refuse de croire que la discrimination soit une politique menée par les entreprises". C'est pour cela qu'elle est favorable à la retraite à la carte, individualisée par points : "Il faut se donner les moyens d'allonger la durée de vie au travail des seniors, même après l'âge légal de la retraite".

On rappellera qu'en 2005-2006, elle avait soutenu, dans une loi Villepin d'avril 2006, le CDE : "Le contrat dernière embauche". Il s'agissait d'autoriser des salariés au chômage à plus de 57 ans à pouvoir faire deux CDD de 18 mois de suite... Ce fut un spectaculaire échec : il y eut moins de 40 CDD de ce type dans l'année qui suivit.

Parisot fit supprimer l'amendement Delalande avec un argument audacieusement à contre-pied : alors que Delalande taxait de façon progressive les entreprises qui licenciaient les cinquantenaires, elle affirma que, pour facilter leur embauche, il fallait faciliter leur licenciement. Aussitôt fait, les licenciements furent facilités... sans embauche. Grâce à elle, le taux des seniors chômeurs augmenta aussitôt.

Parisot poussa aussi à la suppression du droit pour les chômeurs de plus de 57 ans d'être déchargés de l'obligation de pointer à Pôle emploi sous prétexte que, comme disait Christine Lagarde, "qu'à 57 ans, ils n'étaient pas "fichus". Le seul résultat fut d'augmenter le nombre de seniors en fin de droits.

Parisot poussa à des "accords" d'entreprise en faveur de l'emploi des seniors. Le gouvernement imposa que de tels accords soient signés dans toutes les entreprises de plus de 1000 salariés avant le 1er janvier 2010, sous peine d'une taxation de 1% de la masse salariale. Par exemple, l'IUC (union des industries chimiques) a tenu, par accord, à se fixer comme objectif d'augmenter de 5% le nombre de salariés de 55 ans et plus d'ici fin 2012. Ce fut un beau cas d'interventionnisme étatique : mais Parisot veilla à ce que le contenu des accords ne soit pas contraignant et à ce que les sanctions pécuniaires éventuelles ne soient pas appliquées. Résultat : les entreprises (Rhodia, EGF, LCL...) signèrent les accords avec les syndicats, mais n'en respectèrent ni la lettre ni l'esprit.

Préférant "une évolution dans la management des ressources humaines", Parisot refusa "d'imposer aux entreprises un système de bonus-malus pour stimuler les taux d'emploi des seniors" : "Faire partir des seniors, c'est perdre du savoir-faire, c'est passer à côté de transmissions de compétences extrêmement précieuses (...). Pour autant, je trouve que, surtout en ce moment, il n'est pas normal d'appliquer des sanctions financières aux entreprises qui ne parviennent pas à s'ajuster".

Cette absence de sanction a permis aux entreprises de continuer à licencier à partir de 55 ans.

Parrallèlement, Parisot a poussé Wauquiez à mener campagne contre les préretraites : "En fermant le robinet des préretraites financées par l'Etat, nous avons mis fin à cette machine de ségrégation envers les seniors" (sic).

Du coup, la régie Renault vient de financer... son propre plan de préretraites et propose des départs anticipés à 57 ans pour "pénibilité" à 3000 salariés : ce qu'il y a de bien avec les actionnaires, c'est qu'ils sont sans vergogne - comme Laurence Parisot -, ils se moquent de la réalité et de nous. Car tout cela n'est que propagande et fumée : nous en sommes à 60% de seniors sans travail entre 55 et 60 ans. Deux salariés sur trois sont licenciés, inaptes, malades ou chômeurs avant 60 ans ! Si bien que, dans la vie réelle, la moyenne d'annuités cotisées pour les retraites n'a pas augmenté depuis Balladur (1993) et Fillon (2003) : au lieu de passer de 37,5 annuités vers 40 annuités, elle s'est abaissée à 36,5 annuités ! Prétendre imposer 41,5 annuités de cotisations en 2012 est devenue une escroquerie. Dans les deux années écoulées, il y a même une progression considérable du chômge senior : de 17,5% à 21% de chômeurs en plus.

Et, contrairement à ce qui est dit, c'est pareil en Enrope : L'Allemagne vient de constater que seulement 21,5% des salariés de plus de 60 ans étaient encore au travail ce qui remet en question le projet de passer à la retraite à 67 ans tel qu'il est prévu pour 2029 (Nous, c'est prévu en 2018 !)

Alors quel est le sens d'une "négociation sur les seniors", comme le propose Laurence Parisot en pareille situation? La seule négociation sérieuse, c'est d'en revenir au réel et au droit à la retraite à 60 ans, avec des mesures d'âge à 55 ans dans tous les métiers pénibles physiquement et mentalement.

Toute la propagande MEDEF-gouvernement part en fumée ! Exite le discours Parisot-Sarkozy.

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28 décembre 2010 2 28 /12 /décembre /2010 18:58

Article de Lionel Decottignies, paru dans L'Humanité, le 23 Décembre 2010

HLM : ces maires hors la loi !

 

Depuis 2000, la loi SRU contraint les municipalités de plus de 3 500 habitants à disposer de 20 % de logements sociaux. À droite, nombre d’élus préfèrent payer une sanction financière plutôt que de voir pousser des HLM sur leurs communes.

 

«Ne rien laisser passer. Aller partout. Défendre le respect de la loi et de l’État de droit partout », exhortait, en septembre 2003, lors des rencontres de la sécurité, le ministre de l’Intérieur d’alors. Un dénommé… Nicolas Sarkozy. Devenu président de la République, force est de constater que l’intransigeance d’hier ne vaut pas, aujourd’hui, pour les élus qui ne respectent pas la loi. Dix ans après l’adoption de la loi du 13 décembre 2000 relative à la solidarité et au renouvellement urbains dite SRU, qui impose un quota de 20 % de logements sociaux aux communes de plus de 3 500 habitants, nombre de maires bafouent leurs obligations. Rechignant à construire alors que 10 millions de personnes sont touchées par la crise du logement, selon le rapport 2010 de la Fondation Abbé-Pierre, certains édiles locaux portés par des logiques électoralistes s’en exonèrent, préférant payer une amende aux frais de leurs administrés. Et le gouvernement de ne piper mot. À peine Benoist Apparu, secrétaire d’État au Logement, a-t-il évoqué, hier, devant l’Assemblée nationale les « 75 millions d’euros de sanctions financières » collectés. Un montant qui devrait être « redistribué pour construire des logements sociaux », a-t-il promis. Quid des hors-la loi ?

Dix après donc, d’après les calculs de la Fondation Abbé-Pierre, sur les 730 villes concernées, « 45 % des communes assujetties, soit 325 en tout, ne respectent pas la loi ». Parmi ces dernières, « 239 ont fait l’objet d’un constat de carence mais seulement 168 ont été sanctionnées par les préfets », déplore par ailleurs l’association. Le hasard n’ayant pas de place en politique, les communes gérées par la droite figurent au premier rang des réfractaires. Pêle-mêle, on dénombre Cagnes-sur-Mer (Alpes-Maritimes), avec 5,6 % de logements sociaux, Biarritz (Pyrénées-Atlantiques) avec 7,5 %, ou encore les communes val-de-marnaises de Saint-Maur-des-Fossés et Le Perreux-sur-Marne, 6,5 % et 8,1 % de logements sociaux. Comme un symbole idéologique, certains élus ont fait de la violation de la loi SRU un fonds de commerce et de son démantèlement un objectif politique. En mars 2000, le député du Val-de-Marne Gilles Carrez dénonçait « un texte dangereux pour la qualité de vie et d’habitat des Français », quand Éric Raoult, maire du Raincy (Seine-Saint-Denis), évoquait « une loi idiote et coûteuse ». Dans les Hauts-de-Seine, département le plus riche de France hormis Paris, dont l’exemple le plus saillant parmi les quatorze communes délinquantes est Neuilly-sur-Seine, avec 3,6 % d’habitat social, la droite mène depuis dix ans la fronde. En 2006, Patrick Ollier, alors député maire de Rueil-Malmaison et désormais ministre chargé des relations avec le Parlement, proposait d’inclure les logements en accession à la propriété dans le quota de 20 %. Objectif : amoindrir la quote-part de logements sociaux. Quelques mois plus tard, il récidivera avec un nouvel amendement contre ce quota.

 Empêcher la moindre construction

Le maire de Neuilly-sur-Seine, Jean-Christophe Fromantin a déposé mardi dernier un recours contentieux contre l’État devant le tribunal administratif de Cergy-Pontoise (Val-d’Oise) afin de revoir à la baisse les objectifs fixés par la loi pour sa ville. Le maire prétextant « des objectifs de constructions inatteignables » dans sa commune. À Paris, dans le très huppé 16e arrondissement, qui compte seulement 2,5 % de logements sociaux, sous couvert de protéger des espaces verts, la droite soutenue par les Verts et des résidents mène depuis des années une véritable guerre juridique pour empêcher la moindre construction.

Le gouvernement se fait le complice des élus récalcitrants. Plus largement, l’État se livre depuis des années à une attaque en règle contre l’habitat social : diminution drastique des aides à la pierre et à la construction, ponction prévue d’un milliard sur les budgets des offices HLM, réforme des collectivités territoriales qui va asphyxier les budgets des communes et départements, loi Boutin de 2008 remettant en cause la mixité dans les logements HLM, encouragement à la construction privée. À gauche, le PCF comme le PS réclament davantage de sanctions dissuasives concernant les maires hors la loi ainsi que des moyens et une politique du logement volontariste.

Lionel Decottignies

 

 

Un commentaire : Pourquoi ne pas sanctionner ces maires, non pas financièrement, mais en leur refusant la possibilité de se présenter à la moindre élection pendant une période relativement longue , comme le proposait Marie-Georges Buffet quand elle était encore secrétaire du Parti communiste français?

Frédéric SEAUX

 

Et vous, qu'en pensez-vous?

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  • : il s'agit d'un blog sur lequel paraissent certains de mes articles publiés dans le quotidien l'Humanité et les deux hebdomadaires, La Terre et l'Humanité Dimanche. J'utilise également ce blog comme moyen d'expression sur des sujets d'actualité que je ne traite pas directement à travers mes articles. Rendez-vous également sur le blog de la maison d'édition que j'ai créée : http://editionscogitoergosum.over-blog.com
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