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27 février 2012 1 27 /02 /février /2012 13:19

Article paru dans L'Humanité le 13 Février 2012

 

 Bernard Thibault « Petroplus, M-Real : même combat »

 

 

Bernard Thibault était vendredi aux côtés des ouvriers en lutte de ces deux sites industriels.

 

En Haute-Normandie, les sites de la raffinerie Petroplus de Petit-Couronne et de la papeterie M-real d’Alizay sont tous deux menacés de fermeture. Dans les deux cas, « il ne s’agit pas de sites industriels en mauvais état. La qualité des outils ne menace pas l’activité économique. C’est là le scandale ! » s’est emporté le leader de la CGT, dénonçant le rôle mortifère des actionnaires. « Ce n’est pas la crise pour tout le monde », a-t-il lancé, sous de forts applaudissements, tout en saluant l’important travail que les intersyndicales ont fourni pour présenter aux directions et actionnaires des projets alternatifs pour revitaliser les sites. « C’est bien la preuve que ce sont eux, les ouvriers, les techniciens, les premiers experts dans leurs domaines. » D’où la nécessité d’accroître les droits des salariés : « La citoyenneté dans l’entreprise doit progresser », a réaffirmé le leader syndical.DSCF7488.JPG

Bernard Thibault a saisi 
l’occasion de ce déplacement pour souligner le caractère stratégique du secteur de l’énergie qui, observe-t-il, n’est « pas incompatible avec le développement durable ». Pour preuve, le projet présenté conjointement par les salariés des deux sites d’utiliser la ouate de cellulose des ateliers de M-real pour fabriquer du biocarburant sur le site de Petroplus.

                                                 Bernard Thibault en conversation avec les représentants CFDT et CGC de Petroplus

 

DSCF7454.JPGDevant les salariés normands en lutte, le secrétaire général de la CGT a de nouveau épinglé la 
politique gouvernementale insufflée par Sarkozy, « qui a multiplié les lois antisociales durant son mandat », fustigeant en parti-culier « la TVA sociale qui n’a rien de social ».

 

Bernard Thibault, à la sortie de la visite du site de M-Real, aux côtés du maire communiste d'Alizay Gaëtan Levitre, et d'Arnaud Levitre, candidat Front de gauche aux prochaines életions législatives du canton de Pont-de-l'Arche.

Évoquant la venue du ministre Besson chez Petroplus le 30 janvier, ou encore le sauvetage des Lejaby, que Bernard Thibault a qualifié de « politique des copains », il a dénoncé cette « majorité sortante (qui) veut s’efforcer de se montrer active dans les dernières semaines qui lui restent » sur le front de l’emploi, alors qu’elle a multiplié les cadeaux fiscaux aux entreprises « qui bien souvent sont allés tout droit dans les poches des actionnaires ».

 

Frédéric SEAUX

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20 janvier 2012 5 20 /01 /janvier /2012 18:44

Article paru dans l'Humanité le 18 Janvier 2012

vallée de l’Andelle Ces naufragés d’Alizay, invisibles à l’Élysée

 

Dans l’Eure, tout 
le tissu industriel 
de la vallée 
de l’Andelle est menacé de disparition à brève échéance. Une usine d’aérosols risque d’être mise 
en liquidation judiciaire à la fin de la semaine et une papeterie ultramoderne pourrait fermer malgré plusieurs offres sérieuses de reprise. Voyage dans cette France à mille lieues du « sommet social » de Sarkozy.

 

Alizay (Eure), envoyé spécial.

 

Ici aussi, le commandant de bord a quitté le navire en premier. Et ceux qui restent, les naufragés, grelottent depuis vendredi dernier, serrés autour du feu de palettes. Le bateau coule. On dit « liquidation judiciaire » d’ailleurs, et on entend « noyades ». Entre l’avarice et l’avarie, pas de chaloupes à l’horizon : sur les radeaux, il n’y a de place que pour le désespoir et la colère. Mais voilà que le commandant revient déjà en vedette. Il a parqué sa Porsche 
Cayenne dans un angle mort et, crâne lustré, blouson en cuir, pantalon bien coupé, lunettes de soleil m’as-tu-vu, il s’avance vers la petite foule, encadré par son équipage rapproché. « Vous m’avez demandé, je suis là, je vous écoute et après, je vous ferai mes commentaires », toise-t-il. Une représentante des rescapés bredouille : « On a fait une lettre de revendications, je veux vous la remettre en main propre. » Lui ricane en s’adressant à une acolyte : « Ils n’osent pas la lire, allez-y, lisez-la, vous ! » Personne ne moufte, puis une main se lève chez les accablés.

Scène de la vie quotidienne, ce 
lundi, dans la tempête sociale en France : d’Alizay à l’Élysée, à la base, ça chie, et au sommet, ça tchatche. Pendant qu’au nom de l’emploi, de la lutte contre le chômage ou de la bataille pour la « réindustrialisation », Nicolas Sarkozy peaufine ses nouvelles recettes d’austérité, les 71 salariés d’Azeo, entreprise de fabrication et de conditionnement d’aérosols et désert syndical dans cette petite ville de l’Eure, n’en attendent rien : dans ces rangs, plus personne ne suit les joueurs de flûte. La mise en liquidation paraît inéluctable ; elle sera officialisée le 20 janvier, deux jours après le « sommet social ». Alors, à travers leur occupation jour et nuit à l’entrée du site, les salariés espèrent juste arracher un peu de fric, une fragile bouée à laquelle s’accrocher dans la galère qui s’annonce.

Sur le piquet, une ouvrière de la chaîne, payée au Smic depuis des décennies et survivante des plans de licenciements précédents – à la grande époque, il y avait plus de 400 CDI et des dizaines d’intérimaires dans cette usine –, prend son courage à deux mains pour énumérer les revendications au patron d’Azeo et Kapa Reynolds, le groupe industriel, mué depuis en entreprise de logistique pour l’import de cosmétiques à destination de la grande distribution, qui a racheté l’usine il y a quelques années : « prime de préjudice » à hauteur de 80 000 euros, paiement des jours de grève, pas de poursuites contre les salariés… Après avoir ponctué de « ouais, ouais » la lecture de la plate-forme commune, le boss se lance dans un numéro de chantage : « Je vais vous dire ce qui se passe parce que vous n’êtes pas très bien conseillés, sermonne-t-il. Franchement, Kapa ne vous a pas tués, mais vous a aidés à survivre. Je veux que quelqu’un le dise ! Vous êtes en train de faire la connerie du siècle : la grève est un droit légal, vous avez 100 % le droit de la faire, mais là, il y a abus de grève parce que vous bloquez l’accès d’une autre entreprise, Kapa. Un huissier est venu pour le constat et on va faire un référé. Vous allez perdre tous vos droits et être tous licenciés pour faute lourde sans toucher d’indemnités. Je veux que vous sachiez les risques que vous prenez parce qu’entre vingt-deux ans d’indemnités et une poignée de main, ça fait une différence… Je vous l’aurai dit, ne venez pas à être désespérés si vous perdez tout ! »

Dans l’assemblée, les langues se délient. « Mais monsieur, les gens, ils sont déjà désespérés parce qu’ils perdent leur emploi », reprend un des gars. « C’est vous qui nous mettez dehors quand même », corrige une femme. « C’est indécent, murmure une autre. Il est venu nous dire de crever dans notre coin et de la fermer ! » Après avoir tenté d’écarter, avec le concours de la gendarmerie, les trois ou quatre « personnes extérieures » présentes sur le piquet de grève, le patron d’Azeo et Kapa Reynolds reprend la parole : « Si vous voulez qu’on négocie, il faut libérer les accès et éteindre le feu. On peut faire comme avant que vous vous excitiez, je ne sais même pas pourquoi… »

Derrière l’arrogance patronale, la casse industrielle, et il n’y aurait vraiment pas de quoi s’énerver à Alizay et dans la vallée de l’Andelle ? Quand, la semaine dernière, Gaëtan Levitre, maire et conseiller général PCF, a entendu le PDG d’Azeo promettre, à la sortie du tribunal de commerce, une « petite surprise » à ses salariés s’ils travaillaient gentiment jusqu’à la mise en liquidation judiciaire, il s’est mis dans une colère noire. « Ce n’est pas possible, la “surprise”, ils l’avaient, ils sont virés, dénonce-t-il. Vingt ans plus tôt, un patron comme ça serait sorti en pièces d’un tel épisode. » Sur le fond, le maire d’Alizay réclame une table ronde à la sous-préfecture. « Le dossier est très opaque, fait-il valoir. Personne ne peut nous dire si les difficultés sont conjoncturelles ou structurelles. Depuis des années, on travaillait sur un plan de mise aux normes de sécurité et la direction ne nous a jamais laissé entendre que l’entreprise était en péril. Alors que les salariés affirment avoir des commandes jusqu’à fin avril, les patrons ont accéléré la destruction et tout indique qu’ils n’ont rien fait pour chercher un repreneur. »

De « revitalisation » en « revitalisation », d’un « reclassement » à l’autre, derrière les postures et les impostures du président de la République, c’est l’industrie qui sombre sous les coups des naufrageurs, et, à Alizay, la promesse d’une plate-forme logistique avec plusieurs centaines d’emplois au rabais ne trompe personne. Le sort d’une autre entreprise, la papeterie M-real, avec ses 330 emplois directs et presque autant chez les sous-traitants, focalise toute l’attention. Jean-Luc Mélenchon et Pierre Laurent, puis Eva Joly ont récemment fait le déplacement pour appuyer la lutte des salariés et dénoncer un scandale plus emblématique encore : l’usine est moderne, les machines sont ultraperformantes, mais le groupe finlandais qui possède l’établissement a décidé de fermer coûte que coûte malgré plusieurs offres de reprise, unanimement considérées comme sérieuses.

Avec le comité de suivi créé à son initiative il y a deux ans, rassemblant une fois par semaine les représentants syndicaux de M-real et toutes les forces politiques, du NPA au Nouveau Centre, Gaëtan Levitre entend donner à cette affaire une ampleur nationale. « On a toute la population derrière nous, argumente-t-il. Toutes les collectivités territoriales demandent l’expropriation au nom de l’intérêt général et pour cause d’utilité publique. Mais avec le début de la procédure, le compte à rebours est lancé. Sans emplois industriels, comment on va créer de la valeur ajoutée ? L’État doit intervenir… Transformez les rêves en réalité, c’est ça aussi les élections ! On peut la relancer, cette activité, tout est prêt, et ça serait le pied ! » Candidat Front de gauche aux législatives, Arnaud Levitre attend des députés qu’ils s’emparent du sujet en urgence. « On a dépassé le stade de l’émotion, tout le monde, ou presque, est d’accord pour condamner l’attitude des patrons, appuie-t-il. La session parlementaire a déjà été prolongée de quinze jours pour faire passer la TVA sociale… Pourquoi ne pas en profiter pour faire passer un amendement qui permette de contraindre un groupe à vendre si des repreneurs sérieux se manifestent ? »

À la papeterie, dans les locaux syndicaux, un avis d’adjudication tranche sur les murs où sont affichées les coupures de presse, souvent titrées « Inquiétude chez M-real » : il date de 1985 et il annonce la cession du fonds de commerce de l’usine de pâte à papier d’Alizay ainsi que du domaine et de l’élégante demeure, avec une mise à prix à 5 millions de francs. Sous cette archive, les militants expédient les affaires courantes : un rendez-vous, mardi, avec leur PDG à Roissy « entre deux avions » et une action, mercredi, à Rouen avec les Petroplus de Petit-Couronne (Seine-Maritime). Délégué syndical CFE-CGC, Éric Lardeur désigne le nerf de la guerre. « Chez M-real, on se heurte jusqu’ici à la question de la propriété privée, qui reste un tabou même quand elle va contre l’intérêt général et l’utilité publique, explique-t-il. On a rencontré tout le monde, au niveau de l’État, dans les ministères ou à la préfecture, et même avec François Loncle, le député socialiste du coin, et tous, ils disent qu’aucune loi ne permet de les forcer à vendre, qu’en tant que propriétaires, les Finlandais peuvent faire ce qu’ils veulent… Mais on n’a plus le temps de transiger si on veut sauver les centaines d’emplois et cette industrie ! » Jean-Yves Lemahieu, délégué CGT, détaille l’un des projets de reprise sur la table. « On l’appelle celui du papa Noël, celui-là, rit-il non sans gourmandise. C’est un consortium qui propose de reprendre la papeterie, de rouvrir la fabrication de pâte à papier et, avec les résidus du bois, de faire du bioéthanol de deuxième génération en distillant chez Petroplus. Avec les copains de la raffinerie de Petit-Couronne, aujourd’hui directement menacés à leur tour, on demande aux autorités d’étudier cette alternative à la casse de l’industrie dans ce pays, mais le lobby du pétrole met des bâtons dans les roues, juste pour continuer de se faire des ronds… Et si ça continue, ça va devenir un sport national de fermer les boîtes qui ont des repreneurs ! »

Chez M-real, les gesticulations élyséennes sur le « coût du travail », la « compétitivité » ou la « flexibilité » ne convainquent guère. « S’il s’agit de baisser encore les cotisations sociales, ce n’est pas la peine, renvoie Éric 
Lardeur. Dans une industrie comme la nôtre, la masse salariale ne représente que 8 % du chiffre d’affaires, ce n’est vraiment pas un problème à côté de la flambée des prix des matières premières… L’industrie, c’est ce qui crée de la valeur ajoutée pour un pays : à cet égard, un emploi industriel équivaut à deux emplois dans les services. Si on laisse disparaître nos emplois, on va où ? Je vais vous le dire, moi : on va tout droit à la Grèce et, quoi qu’on fasse alors, c’est la banqueroute ! »

Retour chez Azeo où le désastre est déjà là. Le patron a mis les voiles, une fois de plus. Le feu est encore allumé. Le piquet tient le choc. Il y a Sylvie, six mois d’ancienneté, qui constate avec amertume que l’usine a déjà été effacée sur le site Internet du groupe. « Non, ils n’auraient même pas pu attendre que la liquidation judiciaire soit prononcée, raille-t-elle. Au bout du compte, on a clairement l’impression qu’on se fait enfler, gruger, blouser, et on n’aime pas trop ça ! Cela explique aussi qu’on n’a plus rien à perdre. » Il y a Ghislaine, ouvrière à l’usine depuis trente-sept ans, qui, mi-anéantie, mi-révoltée, fait la liste des « remerciements » : « On a entendu dire qu’ils ont un projet d’extension de la logistique chez Kapa, c’est sans doute pour cela qu’ils sacrifient notre usine… Merci, patron ! J’ai cinquante-cinq ans. Merci Sarko d’avoir repoussé de deux ans les retraites, plus que sept ans à galérer ! » Bruno, qui a déjà connu un plan de licenciements il y a une dizaine d’années à la suite de la délocalisation au Maroc de l’équipementier automobile où il travaillait, essaie de prendre un peu de recul. « On nous jette comme des Kleenex et Sarkozy, il compte nous demander de faire des efforts, flaire-t-il. Comme si c’était pas déjà fait depuis des années : on n’a jamais eu aucune augmentation de salaire ! Le fric est à droite et le travail est à gauche. Pour des gens comme nous, il ne reste qu’une possibilité, c’est le bulletin de vote. Qu’est-ce qu’on a d’autre comme liberté ? C’est vrai qu’à l’usine, les gens n’en parlent pas trop, encore que ça change depuis quelques années, le ras-le-bol sans doute… Je ne comprends pas l’intérêt de laisser ce pays partir en sucette. »

Expropriation contre entente illicite Pourquoi le groupe finlandais M-real refuse-t-il de céder sa papeterie d’Alizay ? Délégué syndical CFE-CGC, Éric Lardeur démonte l’arnaque. « M-real, ce sont les leaders européens pour le carton, rappelle-t-il. Ils veulent abandonner le papier comme on le fait, nous, à Alizay, parce que, sur ce marché-là, ils sont nettement moins bien placés… On comprend leur logique jusque-là, mais pourquoi 
ils ne vendent pas notre usine, puisque le papier ne les intéresse plus ? » 
Selon les syndicalistes et leurs experts, il y a là un fort parfum d’entente illicite : dans un jeu en triangle, les groupes liquident certains de leurs sites 
pour « se faire plaisir entre copains »… De quoi renforcer les demandes d’expropriation formulées dans la foulée de celle d’Alizay par toutes 
les collectivités territoriales !

Thomas Lemahieu

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31 octobre 2011 1 31 /10 /octobre /2011 12:53

Article paru dans l'Humanité, lundi 31 octobre 2011

(Articles et photos : Frédéric SEAUX)

 

Les M-Real jettent leur patron

 

Loin de s’avouer vaincus, élus et salariés de la papeterie M-Real ont organisé samedi une journée portes ouvertes de l’entreprise et fait la proposition d’exproprier les propriétaires finlandais du site, au titre de l’utilité publique.

 

Rien d’un baroud d’honneur que cette nouvelle journée de mobilisation samedi sur le site de la papeterie, installée à Alizay (Eure), et menacée de fermeture par son propriétaire finlandais, alors même que deux repreneurs se sont manifestés ces dernières semaines (l’Humanité du lundi 24 octobre 2011).

M-real-8.JPG

Au programme : porte ouverte à la population, venue en masse (2000 personnes selon les organisateurs), et aux élus de la région. Certains, les élus socialistes et du Nouveau Centre, découvraient les enjeux de la fermeture de ce site, ainsi que la mobilisation des salariés et des élus communistes des environs depuis 2006 et le premier plan social de l’entreprise. Face à l’immense gâchis que constituerait la fermeture d’un tel site qui a bénéficié d’argent public ces dernières années pour se moderniser, le président socialiste du département de l’Eure, Jean-Louis Destans, a fustigé « Un scandale social et économique de la part d’un entreprise qui fait des profits ». L’élu socialiste a appelé à l’unité de toute la gauche pour faire triompher les salariés en faisant « reporter la décision de la fermeture et même en la faisant interdire ».

Une prise de position que Gaëtan Levitre, maire PCF d’Alizay et Conseiller général, a saisi immédiatement en appelant la gauche à « passer à la vitesse supérieure ». « Le temps des motions et des communiqués de presse est révolu », lance-t-il.

M-real-3.JPGFaute de législation permettant de réquisitionner l’entreprise, celui-ci s’est dit prêt, avec l’appui, notamment financier, des collectivités territoriales de la région (toutes à gauche- NDLR) et de l’Etat, à faire jouer son « droit d’exproprier M-Real au titre de l’utilité publique ». Bien obligés de se positionner, les élus socialistes, interpellés sur cette action forte, se sont dit, par la voix du président du département de l’Eure, « pas hostiles à l’idée d’expropriation. A situation exceptionnelle, il doit y avoir une réponse exceptionnelle », a affirmé ce dernier. Un engagement fort donc à soutenir cette proposition communiste. « Mais il faut que les autres collectivités s’engagent aussi financièrement », s’est-il empressé d’ajouter. M-real-4.JPG

Quant à Bruno Le Maire, Ministre de l’Agriculture et des forêts et élu UMP de l’Eure, il s’est contenté de constater que « la détérioration de l’environnement économique, les difficultés croissantes de l’industrie du papier en Europe ainsi que le contenu même de la proposition de reprise » rendent « impossible » le redressement de cette usine. Il a dit déplorer « profondément » cette décision et que le group n’ait pas entendu « les efforts déployés par les syndicats et les élus, dans un esprit unanime, pour trouver une solution ».

                                           Frédéric SEAUX

 

 

Expropriation d’utilité publique

 

 

La procédure d’expropriation déroge au Code civil qui prévoit, « que nul ne peut être contraint de céder sa propriété si ce n’est pour cause d’utilité publique et moyennant une juste et préalable indemnité ».

L’expropriation ne peut donc être légale que si elle est effectuée pour des raisons d’utilité publique. Cette notion est interprétée au cas par cas par le juge administratif. Dans le cas de M-Real, le maire PCF d’Alizay, Gaëtan Levitre, estime que l’utilité publique est avérée puisque près de 600 familles victimes de la fermeture du site tomberont dans la précarité.

Frédéric SEAUX

 

 

 

 

 

 

 

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7 avril 2011 4 07 /04 /avril /2011 22:38

 

Article paru dans l'Humanité, le mercredi 6 avril 2011

 

Pour Sealinx, pas de fossoyeur

Les salariés de l’équipementier automobile Sealinx sont en grève pour demander le maintien des emplois par le futur repreneur et le retour des commandes de Renault

Les mois difficiles se suivent et se ressemblent pour les salariés de l’équipementier automobile Sealinx, basé à Charleval (Eure), spécialisé dans la fabrication de joints d’étanchéité. Après plusieurs plans sociaux ces dernières années, l’entreprise qui ne compte plus que 714 salariés (contre 1800 il y a dix ans)  est aujourd’hui en redressement judiciaire. Les promesses successives de la direction pour sauver l’entreprise en valorisant la bilocalisation (finition des produits dans les pays à bas coûts) et l’embauche de chefs de projet et de commerciaux n’auront été finalement que de la poudre aux yeux. Cinq repreneurs étrangers, indien, croate, polonais et espagnols, se sont déjà manifestés, sentant l’odeur de la bonne affaire, même si aucun chiffre concernant le montant du rachat n’a été jusqu’à présent donné. Par contre, les salariés savent déjà qu’ils seront la variable d’ajustement du futur repreneur, quel qu’il soit, car, « tous prévoient de ne garder au mieux 380 salariés sur le site », déplore Yamina Larbi, de la CDTM, syndicat indépendant du site.

Pas question néanmoins, malgré la situation inextricable dans laquelle semble être désormais l’entreprise, de subir une nouvelle saignée en termes d’emplois. Tous les salariés, cadres compris, sont donc en grève reconductible depuis lundi matin. « On met la pression sur Renault, mais aussi sur Peugeot, l’autre client important de l’entreprise qui n’a pas encore donné suite à notre demande d’audience », explique la responsable syndicale qui reconnaît que les salariés disposent actuellement d’un bon moyen de pression, en retardant la fabrication et la livraison des joints. Signe que cette colère est prise au sérieux, une intersyndicale (CDTM, CGT, CFTC, CGC) rencontrait dès hier à Paris la direction de Renault, son principal client, véritable donneur d’ordres. Objectif double pour les représentants syndicaux : Négocier  un plan social se limitant à des départs volontaires et exiger de Renault qu’il leur fournisse du travail, afin d’accroître les commandes et donc d’améliorer la rentabilité du site. A la sortie, les délégués ne cachaient pas leur mécontentement puisque Renault n’a proposé que 30 000 euros aux salariés désireux de partir, sans prendre en compte les années d’ancienneté, et a renvoyé la question des commandes aux contrats avec le futur repreneur. « On ira jusqu’au bout car on n’a plus rien à perdre », confie remontée Yamina Larbi.

   Frédéric SEAUX

 

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6 avril 2011 3 06 /04 /avril /2011 09:20

Article paru dans l'Humanité lundi 4 avril 2011

 

Des CV pour que Cléon embauche

 Les élus communistes d’Elbeuf ouvrent  un bureau d’embauche, pour l'usine Renault.

 Renault a promis l’embauche prochaine de 4700 salariés sur l’ensemble de ses sites français. « Chiche ! » lui ont répondu mercredi soir les élus communistes de l’agglomération d’Elbeuf (Haute-Normandie) en ouvrant un bureau d’embauche  pour le site de Cléon. Les demandeurs d'emploi peuvent donc y déposer leur CV. Alors que l'usine vient de se lancer dans la production du moteur R9M, ainsi que dans la fabrication du moteur électrique en 2014, les élus communistes préviennent : « si des vrais choix de développement industriel et d’embauche ne sont pas faits, le site se videra peu à peu. Le groupe Renault a englouti 2 000 emplois depuis 2003 rien que sur le site de Cléon ». La CGT du site salue l’initiative, mais elle s’insurge contre la politique de l’emploi de la direction qui « travaille au départ volontaire sur trois ans de 300 à 400 salariés. Les salariés, âgés d’au moins 58 ans, partiront en étant payés par Renault 75% de leur salaire, pendant trois ans et leur mise en retraite », explique Gille Galzin, son secrétaire général.

Quant aux promesses d’embauche, ce dernier parle de poudre aux yeux. « Ces 4700 embauches prévues sont de l’esbroufe, car 2700 le seront en contrat d’alternance sans obligation d’embauche derrière, et payées au smic au prorata des heures travaillées ». Le syndicat et le élus PCF plaident pour qu'« à un départ coïncide une embauche », ce qui appelle la direction de Renault à relocaliser ses productions en France. A l’heure actuelle, rappellent-ils, les « deux tiers des Renault immatriculées en France sont fabriquées à l’étranger ». Les demandeurs d’emploi qui sont venus déposer leur CV se sont dit « surpris et heureux» qu’un parti politique prenne la question de l’emploi industriel à bras le corps. Reste à savoir ce que Renault fera de ces CV…

Frédéric SEAUX

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11 février 2011 5 11 /02 /février /2011 21:20

Article paru dans l'Humanité le 10 Février 2011 

 

Sanofi est encore le roi des profits !

 

Le groupe pharmaceutique, leader du CAC 40, a une nouvelle fois annoncé un chiffre d’affaires record de 30,3 milliards d’euros. Le résultat d’une course effrénée à la rentabilité, au détriment de l’emploi.

 

«L’année 2010 s’est déroulée comme prévu », commentait hier Chris Viebacher, le directeur général de Sanofi-Aventis, lors de la présentation des résultats 2010 du groupe pharmaceutique. Et pour cause : avec un chiffre d’affaires de 30,3 milliards d’euros (+ 3,7 %) et un bénéfice net de 9,21 milliards d’euros, en augmentation de 6,8 % par rapport à 2009, Sanofi-Aventis ne s’est jamais aussi bien porté. Des profits record que les salariés ont bien du mal à digérer. « Restructurer à tout va et supprimer 4 000 emplois directs est purement inacceptable, injustifiable et intolérable », s’indigne le syndicat CGT. « Il n’y a pas quinze jours qui passent sans une annonce de restructuration chez Sanofi dans le monde », déplore Thierry Bodin, coordonnateur CGT.

Une stratégie de rentabilité financière qui réjouit en tout cas le patron de Sanofi, qui se félicitait de voir que « la réduction des coûts progresse plus rapidement que prévu ». « L’objectif initial de 2,5 milliards d’éco-
nomies prévu en 2013 sera atteint en 2011 », a-t-il même précisé. Pas de quoi rassurer les syndicats, qui craignent notamment que « l’acquisition de Genzyme (une “biotech” américaine spécialisée dans les maladies rares – NDLR) ne se traduise par de nouvelles suppressions d’emplois », concède ainsi Thierry Bodin.

Alexandra Chaignon

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29 décembre 2010 3 29 /12 /décembre /2010 13:17

 

 

Comment madame MEDEF a fait exploser

 

 le chômage des seniors en 5 ans

 

Par Gérard Filoche, inspecteur du travail. Tribune parue dans l'Humanité Dimanche, 9 au 15 décembre 2010.

 

Laurence Parisot n'est jamais à court d'idées sur le travail des seniors. Elle qui propose aux syndicats une négociation sur le sujet en a soufflé beaucoup aux oreilles du gouvernement depuis 5 ans. Résultat : depuis 2008, le chômage des seniors a crû d'environ 20%. Et la situation va encore se dégrader avec la loi sur les retraites dont madame MEDEF se présente volontiers comme la marraine. Explications.

 

 

"Relevons l'âge de la retraite, cela entraînera une hausse d'activité des seniors", voilà ce que se plaisait à dire Laurence Parisot, la "marraine" (elle se présente volontiers ainsi) de la loi Sarkozy-Fillon-Woerth contre nos retraites. La chef du MEDEF est une fougueuse du travail des seniors, voilà cinq qu'elle s'y attache et ne cesse de faire passer des mesures en ce sens. Son rêve, "c'est qu'à 55 ans commence une nouvelle vie professionnelle" pour mettre fin au "faible taux d'activité des seniors en France", fruit, selon elle, "d'une complicité tacite nouée depuis 30 ans entre l'Etat, le patronat et les syndicats". Elle prétend imiter les autres pays européens et y parvenir en repoussant l'âge de la retraite : "Commençons  par aller à 62, 63 ans; puis 65 ans dans 10 ans". Elle couvre même cela du prétexte de la lutte contre la discrimination. "Cessons de penser qu'être senior est un handicap. Pour ma part, je refuse de croire que la discrimination soit une politique menée par les entreprises". C'est pour cela qu'elle est favorable à la retraite à la carte, individualisée par points : "Il faut se donner les moyens d'allonger la durée de vie au travail des seniors, même après l'âge légal de la retraite".

On rappellera qu'en 2005-2006, elle avait soutenu, dans une loi Villepin d'avril 2006, le CDE : "Le contrat dernière embauche". Il s'agissait d'autoriser des salariés au chômage à plus de 57 ans à pouvoir faire deux CDD de 18 mois de suite... Ce fut un spectaculaire échec : il y eut moins de 40 CDD de ce type dans l'année qui suivit.

Parisot fit supprimer l'amendement Delalande avec un argument audacieusement à contre-pied : alors que Delalande taxait de façon progressive les entreprises qui licenciaient les cinquantenaires, elle affirma que, pour facilter leur embauche, il fallait faciliter leur licenciement. Aussitôt fait, les licenciements furent facilités... sans embauche. Grâce à elle, le taux des seniors chômeurs augmenta aussitôt.

Parisot poussa aussi à la suppression du droit pour les chômeurs de plus de 57 ans d'être déchargés de l'obligation de pointer à Pôle emploi sous prétexte que, comme disait Christine Lagarde, "qu'à 57 ans, ils n'étaient pas "fichus". Le seul résultat fut d'augmenter le nombre de seniors en fin de droits.

Parisot poussa à des "accords" d'entreprise en faveur de l'emploi des seniors. Le gouvernement imposa que de tels accords soient signés dans toutes les entreprises de plus de 1000 salariés avant le 1er janvier 2010, sous peine d'une taxation de 1% de la masse salariale. Par exemple, l'IUC (union des industries chimiques) a tenu, par accord, à se fixer comme objectif d'augmenter de 5% le nombre de salariés de 55 ans et plus d'ici fin 2012. Ce fut un beau cas d'interventionnisme étatique : mais Parisot veilla à ce que le contenu des accords ne soit pas contraignant et à ce que les sanctions pécuniaires éventuelles ne soient pas appliquées. Résultat : les entreprises (Rhodia, EGF, LCL...) signèrent les accords avec les syndicats, mais n'en respectèrent ni la lettre ni l'esprit.

Préférant "une évolution dans la management des ressources humaines", Parisot refusa "d'imposer aux entreprises un système de bonus-malus pour stimuler les taux d'emploi des seniors" : "Faire partir des seniors, c'est perdre du savoir-faire, c'est passer à côté de transmissions de compétences extrêmement précieuses (...). Pour autant, je trouve que, surtout en ce moment, il n'est pas normal d'appliquer des sanctions financières aux entreprises qui ne parviennent pas à s'ajuster".

Cette absence de sanction a permis aux entreprises de continuer à licencier à partir de 55 ans.

Parrallèlement, Parisot a poussé Wauquiez à mener campagne contre les préretraites : "En fermant le robinet des préretraites financées par l'Etat, nous avons mis fin à cette machine de ségrégation envers les seniors" (sic).

Du coup, la régie Renault vient de financer... son propre plan de préretraites et propose des départs anticipés à 57 ans pour "pénibilité" à 3000 salariés : ce qu'il y a de bien avec les actionnaires, c'est qu'ils sont sans vergogne - comme Laurence Parisot -, ils se moquent de la réalité et de nous. Car tout cela n'est que propagande et fumée : nous en sommes à 60% de seniors sans travail entre 55 et 60 ans. Deux salariés sur trois sont licenciés, inaptes, malades ou chômeurs avant 60 ans ! Si bien que, dans la vie réelle, la moyenne d'annuités cotisées pour les retraites n'a pas augmenté depuis Balladur (1993) et Fillon (2003) : au lieu de passer de 37,5 annuités vers 40 annuités, elle s'est abaissée à 36,5 annuités ! Prétendre imposer 41,5 annuités de cotisations en 2012 est devenue une escroquerie. Dans les deux années écoulées, il y a même une progression considérable du chômge senior : de 17,5% à 21% de chômeurs en plus.

Et, contrairement à ce qui est dit, c'est pareil en Enrope : L'Allemagne vient de constater que seulement 21,5% des salariés de plus de 60 ans étaient encore au travail ce qui remet en question le projet de passer à la retraite à 67 ans tel qu'il est prévu pour 2029 (Nous, c'est prévu en 2018 !)

Alors quel est le sens d'une "négociation sur les seniors", comme le propose Laurence Parisot en pareille situation? La seule négociation sérieuse, c'est d'en revenir au réel et au droit à la retraite à 60 ans, avec des mesures d'âge à 55 ans dans tous les métiers pénibles physiquement et mentalement.

Toute la propagande MEDEF-gouvernement part en fumée ! Exite le discours Parisot-Sarkozy.

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8 décembre 2010 3 08 /12 /décembre /2010 15:55

 

Un peu de répit pour Sealinx

 

 

 

 

Le tribunal de commerce de  Nanterre  a statué hier sur le sort de l'équipementier automobile Seanlinx, installé à Charleval, dans l'Eure. Il a enregistré la mise en cessation de paiement de l'entreprise employant encore 730 salariés (1800 il y a dix ans). Mais le tribunal a préféré la placer d'abord en redressement judiciaire plutôt que de décider, dès maintenant,d'une liquidation immédiate.

Concrètement, cela signifie que les salariés ont obtenu un répit. De six mois. Durée durant laquelle deux administrateurs du tribunal co-administreront l'entreprise aux côtés de l'actuelle direction. Six mois pour espérer relancer l'entreprise dont le sort dépend grandement des commandes de ses donneurs d'ordres : Renault et Peugeot essentiellement, qui, de leur côté, prévoient des restructurations et des coupes sombres dans leur main-d'oeuvre. En cas de statu-quo, cette co-administration pourrait être renouvelée de nouveau deux fois pour six mois. Au-delà, si la situation ne s'améliorait pas, ce serait la liquidation totale et définitive de l'entreprise et des 730 salariés.

Pour certains, l'affaire semblerait déjà pliée. Ainsi Franck Gilard, député UMP de la circonscription qui, interrogé par le Paris-Normandie du 8 décembre, réfléchit déjà à un "repreneur solide et sérieux, avec un projet industriel".

Sealinx pour se sauver ne devrait-elle pas plutôt penser à sortir d'u monde automobile en crise et entrevoir de poursuivre sa production de caoutchouc à destination d'autres secteurs? Olivier Martin, responsable de la "Coordination démocratique des travailleurs", demeure sceptique : "on a essayé d'obtenir des marchés avec la SNCF et Aérospatial, mais ils sont détenus par le puissant Hutchinson. On pourrait essayer aussi d'obtenir des marchés ailleurs, comme dans la fabrication de caoutchouc pour l'éléctro-ménager, mais tout est fabriqué en Chine à des prix impossibles à tenir en France", déplore le syndicaliste.

Pourtant, la balle demeure toujours dans le camp des donneurs d'ordres qui font le pluie et le beau temps sur le travail donné à leurs prestataires comme Sealinx."Le scénic est fabriqué à Douai, à trois heures de Charleval , mais les joints, eux, sont fabriqués en Turquie, alors que notre direction nous affirme que leur production ne couterait pas plus chère à Renault si elle était faite à Charleval", affirme le syndicaliste.

La réponse est donc aussi politique, car l'Etat est toujours actionnaire du constructeur et il a mis aussi beaucoup d'argent dans les comptes de l'entreprise Sealinx pour tenter de la sauver. A commencer par le paiement du chômage partiel qui se poursuit. Chaque vendredi, les salariés sont mis au courant des jours de travail de la semaine suivante : un à deux jours chômés généralement par semaine.  "De ce côté là, on s'en sort pas trop mal", affirme Olivier Martin, "car on perçoit 75% du salaire brut, ce qui correspond à 95 % du salaire net".

Frédéric SEAUX

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8 décembre 2010 3 08 /12 /décembre /2010 15:50

Article d'Alexandra Chaignon, paru dans l'Humanité, le 7 décembre 2010

 

Sealynx. Encore un équipementier au bord du gouffre

 

Un plan de restructuration menaçait le sous-traitant automobile Sealynx. Il vient de se transformer en dépôt de bilan. Les juges consulaires doivent décider du sort de l’entreprise aujourd’hui. Deux choix : redressement ou liquidation judiciaire.

 

Les événements se précipitent chez l’équipementier Sealynx Automotive, spécialisé dans les joints d’étanchéité pour l’automobile, et qui emploie 810 salariés en France, dont 730 à Charleval, dans l’Eure. La direction vient de se déclarer en cessation de paiement, les comptes ayant été déposés au tribunal de commerce de Nanterre (Hauts-de-Seine), dont dépend l’entreprise. L’audience prévue aujourd’hui en présence de deux représentants des salariés décidera donc de l’avenir de la société. Pour les juges consulaires, qui devront au préalable nommer un administrateur provisoire dont la mission première sera de payer les salaires de novembre, deux options se profilent : placer l’équipementier en redressement judiciaire ou prononcer sa liquidation.

Renault et PSA n’ont pas tenu leurs engagements

C’est jeudi dernier, lors d’un comité d’entreprise extraordinaire, que la direction a annoncé qu’elle entamait cette procédure en raison d’un volume de commandes insuffisant. En effet, avec la crise, Sealynx a vu son carnet d’activités s’effriter de 40 % à 50 %. Selon les syndicats, ce sont Renault et PSA, principaux donneurs d’ordres de Sealynx, qui n’ont pas tenu les engagements pris en 2007, au moment de la reprise de cet équipementier par ses cadres dirigeants. Et, malgré un plan de départ volontaire concernant 250 personnes en 2008, l’usine normande subit régulièrement depuis deux ans des périodes de fermeture et de chômage technique ou partiel.

Ce dépôt de bilan intervient moins de deux mois après l’annonce d’un énième plan de restructuration, qui prévoyait la suppression de 257 emplois sur le site de Charleval et la fermeture de l’autre usine française, qui emploie 80 salariés à Villers-la-Montagne, en Meurthe-et-Moselle. Pour les syndicats, ce plan n’avait pas commencé à être appliqué et devient de fait caduc avec la cessation de paiement. « Aujourd’hui nous sommes dans le flou complet et il faut s’attendre de toute façon à de la casse sociale », prévient Virginie Grosso, déléguée FO.

Quant au fonds de modernisation des équipementiers automobiles (FMEA), il a renoncé à voler au secours de Sealynx au motif qu’un sauvetage serait trop coûteux. Dans ce contexte, les salariés s’interrogent sur les fonds publics attribués à l’entreprise. Ces dernières années, Sealynx Automotive a touché près de 10 millions d’euros d’aides diverses (financement du chômage partiel, formations). Et, dans le même temps, la société a délocalisé ses productions au Maroc, en Tunisie ou encore en Roumanie. Ultimes solutions présentées par la direction pour « sauver les emplois ».

Alexandra Chaignon

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27 novembre 2010 6 27 /11 /novembre /2010 18:12

 

 

Artile paru dans l'hebdomadaire La Terre du 16 au 22 novembre

 

La vallée de l’Andelle ne veut pas mourir

 

La vallée rurale de l’Andelle (Eure) connaît une situation économique et sociale délicate. Elle subit depuis plusieurs années des plans sociaux et multiplie les retards dans de nombreux secteurs. Mais les élus sont bien décidés à ne pas sombrer dans le fatalisme.

 

La récente annonce d’un nouveau plan social de 257 suppressions d’emploi chez Sealinx, équipementier automobile spécialisé dans les joints d’étanchéité, basé à Charleval, dans la vallée de l’Andelle (Eure), à trente minutes de Rouen, a été ressentie comme un vrai coup de massue par l’ensemble des acteurs de la vallée qui compte 16 000 habitants répartis sur une vingtaine de communes rurales et dont le chef-lieu, Fleury-sur-Andelle, ne dépasse guère les 2 000 habitants. Motif invoquée par la direction : des commandes en chute libre et des prévisions alarmantes pour 2011-2012 

DSCF3522.JPGLes causes multiples d’une situation difficile

Les conséquences pour la vallée rurale sont inquiétantes. Socialement d’abord, car chez Sealinx, « ce sont surtout des couples qui y travaillent » prévient le maire communiste de Charleval Daniel Bellavoine. « Des salariés qui parmi les moins diplômés habitent tous la vallée, et qui culturellement, sont peu enclin à bouger »,  ajoute Johann Mauger de la Maison de l’emploi et de la formation de Louviers, qui a dirigé une étude économique sur la vallée en 2007. Un phénomène renforcé par des réseaux de communication insuffisants.

 Problème de qualification et de formation ensuite. « Des emplois, il y en a, explique Johann Mauger, mais il s’agit d’emplois souvent très qualifiés qui ne trouvent pas preneur ». De fait, près de 80% des jeunes de la vallée qui sortent de l’école n’ont même pas le bac. Même constat à 72% chez les demandeurs d’emplois, rappelle l’étude de 2007. Il y a donc un besoin fort de formation. Malheureusement, « Le lycée professionnel à vocation industrielle du canton a fermé il y a vingt ans alors qu’il alimentait toutes les entreprises de la vallée » regrettent de concert Daniel Bellavoine et Philippe Gérics, maire socialiste de Perriers-sur-Andelle et président de la Communauté de communes de l’Andelle (CDC). Un réel gâchis donc, alors que près de 20% des emplois dans la vallée sont aujourd’hui occupés par des salariés de plus de 50 ans.

Une aide de l’Etat indispensable

Economiquement, ce nouveau plan social chez Sealinx fragilise une situation déjà compliquée avant la crise ou le chômage s’était accru de près de 5 % entre 2006 et 2007. Et pour Yohann Mauger, cette baisse d’activité de l’équipementier aura des répercussions, notamment en termes d’emplois, sur les autres petites entreprises qui travaillent beaucoup pour ce « poumon économique » et qui ont très peu diversifié leur clientèle demeurée essentiellement locale. Enfin, du côté des commerçants, on redoute aussi une baisse du chiffre d’affaire surtout à Charleval et Perriers-sur-Andelle, principaux lieux de passage et de résidence des salariés de Sealinx.

Mais les élus ont la volonté de sortir leur vallée de la difficulté. Pour Daniel Bellavoine, « la vallée, ce n’est pas que Sealinx (qui apporte néanmoins 200 000 euros de fonds de péréquation à  la commune de Perriers-sur-Andelle et les deux tiers des recettes de Charleval via la taxe professionnelle-NDLR), c’est aussi des centaines de petites entreprises et d’artisans qui s’en sortent très bien ». La CDC n’est d’ailleurs pas étrangère à ce succès : des terrains vendus à 6 euros le m2 aux PME artisanales. Bilan : « le village d’artisans est aujourd’hui plein à craquer», affirme Philippe Gerics. Et en sus, on dénombre, deux autres zones artisanales à Romilly-sur-Andelle et une zone industrielle à Pont Saint-Pierre, ainsi que deux zones d’activités à Charleval et à Bourg Baudoin en direction de Rouen. Bref, La CDC ne chôme pas.

Mais, faute de poids suffisant (le maire apparenté UMP du chef-lieu n’a pas rejoint la CDC), les élus de la communauté savent que l’avenir de la vallée se joue ailleurs, auprès des pouvoirs publics : « on attend depuis des décennies le contournement Est de Rouen, ainsi que le futur projet de plateforme multimodal autour de la Seine ». La balle est désormais dans le camp de l’Etat.

 

 

 

Où est passé l’argent public ?

Sealinx a reçu des aides publiques pour sauver son activité. Bilan : deux plans sociaux en trois ans.

1800 salariés il y a dix ans, moins de 500 dans quelques mois quand le plan social aura été validé, mettant dehors 257 salariés. « Mesnel », entreprise familiale spécialisée dans le caoutchouc avant de se spécialiser dans la foulée comme équipementier automobile, s’installe à Charleval en 1959. Elle est rachetée par BTR Sealing Systems France en 1997, avant qu’en 2000, CVC, un fonds d’investissement britannique ne le rachète à son tour. L’entreprise porte alors le nom de Metzeler. Jusqu’en 2007, date à laquelle le fonds d’investissement cède ses activités à Alain Urbain, président de Metzeler France et à Sylvain Hassid, directeur général. Sealinx Automotive est né. Et les délocalisations vers la Roumanie, et le Maghreb commencent, « pour sauver l’emploi à Charleval » se justifie la direction, soutenue par le député UMP de la circonscription, Franck Gilard.

Pourtant, les plans sociaux se multiplient. Il y a à peine un an, la direction avait laissé entendre qu’il y avait encore deux cents emplois de trop sur le site, après en avoir pourtant déjà supprimé trois cents en 2007. Ce nouveau plan qui vient d’être annoncé était donc certainement déjà dans « les cartons ». D’où la colère des élus de la vallée et notamment du maire communiste de Charleval, Daniel Bellavoine qui réclame une commission de contrôle des aides publiques – Sealinx en a reçu à hauteur de 10 millions d’euros-. Une commission d’autant plus légitime pour l’élu que « dans la presse locale le 16 septembre dernier, la direction affirmait que l’entreprise recommençait à faire des bénéfices » écrit-il dans une motion de son conseil municipal envoyée aux médias.

    Frédéric SEAUX

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