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1 novembre 2009 7 01 /11 /novembre /2009 22:30

 Le projet de Sarkozy évoqué durant la campagne présidentielle de réfléchir à
l'identité nationale vient d'être confié à Besson, notre ministre des basses
oeuvres. Notre très zélé ministre de l'immigration ET de l'identité nationale ne pouvait espérer mieux pour prouver aux militants et électeurs de droite qu'il était vraiment désorrmais un des leurs, et qu'il allait s'employer à mener à bien ce débat afin de rappeler à l'ordre ceux qui ne remplissent pas les critères pour être des bons français. Avec en première ligne, les sans-papiers et les Français, comme moi, qui les soutiennent.

Ainsi donc, ce débat serait essentiel et prioritaire. D'ailleurs un sondage publié ce week-end de la Toussaint a démontré que 60 % des Français y seraient favorables. C'est vrai qu'en ces temps de crise financière et économique dont sont fortement victimes chaque jour des millions de Français (les bons comme les mauvais), de remise en cause petit à petit de l'accès aux soins, à la sécurité sociale, à la retraite par répartition, à l'école républicaine, laïque et gratuite,  au logement,  à un emploi stable et à une  juste répartition des richesses, il était vraiment temps, vraiment crucial de débattre maintenant de l'identité nationale. D'ailleurs, je me le disais récemment :  "je débatterais bien, moi, de l'identité nationale !".

Mais de qui se moque-t-on ? Comment ne pas voir qu'en ces temps de népotisme ou le père président cherche à tout prix à placer son fiston, qu'en cette période où est en train de se jouer l'avenir physique (rapport Balladur sur l'avenir des communes et des départements) et financier des collectivités territoriales (suppression de la taxe professionnelle pour parait-il sauver et créer des emplois. Comme si l'exonération ou le versement de centaines de milliards aux entreprises depuis 20 ans avait permis de sauver ou de créer des emplois !), qu'en cette période où ce gouvernement aimerait soumettre à l'impôt les arrêts de travail et privatiser ce qui reste de services publics, comment ne pas voir que ce gouvernement bien à droite et profondément libéral cherche avant tout à détourner l'attention. Entre un débat sur l'identité nationale ou un autre sur l'avenir de La Poste, que plus de 90% veulent conserver en service public, devinez lequel des deux  ce gouvernement souhaite instaurer ?


L'autre raison de ce débat est idéologique : faire de l'étranger et du sans-papier, en priorité, un problème, une plaie pour notre pays, un danger au bon fonctionnement de notre société et de ses szervices publics. Mais que serait aujourd'hui la France sans ses étrangers et immigrés? Quant aux sans-papiers, le gouvernement préfère s'attaquer aux victimes plutôt qu'aux bourreaux, passeurs, patrons esclavagistes sans aucun scrupule qui connaissent parfaitement la situation de ces hommes et femmes qu'ils emploient pour un salaire de misère dans des conditions de travail ignobles. Des  exploiteurs qui ne risquent pas grand chose, au contraire de ces sans-papiers qui n'ont pas quitté leur pays sans aucune raison. Car on ne quitte jamais son pays de gaiété de coeur... On y laisse sa terre, sa culture, sa famille, ses racines.

Arrêtés, ces sans-papiers peuvent  être renvoyés, après être passés au passage par les centres de rétention dénoncés chaque année par Amnesty international, dans leur pays d'origine, sans que le gouvernement ne se soucie réellement de leur situation politique. Combien de Tchètchènes, de Kurdes, de Russes, d'Afghans, (quels beaux pays démocratiques !) sont renvoyés dans leur pays, au mépris des plus élémentaires droits de l'homme.

Donc, c'est décidé, il faut, c'est crucial pour l'avenir, débattre sur ce sujet; et une des solution pour retrouver le goût et la fierté d'être français est de ... chanter La Marseillaise et de la faire apprendre aux gamins dans les écoles !  Quelle idée géniale, personne n'y avait encore pensé ! Ah si, Chevènement en 1985, alors ministre de l'Education Nationale, l'avait prévu puis...

Chanter La Marseillaise ferait donc aimer la France et ferait de ses habitants des patriotes... c'est vrai que certaines de ces paroles me donnent vraiment envie de respecter l'esprit républicain de la France (vous savez, "Liberté, égalité, fraternité") : "Aux armes citoyens, formez vos bataillons.. q'un sang impur abreuve nos sillons". 
Non, en fait j'ai plutôt envie de vomir. Cet hymne approprié sous la Révolution française est vraiment devenu désuet, obsolète (heureusement) pour ne pas dire anachronique. Je n'ai pas envie de prendre les armes, de rejoindre des bataillons militaires, je refuse de prononcer les termes "sang impur" (qu'est-ce qu'un "sang pur"? réponse dans Mein Kampf).
Je me sens citoyen du monde et absolument pas français selon la définition qu'en ont Besson et son patron. C'est pourquoi je rejette cet hymne national et revendique en lieu et place un hymne européen aux intonations pacifistes et humanistes.
Alors, sinon, qu'est-ce qu'être Français... C'est connaître son histoire avant tout. C'est se rappeler ce qu'a écrit l'historien Braudel dans son chef-d'oeuvre, l'identité de la France, "que la France est diversité" , et ce qu'a prononcé François Mitterrrand, à l'occasion d'un colloque : "Nous sommes français, nos ancêtres les gaulois, un peu germains, un peu juifs, un peu italiens, un petit peu espagnols, peut être qui sait polonais, et je me demande si nous ne sommes pas un peu arabes".

C'est donc se rappeler son histoire... et notamment l'apport culturel, économique (merci d'avoir reconstruit la France), militaire (merci d'avoir été en premières lignes), financiers (merci aux investisseurs) de tous ces étrangers qui ont fait un jour la France. C'est se rappeler que l'adage républicain ne doit seulement orner les frontons des mairies. Il doit être appliqué quotidiennement. La France doit redevenir le pays des droits de l'Homme qu'elle n'est plus que sur le papier. C'est donc de fait dénoncer et s'opposer aux arrestations des sans-papiers et surtout tout faire pour leur permettre d'être régularisés. Et si pour cela, il faut avoir recours à la désobéissance civile...

Etre français, c'est aussi et surtout refuser le démantèlement des valeurs françaises, à commencer par les services publics qui sont chers justement aux Français. Par conséquent être Français, c'est combattre l'actuel gouvernement qui détruit toutes les valeurs françaises issus de la résistance et du programme du CNR. je pense bien sûr notamment à la sécurité sociale et à l'ordonnance de 1945 sur le droit des mineurs.
C'est donc certain que ma vision du bon français ne ressemble en rien à celle nationaliste que souhaite imposer ce gouvernement. 

Messieurs Sarkozy, Besson et consorts, dois-je dès lors faire ma valise? je vous ferais trop plaisir. Il faudra alors venir me chercher... 

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31 octobre 2009 6 31 /10 /octobre /2009 22:01

 

 Article paru dans l'Humanité Dimanche, du 6 au 19 août 2009


En 2011, on va couper la télé à 7 millions de Français?
Alors que 13% des foyers n'ont pas accès à la TNT, le CSA a décrété la fin de la télévision analogique pour 2011? une annonce qui a provoqué une fronde chez les élus des zones que le CSA n'a pas prévu de couvrir.

Le 30 novembre 2011, la bonne vieille télévision analogique aura vécu et laissera place à la télévision numérique ( TNT- télévision numérique terrestre), permettant ainsi d’accéder à une offre télévisuelle d’importance (18 chaînes au lieu des 6 actuelles) et à une qualité d’image en haute définition. D’ailleurs, le CSA (Conseil Supérieur de l’Audiovisuel), s’enorgueillie, sur son site internet, d’avoir été pédagogue en lançant une consultation publique auprès de 80 acteurs (élus, associations, opérateurs, collectivités, etc.) concernés par le passage au tout numérique et de s’être engagé, conformément à la loi votée par le parlement en décembre 2008, à couvrir 95 % de la population métropolitaine, tout en garantissant un minimum de 91% de la population pour chaque département. Le CSA a fait paraître à la même période la liste des zones TNT à la seule charge des chaînes de télévision, la loi n’obligeant pas, en effet, celles-ci à financer le passage à la TNT de tous les émetteurs analogiques (3 500 sur l’ensemble du territoire métropolitain).

Pour le CSA, aucun problème donc de continuité de service public à l’horizon. En effet, selon l’organisme « plus de 87 % des foyers métropolitains peuvent [déjà] recevoir la TNT ». Et pour les autres ? Le CSA, soutenu dans ses propos par le Ministère de la Culture, affirme, avec une certaine assurance déconcertante que « les téléspectateurs non desservis par la TNT [pourront] recevoir les chaînes gratuites par satellite », ou encore via une connexion internet, et qu’il est « indispensable que tous les acteurs locaux conjuguent leurs efforts ».

Il n’en fallait pas plus pour que les élus des zones dites « blanches », c’est-à-dire non couvertes par la TNT, finissent par prendre le sujet au sérieux et fassent souffler un début de vent de révolte en multipliant les réunions avec TDF, et en adressant de multiples courriers aux responsables politiques nationaux, à l’origine de cette loi, ainsi qu’à l’association des Maires de France, et aux représentants de l’Etat. Ainsi, certains élus locaux de Haute-Normandie (NDLR-la région recense 34 communes en zones blanches) ne décollèrent toujours pas face aux positions défendues par le CSA. Pour l’adjoint communiste chargé de l’urbanisme aux Andelys (sous-préfecture de l’Eure), il  s’agit ni plus ni moins d’instituer une fracture numérique entre les Français « alors que beaucoup paient une redevance audiovisuelle ». Des propos similaires de la part de son homologue d’Etretat, commune très touristique du littoral haut-normand, qui s’insurge, lui, sur l’idée qu’Etretat, « naturellement belle », rappelle le site internet de la commune, entourée de falaises, soit recouverte de paraboles. Une hérésie visuelle et environnementale pour l’élu local qui précise que « tous les permis de construire, paraboles comprises, sont soumis à décision des Bâtiments de France ». Quant à la solution d’internet, « encore faudrait-il une connexion en haut-débit et un dégroupage au moins partiel, ce qu’Etretat n’a pas ». Reste donc comme solution pour ces communes de financer elles-mêmes l’installation et le fonctionnement d’émetteurs TNT. « C’est un coût exorbitant pour notre commune », s’emportent les deux élus, écoeurés que les chaînes de télévision laissent aux collectivités locales les investissements les plus coûteux. Des chaînes de télévision, qui selon le CSA, supportent déjà suffisamment le coût des émetteurs. De quoi renforcer la résistance des élus bien décidés à renvoyer les plaintes de leurs administrés vers les vrais responsables de la situation, CSA en tête.

 

                                                                                                            Frédéric SEAUX

                                                                                                                      

 

 

 

EN SAVOIR PLUS

Sur la liste des zones retenues par le CSA

www.csa.fr

Sur le passage de l’analogique au numérique dans les régions

www.tdf.diffusion.fr

Association des maires de France

www.amf.asso.fr

 

REPERES

TDF présente dans chaque région, elle est le principal opérateur de réseaux hertziens qui accompagne ses clients (chaînes, radios, collectivités locales, fournisseurs d’accès internet) dans leur mutation vers le tout numérique.

EMETTEURS Il existe aujourd’hui 3 500 émetteurs analogiques en France métropolitaines et seuls 1626 seront équipés pour recevoir la TNT

AIDES FINANCIERES ET TECHNIQUES Selon TDF, un budget de 352 millions d’euros géré par France Télé Numérique aidera les Français à se convertir à la TNT. Mais les aides ne sont adressées qu’aux personnes de plus de 70 ans ou handicapées à plus de 80 % et aux non assujettis à la redevance audiovisuelle.

 

 

 

 

 

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31 octobre 2009 6 31 /10 /octobre /2009 21:57



Article paru dans L'Humanité, en juillet 2009

TNT : les zones blanches voient rouge

 

Des élus locaux de Haute-Normandie demandent à l’Etat de prendre des mesures pour que leurs habitants puissent continuer à recevoir la télévision après la disparition des chaînes hertziennes prévue fin 2011.

 

Impulsé par le gouvernement et voté par le parlement à la fin de l’année 2008, l’arrêt total de l’analogique prévu fin 2011-début 2012, remplacé par la TNT (Télévision Numérique Terrestre) ne fait pourtant pas que des heureux, malgré le succès croissant des télévisions Haute-Définition et la réception gratuite de 18 chaînes, contre 6 actuellement avec la réception hertzienne. Ainsi, des élus de communes en « zones blanches » de Haute-Normandie, dénommées ainsi parce qu’elles sont, pour l’heure, exclues de la couverture TNT, se sont réunis, à Grand-Couronne (Seine-Maritime) à l’initiative de la municipalité PCF. Objectif : évoquer la fracture numérique dont leur commune risque de souffrir si rien n’est fait pour que les quelque 3500 émetteurs analogiques actuels implantés sur le territoire métropolitain soient équipés pour recevoir la TNT. Or, à ce jour, seuls 1626 d’entre-eux le sont. Insuffisant donc pour les élus de ces communes victimes de la loi elle-même qui n’oblige pas les opérateurs et le CSA (Conseil Supérieur de l’Audiovisuel) à couvrir et à financer le passage à la TNT de tous les émetteurs analogiques sur l’ensemble du territoire français.

Seule solution pour les communes restées en marge de cette révolution technologique : financer l’implantation d’un émetteur TNT pour permettre à l’ensemble des habitants de continuer à recevoir les chaînes de télévision. Et c’est là que le bât blesse et que ces communes voient rouge car le coût de l’opération reste dissuasif : entre 25 et 100 000 euros d’investissement auxquels s’ajoutent les frais de fonctionnement annuels estimés entre 35 et  50 000 euros. Impossible pour bon nombre de ces communes concernées de financer une telle opération, d’autant qu’elles ne connaissent toujours pas les contreparties financières à la disparition annoncée de la taxe professionnelle.

Autre possibilité, cette fois-ci à la seule charge des particuliers : s’équiper eux-mêmes via l’installation d’une parabole ou par accession payante à Internet mais limitée à un seul téléviseur. D’après TDF (principal opérateur des réseaux hertziens), des aides techniques pour les personnes âgées ou handicapées et financières pour les personnes non assujetties à la redevance audiovisuelle sont prévues par l’Etat. Sauf qu’on imagine mal, comme l’a rappelé Patrice Dupray, maire PCF de Grand-Couronne, « des communes touristiques, comme Etretat par exemple, recouvertes de paraboles ». Une dégradation du paysage qui ne semble par être la priorité de l’Etat et du CSA.

 Dans une courrier envoyé au Préfet, aux ministères concernés (Environnement, Intérieur), au Secrétariat d’Etat à l’économie numérique, ainsi qu’à tous les parlementaires de Haute-Normandie, au président du conseil général de l’Eure et de Seine-Maritime et à l’association des maires de France,  et de la Seine-Maritime et de l’Eure, les 34 élus locaux ont demandé le gel de la suppression de l’analogique dans les zones non couvertes par la TNT, ainsi que l’implantation, aux frais de l’Etat, d’émetteurs TNT en plus grand nombre.

                                                                                                            Frédéric SEAUX

 

 

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31 octobre 2009 6 31 /10 /octobre /2009 21:54



Aerrticle paru dans l'hebdomadaire La Terre, du 4 au 10 août 2009


TNT : les communes rurales sonnent la révolte

Les petites communes rurales et de montagne sont les premières visées par la généralisation prochaine de la télévision numérique en lieu et place de la télévision hertzienne. Nombre d’entre-elles, en effet, ne la recevront pas. Une fracture numérique entre les territoires et les habitants se prépare donc. Explications.

Le 30 novembre 2011 au plus tard, la télévision analogique hertzienne aura vécu et laissera place à la télévision numérique ( TNT- télévision numérique terrestre), permettant ainsi d’accéder à une offre télévisuelle d’importance (18 chaînes au lieu des 6 actuelles) et à une qualité d’image en haute définition. Un progrès donc. Mais en apparence seulement car la couverture ne sera pas totale sur l’ensemble du territoire français métropolitain. En effet, le CSA (Conseil Supérieur de l’Audiovisuel), conformément à la loi votée par le parlement en décembre 2008, se limitera à couvrir 95 % de la population métropolitaine, tout en garantissant un minimum de 91% de la population pour chaque département.

 Le CSA s’explique, soutenu par le Ministère de la Culture, sur cette prochaine fracture numérique qui ne dit pas son nom : selon le conseil, « les téléspectateurs non desservis par la TNT [pourront] recevoir les chaînes gratuites par satellite », ou encore via une connexion internet, et il est « indispensable que tous les acteurs locaux conjuguent leurs efforts ». La messe est dite : ce sera aux communes non couvertes ou seulement partiellement et à leurs habitants de mettre la main à la poche pour recevoir demain la télévision qu’ils recevaient encore gratuitement aujourd’hui.

Mais ces futures « zones blanches », pour beaucoup en zones rurales et de montagne, et très souvent informées par TDF (Télévision de France), principal opérateur des réseaux hertziens auprès des chaînes de télévision, des collectivités locales et des fournisseurs d’accès internet, ont décidé de résister. L’idée même que leurs administrés ne puissent plus recevoir la télévision ou soient obligés de financer eux-mêmes les équipements les scandalise et les pousse à l’action. Via l’ANEM (Association Nationale des Elus de Montagne), ces élus ont décidé de rappeler au CSA les efforts déjà fournis les années précédentes « pour assurer la diffusion de la télévision analogique », et qu’ « il ne serait pas équitable d’être pénalisé de nouveau, la continuité du service public ne pouvant plus être assurée ».  La disparition des services publics, c’est précisément ce qui révolte Sandra Comolli-Grandvillemin, maire de Jainvillote, commune d’une petite centaine d’habitants dans les Vosges et son homologue d’Amélie-Les-Bains, Alexandre Reynal, dans les Pyrénées Orientales, commune thermale de près de 3600 habitants. « Notre zone n’est pas assez rentable, alors elle est laissée de côté », s’insurge cet élu qui revendique fièrement son étiquette socialiste. Pour la maire de Jainvilotte, déçue par le PS mais « profondément de gauche », c’est après la disparition de son école et de la Poste du village, « encore un service public qui s’en va ». Une disparition à laquelle s’ajoute, pour d’autres communes, une absence de haut débit et d’accès à Internet en dégroupé qui ne leur permettra donc pas de recevoir la TNT, alors que le CSA et le ministère de la Culture en font la panacée des zones blanches. C’est ainsi le cas du village de Bellefosse dans le Bas-Rhin, en Alsace, première région à passer à la TNT, mais dont 14 sites dans le Bas-Rhin et 4 dans le Haut-Rhin ne seront pas couverts. « Toutes des communes de montagne », précise irritée la maire, Alice Morel, de ce petit village de 150 habitants et « 2 à 3 fois plus le week-end ». Une élue également conseillère générale qui s’insurge contre le vote des parlementaires qui ont écarté ainsi autant de communes de la réception de la TNT : « 40 à 50 communes concernés ici dans le Bas-Rhin », précise-t-elle avant d’affirmer qu’elle attend beaucoup du gouvernement dans les aides financières et techniques apportées aux particuliers qui s’équiperont eux-mêmes. En espérant, dit-elle  de « ne pas prendre seulement en considération les ressources des personnes mais aussi les territoires, surtout les plus isolés ».  La parabole reste donc pour cette élue,  la seule solution au problème. A condition seulement que les Bâtiments de France n’aient pas, comme à Etretat, en Haute-Normandie, également en zone blanche, à donner leur aval au préalable…

Et pour tous ces villages, dont la question de la désertification est souvent prégnante, il est hors de question et impossible de financer eux-mêmes l’installation et l’entretien annuel d’un émetteur TNT. Conscients que leurs administrés viendront se plaindre directement à eux, ils comptent bien, à l’image du 1er adjoint d’Urville-Nacqueville, commune de 2 200 habitants, dans la Manche, en appeler aux communautés de communes afin de prendre en charge ce coût estimé à plus de 100 000 euros.

Des inquiétudes multiples donc qui sont arrivées aux oreilles des élus nationaux et du gouvernement. Le premier ministre, dans  un communiqué à la presse du 22 juillet dernier a en effet prévu d’élargir l’assiette des personnes initialement aidées (personnes âgées, handicapées et personnes non assujetties à la redevance audiovisuelle) techniquement et financièrement pour s’équiper en réception satellite. Coté parlementaire, le Sénat a voté le 20 juillet dernier une proposition de loi du sénateur UMP de la Gironde Xavier Pintat présentant le haut débit comme la solution miracle à la couverture TNT. Une proposition cependant rejetée en bloc par les sénateurs communistes et républicains qui dénoncent un désengagement de l’Etat au profit des groupes privés et au détriment des collectivités locales et des populations qui, via l’accès et haut débit et donc à Internet, devront payer la note. Sur la forme, ils dénoncent aussi une loi soi-disant historique alors même qu’elle a été votée en « catimini en moins d’une semaine ». Cette proposition de loi sera débattue à l’Assemblée Nationale à l’automne prochain. Soit à la même période, que la proposition de loi du député UMP du Cantal Vincent Descoeur, secrétaire général de l’ANEM, dont la philosophie du texte semble être totalement différente. A tel point que ce dernier, contacté par téléphone, estime que la proposition de loi de Pintat « ne résoudra absolument pas la question de la couverture TNT » et qu’elle risque de nuire à la compréhension de sa proposition de loi. Le député se dit prêt à défendre, lui, une extension de la couverture initialement prévue  par le CSA et les chaînes de télévision : 2 200 réémetteurs TNT au lieu des quelque 1626 prévus sur les 3 500 émetteurs hertziens qui couvrent actuellement le territoire.  Les débats risquent donc d’être bientôt très animés à l’UMP sur cette question. Et Vincent Descoeur compte bien sur le prochain congrès de l’ANEM au mois d’octobre pour l’emporter sur cette question au sein de son mouvement.

En attendant, l’inquiétude des petites communes demeure. Tout du moins pour celles qui savent déjà qu’elles seront mises au ban du progrès numérique. Car en l’absence de publication officielle par le CSA de la liste définitive des communes concernées, des maires ignorent encore à ce jour que leurs administrés verront bientôt rouge en découvrant leur écran noir. Réponse, d’après le CSA, le 15 septembre prochain. La rentrée risque d’être chaude…

Frédéric SEAUX

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31 octobre 2009 6 31 /10 /octobre /2009 21:50

Article paru dans l'Humanité, le 31 août 2009

Dans l'Eure, la préfète s'acharne sur des Arméniens

Correspondance particulière

Vernon (Eure)

Un couple d’arméniens sans-papiers appartenant à la communauté des Kurdes yézides et leurs enfants sont maintenus en centre de rétention alors que la réponse concernant leur demande d’asile politique se fait toujours attendre.

 

Décidemment Fabienne Buccio, la préfète de l’Eure depuis mars 2009, n’aime pas les sans-papiers surtout, semble-t-il, quand ils sont kurdes. Cette représentante de l’Etat avait déjà fait parler d’elle l’été dernier, lorsqu’elle était encore préfète de la Mayenne, en renvoyant en Turquie une kurde cardiaque avec ses deux enfants (voir l’Humanité du 28 août 2008). Cette fois-ci notre représentante de l’Etat a récidivé en s’en prenant à une famille arménienne sans-papiers appartenant à la communauté minoritaire des Kurdes yézides (à peine 1% de la population totale arménienne). Les Movsissian et leurs deux enfants de 6 et 8 ans ont été arrêtés le 24 août dernier à 8h30 par la gendarmerie qui les pistait depuis plusieurs jours, dans leur chambre d’Hôtel à Vernon obtenue grâce aux services d’urgence du 115.

Les enfants maintenus en rétention

En France depuis 2006, les Movsissian n’ont pas obtenu le droit d’asile qu’ils demandaient alors même que les membres de leur communauté sont considérés en Arménie, selon Maître Laurent Falacho avocat de la famille Movsissian, comme « des citoyens de seconde zone ». En outre les parents ont reçu du tribunal en janvier dernier une obligation de quitter le territoire français. Incarcérés dès leur arrestation au centre de rétention de Oissel (banlieue de Rouen), dont quatre places avaient été préalablement réservées pour leur venue, le couple et leurs deux enfants ont été présentés dans les 48 heures au juge des libertés qui a considéré que maintenir en rétention des enfants n’était pas contraire aux conventions internationales. Une décision en inadéquation avec les recommandations formulées le 14 août dernier au gouvernement par Dominique Versini, défenseure des enfants, (autorité indépendante instaurée par le vote du parlement du 6 mars 2000-NDLR), « préconisant que les mineurs ne soient pas enfermés dans des centres de rétention, mais assignés à résidence avec leurs parents, pendant le déroulement de la procédure d’éloignement », précise maître Falacho.

Une demande d’asile en cours

 Toute la famille a donc été maintenue en rétention dans l’attente de l’octroi par l’ambassade d’Arménie en France de laissez-passer consulaires autorisant l’entrée en Arménie de cette famille qui a réitéré, il y a quelques mois, une demande d’asile dont la réponse se fait toujours attendre. La situation est inquiétante selon les soutiens de la famille qui précisent que « les enfants ne mangent plus et sont tombés malades ». Pour l’avocat de la famille « les services préfectoraux ont agi ainsi, au mois d’août, afin d’éviter les mobilisations d’enseignants et de parents d’élèves, majoritairement opposés à l’arrestation et à la rétention d’enfants scolarisés ».

Mais c’était sans compter sur la ténacité du réseau éducation sans frontières de l’Eure et de Seine-Maritime qui a immédiatement organisé la mobilisation. Quant à la très zélée Fabienne Buccio, elle n’a absolument pas l’intention, pour l’instant, de permettre à deux jeunes gamins de 6 et 8 ans d’entrer respectivement en CP et en CE1 et de retrouver après-demain leurs copains d’école.

 

                                                                                    Frédéric SEAUX

 

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31 octobre 2009 6 31 /10 /octobre /2009 21:47

Article paru dans l'Humanité, le 10 août 2009

SIEYES, un abbé défenseur du Tiers-Etat

 

De Sieyès, la mémoire collective n’a pas retenu grand-chose. Pourtant la Révolution doit beaucoup à cet abbé parce que son pamphlet, Qu’est-ce que le Tiers-Etat ?, s’il n’est pas le déclencheur de la Révolution, en est la clé[1]. Mais Sieyès sera également celui qui clôturera la Révolution, finissant comte d’Empire. Un comble pour un ecclésiastique exécrant les privilèges et les privilégiés et qui, en tant que député du Tiers-Etat aux états généraux de 1789, a rendu à son ordre d’adoption sa place dans la société et toute sa force pour abattre l’ancien régime. Retour sur un pamphlet qui fit la renommée de son auteur en son temps.

 

Emmanuel Sieyès est né à Fréjus le 3 mai 1748 dans une famille nombreuse de la petite bourgeoisie qui ne croule pas sous la fortune.  Il veut être militaire. Mais chétif, ses parents, très pieux, le poussent vers la prêtrise. Ils y voient aussi une carrière tranquille et des revenus assurés. Emmanuel Sieyès est ordonné prêtre en 1772 à 24 ans. Mais ses études l’ont ennuyé. Il a même été exclu du Petit Séminaire de Saint-Sulpice, réservé aux milieux modestes, au contraire du Grand Séminaire réservé à la noblesse, pour son caractère jugé sournois et ses lectures orientées vers les philosophes des Lumières. Les auteurs à succès de l’époque se nomment Locke, Rousseau, Voltaire…

Sieyès s’insurge contre cette société d’ordres, que de rares écrits dénoncent, faite de privilèges réservés, à ses yeux, à la seule noblesse. Lui qui n’est pas bien né comprend qu’il sera toujours exclu des hautes fonctions ecclésiastiques réservées aux seuls nobles. Sa haine à l’égard des privilégiés s’affirme véritablement au moment où, devenu un ecclésiastique administrateur en qualité de secrétaire de l’évêque de Tréguier, il est désigné comme représentant du clergé à l’assemblée des Etats de Bretagne. Il y voit alors les inégalités d’une assemblée d’ancien régime, ou la noblesse règne en maître. En 1780 alors qu’il suit l’évêque de Tréguier nommé à Chartres, il obtient une promotion en devenant vicaire général puis grand vicaire. Il est alors nommé représentant du clergé à l’assemblée provinciale de l’Orléanais convoquée par le roi en 1787. Aux côtés du savant Lavoisier qui le trouve brillant mais trop véhément, il travaille à un projet sur l’esquisse d’ateliers de charité  et de caisses qui verseraient des secours aux vieillards et aux veuves pour les protéger de l’indigence. C’est, semble-t-il, à ce moment que Sieyès aurait pris fait et cause pour le peuple. Il juge d’ailleurs que le moment est venu d’actions nouvelles, sans doute violentes. A l’été 1788, il s’exile donc à la campagne, loin de Paris où il passe la plupart de son temps. Il rédige ses « Vues sur les moyens d’exécution dont les représentants de la France pourront disposer en 1789 ». A l’automne, il écrit son « Essai sur les privilèges » et en novembre, décembre « Qu’est-ce que le Tiers-Etat ? Les deux premiers sont publiés fin 1788 et celui sur le Tiers-Etat paraît en janvier 1789 : le succès de ce dernier est immédiat. La diffusion est favorisée par les clubs, les salons et les sociétés politiques, notamment celle des « Enragés ». Les deux premières brochures sont rééditées deux fois dans l’année 1789. Mais celle sur le Tiers-Etat conquiert l’opinion, avec plus de 30 000 exemplaires vendus en quelques semaines. Lors de la 4è réédition, Sieyès y indiquera son nom. Il s’agit réellement d’un « best-seller ». Au café, dans les rues, on s’aborde : « Avez-vous lu le tiers ? ». Des orateurs le lisent à haute voix dans les cafés, sur les places publiques. En quelques semaines, Sieyès est devenu célèbre.

Mais qui y a-t-il d’écrit de si phénoménal dans cette brochure de 127 pages pour susciter autant d’enthousiasme ? Elle annonce la Révolution à venir et les moyens pour les mettre en oeuvre. On y trouve de nombreuses formules brutales destinées à frapper l’opinion. Très vite cette brochure s’avère une arme décisive dans la lutte révolutionnaire. Elle est rédigée pendant que se réunissait l’assemblée des notables convoquée par Necker pour organiser la réunion des Etats généraux prévue le 1er mai 1789. Sieyès tient à sa façon à préparer lui aussi ces états généraux en pesant sur les événements. Le plan de la première partie est celui qui est resté le plus célèbre :

1.« Qu’est-ce que le Tiers-Etat ? TOUT .

2. Qu’a-t-il été jusqu’à présent dans l’ordre politique ? RIEN

3. Que demande-t-il ?-A ETRE QUELQUE CHOSE ».

La seconde partie, pourtant moins connue, est certainement la plus importante car elle précisait les objectifs à atteindre et la stratégie à suivre :

« Ainsi nous dirons :

 4. Ce que les ministres ont tenté et ce que les privilégiés eux-mêmes proposent en sa faveur.

5. Ce qu’on aurait dû faire.

6. Enfin ce qui reste à faire au Tiers pour prendre la place qui lui est due ».

 

Pour Sieyès, tous les travaux, des plus ingrats aux plus estimés, sont supportés par le Tiers-Etat. Il estime alors que celui-ci est TOUT. Et sans l’ordre privilégié que représente alors la noblesse, il serait tout « mais un tout libre et florissant ». Le Tiers-Etat est aussi à ses yeux le seul qui incarne nation car la noblesse lui est étrangère puisque sa mission ne vient pas du peuple et parce que celle-ci défend son intérêt particulier et non l’intérêt commun. Pas un mot, par contre ou si peu et si timide, sur le clergé. Il prétexte alors que le clergé, lui, n’est pas seulement un ordre, mais aussi une profession et que de ce fait, il appartient aussi à l’ordre social comme le Tiers-Etat. Et puis, rappelons-le, il est aussi une personnalité éminente du clergé de Chartes…

Sieyès ensuite, sans mal, démontre que le Tiers-Etat jusqu’à présent n’a jamais rien été : rien dans les Etats généraux et rien dans l’histoire aux mains de la noblesse, son éternelle cible. Les droits politiques du Tiers-Etat sont inexistants. Il demande à devenir QUELQUE CHOSE. Plus précisément, il demande de  vrais représentants aux états généraux, c’est-à-dire des députés tirés de son ordre qui soient les interprètes et les défenseurs de leurs intérêts : il demande que les votes aux Etats généraux « soient pris par tête et non par ordre » et pas seulement pour le vote de l’impôt mais pour tous les sujets. Pour Sieyès, l’objectif recherché est clair : Le Tiers-Etat doit ainsi pouvoir avoir une influence égale à celle des privilégiés. Il n’exige pas plus alors même que le Tiers-Etat compte 25 à 26 millions d’individus face à seulement 200 000, à peine, membres du clergé et de la noblesse.

Dans la seconde partie de son pamphlet, il dénonce ce qui a été tenté par les gouvernements récents. Il attaque les notables qui en 1787 ont défendu leurs intérêts, leurs privilèges contre la nation. Mais la grande « audace », pour reprendre le terme de Jean-Denis Bredin, de Sieyès est davantage contenue dans les deux derniers chapitres de son ouvrage, même s’ils ne l’ont pas rendu célèbre :

5.« Ce qu’on aurait dû faire » : « si nous manquons de constitution, il faut en faire une : la nation seule en a le droit. Les états généraux fussent-ils assemblés, ils sont incompétents à rien décider sur la constitution. Ce droit n’appartient qu’à la nation seule ».

6.« Ce qui reste à faire ? » : se dissocier du clergé et de la noblesse : « le Tiers-Etat seul dira-t-on ne peut pas former les Etats généraux. Eh ! Tant mieux ! Il composera une assemblée nationale ». Pour Sieyès le vote par tête n’est même plus suffisant : il faut aller plus loin et délibérer seul.

Evidemment à la Cour et au Parlement de Paris ce pamphlet et le ton employé font scandale. On menace de faire brûler cette brochure sur la place de Grève. Mais l’ouvrage, au-delà des polémiques du moment marque une césure entre les instruments de l’ancien régime et les concepts politiques modernes, rappelle encore Jean-Denis Bredin : l’abolition des ordres, l’unité nationale, la souveraineté de la nation, la limitation de cette souveraineté par la seule liberté individuelle, distinction du pouvoir constituant et des pouvoirs constitués, la théorie de la représentation. Mais cet ouvrage, si intolérant vis-à-vis de la noblesse demeure pourtant si tolérant, on l’a dit, avec le clergé et aphone à l’égard du roi qui, précisons-le, à ce moment-là n’est pas remis en cause, sa fonction en tout cas.

Beaucoup  ont vu dans cette brochure une œuvre politique majeure, à commencer par Benjamin Constant ou Carré de Malberg. Alors pourquoi ce long et lourd silence des historiens de la Révolution sur ce personnage ? Oui, bien sûr, Sieyès était, pour reprendre les termes de l’historien Georges Lefebvre, « l’incarnation de la bourgeoisie ». Mais la Révolution française n’est-elle pas en tous points une révolution bourgeoise ? Serait-ce alors parce que mise à part la rédaction de ce pamphlet, Sieyès n’a pris aucun autre risque, le courage n’étant pas sa grande qualité, et qu’il a disparu sous la Terreur, se justifiant laconiquement par ces mots « j’ai vécu » ? Parce qu’il s’est comporté comme un opportuniste, en siégeant au centre à la Convention, mais votant tout de même la mort du Roi (cela lui sera reproché sous la Restauration durant laquelle il devra s’exiler), refusant de s’allier à un parti et de fait continuellement détesté par la Montagne et Robespierre le qualifiant de « taupe de la Révolution » ? Ou parce que, par opportunisme encore, refusant plus tard de siéger au Directoire et rejetant la constitution de l’An III, il présidera tout de même les Cinq-Cents, et donnera le coup d’épée final à la Révolution en préparant le 18 Brumaire aux côtés de Napoléon Bonaparte ? Celui-ci fera de lui, pour mieux s’en débarrasser, un comte d’Empire aux larges privilèges qu’il condamnait tant 20 ans plus tôt.

 Pourtant, en y regardant de plus près on pourrait voir dans ce « Qu’est-ce que le Tiers-Etat ? » un appel à la lutte des classes à travers son rejet des privilégiés et sa farouche volonté de voir triompher le Tiers-Etat. Comparaison osée ? Gageons alors qu’elle fasse débat et qu’elle redonne à Sieyès une place bien méritée dans l’histoire de France et de la Révolution française.

Frédéric SEAUX

 

 

 

 

 

 



[1] Jean-Denis BREDIN, Sieyès. La Clé de la Révolution française, Paris, Editions de Fallois, 1988.

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31 octobre 2009 6 31 /10 /octobre /2009 21:44

Article paru dans l'Humanité le 12 octobre 2009

Un clip parodique très énervant…

 

Face à l’annonce de la délocalisation de leur entreprise, des salariés ont choisi une voie originale pour leurs revendications : la parodie sur le net.

 

Rachetée par la multinationale néerlandaise de chimie Akzonobel en janvier 2008, désireuse d’être présente sur le marché de la peinture décorative, l’entreprise de peinture décorative « Ici Paints Déco » de Grand-Quevilly (banlieue rouennaise) a appris la nouvelle de sa délocalisation à Montataire (Oise), le 25 mai dernier. Les 134 salariés du site auxquels il faut ajouter les 80 salariés d’Asnières, ont été « invités » à suivre l’entreprise dans l’Oise. Dans le cas contraire, ils seront tout simplement licenciés. Il n’en fallait pas plus pour faire réagir les salariés qui ont d’abord décidé de mener une lutte classique : une grève d’une journée le 8 juin dernier suivie par la quasi-totalité des salariés et une distribution de tracts auprès des magasins vendant leurs productions (Dulux Valentine notamment).

Et voyant que rien ne bougeait, l’intersyndicale très unie (CGT, CFDT, CFTC, CGC, FO) a créé un blog (akzonoubez.over-blog.com). Puis certains salariés ont choisi un angle d’attaque plus original : la parodie. En reprenant, le visage caché par un pot de peinture, et en modifiant les paroles de l'entêtant tube d'Helmut Fritz, « Ça m'énerve », ils créent le buzz sur ce blog et deviennent rapidement les chouchous des médias. Et aujourd’hui, le nombre de visiteurs s’élève à 23 000 connections. Un succès retentissant donc.

« La direction exige que nous retirions cette vidéo mais, nous n’en sommes pas à l’origine, et nous n’avons pas la maîtrise de cette vidéo qui, même si elle était retirée, peut désormais être vue sur d’autres sites internet », explique Benoît Laillier, secrétaire CFDT du C.E. En effet, la main sur le cœur, mais aussi peut-être par crainte des représailles de la part de la direction, l’intersyndicale affirme ne pas connaître ni les auteurs du texte, ni les réalisateurs du tournage réalisé en catimini et sans autorisation dans l’usine, avec la participation coup de pouce d’une chanteuse professionnelle de la région. Au final ? Un résultat digne de professionnels.  A un tel point que si l’intersyndicale se dit prête, alors qu’elle est en pleine négociation du plan social qu’elle juge au rabais, à mener des actions classiques, elle espère bien, à demi-mot, que d’autres actions originales de ce genre se reproduiront.

 

Frédéric SEAUX

 

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31 octobre 2009 6 31 /10 /octobre /2009 21:40


Article paru dans l'Humanité le 15 juin 2009.

Des salariées baladées par leurs repreneurs


Depuis la fin du mois de mars, 9 salariées du transitaire maritime Kuehne-Nagel n’ont plus ni travail ni revenus. Pourtant, elles ne sont pas licenciées.

Depuis le 26 mars, 9 salariées en CDI du transitaire maritime Kuehne-Nagel, basé à Grand-Couronne, près de Rouen, un des leaders mondiaux des métiers du transport et de la logistique, se retrouvent sans emploi, sans salaire et sans mutuelle mais pas licenciées et donc non indemnisées par les assedic. Raison de cette situation ubuesque: son client, Renault Grand-Couronne, lui a préféré, lors du dernier appel d’offres, son concurrent, SDV logistique International (groupe Bolloré). Le prestataire de service kuehne-Nagel prétextant alors une jurisprudence du code du travail a considéré que ses salariées devaient être reprises par Renault ou par SDV. Ce dernier, arguant que l’appel d’offres n’avait pas précisé cette clause de reprise, a rejeté cette possibilité. Quant à Renault, il l’a lui aussi rejetée avançant l’argument que cette jurisprudence n’était pas applicable puisque l’activité avait été remaniée et partagée avec son nouveau prestataire, autrefois totalement assurée par ces 9 salariées.

Une solution avait pourtant été envisagée un temps. Renault et Kuehne-Nagel avaient, en effet, accepté de reprendre par tiers les salariés. Mais SDV avait lui maintenu son refus de reprendre le dernier tiers. Les salariées ont donc saisi les prud’hommes qui le 2 juin dernier n’a pu rendre sa décision, faute de majorité entre les représentants patronaux et syndicaux. Une prochaine audience de départage le 2 juillet prochain, cette fois-ci dirigée par un magistrat professionnel, rendra sa décision. C’est du moins ce que ces salariées espèrent, faute de quoi l’affaire sera alors jugée (après les grandes vacances ?) par le TGI de Rouen.

Faute d’accord tripartite, le cabinet du maire Patrice Dupray a dénoncé cette situation et notamment l’attitude de Kuehne-Nagel. Ainsi, Celui-ci profiterait de cette perte de marché pour se débarrasser des ces 9 salariées, dont certaines ont plus de 30 ans d’ancienneté, car le transitaire est sur le point de se séparer de 4 000 à 4 500 de ses salariés dans le monde, soit environ 8 % des effectifs. Et même si l'essentiel de cette saignée se fera en Asie et qu’en France elle devrait se limiter à l’intérim, véritable variable d’ajustement pendant les « temps difficiles », l’élu communiste tient à rappeler que cette société ne s’est jamais aussi bien portée. Le transitaire maritime a ainsi annoncé un chiffre d’affaires de 14,7 milliards d’euros (+3%) avec un résultat net en forte hausse à 397 millions d’euros (+9,1%).

Quant à Renault, le cabinet de Patrice Dupray ne l’épargne pas non plus. Il lui reproche de n’avoir pas fait son devoir moral en ne payant pas les salaires de ces 9 salariées dans l’attente du jugement des prud’hommes, alors que dans le même temps, l’entreprise automobile ne rechigne pas à toucher des subventions publiques. Plus globalement, le maire dénonce l’absence de fond public de secours pour les salariés dans une telle situation alors

même qu’il est si facile et si rapide de débloquer des aides conséquentes pour les banques en difficulté. Dans ce contexte, la municipalité  accueillera mercredi prochain ces salariées qui symboliquement apposeront sur le fronton de la mairie une banderole rappelant leur situation à la population.

 

                                                                                                                 Frédéric SEAUX

 



 

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31 octobre 2009 6 31 /10 /octobre /2009 21:36

Article paru dans l'Humanité, le 28 août 2008

Cardiaque et…  expulsée !

 

Oissel (Seine-Maritime)

Correspondance particulière

Malgré une très forte mobilisation, une mère de famille kurde gravement malade a été renvoyée hier matin avec ses deux enfants vers la Turquie,  

En ces temps de célébration des médaillés olympiques français, il y en a une qui sans aucun doute détient la palme : c’est madame le préfet de Mayenne qui pourra jeudi en recevant Nicolas Sarkozy s’enorgueillir de mener avec zèle la politique d’acharnement du gouvernement à l’encontre des sans-papiers. En effet, malgré sa situation médicale gravissime, une mère de famille turque d’origine kurde, Elif Kocamer, a été renvoyée hier matin par avion depuis Orly dès 9 heures du matin avec ses deux enfants Eren et Ahmet, âgés de 5 et 12 ans, en Turquie où réside son mari expulsé de France en novembre 2007. Et ce, contre l’avis même du médecin du centre de rétention d’Oissel (Seine-Maritime) où elle était incarcérée avec ses deux enfants depuis le 12 août dernier, après avoir été « fliquée » pendant une semaine à Laval où elle résidait, estimant que le voyage et son retour en Turquie seraient très dangereux pour sa santé suite à un infarctus survenu il y a trois ans. La préfecture de Mayenne et la justice ont plutôt préféré retenir l’avis du médecin inspecteur de la Direction Départementale des Affaires Sanitaires et Sociales arguant, sans l’avoir auscultée et sur simple lecture du dossier médical, que cette femme pouvait être soignée et en centre de rétention et en Turquie.

La mobilisation tant à Laval qu’à Oissel du Réseau Education Sans Frontières de la Mayenne, du comité  de soutien des parents d’élèves des enfants Kocamer et du Parti Communiste de Mayenne, présents à Oissel jusqu’au dernier moment, soutenus activement par le sénateur-maire de la ville Thierry Foucaud et de Jean-Paul Lecoq, député-maire de Gonfreville l’Orcher (Seine-Maritime) qui ont interpellé le préfet de Mayenne, Rama Yade et Brice Hortefeux, n’y ont rien fait. A 5h30 du matin, cette mère et ses deux enfants étaient réveillés : destination officielle,  Plaisir dans les Yvelines. En réalité, ils allaient tout droit vers Orly sans que leurs soutiens puissent réagir rapidement.

En Turquie, le petit Eren devra attendre un an avant de pouvoir repartir à l’école qui ne commence qu’à l’âge de sept ans ; quant à son frère aîné de douze ans, il devra retourner en CP car il n’écrit pas la langue. Pourront-ils bénéficier du regroupement familial mis en avant par le gouvernement français lorsque cela l’arrange pour justifier cette expulsion ? Rien n’est moins sûr, car en Turquie le mari habite chez sa mère dans l’incapacité d’héberger d’autres personnes. Et quand on connait la situation dramatique des Kurdes dans ce pays, on a de quoi s’inquiéter quant à la santé de leur mère et à la sécurité de la famille dont deux membres ont déjà été tués il ya quelques années.

Frédéric SEAUX

 

 

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31 octobre 2009 6 31 /10 /octobre /2009 21:31


Article paru dans L'Humanité Dimanche, du 9 au 16 juillet 2009


Près de Dieppe, on attend l'EPR de pied ferme


L’implantation d’un second EPR à Penly suscite la colère des écologistes. Mais pour le bassin dieppois, dont le taux de chômage a dépassé les 10%, il s’agit d’une réelle opportunité de relancer son secteur industriel.

De l’avis de la police comme des militants écologistes, la manifestation organisée dimanche 28 juin à Dieppe contre l’implantation d’un second EPR (réacteur nucléaire 3è génération) à Penly, a été un échec. 500 manifestants à peine ont répondu à l’appel du collectif « Sortir du Nucléaire », qui fédère pas moins de 840 associations. Un collectif pour lequel ce second EPR « détournera la France de son engagement de 20% de sources d'énergie renouvelables en 2020 ». Le collectif a tenu tout de même à motiver son opposition en dénonçant la dangerosité d’un tel site, son relatif impact économique au regard du potentiel d’emplois que créeraient les énergies renouvelables et enfin la dépendance de la France dans ses besoins en uranium importé notamment du Niger.

Pour Sébastien Jumel, maire de Dieppe et vice-président du Département, l’échec de cette manifestation était attendu. Pour lui, la population non seulement n’a pas peur du nucléaire, mais elle est même pressée que les travaux commencent. Il faut dire que le bassin d’emplois dieppois a été particulièrement touché par la crise industrielle. « Le taux de chômage a largement dépassé la barre des 10 % alors qu’elle était déjà à 9,4 au dernier trimestre 2008 », précise le cabinet du maire.  On ne compte plus, en effet, les fermetures à répétition d’entreprises, pour la plupart prestataires métallurgiques pour le secteur automobile, fortement implanté dans la région fortement touchée par la crise. Ainsi, selon Eveline Duhamel, présidente de la Chambre de Commerce et d’Industrie de Dieppe, « Au niveau de l’automobile, nous sommes impactés de 7 % de plus qu’à l’échelle nationale. ».

 Au-delà d’une véritable bouffée d’oxygène pour l’emploi (2000 emplois crées pour la construction. 300 emplois pérennisés), cette implantation à Penly peut donc représenter une opportunité pour les entreprises de la région. En se positionnant sur le créneau du nucléaire, et non plus seulement sur l’unique créneau automobile, elles pourraient avoir des nouvelles perspectives de développement. Une arrivée salvatrice notamment pour le secteur métallurgique (57% de l’emploi industriel) qui n’en a pas encore fini avec la crise puisque  près de 1000 emplois sont toujours menacés de disparition.

Le sous-préfet de Dieppe qui a prévu, conformément à la loi, un débat public début 2010 sur cette implantation, résonne, lui, au-delà même de Penly et du bassin dieppois. « Les entreprises locales qui auront réussi à s’insérer dans le marché de l’EPR seront bien placées pour les projets sur le Royaume-Uni ». Des propos totalement partagés par Sébastien Jumel qui évoquant l’EPR parle de « vision d’avenir », dans le bulletin municipal de mai dernier. Et s’il considère qu’au-delà même de la création d’emplois, l’énergie nucléaire reste à ce jour la seule alternative au mode de vie actuelle et l’énergie la plus propre, il n’esquive pas, pour autant, la nécessité de développer aussi les énergies renouvelables. Le développement durable est d’ailleurs un des piliers de son projet municipal. 

Hormis les Verts qui s’y sont opposés, ce projet d’implantation à Penly fait l’unanimité  à gauche (Les Verts accusent le PS d’avoir renié ses engagements anti-EPR) comme à droite en Seine-Maritime. Antoine Rufenacht, maire UMP du Havre et ami de Nicolas Sarkozy, a notamment jouer un rôle clef dans le choix de cette implantation. Seul les communistes attachent pourtant de l’importance à ce que ce projet d’implantation soit confié à EDF, avec GDF Suez comme partenaire minoritaire, et non au privé. Une décision importante pour Sébastien Jumel qui, selon son cabinet, aurait été très réservé dans le cas contraire, sur cette implantation.

                                                                                                                          Frédéric SEAUX

En savoir plus

ü      Construction d’un deuxième EPR : réaction du PCF : www.pcf.fr

ü      Organisation anti-epr : www.stop-epr.org

ü      Site du ministère de l’environnement : www.developpement-durable.gouv.fr

ü      Sur les mesures envisagées pour  sauvegarder la métallurgie dans le bassin dieppois : Le journal de Bord, magazine municipal, mai 2009, Téléchargeable sur le site de la ville : www.dieppe.fr

ü      Sur la politique de développement durable de la ville de Dieppe : Le journal de Bord, magazine municipal, juin 2009. Téléchargeable sur le site de la ville : www.dieppe.fr

 

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