Overblog Suivre ce blog
Administration Créer mon blog
2 mai 2011 1 02 /05 /mai /2011 18:41

Le 1er livre des éditions COGITO bientôt disponible !

 

Commandez-le dès maintenant,

les frais de port sont offerts...

 

Encore quelques jours d'attente et tous les impatients pourront se procurer le livre que je publie, sur la loi de 1884 qui a légalisé les syndicats en France.

Son sous-titre : une loi avant tout "républicaine"...

 

Et pour cause puisque cette loi a été votée avec l'arrière-pensée d'encadrer les ouvriers influencés par les courants socialistes en plein essor. Cette loi est aujourd'hui toujours la base juridique des syndicats français.

 

Le prix du livre  : 6 euros (frais de port offerts jusqu'au 15 juin). Paiement par chèque à l'ordre des éditions COGITO ergo sum (23 cité Leverdier 76350 Oissel)

Vous pouvez dès maintenant me le commander ici sur le blog  ou sur ma boîte mail professionnelle : leseditionscogito@gmail.com

A bientôt donc.

Fred. Seaux

Repost 0
Published by frederic seaux - dans histoire
commenter cet article
29 janvier 2011 6 29 /01 /janvier /2011 13:24

Article de Michel Etiévent, paru dans l'Humanité le 28 janvier 2011

Ambroise Croizat

« S’unir pour donner à la France d’autres espoirs ! »

Par Michel Etievent, écrivain

 

Ministre du Travail 
de novembre 1945 
à mai 1947, 
Ambroise Croizat bâtira la Sécurité sociale, les comités d’entreprise. Il sera à l’origine de la médecine du travail, des conventions collectives et de 
la généralisation de 
la retraite pour tous.

 

Avec 2011, nous entrons dans l’année Ambroise Croizat. 110e anniversaire de sa naissance, 60e de sa mort, 65e anniversaire de la Sécurité sociale, dont il est le bâtisseur. Celui dont l’œuvre résonne aujourd’hui d’une modernité brûlante naît un 28 janvier 1901 comme un fils d’usine. Entre l’éclat des fours de Savoie, son père, Antoine, est manœuvre. Douze heures par jour pour huit sous de l’heure. À peine le prix du pain.

En cette aurore de siècle, dans la cité ouvrière de Notre-Dame-de-Briançon, on vit la misère qui court les pages de Germinal. Pas de protection sociale, pas de congés, pas de retraite. Devant les coulées d’acier, l’accident de travail est quotidien. L’espoir, c’est le père d’Ambroise qui l’incarne.

Fondateur du premier syndicat CGT des Alpes, il lance, en 1906, la première grande grève. Dix jours de bras croisés pour la reconnaissance de la caisse de secours. Une grève pour le droit à la santé, tout simplement. Il l’obtient, mais de vieilles revanches l’invitent à s’embaucher ailleurs.

1907. Ugine. Autre grève, autre départ obligé vers la région lyonnaise. Ambroise prend le relais du père, qui part à la guerre. À treize ans, il est ajusteur. Derrière l’établi, les mots du père fécondent : « Ne plie pas, petit. 
Le siècle s’ouvre pour toi. » Ambroise adhère à la CGT puis à la SFIO.

À dix-sept ans, il anime les grèves de la métallurgie. Reste à faire le pas. Celui du Congrès de Tours, où il entre au PCF en 1920. « Proche du peuple, on le voyait partout, dit un témoin, devant les usines, au cœur d’une assemblée paysanne… » Antimilitarisme, anticolonialisme, les deux mots tissent les chemins du militant.

1927, il est secrétaire de la Fédération des métaux CGTU. La route à nouveau, « militant ambulant », un baluchon de Vie ouvrière à vendre pour tout salaire. Commence un long périple où il anime les grèves de Marseille, du Nord, les comités de chômeurs de Lille ou de Bordeaux. Sur le terreau de la crise germe le fascisme. « S’unir, disait-il, pour donner à la France d’autres espoirs ! » Ces mots, il les laisse au cœur des luttes qui ouvrent l’ère du Front populaire.

En 1936, Ambroise est élu député de Paris du PCF. À l’Assemblée, il impose la loi sur les conventions collectives. Présent à Matignon aux côtés de Benoît Frachon, il donne, aux accords du même nom, la couleur des congés payés et de la semaine des quarante heures. Mais la route s’ennuage. À Munich, le soleil de mai décline devant la capitulation face à Hitler.

1939. Arrêté le 7 octobre, il est incarcéré à la prison de la Santé. Il traverse 14 prisons françaises avant de vivre les horreurs du bagne d’Alger. Libéré en février 1943, il est nommé par la CGT à la commission consultative du gouvernement provisoire d’Alger autour du général de Gaulle. Là mûrissent les inventions sociales du Conseil national de la Résistance. La Sécurité sociale, bien sûr, dont le postulat colore le programme de mars 1944 : « Nous, combattants de l’ombre, exigeons la mise en place d’un plan complet de sécurité sociale vivant à assurer à tous les citoyens des moyens d’existence dans tous les cas où ils sont incapables de se le procurer par le travail avec gestion par les intéressés et l’État. »

À la tête d’une commission de résistants, Ambroise dessine les premières moutures de ce qui allait devenir le droit à la santé. « Nous libérerons les Français des angoisses du lendemain ! » disait-il à Alger, le 14 janvier 1944.

C’est ce travail, mûri par deux années de réflexion, et l’aide des services de François Billoux, ministre de la Santé, qui vont aboutir à l’ordonnance d’octobre 1945 instituant la Sécurité sociale. Reste à bâtir l’idée. Le chantier commence en novembre 1945, quand Croizat est nommé au ministère du Travail. 138 caisses de Sécurité sociale sont édifiées en deux ans sous sa maîtrise d’œuvre par un peuple anonyme après le travail ou sur le temps des congés, « pour en terminer – selon ses mots – avec l’indignité des vies dans la peur de la maladie ou des souffrances de l’enfance ». Rappelons combien le rapport de forces de la Libération permit la naissance de celle que l’on va désormais appeler « la Sécu » : un Parti communiste à 29 % des voix, 5 millions d’adhérents à la CGT, une classe ouvrière grandie par sa lutte dans la Résistance.

Là ne s’arrête pas l’héritage de celui que l’on appelle le « ministre des travailleurs ». Il laisse au siècle ses plus belles conquêtes : la généralisation des retraites, des prestations familiales uniques au monde, les comités d’entreprise, la formation professionnelle, la médecine du travail, le statut des mineurs, celui des électriciens et gaziers (cosigné avec Marcel Paul), la prévention dans l’entreprise et la reconnaissance des maladies professionnelles, la caisse d’intempérie du bâtiment, etc.

En 1950, alors que la maladie le ronge, ses derniers mots à l’Assemblée nationale sont pour la Sécurité sociale : « Jamais nous ne tolérerons que soit rogné un seul des avantages de la Sécurité sociale. Nous défendrons à en mourir et avec la dernière énergie cette loi humaine et de progrès. »

Un appel brûlant pour que la Sécurité sociale ne soit pas une coquille vide livrée au privé, mais demeure ce qu’il a toujours voulu qu’elle soit : un vrai lieu de solidarité, un rempart contre le rejet et l’exclusion. Ambroise Croizat meurt le 11 février 1951. Un million de personnes l’accompagnent au Père-Lachaise. Le peuple de France, « celui qui l’avait aimé et à qui il avait donné le goût de la dignité », écrivait Jean-Pierre Chabrol dans l’Humanité, le 18 février 1951.

 

Auteur des livres Ambroise Croizat ou l’invention sociale et Marcel Paul, Ambroise Croizat, chemins croisés d’innovation sociale. Commandes à l’ordre de Michel Etiévent, 
520, avenue des Thermes, 
73600 Salins-les-Thermes. Prix de chaque ouvrage : 25 euros + 5 euros de port 
(pour les deux : seulement 7 euros de port). 
Téléphone : 04 79 22 54 69.

 

Michel Etiévent

Repost 0
Published by frederic seaux - dans histoire
commenter cet article
29 octobre 2010 5 29 /10 /octobre /2010 22:07

Article paru dans Le Journal d'Elbeuf, le vendredi 29 octobre 2010 

  

  

Le rôle prépondérant des FTP dans la Résistance

 

Conférence. Mercredi soir, l’historienne Monique Georges était à Elbeuf, à la maison des communistes, à l’invitation du PCF, pour évoquer, devant une salle comble, le rôle des FTP dans la résistance française durant la Seconde Guerre mondiale.

 

3

 

Mercredi soir, Monique Georges, professeur d’histoire retraitée et auteure en 2009 du Livre Le colonel Fabien était mon père (éditions Mille et une nuits) a tenu en haleine son auditoire pendant près de deux heures à l’occasion d’une conférence portant sur la résistance communiste durant la seconde guerre mondiale incarnée par les Francs Tireurs et Partisans (FTP).

Plusieurs moments ont rythmé la conférence. Tout d’abord Monique Georges a détaillé avec une précision d’orfèvre l’origine de la mise en place de la lutte armée, rejetant l’idée selon laquelle les communistes ne seraient entrés en résistance qu’à partir de l’invasion allemande en URSS. Elle a ainsi cité une multitude d’exemples, d’actes de sabotage, souvent au péril de leur vie, commis par les membres du Front National de la Résistance (« aujourd’hui dévoyé par l’extrême-droite » a tenu à préciser l’historienne) et de sa branche armée, les FTP. Des actes de sabotage tous rejetés par de Gaulle et ses partisans, désireux d’attendre le débarquement pour agir. L’historienne a aussi démystifié l’appel du 18 juin 1940, en rappelant que « cet appel à résister n’était pas destiné au peuple français mais uniquement aux militaires et aux hauts techniciens de l’armement ».

 

1

Ensuite Monique Georges a fait la distinction entre les Forces française de l’intérieur (FFI) d’un côté, et de l’autre, les Forces françaises libres, exilées à Londres : « Une lutte des classes au sein de la résistance » a ironisé l’historienne « puisque les FTP étaient composés de personnes du peuple, pour la plupart militants politiques de gauche, jeunes et laïques, se battant pour un monde libre. Alors que les Français libres gaullistes, étaient surtout issus d’une droite classique, catholique et patriotique voire nationaliste. 35 % étaient des militaires de carrière qui se reconnaissaient dans les propos et l’attitude de de Gaulle».

Du coup poursuit Monique Georges, les FTP n’ont jamais été aidés ni par les Alliés ni par de Gaulle, pour mener la lutte armée en France, même si la résistance fut unifiée par l’intermédiaire du Conseil National de la Résistance (CNR) dans lequel les communistes seront nombreux mais minoritaires.

En guise de conclusion, Monique Georges apporta des éléments d’explication à « l’oubli » dont serait victime depuis toujours la résistance communiste, jusque dans les manuels scolaires. « Les FTP, individus modestes, ont laissé peu de témoignages. De Gaulle obsédé par une révolution communiste a préféré redonner le pouvoir à sa famille, la classe dirigeante et bourgeoise qui avait trahi. Il a donc tout fait pour occulter le rôle primordial des communistes dans la victoire ». La période de la « guerre froide » dès la fin du conflit a transformé, selon l’historienne, les communistes en ennemi de la France. « Une vision bien relayée par les médias et aussi les historiens pendant longtemps », a t-elle conclu, sous les applaudissements de la salle.

 

                                                                                                                Frédéric SEAUX

 

 

 

 

 

 

Repost 0
Published by frederic seaux - dans histoire
commenter cet article
24 octobre 2010 7 24 /10 /octobre /2010 10:28

 Articles parus dans l'Hedomadaire La Terre, 12-18 octobre 2010, page 17

 

 

livre julian mischiOuvriers, paysans, même combat ?

 

Les ouvriers ont écarté les paysans des instances dirigeantes du PCF. C’est la thèse que développe le sociologue Julian Mischi dans son ouvrage consacré aux sociabilités militantes au PCF. Il y explore les liens de ce parti dans les milieux ruraux, notamment dans l’Allier.

 

Comment fonctionne le PCF et quel est son rôle dans les milieux ruraux ? C’est ce qu’a voulu savoir le sociologue Julian Mischi. D’autant que, selon le chercheur, l’historiographie communiste a longtemps délaissé les campagnes, « reprenant ainsi l’image ouvriériste de ʺ parti de la classe ouvrière ʺ. D’une thèse de doctorat sur ce sujet est né un livre, Servir la classe ouvrière (Presses universitaires de Rennes, 2009, 340 pages, 19 euros) qui se limite à l’apogée du PCF de 1920 à 1970. un ouvrage captivant tant pas ses analyses que par ses angles d’études.

Dans cette démarche, le chapitre consacré au bocage bourbonnais dans le département de l’Allier, retient particulièrement l’attention. Situé sur le bordure nord-ouest du massif central ou domine le bocage orienté en priorité vers l’élevage bovin et secondairement vers la polyculture, le bourbonnais est composé de communes issues d’assemblages de hameaux éloignés les uns des autres et de bourgs minuscules. La conclusion de Julian Mischi dans ce chapitre est étonnante : alors que les ruraux constituent la principale base militante et électorale du PCF dans la région, ils sont paradoxalement marginalisés au sein d’une organisation politique dirigée par des permanents d’origine ouvrière.

Les ruraux exclus des instances dirigeantes du PCF

Pour Julian Mischi, il s’agit ni plus ni moins d’un aspect caractéristique de l’ouvriérisme du parti : la mise à distance des catégories non-ouvrières. Pour autant, Julian Mischi n’en déduit pas une domination totale des « ouvriers ». Dans ce chapitre, il prend soin de démontrer qu’au-delà de l’appareil fédéral largement dominé par ces derniers, « la promotion des militants locaux ruraux est effective à l’échelon local et qu’elle peut prendre des voies électives et syndicales ».

Julian Mischi tente trois explications, certainement insuffisantes mais qui ont le mérite de s’interroger intelligemment sur le fonctionnement de ce parti : Cette marginalisation ne serait pas un aveuglement du PCF mais une volonté d’imposer des normes sociales ouvriéristes diffusées avec efficacité dans les fédération. Autre explication : les contraintes propres des exploitants agricoles. Mais si le manque de temps était vraiment la raison expliquant cette absence, comment adhérer alors à la dernière hypothèse de l’auteur ? Il estime, en effet, qu’elle est due aussi au fait qu’ils sont très souvent pris par un fort engagement syndical qui leur laisse peu de temps pour le parti qui par conséquent ne les promeut pas.

Un soutien modéré aux ouvriers agricoles

Et si cette conséquence était plutôt la cause ? D’ailleurs quelques lignes plus loin dans l’ouvrage, Julian Mischi en citant Waldeck Rochet en 1955 lors du comité central donne corps à cette hypothèse. Pour le leader communiste, les paysans membres du parti sont souvent des paysans aisés patrons (« les mains blanches ») qui emploient des salariés. Par conséquent, ils ne peuvent pas donner « une orientation juste » et ils ne peuvent pas « appliquer de façon conséquente la politique de classe du PCF en direction des ouvriers agricoles et des petits paysans ».

L’ouvriérisme communiste aurait-il donc totalement triomphé dans le Bourbonnais à la fin des années 1970 ? Julian Mischi n’en est pourtant pas certain, pointant du doigt là encore une autre mise à l’écart des instances dirigeantes, celle des ouvriers agricoles au profit des exploitants agricoles qui demeurent néanmoins peu nombreux à mesure que l’on grimpe dans la hiérarchie du parti communiste. D’ailleurs, rappelle l’auteur, lors des grèves des ouvriers agricoles en 1936-1937, le parti communiste français apportera un soutien très modéré à ces grévistes.

 Frédéric SEAUX

 

 

Un regard sans concessions sur le PCF

 

Portrait. "le monde ouvrier et le PCF sont deux choses différentes", estime Julian Mischi. Aujourd'hui, ce chercheur à l'Inra enseigne la sociologie des espaces ruraux, après un parcours universitaires consacré au monde ouvrier. 

 

Julian Mischi ne pouvait que s'intéresser au monde ouvrier et au parti communiste : il voit le jour en 1974 dans une famille installée en Lorraine, d'origine italienne par son grand-père paternel, mieneur de fond. Ses parents se sont engagés au PCF, « en hommage à leurs parents qui ne l’étaient pas », précise-t-il amusé, Julian Mischi s'est rendu compte « très vite que le monde ouvrier et le PCF étaient deux choses différentes ». Après des études de philosophie, Julian Mischi consacre un mémoire de DEA d’histoire au monde ouvrier dans la région de Grenoble et de Saint-Nazaire. A cette occasion, il s’aperçoit que dans cette ville le PCF est faible par rapport au potentiel ouvrier de la ville. Paradoxalement, il est bien implanté dans les villages environnants, notamment dans le marais de Brière qui recense de nombreuses municipalités communistes.

Julian Mischi l’affirme : ses recherches n’auraient jamais abouti sans la participation active des fédérations du PCF qui lui ont facilité le travail en lui ouvrant pleinement leurs archives. Aujourd’hui, il est chargé de recherche à l’INRA de Dijon et chargé de cours à sciences-po Paris ainsi qu’à l’Université de Dijon où il y enseigne la sociologie des espaces ruraux. Il n’en délaisse pas pour autant le monde ouvrier. Il travaille désormais sur l’univers syndical à travers la CGT.

Le regard du sociologue sur le PCF est  sans concessions. Pour Julian Mischi ce parti s’est désagrégé. Longtemps basé sur ses militants, il survivrait aujourd’hui exclusivement grâce à ses élus, de moins en moins représentatifs des milieux populaires qu’ils sont censés défendre. Le Front de Gauche pourrait être une planche de salut pour le PCF « à condition qu’il soit constitué d’élus et de militants issus des milieux populaires. Sinon il deviendra un parti comme le Parti socialiste », conclue le jeune chercheur.

Frédéric SEAUX

 

Repost 0
Published by frederic seaux - dans histoire
commenter cet article
21 octobre 2010 4 21 /10 /octobre /2010 18:18

 

  La loi du 21 mars 1884 légalisant les syndicats :

 

une loi avant tout "républicaine" et anti socialiste 

 

 

Si le sujet (recherche universitaire) vous intéresse, vous pouvez me commander

l'intégralité de l'étude pour 10 euros seulement

(frais d'envoi compris)

pour me joindre : seauxf@yahoo.fr

 

 

 

 

 

 

Repost 0
Published by frederic seaux - dans histoire
commenter cet article
12 janvier 2010 2 12 /01 /janvier /2010 09:09


papier paru dans L'Humanité, le lundi 11 janvier 2010

Dans ce papier l'historien Roger Bourderon fait le compte-rendu de lecture de deux ouvrages qui viennent d'être publiés. Si pour le 1er sur le camp de Drancy, l'histoire est bien connue, celle du sort des Tsiganes durant le conflit et à la Libération, en revanche, l'est moins. A lire !

Vichy et le système concentrationnaire

Confié à la gendarmerie, le camp d’internement de Drancy joua un rôle clé dans la politique criminelle du régime pétainiste qui développa aussi la persécution des Tsiganes.


Obéir  : les déshonneurs 
du capitaine Vieux, 
Drancy 1941-1944, de Didier Epelbaum,
Éditions Stock, 2009, 20 euros  ;


les Tsiganes en France, 
un sort à part, 1939-1946, d’Emmanuel Filhol et Marie-Christine Hubert, préface d’Henriette Asséo, 
Éditions Perrin, 2009, 22 euros.


Ces ouvrages d’un grand intérêt portent sur le sort infligé par Vichy à ses « parias » (1). Ils interrogent sur des questions essentielles. Le premier est axé sur l’étude du comportement des gendarmes chargés d’administrer le camp de Drancy. On sait que d’août 1941 à la Libération, des milliers de juifs y furent internés avant d’être déportés, et soumis à un règlement d’une dureté implacable. Si quelques gendarmes firent preuve de compassion et aidèrent les détenus, ou résistèrent, de très nombreux furent les instruments de la terreur, profitant de la détresse des internés pour exercer d’odieux trafics, malgré les sanctions encourues. Le pire advint lorsque le capitaine Marcelin Vieux commanda le camp, se livrant lui-même à d’atroces exactions. Ceux qui furent poursuivis à la Libération invoquèrent l’obéissance aux ordres. Tous eurent droit aux circonstances atténuantes. L’auteur pointe les facteurs, personnels et externes – criminalisation officielle des victimes, peur d’être soi-même la proie de l’occupant, etc. – qui ont pu conduire à de tels comportements. Vaste question qui pose celle, toujours actuelle, de la désobéissance à des ordres iniques. Les Tsiganes nomades, souvent français depuis des générations, ont toujours été sous surveillance  : ils étaient suspects parce que nomades. La loi de juillet 1912 (qui ne fut abrogée qu’en 1969) les contraignit à avoir un carnet anthropométrique d’identité, à faire viser à chaque stationnement. Assignés à résidence dès avril 1940, ils sont internés par Vichy en octobre, à la demande de l’occupant. Environ six mille cinq cents, dont presque 90 % étaient français, sont parqués par familles entières dans trente camps (dont cinq en zone « libre ») gérés par la gendarmerie. Insalubrité, absence d’hygiène, malnutrition sont le lot commun. Certains sont libérés, contre assignation à résidence. Objectif, sédentariser de force  : les adultes, supposés oisifs, par le travail contraint  ; les enfants, par la religion et l’école, fût-ce en coupant le lien familial. Les Tsiganes échappent, sauf exception, à la déportation collective, mais ils demeurent suspects à la Libération, libérés seulement après enquête individuelle, avec assignation à résidence – les quinze derniers ne le seront qu’en mai 1946. Au cœur de cet ouvrage, cette tendance lourde, qu’exacerba le pétainisme mais toujours présente, des gouvernants et d’une partie de la population à refuser toute spécificité culturelle hors normes – ici le nomadisme d’une partie de nos concitoyens – sous couvert de sa supposée dangerosité.

Roger Bourderon historien

(1) Selon l’expression d’Henri Michel dans son ouvrage pionnier, Vichy année 40 (1966).

Repost 0
Published by frederic seaux - dans histoire
commenter cet article
7 novembre 2009 6 07 /11 /novembre /2009 22:57

Article publié dans l'Humanité, le 6 novembre 2009

Des syndicalistes CGT livrent leurs témoignages

 

Le nouveau livre que propose le comité régional CGT de Normandie est avant tout celui des salariés et de leurs combats en tant que militants du plus vieux syndicat français. « Nous sommes partis du principe que l'Histoire sociale, ce sont les hommes et les femmes qui la font. Nous avons donc voulu leur donner la parole. Nous allons de 1936 à aujourd'hui. Des histoires anciennes et des plus récentes. On y évoque Alfred Sirven, Bernard Tapie. Ou encore la venue de Nicolas Sarkozy à Sandouville fin 2008 », expliquent Jean Defortescu du comité et l’auteur du livre Antoine Fiszlewicz

 Au total 42 portraits et autant de témoignages d’hommes et de femmes (un tiers des portraits) de lieux géographiques divers et issus tout autant de la petite entreprise que de la multinationale, en passant par les services publics. Le plus jeune témoin à 54 ans et le plus vieux 90 ans. Alors évidemment, certains regretteront l’absence d’un tel, pesteront peut-être contre la présence d’un autre. « Mais si besoin, on fera un deuxième tome », prévient Jean Defortescu.

L’iconographie, accompagnée d’un CD de tous les témoignages récoltés, est très présente dans cet ouvrage, avec des photos fortes réalisées à l’occasion de manifestations, de tracts et de congrès. Des témoins qui racontent avec modestie leurs combats  contre certaines injustices patronales et contre la répression et les discriminations dont ils ont été victimes qui non seulement ne les a jamais fait taire, mais les a souvent rendus plus forts. Et pour Bernard Thibault, auteur de la préface du livre, tout ce vécu fait de ces témoins modestes des vrais acteurs de l’histoire, « munis d’une expérience originale et extraordinaire en tant que militants CGT désireux de se réapproprier leu histoire mais un livre d’ouverture puisque soumis à la critique de tous». Un livre plein de promesses pour l’avenir.

 

Antoine Fiszlewicz, Haute-Normandie, pages d’histoire sociale. Témoignages de syndicalistes, Comité régional CGT de Normandie, 2009, 280 pages, 25 euros. Préface de Bernard Thibault.

 

 

 

 

Repost 0
Published by frederic seaux - dans histoire
commenter cet article
31 octobre 2009 6 31 /10 /octobre /2009 21:47

Article paru dans l'Humanité, le 10 août 2009

SIEYES, un abbé défenseur du Tiers-Etat

 

De Sieyès, la mémoire collective n’a pas retenu grand-chose. Pourtant la Révolution doit beaucoup à cet abbé parce que son pamphlet, Qu’est-ce que le Tiers-Etat ?, s’il n’est pas le déclencheur de la Révolution, en est la clé[1]. Mais Sieyès sera également celui qui clôturera la Révolution, finissant comte d’Empire. Un comble pour un ecclésiastique exécrant les privilèges et les privilégiés et qui, en tant que député du Tiers-Etat aux états généraux de 1789, a rendu à son ordre d’adoption sa place dans la société et toute sa force pour abattre l’ancien régime. Retour sur un pamphlet qui fit la renommée de son auteur en son temps.

 

Emmanuel Sieyès est né à Fréjus le 3 mai 1748 dans une famille nombreuse de la petite bourgeoisie qui ne croule pas sous la fortune.  Il veut être militaire. Mais chétif, ses parents, très pieux, le poussent vers la prêtrise. Ils y voient aussi une carrière tranquille et des revenus assurés. Emmanuel Sieyès est ordonné prêtre en 1772 à 24 ans. Mais ses études l’ont ennuyé. Il a même été exclu du Petit Séminaire de Saint-Sulpice, réservé aux milieux modestes, au contraire du Grand Séminaire réservé à la noblesse, pour son caractère jugé sournois et ses lectures orientées vers les philosophes des Lumières. Les auteurs à succès de l’époque se nomment Locke, Rousseau, Voltaire…

Sieyès s’insurge contre cette société d’ordres, que de rares écrits dénoncent, faite de privilèges réservés, à ses yeux, à la seule noblesse. Lui qui n’est pas bien né comprend qu’il sera toujours exclu des hautes fonctions ecclésiastiques réservées aux seuls nobles. Sa haine à l’égard des privilégiés s’affirme véritablement au moment où, devenu un ecclésiastique administrateur en qualité de secrétaire de l’évêque de Tréguier, il est désigné comme représentant du clergé à l’assemblée des Etats de Bretagne. Il y voit alors les inégalités d’une assemblée d’ancien régime, ou la noblesse règne en maître. En 1780 alors qu’il suit l’évêque de Tréguier nommé à Chartres, il obtient une promotion en devenant vicaire général puis grand vicaire. Il est alors nommé représentant du clergé à l’assemblée provinciale de l’Orléanais convoquée par le roi en 1787. Aux côtés du savant Lavoisier qui le trouve brillant mais trop véhément, il travaille à un projet sur l’esquisse d’ateliers de charité  et de caisses qui verseraient des secours aux vieillards et aux veuves pour les protéger de l’indigence. C’est, semble-t-il, à ce moment que Sieyès aurait pris fait et cause pour le peuple. Il juge d’ailleurs que le moment est venu d’actions nouvelles, sans doute violentes. A l’été 1788, il s’exile donc à la campagne, loin de Paris où il passe la plupart de son temps. Il rédige ses « Vues sur les moyens d’exécution dont les représentants de la France pourront disposer en 1789 ». A l’automne, il écrit son « Essai sur les privilèges » et en novembre, décembre « Qu’est-ce que le Tiers-Etat ? Les deux premiers sont publiés fin 1788 et celui sur le Tiers-Etat paraît en janvier 1789 : le succès de ce dernier est immédiat. La diffusion est favorisée par les clubs, les salons et les sociétés politiques, notamment celle des « Enragés ». Les deux premières brochures sont rééditées deux fois dans l’année 1789. Mais celle sur le Tiers-Etat conquiert l’opinion, avec plus de 30 000 exemplaires vendus en quelques semaines. Lors de la 4è réédition, Sieyès y indiquera son nom. Il s’agit réellement d’un « best-seller ». Au café, dans les rues, on s’aborde : « Avez-vous lu le tiers ? ». Des orateurs le lisent à haute voix dans les cafés, sur les places publiques. En quelques semaines, Sieyès est devenu célèbre.

Mais qui y a-t-il d’écrit de si phénoménal dans cette brochure de 127 pages pour susciter autant d’enthousiasme ? Elle annonce la Révolution à venir et les moyens pour les mettre en oeuvre. On y trouve de nombreuses formules brutales destinées à frapper l’opinion. Très vite cette brochure s’avère une arme décisive dans la lutte révolutionnaire. Elle est rédigée pendant que se réunissait l’assemblée des notables convoquée par Necker pour organiser la réunion des Etats généraux prévue le 1er mai 1789. Sieyès tient à sa façon à préparer lui aussi ces états généraux en pesant sur les événements. Le plan de la première partie est celui qui est resté le plus célèbre :

1.« Qu’est-ce que le Tiers-Etat ? TOUT .

2. Qu’a-t-il été jusqu’à présent dans l’ordre politique ? RIEN

3. Que demande-t-il ?-A ETRE QUELQUE CHOSE ».

La seconde partie, pourtant moins connue, est certainement la plus importante car elle précisait les objectifs à atteindre et la stratégie à suivre :

« Ainsi nous dirons :

 4. Ce que les ministres ont tenté et ce que les privilégiés eux-mêmes proposent en sa faveur.

5. Ce qu’on aurait dû faire.

6. Enfin ce qui reste à faire au Tiers pour prendre la place qui lui est due ».

 

Pour Sieyès, tous les travaux, des plus ingrats aux plus estimés, sont supportés par le Tiers-Etat. Il estime alors que celui-ci est TOUT. Et sans l’ordre privilégié que représente alors la noblesse, il serait tout « mais un tout libre et florissant ». Le Tiers-Etat est aussi à ses yeux le seul qui incarne nation car la noblesse lui est étrangère puisque sa mission ne vient pas du peuple et parce que celle-ci défend son intérêt particulier et non l’intérêt commun. Pas un mot, par contre ou si peu et si timide, sur le clergé. Il prétexte alors que le clergé, lui, n’est pas seulement un ordre, mais aussi une profession et que de ce fait, il appartient aussi à l’ordre social comme le Tiers-Etat. Et puis, rappelons-le, il est aussi une personnalité éminente du clergé de Chartes…

Sieyès ensuite, sans mal, démontre que le Tiers-Etat jusqu’à présent n’a jamais rien été : rien dans les Etats généraux et rien dans l’histoire aux mains de la noblesse, son éternelle cible. Les droits politiques du Tiers-Etat sont inexistants. Il demande à devenir QUELQUE CHOSE. Plus précisément, il demande de  vrais représentants aux états généraux, c’est-à-dire des députés tirés de son ordre qui soient les interprètes et les défenseurs de leurs intérêts : il demande que les votes aux Etats généraux « soient pris par tête et non par ordre » et pas seulement pour le vote de l’impôt mais pour tous les sujets. Pour Sieyès, l’objectif recherché est clair : Le Tiers-Etat doit ainsi pouvoir avoir une influence égale à celle des privilégiés. Il n’exige pas plus alors même que le Tiers-Etat compte 25 à 26 millions d’individus face à seulement 200 000, à peine, membres du clergé et de la noblesse.

Dans la seconde partie de son pamphlet, il dénonce ce qui a été tenté par les gouvernements récents. Il attaque les notables qui en 1787 ont défendu leurs intérêts, leurs privilèges contre la nation. Mais la grande « audace », pour reprendre le terme de Jean-Denis Bredin, de Sieyès est davantage contenue dans les deux derniers chapitres de son ouvrage, même s’ils ne l’ont pas rendu célèbre :

5.« Ce qu’on aurait dû faire » : « si nous manquons de constitution, il faut en faire une : la nation seule en a le droit. Les états généraux fussent-ils assemblés, ils sont incompétents à rien décider sur la constitution. Ce droit n’appartient qu’à la nation seule ».

6.« Ce qui reste à faire ? » : se dissocier du clergé et de la noblesse : « le Tiers-Etat seul dira-t-on ne peut pas former les Etats généraux. Eh ! Tant mieux ! Il composera une assemblée nationale ». Pour Sieyès le vote par tête n’est même plus suffisant : il faut aller plus loin et délibérer seul.

Evidemment à la Cour et au Parlement de Paris ce pamphlet et le ton employé font scandale. On menace de faire brûler cette brochure sur la place de Grève. Mais l’ouvrage, au-delà des polémiques du moment marque une césure entre les instruments de l’ancien régime et les concepts politiques modernes, rappelle encore Jean-Denis Bredin : l’abolition des ordres, l’unité nationale, la souveraineté de la nation, la limitation de cette souveraineté par la seule liberté individuelle, distinction du pouvoir constituant et des pouvoirs constitués, la théorie de la représentation. Mais cet ouvrage, si intolérant vis-à-vis de la noblesse demeure pourtant si tolérant, on l’a dit, avec le clergé et aphone à l’égard du roi qui, précisons-le, à ce moment-là n’est pas remis en cause, sa fonction en tout cas.

Beaucoup  ont vu dans cette brochure une œuvre politique majeure, à commencer par Benjamin Constant ou Carré de Malberg. Alors pourquoi ce long et lourd silence des historiens de la Révolution sur ce personnage ? Oui, bien sûr, Sieyès était, pour reprendre les termes de l’historien Georges Lefebvre, « l’incarnation de la bourgeoisie ». Mais la Révolution française n’est-elle pas en tous points une révolution bourgeoise ? Serait-ce alors parce que mise à part la rédaction de ce pamphlet, Sieyès n’a pris aucun autre risque, le courage n’étant pas sa grande qualité, et qu’il a disparu sous la Terreur, se justifiant laconiquement par ces mots « j’ai vécu » ? Parce qu’il s’est comporté comme un opportuniste, en siégeant au centre à la Convention, mais votant tout de même la mort du Roi (cela lui sera reproché sous la Restauration durant laquelle il devra s’exiler), refusant de s’allier à un parti et de fait continuellement détesté par la Montagne et Robespierre le qualifiant de « taupe de la Révolution » ? Ou parce que, par opportunisme encore, refusant plus tard de siéger au Directoire et rejetant la constitution de l’An III, il présidera tout de même les Cinq-Cents, et donnera le coup d’épée final à la Révolution en préparant le 18 Brumaire aux côtés de Napoléon Bonaparte ? Celui-ci fera de lui, pour mieux s’en débarrasser, un comte d’Empire aux larges privilèges qu’il condamnait tant 20 ans plus tôt.

 Pourtant, en y regardant de plus près on pourrait voir dans ce « Qu’est-ce que le Tiers-Etat ? » un appel à la lutte des classes à travers son rejet des privilégiés et sa farouche volonté de voir triompher le Tiers-Etat. Comparaison osée ? Gageons alors qu’elle fasse débat et qu’elle redonne à Sieyès une place bien méritée dans l’histoire de France et de la Révolution française.

Frédéric SEAUX

 

 

 

 

 

 



[1] Jean-Denis BREDIN, Sieyès. La Clé de la Révolution française, Paris, Editions de Fallois, 1988.

Repost 0
Published by frederic seaux - dans histoire
commenter cet article
31 octobre 2009 6 31 /10 /octobre /2009 20:49

  

Article paru dans L'humanité, le 24 septembre 2008

Mai 68 en Seine-Maritime

 

L’institut  CGT d’histoire sociale de Seine-Maritime revient dans un ouvrage* sur le printemps de luttes sociales qui ont changé la vie des Français et des Françaises.

 

L’Institut CGT d’histoire sociale de Seine-Maritime propose une approche aussi séduisante que rigoureuse des événements de Mai 68. En effet, son étude analyse non seulement le mouvement de mai-juin 68 partout dans le département, mais aussi ses causes et ses conséquences à travers les acquis de ces grèves qui mobilisèrent alors 250 000 travailleurs et étudiants dans ce département.

Le point de vue patronal n’est pas oublié, retracé à partir d’archives de ses syndicats longtemps restées confidentielles. Pas moins de 150 photographies viennent illustrer cette étude rédigée par plusieurs mains syndicalistes, avec la participation de personnalités régionales actrices des événements. On appréciera aussi son approche grand public et l’ouverture d’esprit de la CGT qui fait témoigner des acteurs aujourd’hui critiques à son égard et qui admet les limites de ses actions durant cette période.

Mais la force de ce livre réside surtout dans sa capacité à rétablir des vérités historiques notamment à propos d’une « génération spontanée » soi-disant à l’origine de ces événements, ou encore de la « trahison » du PCF et de la CGT lors des Accords de Grenelle.

Ce livre est donc une bouffée d’oxygène porteuse d’espoir pour ceux qui chaque jour subissent le pouvoir personnel présidentiel et une situation économique qui se dégrade. Ne dit-on pas souvent que l’histoire bégaie ?

 

* Mai-juin 68, un printemps de luttes sociales qui ont changé la vie, édité par l’Institut CGT d’Histoire sociale de Seine-Maritime, 10 euros, 150 pages, 2008. Préface de Michel Pigenet, Professeur d’histoire contemporaine à l’Université Paris 1-Panthéon-Sorbonne

 

                                                                                                                         Frédéric SEAUX
Correspondant pour L'Humanité

Repost 0
Published by frederic seaux - dans histoire
commenter cet article
31 octobre 2009 6 31 /10 /octobre /2009 19:45

Article publié dans L'Humanité, le 13 mai 2009


Le colonel Fabien était son père

 

Monique Georges vient de publier l’histoire de son père, le célèbre Colonel Fabien, héros de la Résistance française durant la Seconde Guerre mondiale.


Ce n’est qu’à la mort de sa mère, il y a quelques années, que Monique Georges, professeure d’histoire dans le secondaire, s’est véritablement intéressée à la vie de son père, Pierre Georges, plus connu sous son nom de guerre, le Colonel Fabien. Elle a découvert la correspondance de ses parents durant leur captivité dans les geôles françaises avant le départ de sa mère, Andrée, vers Ravensbrück, dont elle reviendra, mais veuve puisque son mari est mort (accidentellement ?) en décembre 1944.

C’est un livre passionnant et résolument l’œuvre d’une historienne que nous propose Monique Georges. Une historienne qui vient revisiter l’histoire officielle (n’est-ce pas le rôle d’un historien ?) forcément un peu trop vite rédigée d’un homme longtemps vu comme un titi parisien « à la gâchette facile », et dont les manuels scolaires n’ont retenu de lui que l’auteur du fameux attentat mortel en août 1941 contre un officier (qui n’en n’était pas un d’ailleurs) nazi dans le métro parisien à la station Barbès.

 Fabien n’est pas seulement une station de métro parisien, ou encore la célèbre place du siège du PCF. Il est beaucoup plus que cela : d’abord un communiste de premier plan qui s’engage dès 17 ans (après avoir menti sur son âge) dans les Brigades Internationales, puis qui tente de structurer la résistance communiste face à l’oppression nazie bien avant la rupture du pacte germano-soviétique et qui par la suite devient responsable FTP du secteur Sud de la région parisienne sous le nom de Colonel Fabien. Les FTP qui lanceront l’insurrection à Paris dans laquelle de Gaulle et Leclerc rentreront en libérateurs.

Ensuite un père, même si Monique Georges l’a peu connu et n’en n’a que de vagues souvenirs. Un père qui dans ses lettres destinées à son épouse captive montre son amour pour le genre humain, son amour pour sa fille et sa femme. Enfin un homme ayant arrêté l’école à 14 ans, qui obtient son cap d’ajusteur et qui, en captivité, lit les grands auteurs qu’ils dévorent passionnément.

Un livre utile qui permet d’en finir avec les idées toutes faites sur un homme qui valait plus que ce que la mémoire collective en a gardé.

                                                                                                                    Frédéric SEAUX


Monique Georges, Le Colonel Fabien était mon père, Paris, Editions Fayard, Document Mille et une nuits, 2008, 321 pages, Préface de Gille Perrault, Postface d’Olivier Besancenot, 18 euros.

Repost 0
Published by frederic seaux - dans histoire
commenter cet article

Présentation

  • : Le blog de frederic seaux
  • Le blog de frederic seaux
  • : il s'agit d'un blog sur lequel paraissent certains de mes articles publiés dans le quotidien l'Humanité et les deux hebdomadaires, La Terre et l'Humanité Dimanche. J'utilise également ce blog comme moyen d'expression sur des sujets d'actualité que je ne traite pas directement à travers mes articles. Rendez-vous également sur le blog de la maison d'édition que j'ai créée : http://editionscogitoergosum.over-blog.com
  • Contact

Recherche

Liens