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7 septembre 2011 3 07 /09 /septembre /2011 09:36

Article paru dans l'Humanité le 6 septembre 2011

 

Quand scolaire rime avec précaire

Alors que les prud’hommes de Rouen avaient exigé, fin juin, la titularisation de 34 employés de vis scolaire, le rectorat refuse toujours d’appliquer la décision de justice.

 

Les 45 000 EVS (employés de vie scolaire) qui apportent une aide administrative aux directions d’écoles et pédagogique aux enfants en difficulté scolarisés dans le premier degré ont du souci à se faire. Car l’Etat, premier employeur précaire, fait désormais de plus en plus fi des décisions de justice. Dernière déni de justice en date, le 29 juin dernier, avec la décision des prud’hommes de Rouen de requalifier en CDI trente-quatre EVS embauchés en CDD dans le cadre d’emploi aidés en contrat d’insertion, du fait de l’absence durant leur période de travail de formations qualifiantes pourtant obligatoires. Le Rectorat de Rouen a d’abord joué la carte de l’ignorance, avant d’interdire le retour de ces EVS lors de cette rentrée, ces derniers ayant déjà été remplacés, pour un an, dans les écoles par des nouveaux contrats d’insertion. Le Rectorat a d’ailleurs fait appel de la décision des prud’hommes, réfutant cette requalification en CDI.

Au chômage sans avoir été licenciés

Mais en attendant le délibéré de l’appel prévu le 24 janvier prochain, trente-trois EVS (le trente-quatrième est en contrat jusqu’en décembre-NDLR) sont aujourd’hui au chômage sans avoir été licenciés. Cette situation ubuesque les a d’ailleurs mis quelques temps dans l’insécurité sociale, Pole Emploi refusant, dans un premier temps, de leur verser leur indemnité chômage, et de leur faire bénéficier de l’aide au retour à l’emploi.

Si la situation semble financièrement se débloquer, selon l’union CGT de Seine-Maritime, ces EVS souhaitent surtout retourner dans leur école où les enfants les attendent. Ils demandent d’ailleurs leur réintégration ou leur licenciement pur et simple. « Mais évidemment, prévient la CGT, s’il y a licenciement, cela coûtera cher à l’Etat qui devra indemniser ces trente-quatre EVS, sans compter tous ceux pour lesquels nous sommes en train de constituer un dossier pour acter aux prud’hommes ».  Sans compter aussi tous les cas identiques signalés dans d’autres départements et pour lesquels les prud’hommes ont rendu des décisions similaires.

 

Frédéric SEAUX

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7 septembre 2011 3 07 /09 /septembre /2011 09:25

Article paru dans l'Humanité le 5 septembre 2011

Journée d’action contre l’austérité le 11 octobre

 

CGT, CFDT, FSU, Unsa, Solidaires ont décidé d’une mobilisation interprofessionnelle nationale, selon des modalités à débattre.

 

Déjouant certains pronostics pessimistes, cinq syndicats sont parvenus à s’entendre pour appeler à une riposte commune contre la politique d’austérité. Réunis jeudi – en l’absence de FO, qui persiste dans son cavalier seul, de la CGC et de la CFTC, qui invoquent la « concertation » avec le gouvernement –, la CGT, la CFDT, la FSU, l’Unsa et Solidaires ont décidé d’une « journée nationale d’action interprofessionnelle », mardi 11 octobre. Décision prise au terme de cinq heures de discussions, les organisations divergeant sur le choix des formes d’action. La CFDT, en particulier, juge, que la grève n’est « absolument pas une bonne voie ». Les cinq syndicats ont donc résolu de mettre en débat, en préalable, avec les salariés la question des « modalités (manifestations, rassemblements, arrêts de travail, etc) », avant de trancher lors d’une nouvelle réunion le 15 septembre.

En tout état de cause, la CGT a bien l’intention de « tout faire pour que » la mobilisation « soit de haut niveau », a déclaré Bernard Thibault vendredi. Ce ne doit pas être « une journée de témoignage », estime aussi Bernadette Groison, de la FSU. Même tonalité chez Annick Coupé, de Solidaires, pour qui il s’agit de « mettre massivement du monde dans la rue » afin d’imposer un « changement de cap ». L’intersyndicale dénonce en effet « le caractère injuste et inéquitable » du plan d’austérité Fillon, et plaide à la fois pour des « réformes structurelles » (« réforme globale de la fiscalité », « services publics de qualité »), et des « mesures urgentes ». Elle réclame ainsi l’abandon de la taxation des complémentaires santé, la fin des exonérations et de la défiscalisation des heures supplémentaires, l’arrêt des suppressions d’emplois dans la fonction publique, ainsi que la mise en œuvre de la taxe sur les transactions financières. Elle revendique aussi des mesures de soutien au pouvoir d’achat et demande la réouverture des négociations salariales dans le privé et le public.

Yves Housson

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7 septembre 2011 3 07 /09 /septembre /2011 09:18

Article paru dans l'Humanité, le 5 septembre 2011

Renault, une entreprise sous influence

 

L’agence de notation Fitch incite fortement le groupe automobile à délocaliser des productions. Problème : le principal actionnaire de l’agence siège au conseil d’administration de l’entreprise.

 

Dans une note, publiée en juin dernier, visant à justifier la notation de la dette de Renault, l’agence de notation Fitch émet un avis positif sur la stratégie du groupe permettant d’améliorer sa marge opérationnelle grâce, notamment, à des « mesures de réduction des coûts et de délocalisation de la production à l’extérieur de l’Europe de l’Ouest ». Fitch, en outre, salue la volonté de la direction de Renault « d’augmenter la production dans les pays à bas coût et de développer la flexibilité ».

Cette incitation aux délocalisations est d’autant plus choquante que, pour Renault, Fitch n’est pas une agence comme les autres, comme ses deux grandes consœurs, Standard & Poor’s et Moody’s. Certes, dans sa note, l’analyste de Fitch est contraint d’indiquer que « Marc Ladreit de Lacharrière, dirigeant et membre du conseil d’administration de Fitch, est aussi membre du conseil d’administration de Renault SA », mais il juge nécessaire de préciser qu’« il ne participe à aucun des groupes de notation, notamment celui de Renault ». Cette indication ne dissipe pas pour autant la gêne occasionnée par cette affaire.

À l’occasion de notre enquête sur Fitch Ratings, nous avons sérieusement mis en doute l’indépendance des agences de notation, ces organismes qui classent les dettes des États, des collectivités territoriales et des entreprises en fonction de critères essentiellement fondés sur la rentabilité financière afin d’orienter les choix en placements des marchés financiers. Une entreprise mal notée par l’une d’entre elles devra payer des intérêts plus élevés pour emprunter.

Déjà, aux États-Unis, plusieurs affaires ont éclairé les relations entre ces « milices privées » des marchés et les directions des multinationales américaines. En ce qui concerne la France, nous avons révélé les liens existant entre le principal actionnaire de Fitch Ratings, Marc Ladreit de Lacharrière, l’une des grandes fortunes françaises, et la direction de Renault. Le patron de Fimalac et de sa filiale à 60 %, Fitch, est en effet un administrateur très actif du groupe. Fimalac est en outre représenté au conseil d’administration de Renault par un autre de ses dirigeants, Philippe Lagayette, ancien responsable de l’administration du Trésor public français. Enfin, l’ancien directeur financier de Renault, Thierry Moulonguet, siège au conseil d’administration de Fimalac. Savant jeu de chaises musicales !

Dans la suite de notre recherche, nous avons eu confirmation que, en contradiction avec le principe d’indépendance, Fitch est l’une des trois agences de notation de Renault. Son patron, Marc Ladreit de Lacharrière, contribue à définir la stratégie du groupe, et l’agence, qui lui appartient, lui donne une note. Renault est ainsi particulièrement sous la surveillance des marchés. La pression sur ses choix de gestion est intense, interne et externe !

Dans leur rapport de juin sur Renault, les analystes de Fitch considèrent que la situation du groupe s’est améliorée en 2010 : la dette financière nette a « substantiellement diminué depuis 2009 » et les grands indicateurs s’améliorent. Ils remarquent cependant « qu’en dépit des récentes décisions de produire des véhicules en Russie, en Afrique du Nord et en Inde, les ventes de Renault restent concentrées en Europe de l’Ouest ». En outre, ajoutent-ils, elles sont trop centrées « sur les segments petits et moyens, les moins profitables ».

En foi de quoi, l’agence y confirme la note « BB+ stable » de Renault déjà attribuée précédemment, ce qui est loin d’être un cadeau, même si nombre de groupes automobiles héritent de scores similaires. Celui-ci, en tout cas, classe la dette du groupe français dans la catégorie des placements « spéculatifs ». Une façon de pousser l’industrie automobile française à rechercher la rentabilité maximale par tous les moyens.

Pierre Ivorra

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7 septembre 2011 3 07 /09 /septembre /2011 09:14

Article paru dans l'Humanité le 5 septembre 2011

Une prime de 100 euros pour briser les grèves à la RATP

 

 

La régie des transports veut donner 100 euros par mois aux cadres et agents de maîtrise qui acceptent de prendre la place des conducteurs grévistes. Les syndicats dénoncent l’atteinte au droit de grève et un risque pour les usagers.

 

En quelques jours, la RATP aura franchi les lignes rouges. Après le tramway de la honte chargé de ramener les Roms expulsés jusqu’à la gare, ce sont cette fois les grévistes qui sont la cible des nouvelles pratiques de l’entreprise publique. La RATP envisage d’offrir une prime de 100 euros par mois, soit 1 200 euros, à 150 cadres ou agents de maîtrise qui accepteraient « volontairement » de se former à la conduite des RER et du métro. Et ainsi de remplacer au pied levé les conducteurs grévistes, quel que soit le nombre de jours de « remplacement ». Le but de ce « projet », avancé par la régie, qui consisterait à « officialiser une pratique utile à la cohésion sociale et à la bonne compréhension des règles complexes de l’exploitation ferroviaire », ne trompe pas les syndicats.

« 84 cadres actuellement en formation »

«Le stade des discussions doit déjà être dépassé », explique Jean-Christophe Duprat, du syndicat SUD, dans le Figaro. En effet, « 84 cadres, sur les 150 volontaires espérés par la direction, sont actuellement en formation », affirme-t-il. Même son de cloche à la CGT : « Depuis la grève de 2009, beaucoup de cadres sont formés et les nouveaux agents de maîtrise ont un contrat de travail qui rend cette disposition obligatoire. Ce n’est même plus du volontariat », dénonce Catherine Machette, déléguée d’établissement. Selon la conductrice du RER A, la direction avoue qu’elle n’utilisera ces néophytes qu’en cas de grève uniquement.

« C’est une mesure discriminatoire car il s’agit de remplacer un gréviste qui va perdre de l’argent par un cadre volontaire qui, lui, va en gagner ! » note Pascal Lepetit, de SUD RATP. « Il est particulièrement choquant de constater que l’argent est absent pour les revendications salariales, sociales ou pour l’emploi mais qu’il soit possible de financer un tel projet », s’insurge la CGT RATP dans son communiqué.

Pour le syndicat SUD, cette attaque dessine les prémices d’une année sociale soutenue. « Si la direction commence à s’organiser pour faire face à la grève, c’est qu’elle anticipe des conflits sociaux. On peut imaginer par exemple qu’elle entende revenir prochainement sur les accords de réduction du temps de travail », anticipe Jean-Christophe Duprat.

Outre l’atteinte au droit de grève, les syndicats s’inquiètent du risque pour les usagers. « Aujourd’hui, un conducteur de RER doit avoir travaillé dix ans dans le métro et effectuer une formation de soixante jours alors que le cadre, lui, a seulement vingt-huit jours de formation, s’alarme Catherine Machette. C’est un métier, on ne s’improvise pas conducteur de RER ! » Pour sa défense, la direction précise que les cadres ou agents de maîtrise volontaires devront avoir leur habilitation à la conduite, renouvelée tous les six mois, comme c’est le cas de tous les conducteurs. Mais la syndicaliste de la CGT a franchement des doutes sur le sérieux de ce nouveau permis de conduire. « Nous n’avons toujours aucune information sur le contenu de la formation et de l’examen », relève-t-elle.

 

Clotilde Mathieu

 

Service minimum : effets pervers. Depuis 2008, la RATP comme la SNCF ont mis en place un service minimum en période de grève « de 50 % ou 25 % par réseau », 
et une information aux voyageurs « quarante-huit heures, puis vingt-quatre heures » avant un conflit. Les salariés sont eux contraints de déclarer leur préavis de grève individuellement quarante-huit heures à l’avance. En 2009, après plus de deux semaines de conflit à la RATP marqué par l’inflexibilité de la direction, le secrétaire général de l’Élysée, Claude Guéant, avait alors déclaré que l’application 
de la loi sur le service minimum n’était pas « satisfaisante ».

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6 septembre 2011 2 06 /09 /septembre /2011 17:23

Article paru dans l'Humanité, le vendredi 19 août 2011

 

Entourloupe patronale sur la contribution des riches

 

Dans les pas du multimilliardaire Warren Buffett, plusieurs grands patrons français préconisent une contribution 
« exceptionnelle » pour les nantis. Une manière, à leurs yeux, de faire passer la pilule de l’austérité pour le peuple !

 

Attention, grosse manip! Depuis que Warren Buffett, troisième fortune mondiale (50 milliards de dollars) selon le classement annuel de Forbes, a, en tant qu’ultra-riche, offert de participer à l’effort pour résorber la dette publique aux États-Unis, le petit monde des grands patrons français est en ébullition. Et, les uns après les autres, certains éminents représentants de notre Richistan se précipitent pour donner corps à la grande entourloupe, espérant désamorcer, au prix d’une mesure « transitoire », « exceptionnelle » et surtout parfaitement symbolique, la colère sociale suscitée à la fois par leurs rémunérations exorbitantes et par les dispositifs dits « d’optimisation fiscale » qui tournent à plein régime dans ce milieu-là. Mardi, dans les colonnes du Monde, Maurice Lévy, patron de Publicis et président de l’Association française des entreprises privées (Afep), le discret lobby rassemblant les groupes du CAC 40, propose une « contribution exceptionnelle des plus riches, des plus favorisés, des nantis ». « Il me paraît indispensable que l’effort de solidarité passe d’abord par ceux que le sort a préservés, poursuit Maurice Lévy. J’ai toujours considéré que la grande majorité des dirigeants méritaient leur rémunération, et pour certains plus encore. Mais je considère avec la même force qu’il est normal que nous, qui avons eu la chance de pouvoir réussir, de gagner de l’argent, jouions pleinement notre rôle de citoyens en participant à l’effort national. »

de riches « philanthropes »

Dans le Parisien, Geoffroy Roux de Bézieux, patron de Virgin Mobile et un temps challenger de Laurence Parisot à la tête du Medef, joue dans la même veine philanthropique : « J’estime qu’être riche donne des responsabilités. La première est de contribuer à la solidarité nationale, surtout en cette période de crise. »

Derrière cet élan de « générosité », le naturel revient au galop… Et très vite ! Ceux qui se sont battus à mort pour obtenir la suppression de l’impôt de solidarité sur la fortune lâchent le morceau. Roux de Bézieux se déclare « favorable » à l’appel de Warren Buffett, « mais c’est symbolique », se rassure-t-il immédiatement. « Il faut le dire aux Français, ce n’est pas en taxant même beaucoup les riches que l’on réglera le problème de la dette de l’État. (…) L’ISF est un impôt idiot, et il ne faut pas que cela exempte l’État des efforts à produire en matière de réduction des déficits. » De son côté, Maurice Lévy préconise, derrière l’affichage « les riches sont solidaires », une attaque sans précédent contre « nos structures administratives et nos systèmes sociaux, pour pouvoir à l’avenir réduire drastiquement nos coûts », évoquant également un « programme de privatisation dédié exclusivement au désendettement ».

Pour l’heure, le Medef, partenaire de l’Afep, il y a deux ans, à travers le code de « bonne conduite » sur les rémunérations des grands patrons, reste remarquablement silencieux. Si volubile quand il s’agit de présenter l’ISF comme une « catastrophe économique », Laurence Parisot, sa présidente, ne dit pas un mot sur ces contributions « volontaires » envisagées pour les plus riches. Sur Twitter, un des permanents du Medef évacue, lui, carrément : « L’Afep n’est pas le Medef et Maurice Lévy n’est pas Laurence Parisot ! »

 

Thomas Lemahieu

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6 septembre 2011 2 06 /09 /septembre /2011 17:07

Article paru dans l'Humanité, le 5 septembre 2011

École. La manip des chiffres

 

Chatel aime comparer le budget actuel avec celui de 1980. Une hérésie.

 

S’il veut restaurer la morale à l’école, Luc Chatel devrait commencer par arrêter de mentir… Jeudi, lors de sa conférence de presse, le ministre a encore joué avec les chiffres. Son préféré : « Depuis 1980, le budget par élève, en France, en euros constants, a augmenté de 80 %. » Sous-entendu, l’école a largement les moyens. Une hérésie, répondent les syndicats.

Le chiffre en lui-même n’est pas faux. Mais il compare deux réalités qui n’ont rien à voir. À l’époque, les parcours scolaires étaient plus courts, donc moins coûteux, et le nombre d’élèves en classe préparatoire, là où les enseignements sont les plus chers, était moindre. De même, en 1980, le vivier de profs remplaçants n’était pas comptabilisé car faisant partie du personnel non titulaire. Enfin, Luc Chatel ne précise pas que la réforme Jospin, en 1989, a revalorisé le salaire des enseignants et a donc augmenté les dépenses.

Bref, comparaison n’est pas raison. Voilà une morale à méditer pour Luc Chatel.

Laurent Mouloud

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6 septembre 2011 2 06 /09 /septembre /2011 13:38

Article paru dans l'Humanité le 5 Septembre 2011

 

Le business de la non-formation des profs

 

L’absence de réelle formation professionnelle des profs débutants attise la convoitise des organismes privés. « Fiches pratiques » et autres « coachings personnalisés » se multiplient sur Internet, avec la bénédiction du ministère.

 

 

Le malheur des uns fait le bonheur des autres. Voilà une morale sur laquelle les quelque 13 500 enseignants stagiaires de cette rentrée 2011 peuvent méditer. Lâchés dans les classes sans réelle formation professionnelle, ils bénéficient, en revanche, de toute l’attention des organismes privés, qui ont flairé la bonne affaire. Histoire de pallier les lacunes de l’éducation nationale, un véritable business de la formation se développe sur Internet, à coups de « fiches payantes » et autres « coachings ».

Parmi les premiers à se placer, Forprof, spécialisé dans la préparation des étudiants aux concours de l’enseignement, vient de lancer apprentissime.org, un site Internet qui délivre « conseils » et « outils pratiques », ainsi que la promesse d’un « accompagnement personnalisé » du jeune prof par des maîtres formateurs. Le tout pour 20 euros par mois. Les éditeurs ne sont pas en reste, évidemment. En vogue, les ouvrages téléchargeables sur Internet pour une somme allant de 10 à 20 euros.

Le plus navrant, c’est que le ministère de l’Éducation nationale encourage cette démarche, qui renvoie à chaque jeune prof la responsabilité de se former lui-même. Le 22 août, il a lui-même lancé son site (jeunesprofs.com), en partenariat avec des privés comme la Casden, filiale de la Banque populaire pour les personnels de l’éducation, le site Rue des écoles et le journal le Monde. Ce nouvel « outil » propose des fiches pratiques et même une méthode de relaxation. Le site, gratuit (pour l’instant ?), est accessible aux enseignants stagiaires via un code qui leur a été distribué dans le cadre des journées de prérentrée dans les rectorats. Le porte-parole de la Casden explique que cette proposition répond à une véritable demande : « Nous avons eu d’importantes remontées de terrain, l’an dernier, qui faisaient état d’une grande détresse chez les stagiaires. » Son « partenaire » ministériel d’aujourd’hui n’avait pourtant cessé, l’an passé, de minimiser cette souffrance…

Un discours, d’ailleurs, que continue de servir Luc Chatel. « L’année dernière était une année de transition. En cette rentrée, il y a des améliorations significatives », a expliqué, jeudi, le ministre. En fait, d’« améliorations significatives », l’accueil de prérentrée des débutants est passé de trois jours à cinq, et ils ont pu théoriquement suivre des stages en classe pendant leur deuxième année de master. Dans les faits, c’est loin d’avoir été toujours le cas, ces stages restant facultatifs dans une année surchargée. Quant aux cinq jours d’accueil, au moins 39 départements n’ont pu les offrir, selon le SNUipp-FSU.

Dans les faits, la situation est même pire cette année. Dans les collèges et lycées, les débutants commencent à temps plein et non plus à temps partiel. Quant au fameux tuteur censé suivre le stagiaire, au moins 27 départements n’en proposent pas dans les écoles. Le business de la formation privée a encore de beaux jours devant lui…

le sondage boomerang de chatel

Une balle dans le pied ? Le 29 août, le ministère a publié un sondage Ipsos sur l’état d’esprit des enseignants stagiaires de l’année dernière. Si une large majorité d’entre eux confirment ne pas regretter d’avoir choisi ce métier, ils sont en revanche près de 70 % à se déclarer insatisfaits de leur formation. Dif­fi­culté d’apprendre son métier tout en pré­pa­rant les cours, d’ac­com­pa­gner les élèves en échec… Le sondage aurait pu être instructif pour le ministre. Las, Luc Chatel voulait juste communiquer. Raté.

Laurent Mouloud

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6 septembre 2011 2 06 /09 /septembre /2011 13:34

Article paru dans l'Humanité le 5 septembre 2011

 

La pénurie budgétaire pèse sur les cartables !

 

Douze millions d’élèves reprennent ce matin le chemin des classes. Une rentrée marquée encore une fois par les suppressions de postes et une série de mesures qui accentuent la politique de dérégulation menée par la droite depuis 2007. Les personnels sont appelés à la mobilisation le 27 septembre.

 

Dernière rentrée sous l’ère Sarkozy ? Ils seront beaucoup ce matin – enseignants, parents et élèves – à en rêver. Alors que plus de douze millions d’élèves de la maternelle au lycée retrouvent aujourd’hui, ou demain au plus tard, le chemin des classes, l’idée que la cure d’austérité à laquelle est soumise l’éducation nationale depuis 2007 pourrait prendre bientôt fin ne peut être absente des esprits. Mais voilà. En attendant cet hypothétique basculement politique, le monde éducatif s’apprête à affronter une nouvelle année de diète. « Une rentrée scolaire de pénurie et de dérégulation », résume la sénatrice communiste Brigitte Gonthier-Maurin.

nombre d’élèves en hausse

Cette fois encore, les chiffres sont impressionnants. Selon le budget 2011, plus de 16 000 postes, quasiment tous de professeurs, sont supprimés cette année : 8 967 dans les écoles publiques, 4 800 dans les collèges et lycées publics, et même 1 433 dans le privé. Le projet de budget 2012 prévoit, lui, 14 000 suppressions supplémentaires. Au total, ce seront donc quelque 80 000 postes qui auront disparu au cours du quinquennat 2007-2012 dans l’éducation nationale. Parallèlement, les effectifs d’élèves augmentent partout en cette rentrée : 8 300 dans le primaire et près de 80 000 dans le secondaire. « Une tendance qui va se poursuivre, les quinze prochaines années, en raison de l’arrivée des enfants nés du baby-boom des années 2000 », souligne Daniel Robin, cosecrétaire national du Snes-FSU, principal syndicat du second degré.

luc chatel « assume »

Dans les établissements, comme dans les rectorats chargés de mettre en musique la politique gouvernementale, la préparation de cette rentrée a viré au casse-tête. « L’école, c’est comme les urgences hospitalières : à la fin, les établissements se débrouillent toujours pour que la rentrée soit réussie, même avec des bouts de ficelle », résume Philippe Tournier, secrétaire général du principal syndicat des personnels de direction (SNPDEN). Son enquête révélée la semaine dernière est édifiante. Dans les 1 500 établissements interrogés, les premiers dispositifs à faire les frais des restrictions budgétaires ont été ceux concernant l’aide aux enfants en difficulté. Sans parler de l’augmentation générale des effectifs par classe qui va encore « dégrader la qualité du service public d’éducation », souligne le SNPDEN…

De tout cela, le ministre Luc Chatel n’a que très peu parlé jeudi dernier. Lors de sa conférence de presse, il a dit tout simplement « assumer » la politique de suppression de postes menée depuis 2007, préparant ainsi le terrain à une année électorale où le thème de l’éducation, devenu l’une des premières préoccupations des Français, s’annonce comme central. Sur la question, le gouvernement s’apprête à mener une vraie bataille idéologique. « La droite ne fait pas que détruire le service public d’éducation, elle construit en même temps un autre modèle », assure Bernadette Groison, secrétaire générale de la FSU (lire entretien p. 4), qui compte sur la journée de mobilisation unitaire du 27 septembre, mais aussi sur les 500 débats que le syndicat organise ce mois-ci, pour porter un autre projet éducatif.

Plusieurs mesures gouvernementales qui entreront en vigueur cette année symbolisent ce bilan sarkozyste. Le programme Éclair, voué à remplacer les « réseaux ambition réussite », ouvre la voie à une gestion territoriale et hors statutaire de l’éducation, sur le modèle de ce qui s’est imposé dans le monde universitaire. Éclair va accroître l’autonomie de 28 lycées, 297 collèges et 2 100 écoles où le recrutement des enseignants se fera sur avis du chef d’établissement qui, dans la pure tradition managériale, aura aussi la main sur le versement d’une prime au mérite…

Cette rentrée verra également se mettre en place une évaluation en classe de 5e et une pré-orientation vers la voie professionnelle dès la 3e. Enfin, neuf nouveaux internats d’excellence sont créés, s’ajoutant aux douze déjà existants, ainsi que cinq nouveaux « établissements de réinsertion scolaire », portant leur nombre à seize. « Une école à plusieurs vitesses, individualiste et élitiste, organisant le tri entre élèves méritants et les autres », résume la FSU. Soit exactement le type de système qui aggrave le poids des inégalités sociales dans l’échec scolaire, souligne l’OCDE dans ses études. L’inégalité ? Un domaine dans lequel le gouvernement a excellé depuis cinq ans.

La part de PIB recule depuis 2000

Au rayon des semi-vérités, Luc Chatel aime rappeler que la France « continue à investir dans l’éducation presque un point de plus de son PIB que la moyenne des pays développés de l’OCDE ». Le chiffre n’est pas faux mais il est de moins en moins vrai. Entre 2000 et 2008, la part du PIB consacrée, en France, à l’éducation (DIE, dépenses intérieures à l’éducation) n’a cessé de diminuer, passant de 7,3 % à 6,6 %. Notre niveau de dépenses annuelles par élève, en primaire, est de 15 % inférieur à la moyenne de l’OCDE.

Laurent Mouloud

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6 septembre 2011 2 06 /09 /septembre /2011 13:28

Article paru dans l'Humanité le 5 Septembre 2011

 

Stéphane, professeur vacataire, cumule 43 CDD en onze ans !

 

 

La précarité est le lot quotidien de plus en plus d’enseignants. C’est le cas de Stéphane, qui vient de signer, à son grand désarroi, un nouveau contrat à durée déterminée.

 

Onzième rentrée pour Stéphane (1) et autant d’années de précarité. L’enseignant n’en peut plus. Seule satisfaction, cette année, il sera près de chez lui. Mais cela ne calme pas sa colère. Car Stéphane, avec cette nouvelle rentrée, en est maintenant à son 43e contrat. Sa carrière commence dans l’éducation nationale en 1992, comme surveillant, pour payer ses études. Il est alors en établissements classés ZEP à Asnières (Hauts-de-Seine) puis à Trappes (Yvelines). Il part ensuite deux années à Jérusalem, comme volontaire pour enseigner le français. En 2000, Stéphane revient en France, et c’est là que commence sa vie, comme il dit, « d’intermittent du tableau noir ».

Il décroche, sans le savoir encore, son premier poste de contractuel de prof de lettres et d’anglais en lycée professionnel dans la Sarthe. Stéphane n’a pas fait d’études d’anglais, mais il a passé deux ans à parler cette langue quand il était à Jérusalem. Pour le rectorat, ça suffit bien pour enseigner à des gamins de lycée professionnel. Il officiera aussi comme prof d’arts appliqués. Stéphane aime bien cette discipline, il a quelques connaissances, « mais de là à l’enseigner… » ironise-t-il aujourd’hui. Haut-Normand, Stéphane demande au bout d’un an à obtenir un poste dans son académie. Aucun problème, le rectorat de Rouen a déjà, à l’époque, besoin de précaires.

Jusqu’à aujourd’hui, Stéphane n’a jamais manqué de travail. Mais la précarité l’use. Car, non seulement le salaire de contractuel est bas (1 374 euros net après onze ans de carrière), mais, en plus, Stéphane, comme tous ses collègues dans cette situation, ne peut pas se projeter dans l’avenir. Il y a bien le concours pour devenir titulaire, encore faudrait-il du temps pour le préparer – difficile quand on travaille à temps plein – et surtout des postes à pourvoir. Or, ces derniers diminuent comme peau de chagrin depuis des années. Et, surtout, depuis que le gouvernement a décidé de ne pas remplacer un fonctionnaire sur deux partant à la retraite. À la rentrée 2011, un seul nouveau poste d’enseignant en lettres-histoire, disciplines officielles de Stéphane, est attendu dans l’académie de Rouen…

Stéphane vit donc très mal sa situation professionnelle. Son sentiment d’être pris pour « de la merde » est aujourd’hui très fort. Au point même de se demander s’il n’est pas un peu responsable de sa situation : « Je crois que c’est parce que j’ai été docile tout ce temps, acceptant tous les postes, travaillant sans protester, que j’ai toujours ce statut. » Autant d’années de précarité cassent un homme, assurément.

Il lui reste pourtant encore quelques forces qu’il compte bien mettre à profit. « J’avais obtenu la promesse verbale du rectorat et écrite de mon syndicat, Force ouvrière, que j’allais enfin obtenir pour cette rentrée un contrat à durée indéterminée, mettant fin ainsi à ma précarité. On m’a une nouvelle fois menti. Mais cette fois, je ne me laisserai pas faire. » Stéphane a donc pris sa décision : il va entamer une procédure au tribunal administratif pour obtenir ce CDI tant espéré.

 

(1) Le prénom a été modifié.

 

Frédéric SEAUX

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29 août 2011 1 29 /08 /août /2011 13:08

 

Extraits de l'éditorial de Jean-Paul Pierot, dans l'Humanité du lundi 29 août 2011

 

(...) Ce n'est pas à la Rochelle [université d'été du PS] qu'ont été formulées les réponses à la hauteur de l'enjeu [battre Sarkozy], mais en Savoie ou en Isère où le Front de gauche s'est mis en ordre de bataille. L'Université  d'été du Parti socialiste en effet ne peut que décevoir les citoyens de gauche qui attendaient autre chose que les échos hypermédiatisés de la compétition entre les concurrents à la primaire, les petittes phrases, la mobilisation d'une écurie contre l'autre. (...).

Au moment ou Nicolas sarkozy agite le chiffon rouge de la dette pour réduire les dépenses utiles à la société, comprimer la consommation et étouffer la croissance, le Parti socialiste en reste à promouvoir une répartition plus équitable de sacrifices dans le cadre du dogne au retour aux 3% de déficits publics en 2013 ou 2014. L'enjeu d'aujourd'hui n'est pas entre l'austérité juste et une austérité "à visage humain", mais entre une politique d'adaptation à la crise ou de sortie de crise. C'est bien de sortie de crise dont il a été question aux journées estivales du PCF et du Parti de gauche et au meeting du Front de gauche hier matin à Grenoble. (...). Ces trois jours ne furent pas émaillés de petites phrases mais emplis de grandes et concrètes propositions qui seront présentées aux citoyens lors de la Fête de l'Humanité les 16, 17 et 18 septembre (...).

le Front de gauche veut rendre au mouvement progressiste l'ambition qui fait actuellement défaut au Parti socialiste (....).

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