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24 novembre 2010 3 24 /11 /novembre /2010 20:38

Fête de L’Humanité de Normandie

Stand Les amis de L’Humanité

Samedi 20 novembre 2010

 

Invité : Charles Sylvestre, pour son livre, Jaurès, la passion du journaliste, Pantin, Le temps des cerises, 2010

 

Après une courte présentation de Colette Privat, ancienne députée-maire et conseillère générale de Maromme (Seine-Maritime), Charles Sylvestre a tout d’abord expliqué les raisons qui l’ont incité à écrire ce livre Sur Jaurès en tant que Journaliste. Des livres sur Jaurès, « il y en a une montagne » a-t-il d’abord dit, citant notamment un ouvrage de référence en la matière, celui de Marcelle Auclair, La vie de Jean Jaurès, (1954) « un livre magnifique faisant de Jaurès un saint ».

Après quarante années passées à l’Humanité, notamment en qualité de rédacteur en chef, Charles Sylvestre pensait connaître Jaurès et notamment le Jaurès journaliste. Jusque ce qu’en novembre 2009, il lise Jaurès l’intégrale des articles parus dans la dépêche de 1887 à 1914, paru aux éditions Privat.

Au total 1312 articles publiés dans La Dépêche, sans compter ceux parus dans l’Humanité et La Petite République. Jaurès y écrivit chaque semaine un article entre janvier 1887 et le 30 juillet 1914, veille de son assassinat. Pour Charles Sylvestre, ce livre fut un choc. Un choc, car l’auteur imaginait jusqu’à présent que Jaurès se confondait avec l’Humanité et inversement. Bien sûr, il savait que ce dernier avait écrit des articles dans une autre presse. Mais ce livre a permis à Charles Sylvestre de bien comprendre et d’analyser dans son ouvrage, non seulement le travail rigoureux et d’ « investigation » de Jaurès, mais aussi l’évolution de sa pensée politique. Parce que, explique Charles Sylvestre, « Jaurès n’a jamais été arrêté sur ses convictions, contrairement à aujourd’hui ou médias et politiques sont gonflés de certitude ».

Un exemple du travail journalistique de Jaurès ? Dans un article de la Dépêche, au titre peu « accrocheur », dirions-nous aujourd’hui, « délégué mineur », Jaurès démontre toutes ses qualités journalistiques. Il prend son temps pour argumenter. « Les articles de Jaurès étaient toujours très longs », prévient Charles Sylvestre. « Il fait la classe », explique-t-il. Dans cet article, il explique qu’il a rencontré les mineurs de Carmaux, mais aussi les ingénieurs de la mine et les membres de la commission de l’Assemblée nationale travaillant sur le sujet. « Il n’écarte aucun point de vue », prévient Charles Sylvestre. Et ce n’est qu’une fois qu’il a fait son travail, qu’il en déduit qu’il n’y a rien de mieux pour la sécurité des mineurs, que de la leur confier en leur permettant d’élire leurs délégués. Jaurès « c’était à la fois donc, le coup d’œil et le coup d’aile. C’est-à-dire, la définition même  du journaliste », analyse Charles Sylvestre. Le coup d’œil par l’investigation et le coup d’aile, par la volonté de prendre à cœur le sujet qu’il traite. Cette rencontre avec les mineurs de Carmaux,  cet ancrage dans la classe ouvrière, construit alors, selon Charles Sylvestre, «  le journaliste républicaine qu’il est, en un futur journaliste et homme politique socialiste »  qu’il devient dans l’année 1892-1893. « La république doit être sociale » explique Jaurès, car pour lui, il n’y a aucune dichotomie entre la République et le socialisme.

Charles Sylvestre a ensuite évoqué le travail journalistique de Jaurès dans l’affaire Dreyfus, et notamment son article, « les preuves », paru dans la Petite République. « Au départ, a-t-il rappelé à juste titre, Jaurès était anti-dreyfusard car il ne pouvait pas croire à une telle forfaiture de l’armée ». Le républicain qu’il était ne pouvait pas imaginer un seul instant que l’armée républicaine puisse accuser un homme à tort. Mais en tant que journaliste, Jaurès « s’est mis les mains dans le cambouis. Il a fait un travail d’investigation, de contre-enquête », explique Charles Sylvestre. Rapidement, Jaurès se rend alors compte qu’il existe des contradictions, des incohérences dans cette affaire. Par exemple, des témoins d’importance ne sont pas entendus. Jaurès finit par avoir, non seulement la conviction, mais surtout les preuves de l’innocence de Dreyfus. Il change alors d’avis et publie son article, véritable réquisitoire contre l’armée en faveur de l’innocence de Dreyfus. Cette innocence, Jaurès va la défendre dans ses articles « mais aussi à l’Assemblée », rappelle Charles Sylvestre, car il est aussi député, dont les qualités de tribun sont reconnues et admirées même chez ses opposants.

La Dépêche, journal radical est anti-dreyfusarde, car « il existait une gauche anti-dreyfusarde », rappelle Charles Sylvestre. Mais ce journal ne l’a jamais censuré. « Il s’est contenté, de mises en point, sous les papiers de Jaurès, indiquant que la rédaction n’était pas d’accord avec Jaurès sur ce sujet », explique Charles Sylvestre. Le travail journalistique de Jaurès ne s’arrête pas là. Lors du jugement en révision qui se tient à Rennes, Jaurès fait le déplacement. Il s’y rend comme, « un envoyé spécial », dirions-nous aujourd’hui. Il écrit alors un article au titre plus qu’étonnant, « Victoire démocratique », alors que les militaires restent sur leur position de culpabilité indéniable de Dreyfus. « Pourquoi ce titre ? » demande Charles Sylvestre. «  Parce que sur les sept généraux qui composent la cours militaire, deux d’entre-eux prononcent certes la culpabilité de Dreyfus mais avec des « circonstances atténuantes ». Pour Jaurès, « le ver est dans le fruit », ironise Charles Sylvestre.  Et l’année d’après, Dreyfus sera innocenté. Nul doute que les écrits de Jaurès dans cette affaire eurent un effet salutaire, même s’il ne fut pas le seul à prendre position en faveur de Dreyfus.

Charles Sylvestre, dans cette conférence, a aussi insisté sur le côté visionnaire des articles de Jaurès. Ainsi dans plusieurs d’entre-eux, et dans un de 1906 paru dans L’Humanité, en particulier, Jaurès prévoit qu’il faudra une sécurité sociale garantissant les travailleurs contre la maladie, la vieillesse les accidents du travail et le chômage. « Et bien, s’est acclamé Charles Sylvestre, ce ne sont rien d’autre que les actuelles quatre branches de notre sécurité sociale ! ». Jaurès se prononcera aussi très tôt pour la retraite à … 60 ans !

Visionnaire, Jaurès l’est également au plan international, a rappelé Charles Sylvestre. La guerre qui éclate en 1905 entre la Russie et le Japon est à ce point extraordinaire qu’elle est la première guerre des tranchées de l’histoire. Jaurès y perçoit l’horreur de l’instant mais également celle de demain : S’il y a  la guerre avec l’Allemagne, voilà ce qu’il va se passer. Jaurès est un vrai journaliste qui se « mouille en prenant position, et non en comptant seulement les coups. « Lui qui avait imaginé le mieux entre la France et l’Allemagne, au plan culturel, syndical et politique, imaginait désormais le pire ». Si une guerre éclatait, elle serait terrible et porteuse des germes de conflits futurs. Un visionnaire, Jaurès…

 

Charles Sylvestre a conclu sa conférence en évoquant le style, la plume de Jaurès. « Le roi de la métaphore et du langage fleuri », a estimé Charles Sylvestre. Mais néanmoins avec un message simple, a-t-il poursuivi. « C’était un pédagogue, il faisait la classe «  a-t-il une seconde fois répétée dans son intervention, rappelant l’érudition du tribun Jaurès, écrivant sa thèse en latin, connaissant parfaitement l’Occitan, parfait connaisseur, en « homme du pays du Tarn », de la France de l’époque, faisant des allers et retours permanents entre Paris et sa région. Enfin, a-t-il conclu, Jaurès était un homme écrivant aussi sur l’art et la littérature. Entre 1893 et 1898,  il écrira quatre-vingt sept articles sur ces thèmes. Il fut là encore un précurseur. Il cita de nombreuses fois Arthur Rimbaud dont il vouait une grande admiration, « alors que tant d’autres critiques sont passés à côté ».

 

Frédéric SEAUX

Correspondant régional pour l’Humanité

 

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11 décembre 2009 5 11 /12 /décembre /2009 21:03

Article paru dans La Terre, du 3 au 9 novembre 2009

La belle histoire des campagnes de l’entre-deux-guerres

 

Dans ce roman, Fabien Deneux fait revivre toute une époque aujourd’hui disparue : celle des petits villages rythmés par les fêtes, les rituels, les semailles, les moissons, le moment où on tue le cochon, la fête de la Saint-Jean, les mariages, les enterrements. L’histoire se passe en Poitou-Charentes au lendemain de la Première Guerre mondiale. Dans cette chronique villageoise, les personnages sont résolument optimistes. Tous, du cheminot ancien poilu, au syndiqué CGT, en passant par la simple ménagère et le « bouffeur de curé », ont en effet une folle envie de vivre au lendemain de la « der des der »

L’auteur en passant y fait revivre les vieux métiers dont il voue un culte, lui le collectionneur de vieux outils qui en possède plus d’un millier. C’est un roman réaliste même si les personnages sont fictifs. Il faut dire que l’auteur n’a pas boudé son plaisir en décortiquant la vie quotidienne de ce « p’tit bout de village », à travers la presse de l’époque et les almanachs, sources de renseignements inimaginables.

 

Fabien Deneux, Un p’tit bout de village, Geste Editions, coll. »roman de terroir », 232 pages, 20 euros.

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