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13 mai 2011 5 13 /05 /mai /2011 21:18

Article paru dans l'Humanité, le vendredi 13 mai 2011

 

 Les postiers, anonymes dans la société anonyme

En Haute-Normandie, plusieurs bureaux de poste sont en lutte contre leur direction qui supprime des postes,  aggravent les conditions de travail et les prend pour des numéros.

« Ras le bol, on est pris pour des billes par la direction ». Hier matin les douze postiers de Blangy-sur-Bresle (Haute-Normandie) fatigués par douze jours de grève consécutifs, étaient au bord de la crise de nerf. Un d’entre-eux, Vincent Michel, ne retournera pas en négociation. Excédé, il a failli tout casser la veille en fin de journée alors que les négociations achoppaient une nouvelle fois. Tous sans exception font l’amer constat d’être « pris pour des numéros » face à une direction régionale qui doit supprimer cent emplois, principalement de facteurs, avant la fin de l’année. « La faute au passage en société anonyme » pestent unanimes les grévistes, soutenus par la population et les élus de la commune qui leur apportent victuailles et argent pour tenir.

A Blangy-sur-Bresle, mais également à Tôtes et à Cany-Barville, près de Dieppe, les directions des sites de La Poste tentent par-dessus tout d’augmenter les cadences de travail en supprimant des postes ou en limitant les repos compensateurs. Ainsi à Blangy, deux postes de facteurs et autant de tournées de courriers risquent d’être prochainement supprimés dans ce canton rural qui connait, admettent les syndicats Sud et CGT, une baisse du trafic. « Mais les cadences de travail restent les mêmes », explique Hervé Grébonval, 53 ans.  « Qu’on ait cinq ou dix courriers à distribuer, il faut quand même faire les kilomètres et assurer la même tournée ». Il accuse aussi la direction de ne pas tenir compte d’un trafic qui, lui, connaît un fort développement, celui de la publicité. « On a de plus en plus de publicité  à distribuer dans les boîtes aux lettres, mais la direction n’en tien pas assez compte, dans notre pénibilité et le rythme des cadences ». A Tôtes comme à Cany-Barville,  pas de baisse du trafic, bien au contraire. Pourtant  les deux directions veulent diminuer le temps de travail des postiers « afin de diminuer les repos compensateurs, puisque les heures supplémentaires des postiers ne sont jamais payées », explique Bruno Venuat, postier cégétiste.  « C’est la course effrénée aux cadences infernales », affirme de son côté Isabelle Deve, secrétaire général de Sud PTT.

Frédéric SEAUX

Coup tordu de la direction

Jeudi soir, les négociations dans ces trois bureaux de poste étaient toujours au point mort, malgré les efforts des syndicats, prêts à revoir leurs exigences à la baisse. La direction de la Poste préfère, elle, jouer la carte du pourrissement, en payant, en heures supplémentaires, ses cadres envoyés en campagne pour distribuer eux-mêmes le courrier, multipliant ainsi les erreurs de distribution et renforçant davantage l’écœurement des postiers.

Frédéric SEAUX

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22 janvier 2011 6 22 /01 /janvier /2011 13:54

  

Article paru dans l’Humanité Dimanche du 20 au 26 janvier 2011

 

A Rouen. La régie publique de l’eau va être confiée… au privé !

 

A compter du 1er janvier 2012, l’eau d’une partie des 71 communes de la communauté d’agglomération de Rouen, Elbeuf, Austreberthe, présidée par Laurent Fabius, sera gérée en régie publique, mais sous-traitée au privé. Ecologistes et communistes dénoncent la manœuvre..

 

Le conseil de la CREA (Communauté d’agglomération de Rouen-Elbeuf-Austreberthe), présidé par Laurent Fabius, soutenu par une forte majorité socialiste, a entériné le 20 décembre dernier, selon son président « la consolidation de sa régie publique de l’eau », qui était déjà la plus importante de France. Au 1er janvier 2012, douze nouvelles communes du Nord-Ouest de Rouen, dont les contrats de délégation arrivent à échéance le 31 décembre 2011, rejoindront donc cette régie publique qui s’appellera « Eau de la CREA ». Objectif ? « Faciliter l’identification de l’eau comme bien public et mieux maîtriser la gestion de l'eau sur le territoire». La CREA décidera ainsi des futurs tarifs et investissements.

Les communistes s’abstiennent. Les écologistes s’opposent

Pourtant les élus écologistes ont rejeté cette décision et les communistes se sont abstenus. Ces derniers, tout en partageant les critiques des Verts-Europe Ecologie, ont cependant estimé, pour justifier leur abstention, que la suppression de la délégation de service public était une réelle avancée. Le très actif « Collectif pour une eau publique » a fait lui aussi entendre sa déception sur son site et au travers de campagne d’information auprès du grand public sur cette question. Pour ces opposants au projet fabiusien, c’est ni plus ni moins « un  retour en régie publique pour sous-traiter au privé ». Ils reprochent ainsi à Laurent Fabius et aux élus PS de préférer confier l’exploitation de cette extension à des sociétés privées, plutôt qu’aux services de la CREA qui gèrent pourtant avec succès depuis un an, le retour en régie publique directe de l’exploitation de l’eau sur la rive gauche de Rouen et le plateau-Est de l’agglomération avec l’intégration des salariés de Véolia  dans les services de l’agglo.

Autre pierre d’achoppement : cette exploitation sera soumise à appel d’offre pour une durée de six ans. Or, « outre le fait d’insécuriser les salariés concernés par le contrat des plateaux Nord-Ouest, cela va reporter sur le prochain mandat la décision de réintégrer les plateaux Nord Ouest de l’agglomération au sein du Service public de l’eau », expliquent les opposants. « Surtout que le projet de délibération soumis au conseil de la CREA n’affiche pas clairement l’objectif réel d’un retour en régie directe », soutien David Querret du collectif qui craint ensuite une mise en concurrence des services de la CREA avec des entreprises privées sur l’ensemble des exploitations.

La droite soutient Fabius

Du côté de Laurent Fabius et des socialistes, on explique ces choix, « après consultation de l’Observatoire de l’eau », du fait «  de l'ampleur des chantiers en cours pour consolider cette régie ». Un argument que dénoncent les élus communistes qui réclament plutôt « une période transitoire réduite qui permettrait aux élus de [notre] conseil dès 2014 et donc avant la fin de cette mandature, de décider l‘intégration dans la régie. Cela serait plus satisfaisant d’un point de vue démocratique. Je rappelle que cette volonté a été reprise dans un appel qui a recueilli le soutien de nombreux élus des communes directement concernées », explique Didier Chartier, pour le groupe communiste.

La Lyonnaise des eaux, sortie par la porte, risque donc de revenir par la fenêtre. Pas étonnant alors que la droite élue à la CREA, qui a toujours manifesté son hostilité à l’extension de la régie publique, ait salué la décision de Laurent Fabius.

                                                                                                                  Frédéric SEAUX

 

Repères

493 382 : c’est le nombre d’habitants résidant au sein des 71 communes de la CREA. C’est la plus grande agglomération de France.

65% : pourcentage de la population de la CREA qui bénéficie actuellement de la régie publique de l’eau.

327 : nombre d’agents de la CREA actuellement en charge de la gestion de l’eau.

 

 

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23 décembre 2010 4 23 /12 /décembre /2010 14:44

Article de Philippe Jérôme, paru dans l'Humanité, le 22 décembre 2010

 

L’État lâche ses contrats aidés

 

Le gel en octobre 2010 et la suppression en 2011 de milliers d’emplois aidés provoquent de graves inquiétudes dans les écoles, les lieux culturels et les quartiers populaires.

 

Marseille, envoyé spécial.

 

«Une pause technique » : c’est ainsi qu’un membre du cabinet du préfet de région (Paca), Hugues Parant, a qualifié le non-renouvellement de centaines de contrats d’aide à l’emploi (CAE) dans les Bouches-du-Rhône, et la transformation des CAE restants en CUI (contrats uniques d’insertion) avec pour ces contractuels une perte de salaire de 200 euros par mois! Le coup est rude pour les intéressés et dans une ville comme Marseille où 25 % de la population est en dessous du seuil de pauvreté. Le coût humain risque aussi d’être désastreux dans le secteur non marchand de cette région dont Marseille s’apprête à être capitale européenne de la culture en 2013.

 

un grand désarroi

Les écoles des Bouches-du-Rhône où l’on passe de 2 000 à 1 300 emplois d’aides administratifs, de surveillants et d’auxiliaires de vie scolaire (AVS) sont particulièrement touchées, au point que Christophe Doré, secrétaire départemental du SNUIpp se demande comment va se dérouler, la rentrée de janvier des élèves handicapés. Anne Marie Meynart, de la CGT, pointe aussi le cas des centres sociaux dans les quartiers populaires de Marseille qui sont « dépossédés de leur personnel » par un gouvernement qui a fait le choix du tout-répressif. Mais c’est dans le monde associatif et culturel que cette politique d’économies (l’État ne finançant plus les CUI qu’à hauteur de 70 %) provoque un grand désarroi. Comme l’explique Pier Robert, membre du collectif contrat aidé  (1) créé en novembre à la Friche de la Belle de Mai, « sur 380 structures régionales qui nous ont contactés, dont 70 % ont une activité culturelle, 68 % vont abandonner un projet, 30 % vont supprimer un service et 16 % envisagent même de fermer  » ! Si, pour Alain Lebaratier de la FSU, « le CUI est une pseudo-solution au chômage, il n’en demeure pas moins que des milliers de précaires sont en situation d’urgence ». Reçus tour à tour par le préfet, les syndicats et le collectif ont pu obtenir la promesse d’une « rallonge » de 1 100 postes pour Paca dont 1 000 pour les écoles, ce qui fait dire à l’inspection académique qu’il n’y aura pas de souci en janvier. Mais après ?

 

manifestation le 6 janvier

Les 44  000 « contrats aidés » de la région Paca seront-ils reconduits ? FSU, CGT, Solidaires et le collectif souhaitent « parce que cela répond à des besoins sociaux », qu’ils se transforment en CDI avec un salaire plus décent que les 800 euros actuels des CUI. Ils le diront haut et fort le 6 janvier sur la Canebière en organisant une manifestation. Parallèlement la FSU qui a entre les mains une lettre du ministre de l’Éducation Luc Chatel aux recteurs, prônant le maintien des horaires de travail (que la réforme du CUI fait passer de 26 heures à 24 heures par semaine), va entamer « une action en justice ».

 

(1) http://collectifemploisaides.blogspot.com

Philippe Jérôme

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12 décembre 2010 7 12 /12 /décembre /2010 10:25

Article de Olivier Mayer, paru dans l'Humanité, le 9 décembre 2010

 

Cavalier contre les RTT au Sénat

 

Les sénateurs adoptent un amendement au projet de loi de finances 2011 qui réduit les jours de réduction du temps de travail (RTT) des fonctionnaires en congé maladie. Une mesure populiste sans impact budgétaire.

 

 

C’est ce qu’on appelle un «cavalier» parlementaire, un amendement introduit sans lien avec le sujet d’un texte de loi. Et le ministre représentant le gouvernement n’a rien trouvé à y redire. À la demande du sénateur ultralibéral, Philippe Dominati, le Sénat a adopté un amendement au projet de loi de finances 2011, prévoyant de supprimer les droits à RTT (réduction du temps de travail) des fonctionnaires lorsque ceux-ci sont en arrêt maladie. « La période pendant laquelle le fonctionnaire ou l’agent non titulaire bénéficie d’un congé pour raison de santé ne peut générer de temps de repos lié au dépassement de durée annuelle du travail », indique le texte. Philippe Dominati rappelle que le gouvernement s’était prononcé en ce sens en juillet 2003. « L’acquisition de jours de réduction du temps de travail est liée à la réalisation de durées de travail hebdomadaires supérieures à 35 heures et est destinée à éviter l’accomplissement d’une durée annuelle du travail excédant 1 600 heures. En conséquence, les absences au titre des congés réduisent à due proportion le nombre de jours de RTT que l’agent peut acquérir », précisait le gouvernement à l’époque. Mais en février 2008, la cour d’appel de Bordeaux a battu en brèche cette interprétation en affirmant que « la définition de la durée de travail effectif (…) n’a pas pour objet (…) et ne saurait avoir légalement pour effet d’exclure du temps de travail effectif le temps des congés maladie ».

La durée annuelle du travail est fixée légalement à 1 600 heures. Dire que les congés maladie sont exclus de ce décompte revient à dire qu’un agent malade de la fonction publique ne remplit pas ses obligations de service, argumente la cour.

Philippe Dominati ne nie pas ce jugement mais considère qu’en « ces temps de rigueur et de difficultés budgétaires », « la générosité du juge administratif est parfaitement inopportune ». Il avance « un enjeu budgétaire substantiel », arguant que ce sont 2 millions de jours, soit l’équivalent temps plein de 10 000 emplois, qui sont ainsi accordés chaque année. Même si les chiffres avancés sont exacts, l’État ne récupérera rien, ni en économie budgétaire ni en création d’emplois, avec l’adoption de cet amendement.

« C’est une mesure populiste antifonctionnaires qui n’aura aucun impact budgétaire », confirme Vincent Blouet, un des dirigeants de l’union générale des fédérations de fonctionnaires CGT. « Contrairement au privé où les congés maladie correspondent à une suspension du contrat de travail, dans le public, ils correspondent à une position d’activité et sont considérés comme du travail effectif. »

Olivier Mayer

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21 janvier 2010 4 21 /01 /janvier /2010 09:24



papier paru dans L'Humanité, le 21 janvier 2010

« Je n’en peux plus »

 

Didier Lecanu, syndicaliste CGT, est agent à la direction interdépartementale des Routes en Haute-Normandie. Il est en grève aujourd’hui contre les remises en cause quotidiennes de ses conditions de travail et du service public routier.

 

 

« Comme bon nombre de salariés du public, je suis en grève aujourd’hui, car je n’en peux plus », lâche fatigué,  Didier Lecanu, agent de la Direction Interdépartementale des Routes (D.I.R) du secteur Nord-ouest du territoire français qui a succédé à l’ancienne Direction Départementale de l’Equipement (D.D.E). Et des griefs, cet agent, également secrétaire de la section départementale CGT des personnels des réseaux et des infrastructures, en a à revendre. « C’est de pire en pire. On voudrait nous vider de notre savoir-faire qu’on ne s’y prendrait pas mieux », peste le syndicaliste qui critique ouvertement les conséquences des différentes lois de décentralisation qui se sont succédé jusqu’à présent. « Désormais les routes départementales et certaines nationales sont gérées directement par les conseils généraux qui ont leurs propres agents d’intervention. Et pour ne rien arranger, l’Etat, dont nous dépendons (la D.I.R dépend du Ministère de l’Environnement-NDLR) confie bon nombre de nos missions à des sociétés privées, et nous laisse ce qui ne rapporte pas, c’est-à-dire l’entretien des aires de repos, la protection des chantiers, l’intervention sur des pannes, des accidents, la signalisation, le fauchage», s’irrite-t-il. Et d’ajouter d’emblée, « que le ministère ose parler de notre réseau d’entretien comme d’un réseau d’excellence, c’est se moquer des usagers ».

Des effectifs en baisse

 Pour l’homme, c’est le service public de l’entretien des routes qui fond comme neige au soleil. « Et justement là, au moment des fortes intempéries de neige, on nous a demandé d’être performants pour dégager au plus vite les routes et les sécuriser », affirme-t-il d’un ton qui en dit long sur son ras-le bol et son état de découragement. « Je n’en peux plus », lâche-t-il. « J’ai 58 ans et j’ai décidé de prendre ma retraite à la fin de l’année alors que je pourrais aller jusqu’à 60 ans, mais je n’en peux plus » répète-t-il plusieurs fois. « Je fais ce métier depuis 1976 et la situation n’a jamais été pire qu’aujourd’hui, au point de me dire que si c’était à refaire, je ne recommencerais pas à cause des conditions de travail qui sont les nôtres maintenant ». Didier Lecanu précise ses propos. « Dans mon équipe on est passés de 15 à 6 agents en trente ans. Nos effectifs sont en baisse constante. La qualité s’en ressent », s’emporte-t-il. « Alors, surtout au moment des intempéries comme celles qu’on vient de connaître, la direction n’hésite pas à rappeler les gars sur leurs congés, leurs repos, y compris ceux qui viennent de faire des astreintes ».

1806 euros bruts par mois après 34 ans d’ancienneté

On pourrait alors penser que les salaires sont au moins à la hauteur des exigences. « Pas du tout » s’insurge  Didier Lecanu  qui défile aussi  aujourd’hui pour dénoncer sa perte de pouvoir d’achat. Dans son secteur, les salaires sont loin, en effet, d’atteindre des sommets. Fonctionnaire d’Etat, après 34 ans d’ancienneté, il perçoit 1806 euros bruts par mois (et 1200 euros bruts à la retraite) et les différentes primes n’ont pas été réévaluées depuis au moins trois ans. Pas cher payé pour un métier où on doit être disponible 24h/24, sept jours sur sept. « Et les nouveaux débutent au SMIC », ajoute-t-il. Il espère donc que tous ses collègues cesseront le travail pour exprimer leur colère mais aussi leurs revendications nombreuses en termes salariales et statutaires. Pour le syndicaliste, son métier est d’ailleurs sur ce dernier point a un tournant majeur. Le risque est en effet grand que les agents de la D.I.R soient, dans un avenir proche, amenés à travailler en détachement, pour des sociétés privées concurrentes et qu’ils soient dans l’obligation au bout d’un certain temps de choisir entre le secteur public et privé.

Et la goutte d’eau pour Didier Lecanu est l’attitude de certains usagers de la route pour lesquels il a le sentiment pourtant de travailler. « On a parfois des réflexions désagréables quand on est arrêtés en bordure de routes. Certains nous klaxonnent, nous traitent de fainéants. Les routiers sympas ne le sont pas toujours. Ils nous jettent des papiers, des cartons alors que nous sommes en train de nettoyer les voies. Tous ces gens sont pourtant contents de nous trouver quand ils sont dans le besoin ».

A défaut de faire évoluer les mentalités sur son travail, il espère au moins faire entendre les revendications de son secteur et de son syndicat qu’il portera fièrement. Son esprit syndicaliste est, lui, resté intact.

 

Frédéric SEAUX

 

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31 octobre 2009 6 31 /10 /octobre /2009 21:19


Article paru dans l'Humanité, le 16 avril 2009

« Ils se foutent de notre gueule ! »

 

Les salariés d’EDF-GDF de Saint-Etienne-du-Rouvray bloquent depuis mardi soir, jour et nuit, l’entrée du site afin d’être entendu par la direction nationale qui rejette pour l’instant toute leurs revendications.

 

« Ils se foutent de notre gueule ». C’est sur ces mots que Bruno Prépolesky est revenu hier soir sur le site de Saint-Etienne du Rouvray, près de Rouen, après avoir rencontré la direction nationale de ERDF-GRDF dans l’après-midi à Paris.

 Très remonté, il a tout de suite expliqué aux nombreux grévistes occupant les lieux, en présence de la direction régionale venue écouter les revendications,  que « la rencontre [avait] été inutile » et qu’il s’agissait d’ « une provocation  de la direction nationale qui a demandé que les revendications des grévistes soient revues à la baisse ». Huées immédiates des grévistes devant une direction régionale silencieuse et accusant le coup en entendant la réaction de certains salariés, excédés, appelant dès lors à s’en prendre à l’outil de travail. Traduction : multiplier les coupures d’électricité auprès des usagers, et en particulier les entreprises et collectivités territoriales. Une direction régionale qui affirme aux salariés de Saint-Etienne et de ses environs que leurs revendications sont des revendications nationales et qu’elle ne peut donc rien faire. « Cette direction sait nous sanctionner, faire venir un huissier pour constater le blocage du site, mais quand il s’agit de nos revendications, il n’y a plus personne ! » s’indigne Emilie, embauchée il y a cinq ans et demi et qui gagne 1150 euros en élevant seule ses deux enfants.

Pour ces salariés, leurs revendications sont pourtant légitimes et loin d’être choquantes au vu des augmentations de salaire de la direction nationale jugées « scandaleuses et indécentes » par la CGT du site. Celle-ci rappelle dans son tract que « Cirelli, vice-président de GDF Suez et Gadonneix, PDG d’EDF ont obtenu respectivement une augmentation de salaire de 183 % en 2008 (1,297 millions euros en 2008) et de 25 % en 2009 (900 000 euros en 2009), alors que l’Etat détient 38% de GDF et 87% d’EDF. Il y a loin entre le discours gouvernemental de répartition des bénéfices entre salariés et actionnaires et la réalité », s’insurge le syndicat.

Les salariés réclament l’arrêt de la sous-traitance confiée au privé, l’embauche des contrats d’apprentis formés par EDF-GDF, une prime de 1500 euros par salariés, une augmentation de 5 % du salaire de base. Face au refus de négocier de la direction nationale, les salariés de Saint-Etienne du Rouvray ont décidé de bloquer jour et nuit le site et de ne laisser sortir que les véhicules d’urgence. Une assemblée générale a lieu chaque matin pour décider de la poursuite de la grève et des actions à mener.

 

                                                                                                            Frédéric SEAUX

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  • : il s'agit d'un blog sur lequel paraissent certains de mes articles publiés dans le quotidien l'Humanité et les deux hebdomadaires, La Terre et l'Humanité Dimanche. J'utilise également ce blog comme moyen d'expression sur des sujets d'actualité que je ne traite pas directement à travers mes articles. Rendez-vous également sur le blog de la maison d'édition que j'ai créée : http://editionscogitoergosum.over-blog.com
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