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20 novembre 2009 5 20 /11 /novembre /2009 23:38

 « La situation des enfants en France est très préoccupante ».

 

 

Robert Pagès, ancien sénateur communiste, revient sur la journée des droits de l’enfant qui fête ses 13 ans cette année, dont il fut le rapporteur et premier signataire de la loi votée par le parlement en 1996.

 

Quelle est l’origine de cette journée nationale des droits de l’enfant instaurée chaque 20 novembre en France ?


La convention internationale des droits de l’enfant avait institué en 1989 une journée internationale fixée au 20 novembre. L’idée a donc été émise d’instaurer une journée nationale. Mais cette loi doit beaucoup en amont aux nombreuses associations, aux syndicats d’instituteurs, et au président du tribunal pour enfant de Bobigny de l’époque qui au cours des nombreuses discussions avec les élus, notamment communistes, souhaitaient une telle journée nationale. J’ai été nommé rapporteur alors que le gouvernement était de droite. Il s’agissait d’un texte consensuel qui permettait donc au gouvernement de ne prendre aucun risque en en confiant l’initiative à parlementaire communiste. Et j’ai peut-être été choisi car en tant qu’instituteur, dont je rappelais ma profession à chacune de mes interventions publiques, j’avais peut-être une certaine légitimité à parler des droits de l’enfant. La loi qui ne comporte qu’un seul article a été votée à l’unanimité.


Quelle est encore aujourd’hui sa portée réelle ?

Cette loi est symbolique avant tout : elle marque la volonté affirmée de reconnaître les enfants comme des citoyens en devenir qui ont eux aussi des droits imprescriptibles. Mais elle donne aussi concrètement la possibilité aux associations, aux enseignants de bénéficier d’une journée afin de sensibiliser la société aux droits de enfants. Et aujourd’hui, de nombreuses écoles retiennent ce jour pour en discuter. « Les Amis de l’Humanité » ont d’ailleurs retenu ce thème sur leur stand lors de la prochaine Fête de l’Humanité qui se tiendra à Rouen les 28 et 29 novembre prochains. Evidemment, cette journée n’est pas une baguette magique : les associations doivent s’en saisir car ce n’est pas l’actuel gouvernement qui va la mettre en avant.


Justement quel est votre regard aujourd’hui sur l’action du gouvernement vis-à-vis des droits des enfants?

Ce gouvernement détruit tout ce qui a été construit en la matière. C’est d’abord la remise en cause de l’ordonnance de 1945 sur les mineurs. Quand Sarkozy dit qu’il veut en finir avec les acquis de 1945, il pense aussi à la protection des enfants en matière pénale. Et puis dernièrement, n’oubliez pas que la défenseure des enfants a appris dans la presse que son institution allait être démantelée. Le gouvernement n’avait pas apprécié certaines de ses positions. Surtout celle qui recommandait que les enfants de parents en situation irrégulière ne soient pas incarcérés en centre de rétention, mais placés avec les parents en résidence surveillée. Et puis, je rappellerais tout de même que chaque année en France des centaines de milliers d’enfants ne partent pas en vacances, que les principales victimes de la pauvreté en France concernent les enfants, comme l’a rappelé récemment ATD Quart Monde : 2,5 millions d’enfants de moins de 18 ans sont concernés. Que dire aussi des enfants handicapés que beaucoup d’écoles publiques ne peuvent pas accueillir faute de structures et de moyens suffisants. La situation des enfants en France est très préoccupante.


Entretien réalisé par Frédéric SEAUX

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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14 novembre 2009 6 14 /11 /novembre /2009 00:20

 Article publié  dans L'Humanité, mardi 10 novembre 2009

Le cas Salah Hamouri enfin 
évoqué à France 2

Le comédien François Cluzet a profité de son invitation sur la chaîne publique pour parlé du jeune Franco-Palestinien emprisonné, depuis quatre ans en Israël. Laurent Delahousse découvre le dossier.

Le comédien François Cluzet, invité sur le plateau de France 2, dimanche, a brisé le mur du silence imposé par les médias audiovisuels sur le sort du jeune Franco-Palestinien 
Salah Hamouri. Devant le journaliste Laurent Delahousse, incroyablement ignorant de l’emprisonnement en Israël de notre jeune compatriote, et de Jean-François Copé, président du groupe UMP à l’Assemblée nationale, Cluzet, par ailleurs membre du comité de soutien à Salah, a expliqué  : « Ce qui est intéressant dans le cadre de l’identité nationale dont on parle en ce moment, c’est le cas d’un type qui s’appelle Salah Hamouri. Un Français qui est en prison en Israël pour délit d’opinion. Nicolas Sarkozy a dit  : “J’irai chercher n’importe quel Français quoi qu’il ait fait, où qu’il soit.” Or, Salah Hamouri est depuis quatre ans en prison en Israël  ! C’est un Franco-Palestinien. Il est français de mère, palestinien de père. Et il est en prison simplement parce qu’il a dit qu’il était contre la colonisation. Personne n’en parle  ! C’est un Français  ; on parle d’identité nationale  ; ça fait quatre ans qu’il est en taule et personne n’en parle  ! (…) Il y a un comité de soutien pour ce 
Salah Hamouri, qui va de l’UMP au NPA. Donc, ce n’est pas une histoire politique. C’est l’histoire qu’un de nos concitoyens est en taule depuis quatre ans dans un pays où apparemment on dit aux Français  : “C’est notre affaire  !” (…) Il est en prison, il faut le faire sortir. » Les paroles de François Cluzet ont visiblement fait mouche puisque le Bureau national de vigilance contre l’antisémitisme (BNVCA), derrière lequel se cache un organisme de défense d’Israël, a porté l’affaire devant le CSA parce que ces propos seraient « un plaidoyer en faveur de la libération du terroriste franco-palestinien » (sic). Laurent Delahousse a expliqué à François Cluzet  : « Je vous garantis qu’on va essayer d’aller un peu plus loin. En tout cas de s’y intéresser pour savoir. » On ne saurait donc trop lui conseiller de lire l’Humanité

Pierre Barbancey

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13 novembre 2009 5 13 /11 /novembre /2009 18:27

OQTF

 

Quatre lettres menaçantes

Quatre lettres en haut d’un arrêté

Quatre lettres qui mettent fin à tout espoir de vie meilleure

Loin de la peur

Loin d’enfants qui meurent.

 

OQTF : Obligation de Quitter le Territoire Français

Le monde n’est pas parfait

Tu le savais.

Mais de là à ce que le pays de Du Bellay

Te dise « du balai ! »,

Alors que pendant des décennies

Tes frères de couleur

L’ont utilisé

Souvent dans la douleur

Mais toujours en gardant leur honneur.

 

Alors que pendant des lustres

Tes ancêtres ont défendu, combattu

Pour un pays gouverné aujourd’hui par une bonne cargaison de faux culs

Tu as eu beau le raconter, le crier au Préfet, au juge du tribunal,

Ils s’en foutent pas mal :

 

Tu n’as plus de parents depuis l’âge de 10 ans.

Tu as tes deux sœurs de 13 et 15 ans

Qui sont désormais un peu tes enfants.

 

De tes parents, tes sœurs n’ont pas d’images.

Toi, tu les cherches tous les jours dans les nuages.

Tu leur demandes de t’envoyer un soutien, un message.

Tu les as vus pour la dernière fois au village

Tu as assisté au carnage.

Tu cherchais ton Bon Dieu dans les parages

Il avait dû se faire la malle, partir en voyage.

 

Tu as vu tes parents se faire massacrer.

Tu pensais que le Préfet et le juge seraient sensibilisés ?

 Mais tu t’es retrouvé sans papiers.

« Désolé l’immigré, pour toi c’est retour  at home »,

Et pas question du pays des droits de l’homme.

 

Depuis, tu n’as pas seulement la flippe

De ne pas toucher ton fric

Du trésor public.

 

Tu as également la frousse

D’un Etat policier à tes trousses

Qui te dit : « retourne dans ta brousse ! »

Alors que toi,

Tu rêves.

 

Tu ne rêves que d’un toit

D’une chambre pas plus grande que celle du CROUS.

D’un métier

Que tu n’exerceras qu’avec des papiers

Car dans deux ans

Tu auras le diplôme suffisant

Pour faire un boulot que de nombreux céfran

Refusent avec un ton condescendant.

 

Mais moi, peu m’importe que tu viennes de Brazzaville, de Nasheville ou de Belleville.

Je ne peux pas te promettre que tu obtiendras des papiers

Et que tu pourras vivre dans la sérénité

Et la joie

Aux côtés de tes sœurs Horlane et Ymelda

 

Je peux seulement te promettre que je ne te laisserai pas tomber.

Ce n’est pas de ma part un acte courageux, valeureux.

Pas non plus un acte qui mérite que je sois décoré, remercié.

C’est juste une réaction saine

Contre la haine.

C’est la preuve que je suis encore un être humain

Qui refuse un monde malsain

Ou la seule loi d’airain

Pour les étrangers

Serait un ADN compatible

Un compte en banque bien rempli

Et un bac plus 5 en poche.

 

Quand j’étais petit, mon instit m’avait montré qu’au début de la vie

La Terre n’était qu’un seul pays.

Cela s’appelait la Pangée.

J’ai alors compris l’origine de l’humanité.

 

Je proposerais bien

A Nicolas, monsieur « bling bling »

A Besson, son complice

Au Préfet, ce benêt

De retourner à l’école,

Non pas pour réviser la bataille d’Arcol

Mais pour qu’ils réapprennent par coeur

Les B-A-BA de la solidarité.

Je voudrais bien les rendre plus humains.

 

Finalement à bien y réfléchir, je préfère encore tenter d’instruire mon chien.

Car lui, au moins, il est humain : il ne te veut que du bien.

 

 

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13 novembre 2009 5 13 /11 /novembre /2009 18:22

Double peine…


 

Peu importe ce que vous avez fait

Vous avez été jugés et condamnés

Pour certains, à perpétuité

Pour un crime ou un délit

Que maintenant vous regrettez.

 

Qui suis-je pour vous juger ?

Un avocat ? Un magistrat ?

Je ne suis qu’un simple enseignant

Qui a vos côtés trouve le milieu carcéral écoeurant.

Pas seulement pour vous

―Certains diront que vous l’avez mérité

Et ils espèrent d’ailleurs que vous souffrez―.

Pas seulement pour vous,

Mais aussi pour vos petits bouts de chou

Vos familles et vos amis

Qui eux n’ont rien commis

Et qui sont pourtant condamnés, humiliés

A devoir attendre des heures comme des prisonniers,

Avant de pouvoir vous embrasser, ou simplement, seulement, vous parler.

 

 

Ils subissent la double peine

Et parfois de l’administration carcérale, la haine

Qui fait de vous,

A petit feu des fous,

Des bombes à retardement.

Et tant pis pour le moment

Où il sera l’heure pour vous de sortir,

De tenter de refaire votre vie.

Vous serez alors meurtris, anéantis

Par tant d’années d’humiliation, de frustration.

 

Vous ressortirez avec l’envie de vous faire une situation.

Mais alors rapidement,

Vous trouverez sur votre passage

Des enfants pas sages

Qui vous proposeront de nouveau le naufrage.

Vous voudrez résister, vous demanderez qu’on vous aide

On vous promettra un stage,

Seulement si vous êtes sage.

 

Le rarissime patron

Qui répondra à votre lettre de motivation

Sera froid comme un glaçon

En apprenant que vous sortez de prison,

Alors que dans le même temps, en creusant un peu,

J’suis sûr qu’il a quelques pourris dans ses relations

qui fréquentent son salon

Et que vous auriez pu les croiser en détention

Ou les avoir en cellule comme compagnons.

 

Il hésitera tout de même

Car sa charité chrétienne ordonne qu’il aime son prochain,

Même si celui-ci n’est pas aussi bien que ses copains

Et qu’il ne connaît pas la messe en latin.

Mais il vous embauchera

Vous ne devrez pas être trop regardants sur vos contrats.

Vous oserez réclamer le respect de vos droits !

Vos droits ? Quels droits ?

Il sous-entendra que vous êtes mal placé pour en parler.

Vous serez pour lui, à jamais, un condamné.

 

Vous resterez, à ses yeux, un danger imminent.

Au moindre délit aux alentours,

Au moindre braquage aux environs

Il fera de vous le coupable évident.

Vous aurez beau dire « C’est pas moi »,

La société bien pensante, bien propre sur elle, sera en émoi

Et réclamera votre incarcération pour l’éternité.

Certains iront de leur couplet : «  Faut pas les laisser sortir,  il faut les faire souffrir.

Ils n’ont pas à avoir la télé, et tant pis pour eux s’ils se font… ».

 

Heureusement qu’en prison

On n’y met pas tous ces cons.

Car là, c’est sûr,

Y’aurait vraiment surpopulation.

 

Alors moi, au lieu de les écouter,

Je préfère passer

Mes mercredis

Après-midi

A vos côtés.

Mon objectif

N’est pas seulement de vous faire passer le certif’,

Mais de vous permettre d’avoir des objectifs,

D’apporter un correctif,

De vous aider à réparer

Les erreurs passées.

 

Rien n’est moins facile

Car même si vous êtes subtils,

Et que vous êtes devenus raisonnables,

Il y a en prison des impondérables

Qui rendent votre vie insupportable

Et vos efforts insurmontables.

 

Mais de cela

La société ne s’en émeut pas.

Elle voit dans votre incarcération

Un progrès de la civilisation,

Une supériorité de l’humanité sur la barbarie,

Car la prison vous punit.

Vous permet-elle de vous réinsérer ?

Question idiote, me répondra t-on, « tu es hors sujet ».

Et pourtant, c’est pour moi, la seule question qui vaille la peine d’être posée.

 

Mais il faut que je redescende sur terre,

Que je retrouve ma petite vie pépère.

A regarder TF1,

Comme un bon crétin.

Pardon, je voulais dire « un bon citoyen, un bon sarkozyen ».

 

Sinon ?

Sinon… on va moi aussi venir m’arrêter

Me juger,

Me condamner à de la prison.

Pour quelle raison ?

Pour incitation

A la réflexion

Sur l’utilité des prisons.

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13 novembre 2009 5 13 /11 /novembre /2009 18:18

Nicolas,

J’te kiffe pas

 

Ton sourire

Me fait bouillir

Presque vomir

Parce qu’avec toi, le peuple peut s’attendre au pire.

 

On fait assurément partie de la même planète

Mais pas du même monde.

Moi, j’en veux un qui soit solidaire

Toi, tu le veux constamment en guerre

Comme Georges Bush, ton spirituel de père.

 

 

Tu rêves d’un remake social à la Thatcher

Mais je te préviens : ici on n’est pas en Angleterre.

Ici, c’est la patrie de Voltaire

Qui a déclaré un jour après une période séculaire

Qu’on était désormais tous frères.

Hors de question alors de se faire nettoyer au karcher.

 

Mais je sais que tu es sérieux

Quand tu dis que tu vas nettoyer la banlieue.

Le seul souci Sarkozy

C’est que tu ne prends pas le problème à la racine.

Essaie plutôt de comprendre comment ils sont tous arrivés là

Et pourquoi certains, une minorité, en sont arrivés là.

 

Cela devrait t’interpeller

Toi qui avec prétention,

Tu as ici d’ailleurs toute mon admiration,

Te réclame de l’immigration.

 

Rappelle-toi, quand tu auras cinq minutes

Et même si cela te rebute,

Que ta famille comme la leur

A connu l’horreur

 

Et que si la France

N’avait pas écouté ses souffrances

Si elle ne lui avait pas offert l’Etat Providence

Que tu veux supprimer désormais que tu es à la présidence

 

Tu serais aujourd’hui encore en Hongrie

En train de te demander

A quoi sert la vie

Si c’est pour vivre ainsi.

 

 

Je sais bien que je ne te fais pas peur

Que pour toi, je compte pour du beurre.

Sois pourtant certain que toujours je serai opposé,

Sous prétexte de retour à l’autorité,

A ce que mes élèves soient obligés

De se lever

Dès que je ferai mon entrée.

 

On ne construit pas Nicolas

Une société ou seule l’autorité

Aurait valeur de loi.

On la construit sur la confiance entre les générations

Sur la réciproque admiration

Et non pas sur la flagellation, la délation et l’humiliation.

 

Et ce n’est pas avec ton ministère de l’identité nationale et de l’immigration

Qui taira les horreurs de la colonisation

Que tu susciteras chez eux la satisfaction.

 

Ce n’est pas non plus en nous demandant de leur faire chanter la Marseillaise

Qu’elle pourra prendre ta mayonnaise.

Ne ressens-tu pas d’ailleurs un malaise

A écouter ses paroles guerrières d’une autre ère

Qui ravivent les blessures

Et qui ouvrent la porte à toutes les ordures ?

 

C’est plutôt en évitant que leurs parents

Soient considérés comme des perdants

En étant licenciés au bout de vingt ans

De travail éreintant

Au nom de la rentabilité financière

Voulue par les actionnaires

Et ce CAC 40 de galère.

 

Et c’est surtout en offrant un avenir à cette jeunesse

En formant cette jeunesse pour l’avenir

Que non seulement on évitera le pire,

Mais surtout qu’on construira cet empire

Où chacun trouvera sa place

Sans plus jamais prendre en pleine face

Qu’il est une feignasse

Parce que sans boulot, il vit d’assistanat

Et que dans notre société, il n’a plus sa place.

 

« Pardonne-moi si je te dis tu

Je dis tu à tous ceux que j’aime », écrivait Prévert.

Mais moi, moi je ne t’aime pas

Je ne te hais pas

Rassure-toi.

Je te jugerai sur tes actes

Mais attends-toi à mes tacles.

Jamais devant mes élèves

Car je veux que leur conscience s’élève.

Et ce n’est pas en leur bourrant le crâne avec mes idées

Qu’ils apprendront par eux-mêmes à penser.

 

Ma seule arme est ma profession

Où je ne leur apprends pas l’amour de la nation

Mais plutôt que la terre n’est qu’un seul pays

Où lorsqu’un homme enchaîné crie

Ils doivent crier aussi

Contre cette monstruosité

Qui date de milliers d’années.

 

Alors oui je sais,

Je sais que je n’arriverai pas à t‘impressionner.

Mais fais attention

Car les jeunes d’aujourd’hui,

Et les moins jeunes aussi

Se lancent dans le slam

Qui est la meilleure arme

Contre ta condescendance

Et contre l’ignorance.

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13 novembre 2009 5 13 /11 /novembre /2009 18:13



Article paru dans l'Humanité Dimanche, du 5 au 11 novembre  2009

Quel bilan pour les clauses d’insertion ?

 

Inscrite dans le code des marchés publics depuis 2001, la clause d’insertion est présentée par la Communauté d’agglomération de Rouen comme la pierre angulaire de sa politique d’insertion en faveur des chômeurs de longue durée.

 

La Communauté d’agglomération de Rouen, présidée par Laurent Fabius, s’est engagée depuis 2008, via le Plan Local pour l’Insertion et l’Emploi (PLIE) dans « l’objectif ambitieux d’accompagner individuellement 1300 demandeurs d’emploi et à en ramener au moins 650 dans la vie professionnelle ». Elle compte notamment sur un principe simple : quand la collectivité lance des marchés publics, elle inscrit dans le cahier des charges une clause dite d’insertion qui précise que l'entreprise titulaire du marché doit favoriser l'embauche, le temps au moins du contrat, de demandeurs d'emploi, selon un pourcentage minimum d’heures de travail, généralement compris entre 3 et 15 %. Le nombre de demandeurs d’emplois ayant participé aux chantiers d’insertion et retrouvé un emploi est, selon l’agglo rouennaise, en progression de 8 % par rapport à 2007 (55% contre 47%). De plus, ce retour à l’emploi bénéficierait, dans l’agglomération rouennaise, surtout aux jeunes de moins de 26 ans issus des zones sensibles. Alors un succès ?

Il est vrai que pour certains salariés passés par cette étape, la clause d’insertion semble être le remède miracle. C’est le cas notamment de Nassima Touzaline, 26 ans. Recrutée via la clause d’insertion par l’entreprise « Absolu Services propreté », en qualité d’agent d’entretien, elle a été très rapidement embauchée en CDI. Il faut dire que cette entreprise, créée il y a 6 ans par deux ex-cadres d’une grande entreprise de nettoyage, a toujours joué la carte de l’insertion (près de 90 des 320 salariés de l’entreprise). De bonnes formations en interne ont ainsi permis à Nassima de devenir rapidement chef d’équipe.

La clause d’insertion produit aussi ses effets positifs au sein d’entreprises qui  ne font pas de l’insertion de chômeurs de longue durée forcément leur priorité. C’est le cas par exemple de Denis Verdure, 40 ans, sans diplôme. Avant de trouver un emploi d’opérateur au sein de l’entreprise VIAM (Vidange Industrielle Assainissement Maintenance) en mai 2007, il avait toujours multiplié les petits boulots. Embauché en CDI un an après, Denis Verdure voit enfin le bout du tunnel. Motivé, il rêve maintenant de pouvoir passer son permis pour devenir chauffeur au sein de cette entreprise. 

Mais Emmanuel Jousselme, le directeur de la Maison de l’Information de l’Emploi et de la Formation (MIEF) de Saint-Etienne du Rouvray, porte lui un regard certes globalement positif sur ces clauses, mais non dénué d’un analyse en profondeur de ce système. Selon lui, il s’agit d’abord d’un bilan d’avant-crise. Et de se demander si l’agglo de Rouen aura les mêmes constats de sortie en emploi durable en 2009. En outre, il considère que pour être efficaces, ces clauses ne doivent pas être  « uniquement un compteur à nombre d’heures », mais « permettre aux publics en difficulté de boucler un parcours d’insertion grâce à la formation en amont permettant un emploi durable ». Côté entreprise, l’écueil pourrait se résumer au fait « que les entreprises attributaires de marchés publics seraient tentées d’intégrer le volume de clause d’insertion dans leur plan économique et de geler les recrutements classiques  correspondant à ces volumes dans leurs plans économiques. L’esprit initial de la clause serait donc détourné. Les entreprises ne doivent pas oublier qu’elles ont un rôle social à jouer », précise-t-il.

La clause d’insertion n’est  donc pas un remède anticrise mais un simple outil juridique offert à la puissance publique pour limiter un peu la casse en ces temps particulièrement difficiles. « Et humainement parlant c’est déjà pas si mal », conclue-t-il.

 

 

Frédéric SEAUX

 

 

EN SAVOIR PLUS

www.agglo-rouennaise.fr

 

REPERES

·        Code des marchés publics

Les articles 14, 30, 53 et 54 du Code de marchés publics fixent le cadre de la clause d’insertion, sans la rendre obligatoire. Désormais la commande publique est vue comme un vecteur d’insertion de personnes en difficulté d’accès à l’emploi.

·        Le public concerné

Un public défini par le ministère de l’Economie, des Finances et de l’Industrie, par

instruction du 28 août 2001 (mais cette énumération n’est pas limitative) : jeunes ayant un faible niveau de formation. Jeunes n’ayant jamais travaillé et inscrits auprès du relais 16/25 ans des Missions Locales. Chômeurs inscrits à l’ANPE depuis plus d’un an en continu ou depuis plus de deux ans en chômage récurrent. Travailleurs handicapés reconnus par la COTOREP

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11 novembre 2009 3 11 /11 /novembre /2009 18:26

Article de Emilie Rive, paru dans L'Humanité le 5 novembre 2009 

Mickey pas tout blanc

SOS Racisme a remis son rapport sur le fichage ethnique dans les entreprises et saisi la justice sur le cas d’Eurodisney. Le géant des loisirs exige 80 % d’intérimaires de type « européen ».

Une « bombe ». C’est ainsi que le délégué interministériel pour l’Égalité des chances des Français d’outremer, Patrick Karam, qualifie le rapport que lui ont remis hier la Fédération nationale des Maisons des potes et SOS Racisme. Le sujet est explosif : le fichage ethno-racial des candidats à un logement ou à un emploi.

une loi ignorée par policiers et magistrats

C’est en travaillant sur le dossier d’Adecco Restauration, accusé de classer les intérimaires en catégories dont une désignait les personnes originaires d’Afrique, des DOM-TOM et d’Haïti, que SOS Racisme s’est intéressé à l’un de ses clients, Eurodisney, au point d’y envoyer les huissiers, hier matin à 9 heures. Le géant du loisir est en effet qualifié de « principal commanditaire de discrimination raciale », puisqu’il se plaignait sans cesse d’une présence trop importante d’intérimaires de couleur ou d’origine maghrébine. Alors que 80 % de la main-d’oeuvre d’Adecco Restauration était « non BBR » (non bleu, blanc, rouge), Eurodisney avait, lui, fixé son « quota » maximum à 20 %. SOS Racisme a ensuite découvert, sur le site Internet du groupe, un système de fichage ethno-racial des candidats à l’embauche. Il fallait choisir son « pays » parmi la France, la Guadeloupe, la Martinique, la Réunion, la Polynésie française, la Guyane française et la Nouvelle-Calédonie… Tous territoires de nationalité française. L’association a également découvert, dans le bilan 2007 d’Eurodisney, que les salariés étaient classés suivant des catégories déterminées en fonction de leur « nationalité » : « Afrique hors Maghreb, Afrique Maghreb, autres Antilles, Europe (Ouest), dont Français… » Comme le fait remarquer Samuel Thomas, président de la Fédération et vice-président de SOS Racisme, « cette stigmatisation des candidats originaires des DOM-TOM sous-entend nécessairement qu’il existe une différence de traitement des demandes de ces candidats qui sont pourtant tous bien des citoyens français ». Eurodisney ne se cache même pas de pratiquer une telle politique de recrutement et s’abrite derrière la référence à son type de clientèle. Puisque celle-ci est majoritairement européenne, argumente l’entreprise, les salariés doivent être majoritairement européens, même s’ils n’ont aucun contact avec cette clientèle. Face à ce cas de discrimination manifeste, SOS Racisme a donc sollicité une ordonnance auprès du président du tribunal de grande instance de Meaux, prise le 28 octobre, exécutable hier, pour faire saisir par un huissier de justice les fichiers des candidats à l’emploi et ceux des salariés.

« Pas de volonté politique »

Cette procédure s’avère en effet essentielle dans la sauvegarde des preuves pour établir la réalité du fichage ethno-racial, sanctionné par la loi depuis 1978 de cinq ans de prison et de 300 000 euros d’amende pour les personnes physiques, et de 1,5 million d’euros pour les entreprises. Une loi très peu appliquée, et pour cause : elle n’est connue ni des policiers ni des magistrats. Au point que la police refuse même d’enregistrer des plaintes et que les parquets et les juges d’instruction se font tirer l’oreille pour intervenir. De même, la formation qui était prévue sur le sujet à l’École de la magistrature n’a jamais vu le jour.

SOS Racisme pointe toutefois le laxisme de la Commission nationale de l’informatique et et des libertés, qui aurait dû se saisir des dérives concernant ce type de données personnelles, théoriquement protégées. Actuellement, c’est l’association qui forme des requêtes pour nourrir les dossiers et recueillir les preuves, se livre à l’analyse statistique, identifie les salariés à faire entendre par le juge et effectue la recherche des victimes… Patrick Karam transmettra demain le rapport au conseil interministériel sur l’Outre-Mer que doit présider Nicolas Sarkozy. « L’arsenal judiciaire est complet et suffisant, ce qui manque c’est la volonté  », a poursuivi M. Karam.


Émilie RIVE

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7 novembre 2009 6 07 /11 /novembre /2009 22:57

Article publié dans l'Humanité, le 6 novembre 2009

Des syndicalistes CGT livrent leurs témoignages

 

Le nouveau livre que propose le comité régional CGT de Normandie est avant tout celui des salariés et de leurs combats en tant que militants du plus vieux syndicat français. « Nous sommes partis du principe que l'Histoire sociale, ce sont les hommes et les femmes qui la font. Nous avons donc voulu leur donner la parole. Nous allons de 1936 à aujourd'hui. Des histoires anciennes et des plus récentes. On y évoque Alfred Sirven, Bernard Tapie. Ou encore la venue de Nicolas Sarkozy à Sandouville fin 2008 », expliquent Jean Defortescu du comité et l’auteur du livre Antoine Fiszlewicz

 Au total 42 portraits et autant de témoignages d’hommes et de femmes (un tiers des portraits) de lieux géographiques divers et issus tout autant de la petite entreprise que de la multinationale, en passant par les services publics. Le plus jeune témoin à 54 ans et le plus vieux 90 ans. Alors évidemment, certains regretteront l’absence d’un tel, pesteront peut-être contre la présence d’un autre. « Mais si besoin, on fera un deuxième tome », prévient Jean Defortescu.

L’iconographie, accompagnée d’un CD de tous les témoignages récoltés, est très présente dans cet ouvrage, avec des photos fortes réalisées à l’occasion de manifestations, de tracts et de congrès. Des témoins qui racontent avec modestie leurs combats  contre certaines injustices patronales et contre la répression et les discriminations dont ils ont été victimes qui non seulement ne les a jamais fait taire, mais les a souvent rendus plus forts. Et pour Bernard Thibault, auteur de la préface du livre, tout ce vécu fait de ces témoins modestes des vrais acteurs de l’histoire, « munis d’une expérience originale et extraordinaire en tant que militants CGT désireux de se réapproprier leu histoire mais un livre d’ouverture puisque soumis à la critique de tous». Un livre plein de promesses pour l’avenir.

 

Antoine Fiszlewicz, Haute-Normandie, pages d’histoire sociale. Témoignages de syndicalistes, Comité régional CGT de Normandie, 2009, 280 pages, 25 euros. Préface de Bernard Thibault.

 

 

 

 

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3 novembre 2009 2 03 /11 /novembre /2009 15:43

« Identité nationale » et services publics


Article paru dans L'Humanité, le 2 novembre 2009


Quand le Parisien nous apprend que le français est la langue de la France…



Depuis que Nicolas Sarkozy a décidé que les Français devraient se concentrer sur l’identité française au lieu de l’incommoder avec des sujets de mécontentement aussi secondaires que l’avenir de La Poste, le chômage, le pouvoir d’achat, la santé, les sondages se succèdent pour soutenir l’initiative présidentielle. Occasion pour les instituts de livrer à l’opinion publique médusée des révélations bouleversantes. Ainsi, grâce au CSA et au goût de l’inédit du Parisien, nous apprenons que la langue française est un élément très important pour l’identité de la France. Et nous sommes 80 % à en juger de la sorte  ! Quelle découverte  ! Nous qui entendons parler français tous jours, qui lisons la langue de Molière et l’écrivons plus ou moins bien, nous n’avions pas remarqué que le français est la langue en usage en France… Merci au Parisien et à Max Gallo de nous rappeler que « la langue française est décisive ». Autre révélation  : la France est une République, et une large majorité d’entre nous (64 %) estiment que c’est important. Il est vrai que certaines pratiques actuelles du pouvoir pourraient nous faire oublier que la République a été proclamée en 1792, abolie deux fois puis reconquise en 1848 et en 1871, et en 1944 quand la Résistance a mis fin au régime de Pétain. On nous rappelle aussi que la Marseillaise est notre hymne national et que notre drapeau est tricolore… En revanche, il est une question « identitaire » sur laquelle le gouvernement devrait se pencher  : 60% des Français considèrent comme aussi importants que les symboles précités… les services publics. Au moment où la droite veut ouvrir la voie à la privatisation de La Poste, devrons-nous lui rappeler qu’elle viole l’identité de notre République  ?

Jean-Paul Piérot
Editorialiste du journal L'Humanité

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2 novembre 2009 1 02 /11 /novembre /2009 20:56

  23 sénateurs emmenés par Jean-Pierre Raffarin, ex-premier ministre de Jacques Chirac, viennent de déclarer qu'ils ne voteraient pas en l'état la réforme sur la taxe professionnelle voulue pendant la campagne présidentielle et imposée par Nicolas Sarkozy. Il faut dire que Raffarin, comme un tiers des sénateurs et en plus grande proportion les députés, est aussi un élu local. En d'autres termes, bon nombre de parlementaires sont dans cette réforme à la fois juges et parties. On comprend donc leurs réticences à accepter "en l'état," cette réforme inefficace et injuste qui risque concrètement et au quotidien de les empêcher de faire correctement tourner leur collectivité dans laquelle ils ont été élus

Inefficace, car la supression d'une partie de cette taxe va permettre aux entreprises d'économiser près de 6 milliards d'euros. Le gouvernement et Sarkozy affirment à l'envi que cette économie permettra aux entreprises de sauver l'emploi voire d'en créer. On pourrait le croire, si les exonérations en tout genre offertes maintes et maintes fois par les différents gouvernements successifs, de droite comme de gauche, mais surtout de droite, aux entreprises avaient porté leurs fruits en la matière. Les entreprises se sont vu ces dernières années exonérer de plusieurs centaines de milliards d'euros de charges patronales, sans aucun emploi créés ou sauvés en contrepartie. Par contre, ces exonérations ont creusé davantage les caisses de la sécurité sociale. Qui pourra donc penser que ce nouveau cadeau offert aux entreprises servira les salariés...

Injuste aussi. Car cette réforme va priver les collectivités territoriales (communes, communautés de communes, agglos, départements, région) d'une manne financière primordiale à leur bon fonctionnement, notamment en matière de services publics. Or, Beaucoup d'entreprises travaillent justement grâce aux commandes de ces collectivités. Demain, ces entreprises travailleront moins puisque ces collectivités disposeront de moins d'argent. l'Etat promet d'offrir des compensations... qui risquent d'être une véritable arlésienne et donc ne jamais venir. En bout de chaîne, ce sont encore les contribuables qui vont devoir payer ce manque à gagner. Les collectivités n'auront vraisemblablement par d'autres choix que d'augmenter les impôts locaux et fonciers pour continuer à fonctionner et à réaliser.

Alors, c'est vrai que la taxe professionnelle fondée sur l'investissement en machines (taxe créée sur cette base initialement pour empêcher les entreprises de remplacer l'homme par la machine) est injuste. Mais plutôt que de ne plus soumettre les entreprises à l'impôt, pourquoi ne pas les soumettre autrement? Pourquoi ne pas mettre en place une taxe professionnelle fondée sur les profits réalisés par les entreprises ainsi que sur ces profits qui ne sont pas réinvestis dans l'entreprise mais placés en bourse? Une sorte de taxe Tobin locale en quelque sorte...

Une manière pour que tout le monde participe à l'effort. Mais cette réforme, proposée par les communistes, la droite gouvernementale ne veut évidemment pas en entendre parler. Car le fond véritable de la suppression de la taxe professionnelle est réellement de faire un nouveau cadeau aux patrons et à leur syndicat, le Medef, dont le n°2 était, au moment de l'élection présidentielle, le frère de ... Nicolas Sarkozy !

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