Overblog Suivre ce blog
Administration Créer mon blog
21 juillet 2011 4 21 /07 /juillet /2011 08:56

 

 

Papier de Cyprien Boganda paru dans L'Humanité Dimanche, 13-20 juillet 2011, p.16

 

 

La chasse aux fonctionnaires, quel sacré Business !

 

Au nom de la révision générale des politiques publiques (RGPP), des dizaines de services ont été fusionné et 100 000 postes de fonctionnaires ont été supprimés depuis 2008.Quant à ceux qui restent, fini la culture du service public, ils sont sommés de s'adapter à des méthodes de management inspirées du privé. Et pour les usagers, tant pis pour la casse !

L'affaire fait en revanche le bonheur des consultants du privé qui viennent délivrer la bonne parole dans les cabinets ministériels. leurs tarifs : 1000-1500 euros par "jour-homme" pour les experts en organisation, type Capgemini, 2000-2500 euros pour les cabinets de stratégie, du type McKinsey. Leurs prestations "RGPP" rapportent 15 à 20 millions d'euros par an aux cabinets de conseil. Quant à l'ensemble de leurs interventions auprès des administrations publiques, elles représentaient en 2009 une facture de 960 millions d'euros, soit 17% de leurs revenus. Ou l'équivalent d'une hausse de 0,5% du point d'indice qui sert à calculer les salaires des fonctionnaires et que l'Etat a gelé en 2011 et 2012 pour faire des économies... .

Repost 0
9 avril 2011 6 09 /04 /avril /2011 13:27

 

Billet de Maurice Ulrich paru dans l'Humanité le mercredi 6 avril 2011

 

 

"Grosse connerie"

 

Il faut savoir saluer le courage des hommes politiques quand il en font preuve et même s'ils ne sont pas nos amis. Jean-Louis Borloo par exemple, qui quitta le gouvernement quand il sut qu'il ne serait pas premier ministre, après avoir oeuvré à l'écologie. Et bien, il vient de déposer un projet de loi qui devrait mettre de l'eau dans le gaz et, en tout cas, faire du bruit. Il entend donner à l'Etat, "les moyens d'interdire la recherche et l'exploitation immédiates des gaz de schiste".

Pour lui, en effet, une telle exploitation "impose la composition d'une étude d'impact et la tenue d'une enquête publique dans les conditions prévues par le code de l'environnement". C'est pertinent, et d'autant plus courageux que les permis d'exploitation, en 2010, avaient été signés par... Jean-Luis Borloo, qui déclarerait maintenant avoir fait une "grosse connerie". Question : aurait-il eu la même lucidité s'il était devenu premier ministre?

Repost 0
8 avril 2011 5 08 /04 /avril /2011 06:54

 Billet de Maurice Ulrich paru dans l'Humanité le lundi 4 avril 2011

 

Pathologie

 

Ce qui est confortable avec Alain Duhamel, c'est qu'avec la constance d'un fidèle cheval de trait, de la pensée unique, de radios, en télé et journaux, il trace le même sillon, entre les "extrêmes" qu'il redoute par-dessus tout, afin que rien ne change, pour que tout continue. Ainsi dans sa chronique hebdomadaire de Libération consacrée sans surprise à Mme le Pen, ses résultats, estime-t-il, "croissent sur un terreau de pessimisme pathologique, d'amertume virulente, de colère effleurant, de sentiments d'injustice bouillonnants". Et surtout, surtout, "aucun autre peuple ne déteste à ce point la mondialisation et n'abhorre aussi violemment le capitalisme financier". En d'autres termes, la montée du FN serait due à un rejet "pathologique" du capitalisme, dont Mme Le Pen serait l'expression. Alain Duhamel se rend-il seulement compte qu'il la conforte ainsi dans le beau rôle qu'elle entend tenir, en toute démagogie. Parce qu'attiser les haines et les divisions, détourner les colères, ce serait au total la même chose que vouloir plus de justice.

Repost 0
3 avril 2011 7 03 /04 /avril /2011 10:17

Article paru dans l'Humanité le 8 Décembre 2010

 

Education

La France, championne des inégalités scolaires

 

Selon l’étude internationale Pisa 2009, le fossé entre les très bons élèves et ceux en grande difficulté s’est creusé depuis dix ans.

 

Publiée hier, la dernière livraison de l’étude internationale Pisa (Programme international pour le suivi des acquis), réalisée en 2009 par l’OCDE dans 65 pays, dresse un tableau peu reluisant du système scolaire français. Globalement, les résultats sont aussi moyens qu’en 2006, date de la précédente étude. Les experts, qui ont interrogé 4 300 élèves français de quinze ans, placent le pays au 22e rang pour les critères de lecture et de la culture mathématique et au 27e rang pour celui de la culture scientifique. À ce constat peu glorieux vient s’en ajouter un autre, plus alarmant : une augmentation rapide des inégalités depuis dix ans.

Par rapport à Pisa 2000, première édition de l’enquête, la proportion des élèves « les moins performants en compréhension de l’écrit » est passée de 15 % à 20 %. Tandis que celle des plus performants a augmenté de 8,5 % à 9,6 %. De la même façon, la proportion des élèves les plus faibles en mathématiques a augmenté de 16,6 % en 2003 à 22,5 % en 2009, alors que la proportion des meilleurs restait sensiblement identique. « Il y a de plus en plus d’élèves en échec scolaire, les inégalités se sont creusées, conclut Éric Charbonnier, expert en éducation à l’OCDE. C’est un signal d’alarme pour la France qui avait déjà été tiré par l’OCDE en 2006 et qui l’est de nouveau. » De fait, l’école française échoue à corriger les inégalités de départ : « L’impact du niveau socio-économique sur la performance a plus de poids en France que dans la moyenne OCDE », ajoute l’expert.

Face à ce constat cuisant, Luc Chatel, qui, la semaine dernière, se félicitait de son bilan depuis la rentrée, l’a joué plus modeste. « Un prof dirait : “Peut mieux faire”, et ajouterait “Mobilisation générale” », a répondu hier le ministre de l’Éducation, avant d’annoncer un vague « plan sciences » à l’école pour janvier. Sur le fond ? Pas de changement. Ce qui n’étonnera pas les sociologues Christian Baudelot et Roger Establet, interrogés par l’AFP : « La situation ne s’améliore pas, car rien n’a été fait, les gouvernements ayant mis les (précédentes) enquêtes Pisa sous le tapis. » C’est bien parti pour continuer…

Laurent Mouloud

Repost 0
31 mars 2011 4 31 /03 /mars /2011 07:25

 

Israël veut tuer la mémoire palestinienne

  

Billet paru dans l'Humanité, le 29 mars 2011

 

Par Françoise Germain-Robin

 

 

 Peut-on effacer un peuple de l'histoire en lui interdisant de se souvenir de son passé?

C'est ce que doivent penser la majorité des députés israéliens de la Knesset qui ont voté la semaine dernière une loi anti-nakba. "Nakba" cela veut dire catastrophe en arabe. Pour les Palestiniens, c'est ce jour de 1948, où ils ont perdu la plus grande partie de leur pays, le moment où huit cent mille d'entre-eux ont été chassés pour faire place à un Etat aussi ethniquement pur que possible, celui d'Israël. Lequel se veut plus que jamais, si l'on en croît son premier ministre, Benyamin Netanyahou, un Etat juif.

Désormais, il sera interdit à ceux qu'on appelle les Arabes israéliens, ceux qui ont échappé au nettoyage ethnique (soit 20% de la population), de se rendre, comme ils le font chaque 15 mai depuis 1948, dans les villages détruits; ceux dont les parents furent chassés, voués à l'exode, vers des camps de réfugiés en Cisjordanie ou à l'extérieur d'Israël. Ils y amènent leurs enfants sur les ruines des maisons de famille, fleurissent les tombes, écrivent leurs noms sur les pierres. En un mot, ils se souviennent. Ces activités sont désormais illégales. les associations, les municipalités qui les organisent seront privées de tout fonds public et recevront des amendes. Loi inique, raciste, incroyable tant elle est stupide. Loi réactionnaire au sens propre du terme : c'est le retour de la fable qui imprégna longtemps le récit officiel de la création d'Israël, celle d'une terre sans peuple pour un peuple sans terre. les nouveaux historiens israéliens avaient su, il y a vingt ans, rétablir la vérité. la régression de la politique israélienne se confirme dans tous les domaines. Elle est inquiétante pour les Palestiniens, pour nous tous, et surtout pour Israël.

 

 

Repost 0
28 mars 2011 1 28 /03 /mars /2011 13:56

 

TF1 et France 2 récidivent : le Front de gauche privé d'antenne

 

 

Article de Claude Baudry, paru dans l'Humanité du lundi 28 mars 2011

 

TF1 et France 2 remettent ça. Les dimanches électoraux s'y suivent et s'y ressemblent scandaleusement.

les deux chânes ont reconduit leur dispositif du premier tour visant à écarter le Front de gauche. Comme le 20 mars, lors du premier tour des cantonales, elles ont invité, hier soir, Martine Aubry (PS), Jean-François Copé (UMP) et Marine le Pen (FN) pour commenter et réagir aux résultats du second tour. Une stratégie visant à préparer une présidentielle à trois. Comme si les voix du PCF et du Parrti de gauche n'étaient pas respectables. Le pompon revient aux chaînes parlementaires (LCP et Public Sénat) qui avaient, lors d'une soirée spéciale organisée en commun, convié en plateau, dimanche soir, des représentants de l'UMP et du PS, des Verts Europe-Ecologie et du FN. Mais point de représentant du Front de gauche (PCF ou parti de gauche) . Ce qui fait fi, soi dit en passant, à la fois de la représentation des partis politiques dans les deux Assemblées et des résultats enregistrés lors de ce scrutin, le dernier avant la présidentielle qui leur tient tant à coeur. Il faudra qu'un jour les directeurs de l'information nous disent qu'elle est leur définition du pluralisme. On remarquera aussi, mais c'est une constante, qu'aucun journaliste de l'Humanité n'est invité à venir débattre avec ses confrères dans les différentes émissions. Et à force, il paraît logique de poser la question : d'où vient la consigne?

Repost 0
11 mars 2011 5 11 /03 /mars /2011 14:45

Article paru dans l'Humanité le 9 Mars 2011

 

C'est un scandale !

Un malade meurt à petit feu à la prison de Grasse !

 

Atteint du sida 
et de l’hépatite C, 
un homme réclame une suspension de peine pour raison médicale.

 

«Éric Piedoie est le type même du malade lambda qu’on laisse crever en prison », s’insurge Laurent Jacqua, responsable de la commission prison à Act Up Paris. Depuis sept mois, cet homme de cinquante-cinq ans, atteint du virus du sida et de l’hépatite C, réclame une suspension de peine pour tenter de soigner une cirrhose du foie qui le ronge. Incarcéré pour quatre ans à la prison de Grasse (Alpes-Maritimes) pour contrefaçon des œuvres du sculpteur Cesar, Éric Piedoie a reçu le soutien du Dr Pierre-Yves Dides, responsable du pôle médecine au centre hospitalier de Grasse qui intervient en milieu carcéral. C’est lui qui a signé le certificat médical indiquant que le pronostic vital de son patient était engagé s’il ne recevait pas des soins urgents. « Mais depuis, nous en sommes au cinquième ajournement, explique Laurent Jacqua. Le tribunal d’application des peines exige de nouvelles expertises. » Et devrait rendre sa décision le 30 mars prochain.

Or la loi Kouchner sur le droit des malades de 2002 permet des suspensions de peine pour des condamnés atteints « d’une pathologie engageant le pronostic vital ». Mieux, la loi pénitentiaire de novembre 2009 permet désormais dans ce même cas extrême de s’appuyer sur une seule attestation médicale établie par le médecin habilité par l’établissement pénitencier. Tout semble donc ici réuni pour permettre à Éric Piedoie d’accéder à des soins dont il ne bénéficie pas en prison. En lui accordant une suspension de peine ou un aménagement avec bracelet électronique. « Il n’est plus soigné depuis deux ans et souffre terriblement, poursuit Laurent Jacqua. Tous les certificats et expertises disent clairement que son infection VIH est stabilisée, mais que son infection par l’hépatite C n’est plus traitée depuis janvier 2009. » Éric Piedoie s’est en effet retrouvé en échec thérapeutique à l’hôpital, ce qui a considérablement aggravé son immunité. « Or le professeur Tran de l’hôpital de Nice s’est engagé à l’accueillir dans son service afin de lui faire bénéficier des dernières molécules susceptibles de soigner son hépatite », précise Laurent Jacqua. Accès aux soins mais aussi aux examens médicaux nécessaires : fibroscopie, échographie hépatique, coloscopie... « Examens dont tout malade suivi en dehors du milieu carcéral aurait droit depuis longtemps », précise Act Up Paris.

La situation subie par Éric Piedoie n’est pas un cas isolé. Si, depuis la loi de 2002, près de 500 condamnés ont pu obtenir une suspension de peine pour raison médicale, c’est le plus souvent pour mourir et non pour se soigner. En septembre 2002, un certain Maurice Papon avait pu sortir de prison, bénéficiant de ladite loi Kouchner sur le droit des malades. Une humanité de traitement dont le faussaire de Grasse semble ne pas pouvoir bénéficier.

Maud Dugrand

Repost 0
11 mars 2011 5 11 /03 /mars /2011 14:39

Article paru dans l'Humanité le 9 Mars 2011

 

Pétrole : les spéculateurs ont l’essence du profit

 

Les prix des carburants battent des records. À 1,5417 euro, le prix du litre du super sans plomb 98 dépasse même le pic historique de 2008. Le premier ministre, François Fillon, écarte toute action pour en atténuer l’impact sur le consommateur.

 

Débrouillez-vous tout seuls ! C’est, en substance, le message adressé par le gouvernement à celles et ceux que la flambée du prix des carburants va placer en situation financière difficile. Alors que les services de la direction générale de l’énergie et du climat viennent d’annoncer que les prix du super 95 et le super 98 ont battu leurs records respectifs de 2008, le premier ministre, François Fillon, s’est contenté samedi de demander à la ministre de l’Économie, Christine Lagarde, de « mobiliser ses services » pour vérifier qu’il n’y a « pas d’abus » dans la répercussion de l’envolée des cours du pétrole sur les prix à la pompe.

Le litre de super sans plomb 95 se vend actuellement, en moyenne, 1,5067 euro, soit plus que le pic de 1,4971 euro qu’il avait enregistré en juin 2008. Celui de super sans plomb 98 atteint 1,5417 euro, contre 1,5326 euro en juin 2008. Avec une moyenne de 1,3513 euro, le prix du gazole reste inférieur de quelque dix centimes par rapport à son record de mai 2008 (1,4541 euro). Mais le prix du carburant le plus vendu en France (78 % de la consommation) a cependant progressé de 10 % en moins d’un an.

 l’envolée des prix de l’or noir

La flambée des prix à la pompe trouve son origine dans celle des cours du pétrole. Lundi, le baril de brent de la mer du Nord s’échangeait à 116,85 dollars, non loin de son pic du 24 février dernier (119,24 dollars), soit un niveau jamais atteint depuis août 2008. Une anomalie reste pourtant à expliquer : pourquoi les prix du super sans plomb ont-ils dépassé le record de 2008 alors que le prix du baril demeure encore nettement en dessous du pic de 140 dollars qu’il avait atteint cette année-là ? Nul doute que s’il s’agit d’un « abus », les services de Christine Lagarde sauront y mettre fin…

Crise économique aidant, le prix du baril de brut a plongé à 36,5 dollars en janvier 2009. Son cours est sensiblement reparti à la hausse au second semestre 2009. En 2010, sa progression s’est confirmée. Le 30 décembre dernier, le baril a ainsi atteint 95 dollars. Autant dire que la révolte des peuples arabes ne peut suffire à expliquer à elle seule l’envolée des prix de l’or noir, comme le suggère pourtant le gouvernement, aidé de certains « analystes ». En décembre dernier, la Tunisie qui ne produit aucune goutte de pétrole, était le seul pays à être en effervescence.

Plus sûrement, les causes de la nouvelle flambée du pétrole sont à chercher ailleurs que dans l’aspiration démocratique des peuples. « En premier lieu, il faut regarder du côté de la spéculation », accuse l’économiste communiste Yves Dimicoli. Selon des chiffres cités hier par les Échos, les spéculateurs ont augmenté de 30 % leurs positions acheteuses au cours des huit derniers jours de février, soit « un niveau record de 286 600 contrats », écrit le quotidien économique. « Les grands groupes, les multinationales et les fonds d’investissement disposent de réserves colossales de liquidités qu’ils valorisent en spéculant sur l’ensemble des matières premières dont le pétrole », explique le responsable national du PCF.

L’or noir est particulièrement attractif pour les spéculateurs car son marché est à la limite du déséquilibre entre l’offre et la demande. Bien qu’on ne puisse pas à proprement parler de risque de pénurie, la situation du marché est de plus en plus tendue. En un an, malgré une croissance de 3 % de la demande mondiale, la production est restée stable. « Les pays producteurs rechignent à l’augmenter d’autant plus que le dollar, qui se déprécie sans cesse, ne les y encourage pas », précise Yves Dimicoli.

«un véritable impôt sur l’impôt»

Si la France n’a pas les moyens d’enrayer à elle seule la flambée des cours du pétrole sur les marchés internationaux, le gouvernement pourrait, lui, en atténuer les conséquences. À elles deux, la taxe intérieure sur les produits pétroliers (Tipp) et la TVA représentent 60 % du prix du litre de super sans plomb et 50 % de celui du gazole. Cette fiscalité indirecte est d’autant plus injuste qu’elle s’applique aux consommateurs indépendamment de leur niveau de revenu. Pire, la TVA constitue « un véritable impôt sur l’impôt ». Son montant n’est pas calculé sur la base du prix hors taxe du litre de carburant mais intègre la Tipp. Dans ce contexte, « promouvoir une fiscalité plus juste en imposant plus, par exemple, les bénéfices des groupes pétroliers, c’est une piste pour réduire le prix des carburants », assure Yves Dimicoli.

Une piste que François Fillon n’est pas enclin à suivre. Reste que la fièvre qui s’est emparée des cours de l’or noir ne devrait pas retomber de sitôt. Elle pourrait même vraisemblablement s’aggraver, au risque de plonger des centaines de milliers de familles dans la difficulté. Voire même de remettre en cause la timide reprise économique.

Pierre-Henri Lab

Repost 0
11 mars 2011 5 11 /03 /mars /2011 14:30

  L'Humanité, le 8 Mars 2011

 

Journée internationale de la femme

 

 

Entretien avec Clara Domingues, secrétaire générale de "l'egalité, c'est pas sorcier !

  « Les femmes sont les invisibles de la langue »

(mais ça peut changer)

 

Clara Domingues, docteure ès lettres, nous en dit plus sur la « règle de proximité » qui s’appliquait avant celle qui veut que « le masculin l’emporte sur le féminin, et qui devrait être à nouveau enseignée à l’école ».

 

Pourquoi se fixer comme objectif une intervention non plus sur le vocabulaire, comme on l’a fait avec la féminisation des noms de métiers, mais sur la syntaxe elle-même ?

Clara Dominguès. Quand on dit que le masculin l’emporte sur le féminin, on affirme qu’il représente l’humanité entière, et on fait des femmes les invisibles de la langue. Et quand on relate ainsi un événement politique ou social, on a l’impression que les femmes n’y participent pas, ce qui renforce l’idée qu’elles ne s’intéressent pas à la politique, que leur rôle les confine dans la sphère privée. Et que leur travail n’est qu’un travail d’appoint. Ce n’est pas aussi pesant que des violences concrètes, mais cela renforce la domination masculine et les idées sur la répartition des rôles selon les genres. C’est moins perçu, et comme cette règle est apprise dès l’enfance, et l’idée que le masculin remplace le neutre passe sans problème. Si nous étions dans une société égalitaire, nous pourrions peut-être nous en accommoder, mais force est de convenir que tout va dans le même sens.

 Que faut-il changer ?

Clara Dominguès. Notre objectif est de rendre les femmes plus visibles dans la langue et, au-delà, d’y introduire plus de créativité et d’imagination, puisque la « règle de proximité » donne de nouvelles possibilités sur lesquelles on peut jouer, puisque les formes d’accords seront différentes. C’est une règle très ancienne qui était celle du grec ancien et du 
latin. Elle consiste, lorsqu’on a par exemple une suite de mots masculins et féminins, à accorder l’adjectif ou le verbe qui suit avec le dernier mot. Racine l’utilisait beaucoup, comme nous le montrons dans Athalie, avec ces vers : « Surtout j’ai cru devoir aux larmes, aux prières / Consacrer ces trois jours et ces trois nuits entières. »

 Est-ce que cette règle 
était facultative ou obligatoire, 
de portée absolument générale ?

Clara Dominguès. Racine utilise les deux constructions. En fait, cette règle selon laquelle le masculin l’emporte sur le féminin a été établie dans un contexte marqué par la création et le renforcement du rôle de l’Académie française. L’abbé Bouhours écrit, en 1676, que le masculin doit l’emporter parce qu’il est le genre le plus noble, et cette règle ne vaut pratiquement que pour la noblesse. Au XVIIIe siècle, et au fur et à mesure que le français devient une matière scolaire, la règle s’impose progressivement à tous. Avant que la fixation du français ne relève de la compétence de l’Académie, les grammairiens suivaient l’usage de toutes les couches de la société. Puis, l’Académie prend comme règle l’usage de « la plus saine partie de la cour ». Il y a rupture au sens où la langue française n’est plus celle de la majorité, mais celle d’une élite.

Votre proposition suscite 
des réactions comme toute 
réforme de la langue.

Clara Dominguès. Le français est une chose en mouvement. Il suffirait d’enseigner à l’école cette règle, qui serait de toute manière facultative, et de laisser vivre la langue. Mais c’est une question politique. Le bilan de la féminisation des noms de métiers est éloquent. Michèle Alliot-Marie se faisait appeler « Madame le garde des Sceaux » et ne voulait pas en démordre. Il y a des féminins qui ont du mal à passer comme « écrivaine ». Certains s’insurgent : « Ça rime avec vaine ! », comme si « écrivain » ne rimait pas avec « vain ». C’est plus facile pour « auteure », même si le féminin « autrice » était courant au XVIIe siècle. D’ailleurs, une étude a montré que les journaux « de gauche » féminisent massivement les noms de métiers et que ceux de droite s’y refusent. La lutte pour l’égalité passe par la lutte contre la langue du mépris, qui balaie les représentations d’une moitié de la population. Une linguiste comme Josette Rey-Debove qui a codirigé avec son mari, Alain Rey, les dictionnaires Robert, disait : « J’aime beaucoup la règle ancienne qui consistait à mettre le verbe et l’adjectif au féminin quand ils étaient après un féminin, même quand il y avait plusieurs masculins devant, parce qu’il n’y a pas alors à se demander comment faire pour que cela ne sonne pas mal. » Ce qui a existé dans une langue peut exister à nouveau, si nous le voulons.

 

Clara Domingues est secrétaire générale de L’égalité, c’est pas sorcier !.

 

Entretien réalisé par Alain Nicolas

Repost 0
11 mars 2011 5 11 /03 /mars /2011 14:25

Article paru dans l'Humanité le 8 Mars 2011

 

« Évoquer la Palestine devient

de plus en plus difficile en France »

 

Le Conseil d’État a donné raison hier à la directrice de l’École normale supérieure qui a refusé une salle à des étudiants pour organiser un débat sur « l’apartheid » en Israël.

 

«Nous irons devant la Cour européenne des droits de l’homme. » Avant même de connaître l’arrêt du Conseil d’État rendu hier après-midi, le collectif Palestine ENS exprimait sa volonté d’aller jusqu’au bout des voies de recours contre le refus de l’École normale supérieure (ENS) d’autoriser un débat organisé par ses soins sur la situation en Palestine.

Et effectivement, le Conseil d’État a donné raison hier après-midi à la directrice de l’ENS, Monique Canto-Sperber, au motif que cet événement organisé dans le cadre de l’Israeli Apartheid Week allait « promouvoir le boycott des échanges scientifiques et économiques avec Israël » alors que « le service public de l’enseignement supérieur est indépendant de toute emprise politique (...) ou idéologique ». Les juges ont aussi retenu l’argument de la direction selon lequel une telle réunion risquait de troubler l’ordre public.

« Au-delà du débat juridique, cette décision est scandaleuse au niveau politique, a réagi Sandro, du collectif ENS Palestine. L’Israeli Apartheid Week se déroule à Oxford (grande université anglaise – NDLR) quand on interdit cette réunion en France, autoproclamée grande patrie des droits de l’homme ! » Loin de promouvoir le boycott, ces normaliens souhaitaient débattre de la notion d’apartheid pour qualifier le traitement par Israël des Palestiniens, comme l’ont fait avant eux Nelson Mandela ou Jimmy Carter... « Au départ, nous nous battions pour pouvoir organiser un débat entre étudiants. Aujourd’hui, l’enjeu est bien plus important, car en France, il devient très difficile de parler de la Palestine. » Et de citer le refus d’accorder une salle à Leïla Shahid par la mairie de Marseille, en janvier, pour des raisons identiques. Après l’annulation de la conférence de Stéphane Hessel, cela commence à faire beaucoup.

Pierre Duquesne

Repost 0

Présentation

  • : Le blog de frederic seaux
  • Le blog de frederic seaux
  • : il s'agit d'un blog sur lequel paraissent certains de mes articles publiés dans le quotidien l'Humanité et les deux hebdomadaires, La Terre et l'Humanité Dimanche. J'utilise également ce blog comme moyen d'expression sur des sujets d'actualité que je ne traite pas directement à travers mes articles. Rendez-vous également sur le blog de la maison d'édition que j'ai créée : http://editionscogitoergosum.over-blog.com
  • Contact

Recherche

Liens