Overblog Suivre ce blog
Administration Créer mon blog
31 janvier 2012 2 31 /01 /janvier /2012 18:53

Article paru dans l'Humanité le 31 janvier 2012

 

Les Petroplus pas rassurés

 

En visite hier à la raffinerie de Petit-Couronne (Seine-Maritime) , en redressement judiciaire, le ministre de l’Industrie, Eric Besson, n’a donné aucune garantie quant à une éventuelle reprise.

 

Deux petites heures et puis s‘en va : ainsi pourrait se résumer la venue hier matin lundi d’Eric Besson, DSCF7374.JPGministre de l’Industrie sur le site de l’usine de raffinerie Petroplus de Petit-Couronne (Seine-Maritime), où s’étaient également invités pour l’occasion les salariés de Merck d’Eragny-sur-Oise (voir encadré). C’est en effet en car que le ministre a visité l’usine, visite limitée finalement à la salle des machines. Elus et responsables syndicaux se sont ensuite entretenus à huit clos pendant une heure avec le ministre afin de connaître la position et les actions du gouvernement concernant la relance de l’activité de raffinage de l’usine et l’éventualité d’un repreneur. Cette raffinerie, qui emploie directement 550 personnes, est à l’arrêt depuis début janvier, peu après le gel par les banques des lignes de crédit de Petroplus. Elle a été placée mercredi dernier en redressement judiciaire après l’annonce par le groupe suisse Petroplus de sa prochaine mise en faillite.

Le ministre Eric Besson a botté en touche

Passablement irrité par les questions de certains journalistes sur sa présence chez Pétroplus à quelques semaines de la présidentielle, Eric Besson a répondu qu’il n’était pas venu «  pour faire la prévente de l’émission d’hier soir » de Nicolas Sarkozy sur neuf chaînes de télévision, mais « pour écouter les salariés et faire le point avec eux » afin de sauver l’entreprise et ses 550 salariés et le millier d’emplois indirects. A la sortie de la réunion, le ministre de l’Industrie s’est voulu rassurant. D’abord concernant les salaires, il s’est engagé à ce que ceux de janvier soient versés très rapidement par le fonds de garantie (AGS). Pour l’instant, en effet, les salaires de janvier sont toujours attendus. Ensuite le ministre a assuré les salariés de sa volonté de trouver un repreneur au plus vite. Par contre, Eric Besson a botté en touche concernant la question de l’ouverture la semaine dernière par le parquet de Nanterre d’une enquête préliminaire pour faillite frauduleuse, soupçonnant que le compte bancaire de Pétroplus-France ait été pillé de 120 millions d’euros. Le ministre a dit préférer parler « du court terme et de l’urgence » à relancer l’activité de la raffinerie qui ne peut pas rester inactive, sous peine de s’abîmer. La solution serait alors de trouver rapidement, « dans les quinze jours, des contrats de processing avec des pétroliers qui accepteraient de donner du travail à la raffinerie de Petit-Couronne ». Du provisoire donc, qui aurait l’avantage selon la direction du site « d’apporter de la trésorerie pour couvrir les coûts ».DSCF7378

Quant à un éventuel repreneur, le ministre a évoqué « plusieurs possibles » sans vouloir donner de noms. Eric Besson n’a pas voulu commenter l’offre du groupe d’investissement suisse Klesh, du nom de son propriétaire et homme d’affaires anglo-américain Gary Klesh, spécialiste dans la reprise d’entreprises. Ce dernier a manifesté des signes d’intérêts « sous certaines conditions », sans en dire davantage, qui laissent quelque peu dubitatifs les salariés. Et pour cause Klesh a repris récemment une usine d’aluminium aux Pays-Bas et surtout une raffinerie en Allemagne, « pour en tirer ce qu’elle peut, si possible après avoir reçu des aides de l’Etat », rappelle l’intersyndicale. Tout juste le ministre s’est-il contenté de souhaiter « le meilleur repreneur possible tout en rappelant que c’était un tribunal de commerce, seul,  d’en décider ». Pas de quoi rassurer donc les 550 salariés, encore très calmes pour le moment. Mais hier, certains ont reconnu que le moral était au plus bas et que « le pétage de plomb n’[était] pas loin ». Parmi eux, ceux travaillant à la fabrication des huiles et du bitume qui compte 80 salariés, cantonnés désormais à la surveillance des lieux hautement dangereux, et au maintien des bacs à température. « On cogite sur notre situation », explique l’un d’eux.  A 39 ans, Vincent Chauvet travaille dans cet atelier depuis trois ans, après un licenciement dans une entreprise havraise et un déménagement à quelques kilomètres de la raffinerie. « J’ai quatre enfants et je viens de faire construire », affirme-t-il, avec une impression de déjà vu.  L’intersyndicale, quant à elle, demande désormais à rencontrer Gary Klesh en personne. Besson, lui, n’en a même pas évoqué l’hypothèse.

Frédéric SEAUX

 

 

Les « Merck » invités surprise

DSCF7372Des salariés de l’entreprise Merck d’Eragny-sur-Oise, accompagnés de l’élu communiste Marcel Larmanou, se sont invités lundi matin chez Pétroplus comptant bien rencontrer le Ministre de l’Industrie. Ils ont dû se contenter d’un de ses collaborateurs. Celui-ci a promis de transmettre leurs fortes inquiétudes au sujet de ce site que la direction de Merck, géant de l’industrie pharmaceutique, veut fermer. Près de 350 salariés sont ainsi menacés de licenciement. Les salariés aimeraient notamment avoir connaître les raisons du départ précipité de B. Braun, repreneur annoncé, comprendre l’absence d’implication du gouvernement dans la recherche d’un autre repreneur, et de pression du premier sur Merck dont la santé n’a jamais été aussi bonne.

Frédéric SEAUX

Repost 0
Published by frederic seaux - dans mouvement social
commenter cet article
23 décembre 2010 4 23 /12 /décembre /2010 11:31

Article de Cécile Rousseau paru dans L'Humanité, le 21 Décembre 2010

 

 Mouvement social

Nuits blanches en tête de gondole pour les salariés

 

Les employés du groupe d’hypermarchés étaient en grève, samedi, contre
la généralisation du travail de nuit. L’embauche commence désormais à deux heures du matin, pour permettre à Carrefour de faire des économies.

 

«Le positif est de retour», d’après le nouveau slogan de Carrefour. Pas pour les salariés, qui broient du noir avant les nuits blanches au travail. Samedi, une journée de grève nationale a agité les hypermarchés du groupe en pleine période des achats de Noël, pour dénoncer l’extension des horaires de nuit. Déjà expérimenté dans deux hypermarchés, à Bègles (Gironde) et à Villiers-en-Bière (Seine-Maritime), depuis juin, ce nouveau « modèle opérationnel » sera imposé dans quinze magasins de France à partir de janvier 2011. Exit la prise de service à 4 heures du matin pour les manutentionnaires des rayons épicerie et liquide. Désormais, le pointage se fait à 2 heures. Au total, quatre équipes se succèdent pour exécuter des tâches répétitives : le remplissage matin, la relation client-stock, le remplissage journée et la réception des marchandises. Une amplitude de travail sans discontinuer de 2 heures du matin jusqu’à 23heures !

 Dégradation des conditions de travail

Claudette Montoya, déléguée nationale CGT, enrage : « Le projet a été adopté sous prétexte d’une baisse de la fréquentation en 2010. C’est scandaleux, il n’y a aucune prise en compte du principe de précaution pour la santé des salariés. Ils font toujours les mêmes horaires 2 heures-9 h 30 ou 15 h 30-23 heures, sans aucun roulement ! » Officiellement, ce système doit faire bondir la productivité. Mais Carrefour a également prévu de réduire ses dépenses de 4,5 milliards d’ici à 2012. 10 000 emplois sont déjà passés à la trappe en quatre ans.

À Bègles, Jacques (*), âgé d’une vingtaine d’années, n’a pas tenu longtemps à ce nouveau rythme. Il est en arrêt maladie depuis plusieurs mois pour une hernie discale qu’il estime en partie due aux conditions de travail. « On passe notre temps à décharger. On nous demande de vider la palette en 30 minutes au lieu de 45, alors que nous sommes moins nombreux… Les muscles en prennent un coup. » Bientôt papa, il ne sait pas comment il va gérer sa vie de famille avec des horaires décalés.

Le rapport du cabinet Ariane Conseil sur l’impact du modèle opérationnel, mené entre juillet et septembre dans ces deux magasins tests, dresse un premier bilan inquiétant : un manque de bras pour les équipes de remplissage du matin, pas assez de repos entre les ports de charges et des changements importants d’horaires pouvant perturber le rythme de vie des personnels. Pourtant, la direction a décidé de mettre en place ce système à Nantes-Beaujoire, Rennes-Cesson, Marseille-Bonneveine… Et ensuite, de l’instaurer dans tous les rayons des hypermarchés, d’après la CGT. Frank Gaulin, délégué syndical central CGT, pointe les risques sanitaires. « C’est la prochaine catastrophe qui va nous tomber sur le coin du nez. Bonjour le métabolisme avec les horaires de nuit, les cancers, les maladies cardio-vasculaires, les ulcères vont exploser ! Les arrêts maladie vont s’accumuler, ça devrait parler à Carrefour, qui est tellement à cheval sur
le budget ! »

 Pour que le salarié ne soit plus visible

De son côté, FO dénonce « cette taylorisation », « son impact nocif » sur les employés… Mais elle a voté en faveur de l’extension du test aux quinze nouveaux magasins lors du comité central d’entreprise (CCE) du 25 novembre. Michel Enguelz, représentant FO au CCE, tente de se justifier. « L’extension nous donnera les moyens de mieux connaître l’impact négatif de ce système sur plus de magasins. Ainsi, nous pourrons agir au niveau des instances. Les consultations des comités d’entreprise sont en cours. » Frank Gaulin tacle cette position du syndicat, aligné sur les décisions de la direction. Et donne au passage un petit cours de droit à Carrefour. « Cette nouvelle organisation ne se justifie pas du tout. Dans le Code du travail, le travail de nuit est envisagé en cas de nécessité économique impérieuse. Ici, elle a plutôt été décidée pour avoir des rayons toujours remplis et que le client ne soit plus importuné par le salarié. » La CGT a adressé un courrier, le 9 décembre, à la direction des affaires sociales du groupe, mis en copie à la direction départementale du travail d’Évry (Essonne), pour les alerter des dangers sur la santé.

Interrogé par l’Humanité, Carrefour s’est fendu d’un commentaire laconique : « Conformément à la tradition de dialogue social instaurée depuis de nombreuses années, Carrefour continue de mettre en place son plan de transformation en totale concertation avec les partenaires sociaux. » Les noctambules des hypermarchés, eux, ne se rappellent pas, même en rêve, avoir été consultés.

 

(*) Le prénom a été modifié.

Cécile Rousseau

Repost 0
Published by frederic seaux - dans mouvement social
commenter cet article

Présentation

  • : Le blog de frederic seaux
  • Le blog de frederic seaux
  • : il s'agit d'un blog sur lequel paraissent certains de mes articles publiés dans le quotidien l'Humanité et les deux hebdomadaires, La Terre et l'Humanité Dimanche. J'utilise également ce blog comme moyen d'expression sur des sujets d'actualité que je ne traite pas directement à travers mes articles. Rendez-vous également sur le blog de la maison d'édition que j'ai créée : http://editionscogitoergosum.over-blog.com
  • Contact

Recherche

Liens