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12 janvier 2011 3 12 /01 /janvier /2011 14:57

Article de Lina Sankari paru dans l'Humanité le 11 janvier 2011

75 % des Français pour plafonner les salaires des PDG

 

Selon une enquête de l’Ifop pour l’Humanité, trois Français sur quatre 
se prononcent en faveur d’un salaire maximal. À l’heure où la production de richesses n’a jamais été aussi importante, la gauche avance ses propositions.

 

«Au-dessus de 4 millions, je prends tout ! » Étonnante actualité de cette proposition lancée par Georges Marchais en 1981. Trente ans plus tard, la crise financière a remis la question des écarts de revenus au goût du jour. Après imposition, le revenu moyen des 10 % des foyers les plus riches reste neuf fois plus élevé que celui des 10 % les plus pauvres. À cet égard, Jean Gadrey, professeur émérite d’économie à l’université Lille-I, rappelle que, déjà, au Ve siècle avant notre ère, « Platon estimait que le législateur doit établir quelles sont les limites acceptables à la richesse et à la pauvreté. Il proposait un rapport de 1 à 4 ». En 1998, une enquête de l’économiste Thomas Piketty montrait que, selon les Français, les écarts entre hauts et bas revenus devaient être compris entre 1 et 3,6. Même constat aujourd’hui, au regard du sondage réalisé par l’Ifop pour l’Humanité. Ainsi, 75 % des personnes interrogées se disent plutôt favorables à la fixation par la loi d’un salaire maximal « car la rémunération de certains dirigeants de grandes entreprises atteint aujourd’hui des niveaux déraisonnables ». Sans surprise, cette mesure recueille 84 % d’avis favorables parmi les sympathisants de gauche. Plus intéressant : 58 % des sympathisants UMP donnent également leur assentiment à une telle législation.

Stock-options et tranches d’impôt

À gauche, le cortège de licenciements consécutifs à la crise – malgré des profits record pour les entreprises – a remis au goût du jour l’idée d’un revenu maximal permettant une meilleure répartition des richesses. Dans son projet sur l’égalité réelle, le Parti socialiste propose que les rémunérations soient comprises dans une échelle d’ordre de 1 à 20 pour les entreprises où il existe une participation publique, sur le modèle de Barack Obama, qui proposait, en 2009, de limiter à 389 000 euros les revenus annuels globaux des patrons des banques renflouées par l’État. En France, avec un smic à 1 055 euros net, le salaire du dirigeant ne pourrait ainsi excéder 21 100 euros mensuels. Restent les autres formes de rémunération telles que les actions gratuites ou les stock-options qui pourraient croître. De leur côté, les députés communistes, républicains et du Parti de Gauche ont déposé une proposition de loi à l’automne dernier pour une « fiscalité juste et efficace ».

Production de richesses et redistribution

Le texte, rejeté par la majorité, visait également à plafonner le niveau des salaires de 1 à 20, d’en finir avec les stock-options et les parachutes dorés, de taxer à 9,9 % les revenus financiers afin de faire contribuer l’ensemble des revenus du capital au budget de la nation. Enfin, les députés proposaient de revenir à neuf tranches d’impôt, contre cinq actuellement. Dans ce cadre, la tranche du haut verrait son taux d’imposition porté à 54,8 %, au lieu de 40 % aujourd’hui. Pour sa part, le Nouveau Parti anticapitaliste souhaiterait rétablir le taux de 65 % d’imposition pour cette tranche supérieure. Selon Olivier Besancenot, le porte-parole du NPA, il est désormais nécessaire de « reprendre les 10 % de richesse nationale passés de la masse salariale aux plus hauts revenus ». 
Enfin, Europe Écologie-les Verts parlent d’un revenu maximal qui correspondrait à 30 fois le revenu médian (28 570 euros par ménage en 2008) et qui permettrait d’investir dans la reconversion d’une part de l’industrie vers des activités à faible impact écologique.
Que le revenu maximal soit autorisé, admissible ou acceptable, l’ensemble des partis de gauche s’accordent aujourd’hui à résoudre l’écart entre une production de richesses qui n’a jamais été aussi importante et sa distribution. Écart que la suspension temporaire des bonus promise par Nicolas Sarkozy en temps de crise n’a pas réduit.

Lina Sankari

 

Commentaire : Il faudrait quatre vies pour qu'un smicard gagne ce qu'un patron du CAC 40  gagne en un an. Frédéric SEAUX

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12 janvier 2011 3 12 /01 /janvier /2011 14:52

Le plafonnement des salaires

 

Editorial de Maurice Ulrich paru dans l'Humanité, le 11 janvier 2011

 

«À vrai dire, écrivait trois jours après Noël l’inimitable chroniqueur économique et membre du Medef, Yves de Kerdrel, dans le Figaro, personne n’est capable de dire ce qu’est un salaire excessif. Ni de dire si un patron du CAC 40 doit être payé 500 000 euros ou deux millions d’euros… » Et de dénoncer, quelques paragraphes plus loin une « dictature française de la notion d’égalité ». Personne, vraiment ? Voilà les résultats de notre sondage : 75 % des Français sont favorables à une limitation des hauts salaires, et 58 %parmi les sympathisants de l’UMP eux-mêmes. Des millions de Français ont tout de même une petite idée de « l’excès », et c’est peu dire. Car la réalité, c’est qu’ils sont des millions abasourdis, écœurés, voire incrédules, tant 
les chiffres sont énormes, devant l’obscénité des salaires que s’octroient certains patrons. Deux cents fois 
le smic en moyenne pour ceux du CAC 40, quand ce dernier, au 1er janvier, était augmenté de 13 euros !

Mais, en même temps que cette salutaire indignation, on peut aussi se poser une simple question. À quoi peuvent bien correspondre ces rémunérations insensées ? Quels talents récompensent-elles ? Combien d’heures passées à un travail d’un tel niveau de qualification qu’il laisse loin derrière le savoir et la science des chirurgiens les plus talentueux, des scientifiques les plus pointus ? On connaît les réponses que bredouillent les idéologues du capital. Il y a un marché international des compétences : les plus performants risquent de partir à l’étranger ; il est normal qu’un PDG qui fait gagner beaucoup d’argent à une entreprise en gagne beaucoup, lui aussi. Au fond, tout ça est à peu près vrai, mais à quelles fins ? Un expert, Jean Peyrelevade, ancien patron du Crédit lyonnais et directeur aujourd’hui d’une banque d’affaires, le disait sans ambages en décembre dans l’Expansion : « Les PDG sont les intendants du château actionnarial. » C’est clair. Ces dirigeants sont payés très cher parce qu’ils sont les serviteurs des possédants et qu’ils leur permettent de gagner beaucoup. De ce point de vue, les chiffres publiés dans le même numéro de l’Expansion sont encore plus indécents que ces salaires, si c’est possible. Chez Vallourec, entre 2003 et 2009, la masse salariale a augmenté de 35 %, le dividende par action, de 1 007 %. 24 % chez Bouygues pour la masse salariale, 241 % pour les dividendes. Sanofi-Aventis : – 2 % pour les salaires, plus 100 % pour les dividendes… Et le magazine économique annonce : « Et si c’était le grand retour de la lutte des classes ? Le CAC 40 fait la part belle aux actionnaires et laisse les salariés sur leur faim. Plongée dans cette mécanique de répartition des richesses dangereuse pour la croissance. »

Danger pour la croissance. Mais c’est même davantage, et c’est le nœud de la crise. La course à la rentabilité financière pervertit l’économie, elle est la cause des licenciements, elle affame les peuples, elle saccage l’environnement. Ce sont les masses énormes de capitaux en circulation et à la recherche de rentabilité qui ont conduit les banques à prendre des risques insensés avec des produits financiers toujours plus volatils. Et cela continue. Les banques anglaises estiment même qu’on les harcèle en leur demandant quelques tout petits comptes.

C’est aussi un cancer pour la démocratie. Où est-elle quand l’économie tourne au profit exclusif d’une couche d’hyperriches vivant en parasites sur le corps social ? Quelle est la contribution à la société, à la chose publique, de quelqu’un qui pense qu’il vaut deux cents fois plus que sa secrétaire ou son chauffeur ? Mais il paraît que Nicolas Sarkozy va parler de régulation financière à Barack Obama. On en rigole ou on s’indigne ?

Maurice Ulrich

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5 janvier 2011 3 05 /01 /janvier /2011 18:41

Article de Laurence Mauriaucourt, paru dans l'Humanité, le 4 Janvier 2011

La prime s’est cassée, les bénefs sont là

 

La fin de la prime à la casse a dopé les ventes de véhicules neufs en décembre. De quoi espérer une bonne année 2011 pour les actionnaires, pas pour les salariés de l’automobile.

 

«Absolument phénoménal», c’est ainsi que Bernard Cambier, directeur des ventes de Renault France, a qualifié lundi sur radio BFM, le chiffre de 370 000 commandes de véhicules neufs enregistrées en France durant le seul mois de décembre. De quoi « débuter l’année avec un portefeuille très confortable », s’est-il félicité, détaillant les résultats : « un marché à + 30 % par rapport au mois de décembre l’année dernière », Renault réalisant pour sa part + 46% de ventes. La suppression de la prime à la casse, mise en place en 2008, laisse néanmoins prévoir une chute du marché qualifiée de « probable » par l’AFP. Mais le constructeur français promet de « s’adapter en 2011 ». Il n’a pas été invité à préciser si les 4 400 salariés encouragés au « départ volontaire » de l’entreprise entraient dans cette stratégie d’adaptation.

Le Comité des constructeurs français d’automobiles (CCFA) est venu, hier, confirmer les bons résultats des ventes 2010 : 2,25 millions de véhicules nouvellement immatriculés. 
À peine 2,2 % de moins qu’en 2009, l’année du record avec 2,27 millions de ventes neuves, le meilleur chiffre depuis 1990. C’est grâce à sa marque low cost Dacia que Renault voit ses immatriculations de véhicules neufs augmenter de 4,2 % en 2010, tandis que PSA Peugeot Citroën enregistre une légère baisse de 1,3 %, selon le CCFA, avec 728 825 voitures vendues. Dans le détail, on note – 5,3 % de ventes pour Citroën mais + 2,2 % pour Peugeot. La fin de la prime à la casse aura tout de même eu l’effet d’aubaine escompté pour PSA Peugeot Citroën qui affiche + 5,7 % de ventes en décembre 2010 par rapport à l’an dernier.

 Productivité et profits accrus

Philippe Martinez, secrétaire national de la Fédération des travailleurs de la métallurgie CGT, analyse ces chiffres en termes de pouvoir d’achat et d’emploi. « Cette prime a été une forme de coup de pouce au pouvoir d’achat qui a offert une possibilité de consommer, même si l’achat d’une voiture reste un acte important qui ne se renouvelle que tous les cinq ou dix ans. » La prime Juppé de 1995-1996 avait eu les mêmes effets ponctuels sur les ventes. « Au final, en février, nous aurons en main les bilans des groupes automobiles au titre de l’année 2010 et on s’apercevra  que cette distribution d’argent public n’aura pas généré d’emplois, mais qu’elle aura contribué à accroître la productivité et les profits. »
 Une manne publique qui profitera aux actionnaires aux dépens des emplois et des conditions de travail, c’est ce que déplore également Éric Pécqueur, délégué syndical CGT Toyota, à Onnaing, dans le Nord : « Cette prime est une solution à un coup dont la disparition, de fait, aura pour effet de réduire les ventes. » 
« Garantir des emplois stables et des salaires dignes », c’est là, pour le syndicaliste, qu’il faudrait « investir », pour produire des effets à long terme. « Toyota a réalisé 2,5 milliards de chiffre de bénéfices entre avril et octobre 2010. Dans le cadre des dernières négociations obligatoires nous avons obtenu la création de 100 emplois en CDI, d’ici à l’horizon 2012 », relate Éric Pécqueur. « 2012… La direction pense sans doute que d’ici là nous aurons oublié. »

Laurence Mauriaucourt

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19 décembre 2010 7 19 /12 /décembre /2010 11:14

Article de Thomas Lemahieu paru dans L'Humanité le 17 Décembre 2010

 

La santé financière 
du luxe 
est insolente

 

À l’occasion d’un colloque organisé à Saint-Germain-en-Laye, Yves Carcelle, PDG de Louis Vuitton, livre dans ce confortable entre-soi quelques bonnes nouvelles… Pour son groupe et pour les plus riches, mais pas forcément pour le reste de la société, condamnée, elle, à la rigueur et l’austérité !

 

Bienvenue dans un monde à part, un univers qui ne connaît pas la crise, cette bonne société qui s’en moque comme d’une guigne, un endroit où personne ne se demande comment remplir le frigo - Fauchon ou Petrossian sont là pour ça -,, mais plutôt : « Avec toutes ces incertitudes sur les marchés, ne dois-je pas m’acheter un nouveau sac à main Hermès, au lieu d’un tailleur haute couture, puisque c’est plus durable ? » À Saint-Germain-en-Laye (Yvelines), au bout du bout de l’ancestrale voie du pouvoir et de l’argent qui, du jardin des Tuileries à 
Paris, traverse Neuilly, la Défense et Le Vésinet, la mairie bleue UMP de cette cité royale, classée dix-neuvième, malgré sa taille modeste, au palmarès des villes françaises abritant le plus d’assujettis à l’impôt sur la fortune (ISF), organisait la semaine dernière un petit raout intitulé « Le paradoxe de l’industrie du luxe dans le contexte de la rigueur ». Un paradoxe… ou une insulte à ceux qui, ailleurs, triment ? En ouverture de ces « Rencontres économiques » auxquelles la ville, revendiquant discrètement la comparaison avec Davos, avait convié, via un cabinet de relations publiques mais sans grand succès, la presse nationale, Gilbert Audurier, ancien banquier et adjoint au maire chargé du développement économique, pédale un peu dans le caviar pour s’en défendre : « Parler du luxe aujourd’hui pourrait passer pour une provocation, il n’en est rien. Le luxe et l’industrie du luxe fascinent. »

Quand on dit de la santé financière du secteur qu’elle est « insolente », elle l’est vraiment, elle l’est au premier degré : il y a de l’arrogance, de l’inconscience dans cette salle municipale high-tech qui, située plusieurs étages sous terre, ressemble d’ailleurs à un bunker. Aimablement introduit par Vincent Perrault, journaliste économique à LCI et lui aussi élu municipal UMP à Saint-Germain-en-Laye, Yves Carcelle, star de la soirée, déroule quelques anecdotes et fait mine de livrer les secrets de la réussite de son groupe. Le président-directeur général de Louis Vuitton, la branche cuir et maroquinerie de LVMH, se vante. « Nous, la crise, on ne l’a pas vue, explique-t-il, sourire jusqu’aux oreilles. Depuis près de vingt ans que je suis à la tête de Louis Vuitton, on a connu une croissance à deux chiffres tous les ans. Et l’année dernière, en pleine crise mondiale, on a même connu une croissance à deux chiffres plus ! C’est, je crois, ce que l’on peut appeler une croissance régulière… »

Le «désir de luxe»

Alors qu’Isabelle Ardon, banquière d’affaires et gérante de fonds investis dans les multinationales du luxe, salue le génie d’un secteur où « plus c’est cher, plus c’est désirable » et où « on peut avoir des prix élevés et donc des marges élevées souvent », Yves Carcelle évoque longuement le « désir de luxe » mondialisé : « On a en Chine 35 magasins dans 28 villes, j’ai personnellement déjeuné ou dîné avec le secrétaire du Parti de toutes ces villes chinoises, je les vois se transformer sous nos yeux… Honnêtement, l’Europe est provinciale par rapport aux villes chinoises aujourd’hui. Les Chinois ont envie d’accaparer l’Occident, et une manière d’accaparer l’Occident, c’est d’acheter des marques de luxe !  » Avant de corriger une idée reçue : « Dans notre cas, la croissance a été renforcée, c’est vrai, par notre présence en Chine, au Vietnam, en Corée, en Russie, au Brésil. Mais en fait, nous sommes en croissance sur tous les marchés, y compris en Amérique du Nord, y compris en Europe ou au Moyen-Orient. Nos clients européens continuent d’acheter et même ils achètent plus d’une année à l’autre… On a beaucoup parlé de la crise financière de Dubai ; elle a touché les promoteurs et les propriétaires immobiliers, mais pas la consommation. Et quand il fait 49 degrés dehors et qu’on a toujours le même salaire à la fin du mois, qu’est-ce que vous voulez faire d’autre que d’aller dans les centres commerciaux climatisés ? »

Le moral est au beau fixe

Dans cet entre-soi fraternel, la rumeur du peuple, celui qui, cet automne, voulait dans la rue défendre les retraites et une meilleure répartition des richesses, ne pénètre à aucun moment. « Après la frustration, les consommateurs se lâchent avec un appétit renouvelé », se félicite encore Yves Carcelle. Dans les territoires protégés du Richistan, à Saint-Germain-en-Laye comme dans les palaces chinois ou les centres commerciaux de Dubai où Vuitton implante ses boutiques, le moral est au beau fixe, les portefeuilles débordent toujours. La rigueur ou l’austérité, ces gens-là en rient…

Thomas Lemahieu

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  • : il s'agit d'un blog sur lequel paraissent certains de mes articles publiés dans le quotidien l'Humanité et les deux hebdomadaires, La Terre et l'Humanité Dimanche. J'utilise également ce blog comme moyen d'expression sur des sujets d'actualité que je ne traite pas directement à travers mes articles. Rendez-vous également sur le blog de la maison d'édition que j'ai créée : http://editionscogitoergosum.over-blog.com
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