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3 avril 2011 7 03 /04 /avril /2011 10:17

Article paru dans l'Humanité le 8 Décembre 2010

 

Education

La France, championne des inégalités scolaires

 

Selon l’étude internationale Pisa 2009, le fossé entre les très bons élèves et ceux en grande difficulté s’est creusé depuis dix ans.

 

Publiée hier, la dernière livraison de l’étude internationale Pisa (Programme international pour le suivi des acquis), réalisée en 2009 par l’OCDE dans 65 pays, dresse un tableau peu reluisant du système scolaire français. Globalement, les résultats sont aussi moyens qu’en 2006, date de la précédente étude. Les experts, qui ont interrogé 4 300 élèves français de quinze ans, placent le pays au 22e rang pour les critères de lecture et de la culture mathématique et au 27e rang pour celui de la culture scientifique. À ce constat peu glorieux vient s’en ajouter un autre, plus alarmant : une augmentation rapide des inégalités depuis dix ans.

Par rapport à Pisa 2000, première édition de l’enquête, la proportion des élèves « les moins performants en compréhension de l’écrit » est passée de 15 % à 20 %. Tandis que celle des plus performants a augmenté de 8,5 % à 9,6 %. De la même façon, la proportion des élèves les plus faibles en mathématiques a augmenté de 16,6 % en 2003 à 22,5 % en 2009, alors que la proportion des meilleurs restait sensiblement identique. « Il y a de plus en plus d’élèves en échec scolaire, les inégalités se sont creusées, conclut Éric Charbonnier, expert en éducation à l’OCDE. C’est un signal d’alarme pour la France qui avait déjà été tiré par l’OCDE en 2006 et qui l’est de nouveau. » De fait, l’école française échoue à corriger les inégalités de départ : « L’impact du niveau socio-économique sur la performance a plus de poids en France que dans la moyenne OCDE », ajoute l’expert.

Face à ce constat cuisant, Luc Chatel, qui, la semaine dernière, se félicitait de son bilan depuis la rentrée, l’a joué plus modeste. « Un prof dirait : “Peut mieux faire”, et ajouterait “Mobilisation générale” », a répondu hier le ministre de l’Éducation, avant d’annoncer un vague « plan sciences » à l’école pour janvier. Sur le fond ? Pas de changement. Ce qui n’étonnera pas les sociologues Christian Baudelot et Roger Establet, interrogés par l’AFP : « La situation ne s’améliore pas, car rien n’a été fait, les gouvernements ayant mis les (précédentes) enquêtes Pisa sous le tapis. » C’est bien parti pour continuer…

Laurent Mouloud

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31 mars 2011 4 31 /03 /mars /2011 07:25

 

Israël veut tuer la mémoire palestinienne

  

Billet paru dans l'Humanité, le 29 mars 2011

 

Par Françoise Germain-Robin

 

 

 Peut-on effacer un peuple de l'histoire en lui interdisant de se souvenir de son passé?

C'est ce que doivent penser la majorité des députés israéliens de la Knesset qui ont voté la semaine dernière une loi anti-nakba. "Nakba" cela veut dire catastrophe en arabe. Pour les Palestiniens, c'est ce jour de 1948, où ils ont perdu la plus grande partie de leur pays, le moment où huit cent mille d'entre-eux ont été chassés pour faire place à un Etat aussi ethniquement pur que possible, celui d'Israël. Lequel se veut plus que jamais, si l'on en croît son premier ministre, Benyamin Netanyahou, un Etat juif.

Désormais, il sera interdit à ceux qu'on appelle les Arabes israéliens, ceux qui ont échappé au nettoyage ethnique (soit 20% de la population), de se rendre, comme ils le font chaque 15 mai depuis 1948, dans les villages détruits; ceux dont les parents furent chassés, voués à l'exode, vers des camps de réfugiés en Cisjordanie ou à l'extérieur d'Israël. Ils y amènent leurs enfants sur les ruines des maisons de famille, fleurissent les tombes, écrivent leurs noms sur les pierres. En un mot, ils se souviennent. Ces activités sont désormais illégales. les associations, les municipalités qui les organisent seront privées de tout fonds public et recevront des amendes. Loi inique, raciste, incroyable tant elle est stupide. Loi réactionnaire au sens propre du terme : c'est le retour de la fable qui imprégna longtemps le récit officiel de la création d'Israël, celle d'une terre sans peuple pour un peuple sans terre. les nouveaux historiens israéliens avaient su, il y a vingt ans, rétablir la vérité. la régression de la politique israélienne se confirme dans tous les domaines. Elle est inquiétante pour les Palestiniens, pour nous tous, et surtout pour Israël.

 

 

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30 mars 2011 3 30 /03 /mars /2011 13:48

Article paru dans le Journal d'Elbeuf, le 29 mars 2011

 

 

Elections cantonales 2011

Canton de Pont-de-l’Arche

 

Gaëtan Levitre l’emporte facilement au second tour

 

Sans surprise le candidat communiste Gaëtan Levitre a été réélu très facilement Conseiller général lors du second tour des élections cantonales du canton de Pont-de-l’Arche avec 66,2% des suffrages exprimés.

 

(photo : Gaëtan Levitre, au côté de sa suppléante Isabelle Viguerard Pouppeville, se félicite d'avoir battu largement la droite)

 

cantonales 6Pas de miracle dimanche soir pour René Dufour, le candidat Nouveau Centre soutenu par l’UMP et l’opposition départementale, à l’occasion du second tour des élections cantonales dans le canton de Pont-de-l’Arche. En effet, Gaëtan Levitre, le conseiller général communiste sortant, l’a emporté aisément avec 66,2% des suffrages exprimés contre 33,8 % à son adversaire, globalement « déçu » par son score, car il espérait « atteindre les 40% (en réalité René Dufour avait fait 38,57% des suffrages-NDLR) comme en 2004 », a-t-il commenté à l’annonce des résultats. 782 voix ont ainsi manqué à l’appel pour le candidat de droite par rapport au second tour des cantonales de 2004, alors même qu’il est parvenu tout de même à améliorer son score par rapport au premier tour des cantonales avec 516 voix de plus. Faut-il y voir, en partie, un report des voix du Front national qui n’avait pas donné de consigne de vote ? A moins que certains électeurs écologistes et surtout socialistes de Pont-de-l’Arche aient décidé d’empêcher, comme ils le pouvaient,  la reconduction de Gaëtan Levitre au Conseil général… C’est en effet la question que l’on peut se poser puisque ce dernier n’a pas bénéficié de la totalité, loin s’en faut, du report des voix socialistes et écologistes dans cette ville. Il a manqué, en effet, 175 voix au candidat communiste. Les partisans de Richard Jacquet auraient-ils mal digéré la défaite de leur poulain dès le premier tour, au point de vouloir le faire payer au candidat communiste ?

Mais Gaëtan Levitre, pouvant compter sur 1000 voix d’avance sur René Dufour, n’aura pas eu besoin d’un front de gauche élargi pour gagner. Avec 3204 voix, soit 1077 voix de plus par rapport au premier tour, Gaëtan Levitre s’est offert une réélection dans un fauteuil, menant d’ailleurs très peu campagne lors du second tour. A noter tout de même que par rapport à 2004, le conseiller général communiste a perdu 681 voix. La faute à l’abstention qui fut encore très forte dimanche, puisque le taux de participation n’a atteint que 49,06% des inscrits, soit près de 1% de moins qu’au premier tour.

Frédéric SEAUX

 

 

Réaction des candidats

 

René Dufour (UMP-NC)

Je suis déçu car je pensais atteindre au moins mon score de 2004. Je note aussi encore une forte abstention que je trouve catastrophique. Je ne me faisais guère d’illusion à l’occasion de ce second tour, puisque j’avais 1000 voix de retard sur Gaëtan Levitre. J’ai néanmoins une satisfaction, celle d’être arrivé largement en tête aux Damps, où je suis maire.

 

Gaëtan Levitre (PCF)

Ce soir la droite a été lourdement sanctionnée dans le canton. Les électeurs ont récompensé mon travail de conseiller général de terrain et ont été d’accord avec mes propositions. Je suis très satisfait puisque dans certaines communes, comme à Alizay où je suis maire et où j’obtiens 90% des voix, je réalise un excellent score.

 

 

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30 mars 2011 3 30 /03 /mars /2011 13:27

Article paru dans le Journal d'Elbeuf le 22 mars 2011

 

Elections cantonales.

Canton de Pont-de-l’Arche (Eure)

  

Gaëtan Levitre, très loin devant au premier tour

 

Conseiller général sortant, Gaëtan Levitre est arrivé en tête avec près de 40% des suffrages exprimés. Il affrontera au deuxième tour René Dufour, le candidat Nouveau Centre, arrivé loin derrière avec 21,07% des voix. Grand perdant de la soirée, Richard Jacquet, le maire socialiste de Pont-de-l’Arche.

 

 

Gaëtan Levitre, conseiller général communiste sortant, est arrivé, dimanche soir, largement en tête au premier tour de l’élection cantonale dans le canton de Pont-de-l’Arche avec près 39,98% des suffrages exprimés, soit 2127 voix (contre 1768 en 2004) atteignant même 80 % des voix à Alizay, commune dont il est maire.  Pendant quelques minutes, des rumeurs ont même circulé dans la salle de fête de Pont-de-l’Arche, lieu de centralisation des résultats, annonçant que Gaëtan Levitre allait être élu au premier tour. Finalement il affrontera, au second tour dimanche prochain, René Dufour, le candidat Nouveau centre et maire des Damps, qui a totalisé un score de 21,07 % des suffrages exprimés. Exit donc Richard Jacquet, maire socialiste de Pont-de-l’Arche qui attendait beaucoup de cette élection. Avec seulement 18,31 % des suffrages, le candidat du PS, qui n’est arrivé en tête dans sa ville qu’avec vingt voix d’avance sur Gaëtan Levitre, est peut-être le grand perdant de la soirée. D’ailleurs dimanche soir, il ne cachait pas sa déception. « Assez content de la campagne qu’[il a ] faite », Richard Jacquet a reconnu en filigrane qu’elle n’avait pas suffi à battre l’élu communiste, « un mammouth quasi indéboulonnable bien soutenu par un ancien maire de la ville déçu et aujourd’hui dans l’opposition (Dominique Jachimiak-NDLR) ». « Gaëtan Levitre est élu depuis trente ans dans le canton, alors que moi, je ne suis maire que depuis trois ans. Les habitants de Pont-de-l’Arche ne se rendent pas encore compte des réalisations » a-t-il analysé à chaud.

A gauche toujours, la candidate Europe Ecologie-Les Verts et maire de Tostes, Maryannick Deshayes, ne totalise que 7,5% des suffrages exprimés. Une déception pour cette élue qui fixe désormais son prochain rendez-vous en 2014, à l’occasion de l’élection des conseillers territoriaux. D’ici là, elle espère bien discuter avec le PS qui n’a pas digéré sa candidature. A droite, René Dufour est donc au deuxième tour. Mais dimanche soir, le maire des Damps paraissait dépité à l’annonce des résultats. N’ayant pas, comme tous les autres candidats, à l’exception de Gaëtan Levitre, atteint la barre fatidique des 12,5% des électeurs inscrits permettant d’accéder au deuxième tour, le candidat Nouveau centre, soutenu par l’UMP, a eu ses mots qui en disait long sur son espoir de gagner dimanche prochain : « Je suis au deuxième tour, car il en faut bien un ». Loi électorale oblige en effet, René Dufour, ayant obtenu le meilleur score de tous les recalés, sera opposé au conseiller général communiste sortant. Mais cela n’a pas l’air de l’emballer. Il faut dire qu’il ne dispose pas ou peu de réserve de voix, hormis chez les abstentionnistes, puisque seulement un électeur su deux est allé voter dimanche (49,93% de participation).

Le Front national enfin ne réussit pas la percée que l’on pouvait attendre. Surfant sur la « vague marine » (en référence à Marine le Pen, nouvelle présidente du parti frontiste), Didier Ménager n’est parvenu qu’à limiter les dégâts en obtenant 699 voix, soit seulement 13,14% des suffrages exprimés (et seulement 6,56 % des inscrits), contre 809 voix en 2004. D’ailleurs le candidat frontiste, présent lors du dépouillement à la salle des fêtes de Pont-de-l’Arche,  mais certainement déçu par son score dans cette ville (156 voix contre 168 en 2004), a quitté les lieux avant même la proclamation des résultats définitifs, oubliant ainsi de faire part de sa réaction au Journal d’Elbeuf. Pas très sportif.

                                                                                                                        Frédéric SEAUX

 

 

 

 

Réactions

 

Gaëtan Levitre (Gauche combative. Parti communiste)

 

Ce soir, ce très bon résultat est surtout celui d’une reconnaissance de la part des électeurs de mon travail de conseiller général. Je suis un élu de terrain et les électeurs le savent. Ce sont des centaines de portes qui se sont ouvertes à moi pendant la campagne. Je remercie les électeurs et je les appelle à retourner nombreux dimanche prochain à l’occasion du second tour pour renouveler mon mandat de conseiller général. Je remercie Richard Jacquet et Maryannick Deshayes qui ont appelé à voter pour moi. Qu’ils soient assurés que je tiendrai compte au conseil général de leurs revendications. En disant cela, je pense notamment à la question des transports publics dans notre canton.

 

 

René Dufour (Nouveau Centre soutenu par l’UMP)

 

Je suis satisfait car je vais au 2e tour, même si en réalité je n’obtiens pas les 12,5% des votes des inscrits puisque seul seul Gaëtan Levitre les obtient. Je suis d’ailleurs surpris par son résultat. Je vais tenter de mobiliser pour ce second tour. Je ne lance aucun appel aux électeurs du Front national et aucune négociation n’est pour l’instant prévue avec le candidat FN.

 

Maryannick Deshayes (Europe Ecologie-Les Verts)

 

C’est une légère déception puisque je n’atteints pas la barre des 10% espérés. Mais il n’y avait pas de candidat écologiste en 2004, donc c’est un bon début. Je remercie tous les électeurs qui m’ont fait confiance. Et comme je suis à gauche, je les appelle à voter dimanche prochain pour Gaëtan Levitre.

 

Richard Jacquet (Parti socialiste)

 

Je suis déçu de ne pas pouvoir défendre mon projet au second tour. Mais je suis satisfait d’être arrivé en tête à Pont-de-l’Arche où la gauche totalise 70 % des suffrages. Je regrette seulement qu’il y ait une candidature écologiste en la personne de Maryannick Deshayes à qui j’avais proposé d’être ma suppléante. Car avec les voix qu’elle a obtenues, j’aurais été présent au second tour. J’appelle évidemment mes électeurs à voter pour Gaëtan Levitre dimanche prochain.

 

Bruno Ménager (Front national)

Le candidat n’a pas donné suite à notre demande d’interview.

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28 mars 2011 1 28 /03 /mars /2011 13:56

 

TF1 et France 2 récidivent : le Front de gauche privé d'antenne

 

 

Article de Claude Baudry, paru dans l'Humanité du lundi 28 mars 2011

 

TF1 et France 2 remettent ça. Les dimanches électoraux s'y suivent et s'y ressemblent scandaleusement.

les deux chânes ont reconduit leur dispositif du premier tour visant à écarter le Front de gauche. Comme le 20 mars, lors du premier tour des cantonales, elles ont invité, hier soir, Martine Aubry (PS), Jean-François Copé (UMP) et Marine le Pen (FN) pour commenter et réagir aux résultats du second tour. Une stratégie visant à préparer une présidentielle à trois. Comme si les voix du PCF et du Parrti de gauche n'étaient pas respectables. Le pompon revient aux chaînes parlementaires (LCP et Public Sénat) qui avaient, lors d'une soirée spéciale organisée en commun, convié en plateau, dimanche soir, des représentants de l'UMP et du PS, des Verts Europe-Ecologie et du FN. Mais point de représentant du Front de gauche (PCF ou parti de gauche) . Ce qui fait fi, soi dit en passant, à la fois de la représentation des partis politiques dans les deux Assemblées et des résultats enregistrés lors de ce scrutin, le dernier avant la présidentielle qui leur tient tant à coeur. Il faudra qu'un jour les directeurs de l'information nous disent qu'elle est leur définition du pluralisme. On remarquera aussi, mais c'est une constante, qu'aucun journaliste de l'Humanité n'est invité à venir débattre avec ses confrères dans les différentes émissions. Et à force, il paraît logique de poser la question : d'où vient la consigne?

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23 mars 2011 3 23 /03 /mars /2011 19:49

  Papiers parus dans l'hebdomadaire La Terre du 22 au 28 mars 2011

 

 

Le Lycée agricole du Pays-de-Bray défend ses formations

 

Le lycée agricole du Pays-de-Bray sis à Neufchâtel-en-Bray et à Brémontier-Merval connaît une stagnation de ses effectifs. La communication, ses méthodes de recrutement et les formations proposées permettent de résister aux sirènes de l’enseignement privé.

  (photo : Les lycéens du LPA avant leur départ pour le salon de l'agriculture 2011 où ils ont terminé 1er du concours des lycées dans la catégorie des vaches normandes)

 

P1010137.JPG« La moitié de nos effectifs ici à Brémontier-Merval est encore issue du milieu agricole », annonce André Leblanc, le proviseur-adjoint du site du lycée professionnel agricole (LPA), composé d’un établissement dans ce village, à quelques kilomètres de Forges-les-eaux, spécialisé dans la formation agricole, et d’un autre, installé à Neufchâtel-en-Bray,  et spécialisée dans le service en milieu rural. « C’est encore beaucoup », renchérit-il, « compte-tenu du déclin du nombre d’agriculteurs en France ». Globalement, ce LPA public du Pays de Bray se porte bien avec un effectif total de 264 élèves sur les deux sites. Un projet de CAP en production animale et utilisation des machines n’attend plus que l’accord du ministère de l’agriculture. Pourtant, la concurrence est rude avec d’autres établissements privés qui l’entourent dans un rayon de moins de cinquante kilomètres.

Les mentalités changent

Les enfants de parents du secteur agricole ne fuient donc pas cette filière et peuvent suivre un bac professionnel pour devenir exploitants ou salariés agricoles. Mais les mentalités changent. Ainsi pas question pour Antoine, quinze ans en classe de seconde, de reprendre une exploitation chronophage. Antoine veut élever des vaches allaitantes pour avoir des loisirs et des week-ends. Mais tous ne suivent pas cette voie, loin s’en faut. Pour eux, comme pour les élèves issus d’un autre milieu, le lycée de Brémontier offre un enseignement technologique et professionnel formant aussi aux métiers de la nature, de l’hippologie, de l’élevage, et de la vente en produits frais. Autre donnée : les élèves ne sont pas là par hasard, puisqu’ils sont recrutés, hors carte scolaire, sur entretien de motivation.

Et les filles dans tout cela ? « Elles représentent un tiers des effectifs sur le site de Brémontier et l’unanimité moins deux garçons sur celui de Neufchâtel » précise Vincent Leprévost, le proviseur, ravi de tordre le coup à certains clichés réservant les LPA uniquement aux garçons. Cet établissement, d’ailleurs, est certainement un des rares à accueillir autant de filles, car assure-t-il, « l’essentiel des LPA publics se concentrent surtout sur la production agricole ». Aujourd’hui, les formations qui leur sont offertes sont à des années lumières de celles proposées dans les années d’après-guerre (voir encadré). Désormais, le public féminin bénéficie d’un large panel de formations à Neufchâtel. Sous le vocable de « services en milieu rural », s’entendent les formations attractives liées à la petite enfance, à l’aide à la personne, les formations sanitaire et sociale, d’agent de développement et d’accueil. Elodie, Adélaïde et Blandine apprécient la diversité des matières enseignées dans le CAP services qu’elles préparent en vue ensuite de poursuivre vers un bac professionnel. Mais le LPA demeure également un refuge pour des élèves, comme Cindy et Philippine en bac pro technique commerciale, refusées dans d’autres établissements publics et qui recherchent une formation de proximité. Mais pour toutes ces élèves, encore fallait-il convaincre les parents, eux aussi, empli d’idées reçues. « Grâce aux porte ouvertes (trois par an à Brémontier-Merval et deux à Neufchâtel-NDLR) et aux brochures, mes parents ont été convaincus par ces formations et leurs débouchés professionnels », affirment de concert les trois amies. Recruter demeure, en effet, une nécessité pour cet établissement soumis aux critères d’économie du Ministère de l’agriculture « au même titre que les établissements du ministère de l’Education nationale » reconnaît André Leblanc qui considère la publicité comme un élément vitale, « sinon on est morts », dit-il catégorique. Au risque, pourtant, de mettre les lycées professionnels et agricoles du public, comme du privé, en concurrence. Samedi dernier, l’établissement organisait une nouvelle porte ouverte et mutliplie depuis plusieurs jours les entretiens de recrutement.

Car ces établissements ont un coût. Enfin pas vraiment pour le Ministère de l’agriculture qui ne gèrent que les salaires du personnel enseignant et d’encadrement. Mais plutôt pour les régions et les LPA eux-mêmes en tant qu’exploitants de fermes qui financent les dépenses. « Le site de Brémontier-Merval en tant que lycée d’application produit, mais il transforme et vend, essentiellement à des grossistes, aussi ses productions de Neufchâtel (50 tonnes par an obtenus à partir des 80 vaches normandes de l’exploitation), de miel et de cidrerie » explique Michel Maréchal, le chef d’exploitation. « Nous avons les mêmes charges que les agriculteurs. Ce qui nous sauve, c’est l’absence d’emprunt, dû notamment au fait que nos bâtiments ont été financés par la Région et à la vente de nos produits. Sinon, je ne pourrais pas payer neuf salariés et équilibrer le budget », conclue-t-il

Frédéric SEAUX

 

 

 

Dans le Pays-de-Bray, l’enseignement agricole à 100 ans

 

La formation agricole est née dans le Pays-de-Bray en 1908. A l’époque elle était basée à Yvetot et dispensée au sein d’une école départementale d’agriculture. Au même moment est née à Neufchâtel, pour les jeunes femmes, l’école ménagère. « Mais pas question pour elles de devenir agricultrice, prévient Vincent Leprévost. « A l’époque, la femme de l’agriculteur apprend à tenir la maison, la basse-cour et la comptabilité ». Le tout sans lui reconnaître un quelconque statut que certaines épouses d’exploitant paient chèrement aujourd’hui, notamment an matière de retraite. L’antenne de Brémontier, elle, date de 1989. « Auparavant l’enseignement purement agricole se faisait à Gournay », explique le proviseur-adjoint. La réunion des deux établissements remonte à 1996. Ils font partie intégrante de l’EPLE (établissement public local d’enseignement) d’Yvetot qui gère aussi un CFA un CFPPA (formation pour adultes).

Frédéric SEAUX

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18 mars 2011 5 18 /03 /mars /2011 21:10

 

Articles parus dans l'Humanité le 15 mars 2011

 

Par Frédéric SEAUX

 

Cantonales. Seine-Maritime : une gauche ouverte et combative

Dimanche, le parti communiste et ses alliés de la gauche combative présenteront trente-deux candidats en Seine-Maritime. Trois des huit cantons détenus par un conseiller général communiste sont, a cette occasion, renouvelables.

 

« Renforcer la gauche combative » au sein du Conseil général de Seine-Maritime. Tel est l’enjeu des élections cantonales des 20 et 27 mars prochains en Seine-Maritime pour le parti communiste associé fortement à la société civile, à la Gauche unitaire et à République et Socialisme,  mais sans la participation du Parti de Gauche, faute d’accords satisfaisants, et qui finalement ne présentera pas de candidats. « Face à une droite gouvernementale très dure, le Conseil général de Seine-Maritime a besoin d’élus communistes qui ne soient pas seulement de bons gestionnaires. Nos huit élus sortants (sur soixante neuf conseillers généraux-NDLR), dont trois sont élus dans un canton renouvelable dimanche sont donc des élus de terrain aux côtés des salariés en souffrance », confie Céline Brulin, secrétaire fédérale du PCF dans le département.

Des trois cantons renouvelables qui comptent un conseiller communiste, celui du Havre 9 (canton de Caucriauville, Rouelles) retient l’attention. Lors des deux dernières élections cantonales, le communiste Michel Barrier ne l’avait emporté qu’avec quelques voix d’avance, face à un PS faisant l’essentiel de ses voix à Rouelles, municipalité socialiste. Mais aujourd’hui, la donne a changé. Le nouveau maire divers gauche, Christophe Argentin, a apporté son soutien à Daniel Paul, au Havre, lors des dernières municipales et législatives. Quant à la suppléante de Michel Barrier, Valérie Auzou, elle n’est autre que la première adjointe de ce maire « frondeur ». Une victoire plus large du candidat communiste est donc vraiment possible.

Au siège de la fédération de Seine-Maritime du Parti communiste, on est aussi plein d’espoir, avec l’œil rivé notamment sur le Canton du Havre 3 détenu par un socialiste « inexistant », précise Céline Brulin, et où Nadine Lahoussaine, se verrait bien l’emporter. Dieppe Est où Jacky Hénin aux Européennes et la liste « gauche combative » des dernières régionales, emmenée par Sébastien Jumel, maire de Dieppe, étaient arrivés en tête, est aussi un canton surveillé et vraiment espéré. A Lillebonne, si la situation paraît complexe puisque s’y affrontent l’actuel et l’ancien maire de Lillebonne, respectivement PS et PRG, la candidate communiste Marie-Odile Lecourtois, suppléante du député Jean- Paul Lecoq, appel au « rassemblement en dépassant les querelles d’ego ».

Frédéric SEAUX

 

 

 

 

Encadré

Le Parti communiste de Seine-Maritime a attribué une large place aux autres composantes de la gauche combative, n’hésitant pas, notamment, à confier à Christine Moreau, de République et Socialisme, le soin de mener la bataille dans le canton de Tôtes. Les jeunes candidats ainsi que des membres de la société civile sont aussi bien représentés, en particulier, avec la présence de candidats syndicalistes. 

Frédéric SEAUX

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11 mars 2011 5 11 /03 /mars /2011 14:45

Article paru dans l'Humanité le 9 Mars 2011

 

C'est un scandale !

Un malade meurt à petit feu à la prison de Grasse !

 

Atteint du sida 
et de l’hépatite C, 
un homme réclame une suspension de peine pour raison médicale.

 

«Éric Piedoie est le type même du malade lambda qu’on laisse crever en prison », s’insurge Laurent Jacqua, responsable de la commission prison à Act Up Paris. Depuis sept mois, cet homme de cinquante-cinq ans, atteint du virus du sida et de l’hépatite C, réclame une suspension de peine pour tenter de soigner une cirrhose du foie qui le ronge. Incarcéré pour quatre ans à la prison de Grasse (Alpes-Maritimes) pour contrefaçon des œuvres du sculpteur Cesar, Éric Piedoie a reçu le soutien du Dr Pierre-Yves Dides, responsable du pôle médecine au centre hospitalier de Grasse qui intervient en milieu carcéral. C’est lui qui a signé le certificat médical indiquant que le pronostic vital de son patient était engagé s’il ne recevait pas des soins urgents. « Mais depuis, nous en sommes au cinquième ajournement, explique Laurent Jacqua. Le tribunal d’application des peines exige de nouvelles expertises. » Et devrait rendre sa décision le 30 mars prochain.

Or la loi Kouchner sur le droit des malades de 2002 permet des suspensions de peine pour des condamnés atteints « d’une pathologie engageant le pronostic vital ». Mieux, la loi pénitentiaire de novembre 2009 permet désormais dans ce même cas extrême de s’appuyer sur une seule attestation médicale établie par le médecin habilité par l’établissement pénitencier. Tout semble donc ici réuni pour permettre à Éric Piedoie d’accéder à des soins dont il ne bénéficie pas en prison. En lui accordant une suspension de peine ou un aménagement avec bracelet électronique. « Il n’est plus soigné depuis deux ans et souffre terriblement, poursuit Laurent Jacqua. Tous les certificats et expertises disent clairement que son infection VIH est stabilisée, mais que son infection par l’hépatite C n’est plus traitée depuis janvier 2009. » Éric Piedoie s’est en effet retrouvé en échec thérapeutique à l’hôpital, ce qui a considérablement aggravé son immunité. « Or le professeur Tran de l’hôpital de Nice s’est engagé à l’accueillir dans son service afin de lui faire bénéficier des dernières molécules susceptibles de soigner son hépatite », précise Laurent Jacqua. Accès aux soins mais aussi aux examens médicaux nécessaires : fibroscopie, échographie hépatique, coloscopie... « Examens dont tout malade suivi en dehors du milieu carcéral aurait droit depuis longtemps », précise Act Up Paris.

La situation subie par Éric Piedoie n’est pas un cas isolé. Si, depuis la loi de 2002, près de 500 condamnés ont pu obtenir une suspension de peine pour raison médicale, c’est le plus souvent pour mourir et non pour se soigner. En septembre 2002, un certain Maurice Papon avait pu sortir de prison, bénéficiant de ladite loi Kouchner sur le droit des malades. Une humanité de traitement dont le faussaire de Grasse semble ne pas pouvoir bénéficier.

Maud Dugrand

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11 mars 2011 5 11 /03 /mars /2011 14:39

Article paru dans l'Humanité le 9 Mars 2011

 

Pétrole : les spéculateurs ont l’essence du profit

 

Les prix des carburants battent des records. À 1,5417 euro, le prix du litre du super sans plomb 98 dépasse même le pic historique de 2008. Le premier ministre, François Fillon, écarte toute action pour en atténuer l’impact sur le consommateur.

 

Débrouillez-vous tout seuls ! C’est, en substance, le message adressé par le gouvernement à celles et ceux que la flambée du prix des carburants va placer en situation financière difficile. Alors que les services de la direction générale de l’énergie et du climat viennent d’annoncer que les prix du super 95 et le super 98 ont battu leurs records respectifs de 2008, le premier ministre, François Fillon, s’est contenté samedi de demander à la ministre de l’Économie, Christine Lagarde, de « mobiliser ses services » pour vérifier qu’il n’y a « pas d’abus » dans la répercussion de l’envolée des cours du pétrole sur les prix à la pompe.

Le litre de super sans plomb 95 se vend actuellement, en moyenne, 1,5067 euro, soit plus que le pic de 1,4971 euro qu’il avait enregistré en juin 2008. Celui de super sans plomb 98 atteint 1,5417 euro, contre 1,5326 euro en juin 2008. Avec une moyenne de 1,3513 euro, le prix du gazole reste inférieur de quelque dix centimes par rapport à son record de mai 2008 (1,4541 euro). Mais le prix du carburant le plus vendu en France (78 % de la consommation) a cependant progressé de 10 % en moins d’un an.

 l’envolée des prix de l’or noir

La flambée des prix à la pompe trouve son origine dans celle des cours du pétrole. Lundi, le baril de brent de la mer du Nord s’échangeait à 116,85 dollars, non loin de son pic du 24 février dernier (119,24 dollars), soit un niveau jamais atteint depuis août 2008. Une anomalie reste pourtant à expliquer : pourquoi les prix du super sans plomb ont-ils dépassé le record de 2008 alors que le prix du baril demeure encore nettement en dessous du pic de 140 dollars qu’il avait atteint cette année-là ? Nul doute que s’il s’agit d’un « abus », les services de Christine Lagarde sauront y mettre fin…

Crise économique aidant, le prix du baril de brut a plongé à 36,5 dollars en janvier 2009. Son cours est sensiblement reparti à la hausse au second semestre 2009. En 2010, sa progression s’est confirmée. Le 30 décembre dernier, le baril a ainsi atteint 95 dollars. Autant dire que la révolte des peuples arabes ne peut suffire à expliquer à elle seule l’envolée des prix de l’or noir, comme le suggère pourtant le gouvernement, aidé de certains « analystes ». En décembre dernier, la Tunisie qui ne produit aucune goutte de pétrole, était le seul pays à être en effervescence.

Plus sûrement, les causes de la nouvelle flambée du pétrole sont à chercher ailleurs que dans l’aspiration démocratique des peuples. « En premier lieu, il faut regarder du côté de la spéculation », accuse l’économiste communiste Yves Dimicoli. Selon des chiffres cités hier par les Échos, les spéculateurs ont augmenté de 30 % leurs positions acheteuses au cours des huit derniers jours de février, soit « un niveau record de 286 600 contrats », écrit le quotidien économique. « Les grands groupes, les multinationales et les fonds d’investissement disposent de réserves colossales de liquidités qu’ils valorisent en spéculant sur l’ensemble des matières premières dont le pétrole », explique le responsable national du PCF.

L’or noir est particulièrement attractif pour les spéculateurs car son marché est à la limite du déséquilibre entre l’offre et la demande. Bien qu’on ne puisse pas à proprement parler de risque de pénurie, la situation du marché est de plus en plus tendue. En un an, malgré une croissance de 3 % de la demande mondiale, la production est restée stable. « Les pays producteurs rechignent à l’augmenter d’autant plus que le dollar, qui se déprécie sans cesse, ne les y encourage pas », précise Yves Dimicoli.

«un véritable impôt sur l’impôt»

Si la France n’a pas les moyens d’enrayer à elle seule la flambée des cours du pétrole sur les marchés internationaux, le gouvernement pourrait, lui, en atténuer les conséquences. À elles deux, la taxe intérieure sur les produits pétroliers (Tipp) et la TVA représentent 60 % du prix du litre de super sans plomb et 50 % de celui du gazole. Cette fiscalité indirecte est d’autant plus injuste qu’elle s’applique aux consommateurs indépendamment de leur niveau de revenu. Pire, la TVA constitue « un véritable impôt sur l’impôt ». Son montant n’est pas calculé sur la base du prix hors taxe du litre de carburant mais intègre la Tipp. Dans ce contexte, « promouvoir une fiscalité plus juste en imposant plus, par exemple, les bénéfices des groupes pétroliers, c’est une piste pour réduire le prix des carburants », assure Yves Dimicoli.

Une piste que François Fillon n’est pas enclin à suivre. Reste que la fièvre qui s’est emparée des cours de l’or noir ne devrait pas retomber de sitôt. Elle pourrait même vraisemblablement s’aggraver, au risque de plonger des centaines de milliers de familles dans la difficulté. Voire même de remettre en cause la timide reprise économique.

Pierre-Henri Lab

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11 mars 2011 5 11 /03 /mars /2011 14:30

  L'Humanité, le 8 Mars 2011

 

Journée internationale de la femme

 

 

Entretien avec Clara Domingues, secrétaire générale de "l'egalité, c'est pas sorcier !

  « Les femmes sont les invisibles de la langue »

(mais ça peut changer)

 

Clara Domingues, docteure ès lettres, nous en dit plus sur la « règle de proximité » qui s’appliquait avant celle qui veut que « le masculin l’emporte sur le féminin, et qui devrait être à nouveau enseignée à l’école ».

 

Pourquoi se fixer comme objectif une intervention non plus sur le vocabulaire, comme on l’a fait avec la féminisation des noms de métiers, mais sur la syntaxe elle-même ?

Clara Dominguès. Quand on dit que le masculin l’emporte sur le féminin, on affirme qu’il représente l’humanité entière, et on fait des femmes les invisibles de la langue. Et quand on relate ainsi un événement politique ou social, on a l’impression que les femmes n’y participent pas, ce qui renforce l’idée qu’elles ne s’intéressent pas à la politique, que leur rôle les confine dans la sphère privée. Et que leur travail n’est qu’un travail d’appoint. Ce n’est pas aussi pesant que des violences concrètes, mais cela renforce la domination masculine et les idées sur la répartition des rôles selon les genres. C’est moins perçu, et comme cette règle est apprise dès l’enfance, et l’idée que le masculin remplace le neutre passe sans problème. Si nous étions dans une société égalitaire, nous pourrions peut-être nous en accommoder, mais force est de convenir que tout va dans le même sens.

 Que faut-il changer ?

Clara Dominguès. Notre objectif est de rendre les femmes plus visibles dans la langue et, au-delà, d’y introduire plus de créativité et d’imagination, puisque la « règle de proximité » donne de nouvelles possibilités sur lesquelles on peut jouer, puisque les formes d’accords seront différentes. C’est une règle très ancienne qui était celle du grec ancien et du 
latin. Elle consiste, lorsqu’on a par exemple une suite de mots masculins et féminins, à accorder l’adjectif ou le verbe qui suit avec le dernier mot. Racine l’utilisait beaucoup, comme nous le montrons dans Athalie, avec ces vers : « Surtout j’ai cru devoir aux larmes, aux prières / Consacrer ces trois jours et ces trois nuits entières. »

 Est-ce que cette règle 
était facultative ou obligatoire, 
de portée absolument générale ?

Clara Dominguès. Racine utilise les deux constructions. En fait, cette règle selon laquelle le masculin l’emporte sur le féminin a été établie dans un contexte marqué par la création et le renforcement du rôle de l’Académie française. L’abbé Bouhours écrit, en 1676, que le masculin doit l’emporter parce qu’il est le genre le plus noble, et cette règle ne vaut pratiquement que pour la noblesse. Au XVIIIe siècle, et au fur et à mesure que le français devient une matière scolaire, la règle s’impose progressivement à tous. Avant que la fixation du français ne relève de la compétence de l’Académie, les grammairiens suivaient l’usage de toutes les couches de la société. Puis, l’Académie prend comme règle l’usage de « la plus saine partie de la cour ». Il y a rupture au sens où la langue française n’est plus celle de la majorité, mais celle d’une élite.

Votre proposition suscite 
des réactions comme toute 
réforme de la langue.

Clara Dominguès. Le français est une chose en mouvement. Il suffirait d’enseigner à l’école cette règle, qui serait de toute manière facultative, et de laisser vivre la langue. Mais c’est une question politique. Le bilan de la féminisation des noms de métiers est éloquent. Michèle Alliot-Marie se faisait appeler « Madame le garde des Sceaux » et ne voulait pas en démordre. Il y a des féminins qui ont du mal à passer comme « écrivaine ». Certains s’insurgent : « Ça rime avec vaine ! », comme si « écrivain » ne rimait pas avec « vain ». C’est plus facile pour « auteure », même si le féminin « autrice » était courant au XVIIe siècle. D’ailleurs, une étude a montré que les journaux « de gauche » féminisent massivement les noms de métiers et que ceux de droite s’y refusent. La lutte pour l’égalité passe par la lutte contre la langue du mépris, qui balaie les représentations d’une moitié de la population. Une linguiste comme Josette Rey-Debove qui a codirigé avec son mari, Alain Rey, les dictionnaires Robert, disait : « J’aime beaucoup la règle ancienne qui consistait à mettre le verbe et l’adjectif au féminin quand ils étaient après un féminin, même quand il y avait plusieurs masculins devant, parce qu’il n’y a pas alors à se demander comment faire pour que cela ne sonne pas mal. » Ce qui a existé dans une langue peut exister à nouveau, si nous le voulons.

 

Clara Domingues est secrétaire générale de L’égalité, c’est pas sorcier !.

 

Entretien réalisé par Alain Nicolas

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  • : il s'agit d'un blog sur lequel paraissent certains de mes articles publiés dans le quotidien l'Humanité et les deux hebdomadaires, La Terre et l'Humanité Dimanche. J'utilise également ce blog comme moyen d'expression sur des sujets d'actualité que je ne traite pas directement à travers mes articles. Rendez-vous également sur le blog de la maison d'édition que j'ai créée : http://editionscogitoergosum.over-blog.com
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