Overblog Suivre ce blog
Administration Créer mon blog
11 mars 2011 5 11 /03 /mars /2011 14:17

 

 

Article paru dans l'Humanité le 8 mars 2011

Quand les héritiers Renault effacent la collaboration

 

Les petits-enfants du fondateur des usines Renault, arrêté à la Libération, veulent obtenir la réhabilitation de l’industriel, en s’appuyant sur une décision de justice contestable.

 

Depuis la Libération, et la nationalisation par de Gaulle de l’entreprise Renault, les tentatives pour réhabiliter Louis Renault, arrêté pour collaboration en septembre 1944 et mort la même année en détention à Fresnes, furent régulières. C’est parce que la dernière en date trouve un soudain écho médiatique et le refus d’un droit de réponse que trois anciens responsables CGT de Renault (Aimé Halbeher, Roger Sylvain et Michel Certano) entendent rappeler quelques faits irréfutables, établis par le travail de l’historienne Annie Lacroix-Riz (lire ci-contre).

Le 13 juillet 2010, la cour d’appel de Limoges, saisie par deux petits-enfants de Louis Renault (sur huit), a condamné le Centre de la mémoire ­d’Oradour-sur-Glane à retirer de l’exposition permanente une photo de l’industriel, entouré d’Hitler et de Göring, avec une légende mentionnant : « Louis Renault fabriqua des chars pour la Wehrmacht. » Le Monde Magazine du 8 janvier 2011 s’en fait l’écho dans un dossier intitulé : « Renault. La justice révise les années noires », avant que France 2, à son tour, reprenne le sujet dans un JT.

La part active que Louis Renault prit dans l’effort de guerre allemand est pourtant indiscutable selon l’historienne spécialiste de la collaboration économique du patronat. Dès l’été 1940, il est acquis que les usines travailleront à réparer les chars allemands, puis à les moderniser ou à les construire. Pendant la guerre, 85 % de la production automobile va à l’Allemagne, et l’essentiel des 15 % restants sera réquisitionné par les nazis. Lorsque le 3 mars 1942 un bombardement fait 450 morts et rase l’usine, Renault et les Allemands mettent tout en œuvre pour que la production reparte, aux frais du contribuable français, en vertu d’un accord entre Pétain et les Allemands. En trois semaines, le travail reprend, en trois mois, la productivité revient à son niveau antérieur. En 1945, de Gaulle, sans illusion sur un patronat qui l’avait combattu, ferme les yeux sur la collaboration économique. Sauf pour Renault, « instrument entre les mains de l’ennemi », selon l’exposé des motifs de l’ordonnance de nationalisation. Dès 1955, dans une biographie commandée à l’ancien de la Waffen SS française Saint-Loup, la veuve de Renault tentera la réhabilitation morale. Alors pourquoi les héritiers Renault, bénéficiaires à deux reprises de décisions de justice secrètes visant à les indemniser, veulent revenir dessus aujourd’hui ? Leur action en tout cas s’inscrit dans un courant actuel. En Belgique, l’extrême droite flamande soutenue par les libéraux propose une loi d’amnistie des faits de collaboration, instituant une commission chargée d’indemniser victimes ou descendants pour le préjudice financier.

60 ans de tentatives avortées

Il n’existe pas de rue Louis-Renault à Boulogne-Billancourt, pourtant siège historique de la marque. Pas plus qu’il n’y a de portrait au siège social. La raison en est simple, à chaque tentative, la CGT s’est opposée à toute réhabilitation posthume, 
et a fourni dans une brochure, en 1995, alors que le cinquantième anniversaire de la firme était prétexte à une énième réhabilitation, chiffres, documents et photos. Et entend veiller à ce que le futur institut d’histoire de Renault respecte la vérité.

Lionel Venturini

Repost 0
11 mars 2011 5 11 /03 /mars /2011 13:42

Article paru dans l'Humanité le 8 Mars 2011

À Pôle emploi, on forme à la dictature du mascara

 

 

Des ateliers « relooking » pour les femmes au chômage ? C’est l’idée lancée par l’organisme public et une fondation privée pour les aider à retrouver du travail. Une opération de communication à bas coût, fondée sur des principes idéologiques douteux, entre séduction et culpabilisation.

 

«Eh bien voilà, avec cette journée, vous n’avez plus d’excuses ! », lance Christine Salaün, présidente de la fondation Ereel. Face à elle, dix femmes au chômage inscrites à Pôle emploi l’écoutent avec attention. Jusqu’à cette journée du mardi 22 février, ces femmes auraient-elles cherché des excuses pour ne pas retrouver du travail ? Auraient-elles, même volontairement, négligé leur apparence au point de se voir exclues du monde du travail ?

Depuis janvier 2011, Pôle emploi d’Île-de-France, en partenariat avec le Fonds de dotation Ereel, propose aux femmes « demandeuses d’emploi de longue durée, bénéficiaires du RSA, qui ont de faibles revenus ou sont en situation de handicap » de participer à un atelier « relooking ». Une journée pour « apprendre à se présenter, à s’exprimer devant un futur employeur, mais aussi à convaincre sans stress et avoir confiance en soi  ». Tout un programme. La deuxième édition s’est tenue à l’école internationale d’esthétique-parfumerie Régine Ferrère, rue du Faubourg-Saint-Honoré, dans le 8e arrondissement de Paris.

Dans l’ambiance feutrée d’un salon de coiffure, entre les miroirs, la penderie, les rouges à lèvres et les fauteuils, elles sont dix femmes au chômage et presque autant de journalistes, micros et caméras. Il y a aussi l’équipe bénévole : deux jeunes apprenties maquilleuses, une styliste, un coiffeur, une spécialiste en manucure, Christine Salaün de la Fondation Ereel, Régine Ferrère, directrice de l’école, et des conseillères de Pôle emploi. Sélectionnées et choisies à la seule condition d’accepter de se prêter au jeu des médias, les dix femmes sont donc là, en théorie, pour augmenter leur chance de trouver du travail.

Ecouter les conseils des « coachs beauté »

La plupart sont assistantes, opératrices, secrétaires. Toutes au chômage depuis au moins deux ans et âgées de quarante ans et plus. Pendant la journée, elles vont écouter sagement les conseils de professionnels, les « coachs beauté » : soins de la peau (qu’il est important de « bien préparer »), maquillage (qualifié de « mise en beauté pour un entretien »), mains et ongles (« l’importance des mains pendant un entretien »), coiffure, et enfin atelier « image de soi » pour « savoir quelle couleur choisir pour mettre en valeur son teint et ses cheveux ».

L’image, c’est donc là que tout se joue pour un travail ? « Pôle emploi mène une campagne pour que les demandeurs communiquent mieux avec leur image et leur CV. À compétences égales, on sait que le stress joue énormément dans un entretien d’embauche », justifie Anne-Laure Germond, de Pôle emploi. « La première image, c’est celle que l’employeur garde en tête. Il vaut mieux privilégier une apparence qui cadre. Une erreur de jean, de maquillage trop chargé, peut être fatale », ajoute Christine Salaün. Voilà, on y est. Les femmes qui sont au chômage doivent jouer la carte du charme. C’est à elles de faire un effort, à elles de plaire. Une manière de réduire le rapport des femmes au travail à un jeu de séduction et de gommer ainsi un enjeu essentiel, à aucun moment évoqué pendant la journée : les compétences de ces femmes à l’intérieur d’un marché du travail en crise.

Membre d’honneur de la fondation Ereel, Régine Ferrère détaille sa perception des chômeurs : « Quand on est licencié, on a un choc. Le téléphone ne sonne plus. On n’est plus dans la vie. Nous, on est là pour leur faire prendre conscience qu’un employeur accorde beaucoup d’importance au physique et à l’aisance. Si vous êtes bien dans votre peau et que vous avez confiance en vous, vous pouvez donner envie à l’employeur de vous embaucher. Il faut le séduire. C’est comme dans un couple. Quand on n’est pas bien le matin, il faut avoir la fierté de donner la bonne image de soi. Et ce n’est pas toujours la faute des autres. C’est dur pour tout le monde. » Voilà, sans détour, l’idée de la culpabilisation qui monte. L’idée que, au fond, si on se laisse aller, on n’a qu’à s’en prendre à soi-même. La responsabilité individuelle se dessine et, en creux, un rapport de domination admis et inéluctable entre le demandeur d’emploi et le recruteur.

Pendant qu’elle se fait maquiller par une jeune apprentie de l’école d’esthéticiennes, Martine répond volontiers aux sollicitations d’un journaliste. « Alors, qu’est-ce qui cloche dans votre look ? » lui demande-t-il brutalement. Martine, la cinquantaine, au chômage depuis 2007, répond : « J’ai découvert d’autres façons de me maquiller. C’est bien parce que c’est vrai qu’on a des baisses de moral, mais moi j’ai toujours pris soin de moi. Ce n’est pas nouveau. Je sais bien qu’un entretien, c’est un rapport de séduction. » Carole, quarante-six ans, mère au foyer, cherche du travail depuis un an. « Un atelier relooking ? Je me suis dit pourquoi pas. Même si je le fais déjà naturellement, ça peut apporter un plus. Ça nous met en confiance. »

Dans une autre pièce, dédiée à la manucure et à la coiffure, Alexandra fait un soin des ongles. L’esthéticienne lui explique : « Le recruteur regarde les mains. Elles sont le reflet de l’âme. On nous juge par nos mains, par notre personnalité. » Contentes de se faire « chouchouter  », Alexandra, Mafalda, Martine ou Malika ne sont pourtant pas dupes. Elles n’imaginent pas trouver du travail, « comme ça, du jour au lendemain », grâce à cet atelier. « C’est un plus, ce n’est pas désagréable, ça va me remotiver, souffle Mafalda, mais je ne suis pas naïve et je sais que ça ne me fera pas avoir du travail plus facilement. »

Tout au long de cette journée, Christine Salaün louera l’esprit de « solidarité » et remerciera « les gens de cœur à l’esprit de générosité et de simplicité » qui s’associent bénévolement à sa démarche. Bénévolement, oui et non. Car, dans le communiqué de presse envoyé aux médias apparaissent très nettement les références de chaque partenaire. Le retour sur investissement pour leur « engagement bénévole » est de l’ordre de la promotion de l’image. Quant à la fondatrice d’Ereel, elle se présente comme une bienfaitrice : « Chaque être humain a le devoir moral et la responsabilité de veiller sur les plus faibles. Rejeter la faute sur les autres ou se lamenter ne sert à rien, agir dans un esprit de solidarité pour trouver ensemble des solutions est bien plus efficace ! »

La journée touche à sa fin. Les femmes repartent avec des crèmes, une trousse de maquillage et un vêtement. Christine Salaün leur promet de faire un suivi personnalisé : « Vous avez besoin d’un coup de pouce. Sachez que vous n’êtes plus seules. On ne vous abandonnera pas comme ça. C’est pour ça, ce genre de choses, c’est du cœur, c’est vrai. C’est ça, le mécénat ! »

 

 

 

Ixchel Delaporte

 

Commentaire :

Ce vernis vous est offert par…

Lors de la journée, la présidente de la fondation a bien insisté sur « la gratuité » de l’initiative « pour le contribuable et pour le Pôle emploi ». Alors qui paye ? Les produits de beauté sont offerts par les marques Revlon et Gatineau. « Les fondations sont là pour prendre le relais de l’État. Au lieu de se plaindre, nous, on bouge, on est dans l’action, on est apolitiques. » Apolitiques ? Pourtant, sa fondation privée est parrainée par Pénélope Fillon, la comédienne Marie-Anne Chazel ou encore le député UMP Bernard Debré… 

Repost 0
8 mars 2011 2 08 /03 /mars /2011 09:20

Tribune parue dans l'Humanité le 4 Mars 2011

Europe: Alerte rouge

Par Patrick Le Hyaric Directeur 
de l’Humanité*

 

 

Il se prépare, dans les cénacles européens, un violent coup de force antidémocratique et l’accélération de la destruction de nos acquis sociaux allant encore au-delà de ce que nous pouvions imaginer avec le traité de Lisbonne.

Un document de travail daté du 25 février 2011, actuellement entre les mains des gouvernements, baptisé « Coordination améliorée des politiques économiques dans la zone euro. Principaux éléments et concepts » le révèle. Il contient un nouvel arsenal d’une horrible offensive antisociale qui risque d’être livrée aux travailleurs, aux jeunes, aux retraités, dans les mois à venir. Ce document, camouflé aux citoyens, est destiné à préparer le Conseil de l’Euro du 11 mars et le Conseil européen des 25 et 26 mars prochains.

Une intégration économique de l'Union européenne encore plus poussée

Il constitue la dernière mouture du pacte de compétitivité dont la presse économique a tenté de faire croire, les jours derniers, qu’il serait adouci. On y parle ni de création d’emplois, ni de développement industriel et agricole, ni des services publics, ni de l’amélioration du pouvoir d’achat. Il commence par ces lignes qui disent exactement leur choix politique : « Le pacte vise à approfondir le pilier économique de l’union monétaire en favorisant la convergence entre les économies de la zone euro. » Donc, est projetée une intégration capitaliste encore plus poussée de l’Union européenne. En vérité, il s’agit d’un pacte franco-germanique pour gérer l’économie européenne, à partir des pays de la zone euro, avec les critères des dirigeants de la droite allemande et en réponse aux demandes du capital européen.

Je ne fais ici qu’énumérer un certain nombre de ces graves et lourdes décisions en préparation.

Il est demandé de mettre plus en concurrence les salaires, tout en mettant en place un mécanisme « d’ajustement des salaires sur la productivité ». « Les hausses de salaires étendues et prolongées peuvent signaler une érosion de la compétitivité », est-il écrit noir sur blanc.

Au nom de la lutte contre les déficits publics (« la viabilité des finances publiques »), il est demandé expressément de diminuer les salaires dans le secteur public modération salariale », disent-ils), démanteler les systèmes de retraite publique et de sécurité sociale, reculer l’âge de départ à la retraite. Celui-ci est prévu à soixante-sept ans dans une première mouture. Face aux protestations, le texte appelle à « indexer l’âge de la retraite sur l’espérance de vie, en réduisant les retraites anticipées et en utilisant des incitations pour rester plus longtemps au travail ».

Promouvoir le précariat comme norme de l’emploi.

De premières études sur le projet sarkozyste d’harmonisation de la fiscalité entre la France et l’Allemagne concluent à une augmentation de l’impôt sur le revenu en France. Voilà que ce document en rajoute en « privilégiant une taxation de la consommation par le biais de la fiscalité indirecte », la plus injuste comme chacun sait (version européenne de la TVA sociale). Par contre, sera recherchée « une assiette commune de l’impôt sur les sociétés », donc une baisse de ce dernier dans notre pays.

S’agissant du travail, il est demandé d’appliquer partout la « flex-sécurité », c’est-à-dire de promouvoir le précariat comme norme de l’emploi. Le Conseil européen veut même s’occuper de la manière dont doivent être menées « les négociations sociales », allant jusqu’à préconiser « la révision des dispositifs de fixation des salaires » pour « augmenter la décentralisation dans le processus de négociation et le mécanisme d’indexation ». Donc, plus de négociations globales collectives, mais des fragmentations par secteur, voire par territoire.

Le projet du Conseil européen demande de « lever toute restriction d’ouverture dans la vente qui était fondée sur des critères horaires ou géographiques ». Autrement dit, les magasins seront obligatoirement ouverts le dimanche, et plus si nécessaire. Des secteurs et des professions qui jusque-là étaient protégés par des quotas, comme les pharmacies, les taxis, les notaires, les vétérinaires, les coiffeurs, les architectes, etc., seront ouverts et mis en concurrence. C’est d’ailleurs ce que proposait le fameux rapport Attali

Et le texte caché invente le concept de « frein de dettes». Ceci sera obtenu par le contrôle a priori des budgets des États, des budgets sociaux par le Conseil ou la Commission contre les Parlements nationaux. Et, pour la première fois, est envisagé dans un texte d’origine européenne la nécessité de modifier les constitutions nationales pour y insérer l’interdiction de faire des «déficits».

Pour bien démontrer sa volonté de fer, le tandem Sarkozy-Merkel, veut que «chaque État membre de la zone euro s’entende pour définir au plus haut niveau (c’est-à-dire au niveau des chefs de gouvernement, mettant ainsi de côté la Commission et le Parlement) des objectifs concrets à atteindre dans les douze mois».

Il faut stopper cet horrifiant projet de guerre antisociale et antidémocratique

Il y a donc urgence ! Il faut vite stopper cet horrifiant projet de guerre antisociale et antidémocratique. Alors que des peuples se libèrent en ce moment de dictatures, les institutions européennes, elles, souhaitent à jamais installer sur notre continent la dictature de la finance contre les droits sociaux et humains.

Mobilisons-nous comme nous l’avons fait contre la directive Bolkestein et le projet de Constitution européenne. Face à une telle attaque projetée, toutes les forces progressistes politiques et sociales ont le devoir de travailler à rassembler largement l’ensemble des couches sociales dans leur diversité. Toutes vont être touchées de manière nouvelle et aggravée par ce pacte pour les forces de l’argent. Le 20 mars, quelques jours avant la réunion du Conseil européen, le bulletin des candidats de rassemblement du Front de gauche aux élections cantonales permettra d’opposer un refus catégorique à de tels projets.

 

* Vice-président du groupe GUE/NGL 
au Parlement européen.

Patrick Le Hyaric

Repost 0
8 mars 2011 2 08 /03 /mars /2011 09:16

Article paru dans l'Humanité le 4 Mars 2011

La contestation prend de l’ampleur

 

 

Face à l’insuffisance des dotations horaires allouées à chaque établissement pour la rentrée prochaine, les occupations, grèves et autres « journées mortes » se multiplient.

 

«ça craque de partout. » C’est un fait : les mobilisations se multiplient pour dénoncer l’indigence des dotations horaires globales (DHG) prévues dans les collèges et lycées à la rentrée prochaine. Expédiées en début d’année civile, les DHG représentent le total des heures allouées à chaque établissement pour le fonctionnement de l’année scolaire à venir. En fonction de ce nombre d’heures, calculé par l’inspection académique à partir des prévisions d’effectifs et de la catégorie de l’établissement (plus ou moins sensible), le collège ou le lycée en déduit le nombre de postes et de classes qu’il aura à la rentrée prochaine.

Or, cette année plus que toute autre, l’impact des 16 000 suppressions de postes prévues en 2011 est clairement visible. « Après avoir, les années précédentes, rogné en priorité sur les emplois hors classe, ces suppressions s’attaquent désormais au noyau dur de l’éducation nationale », souligne le Snes-FSU. En jouant, notamment, sur le nombre d’élèves par classe, y compris en zone d’éducation prioritaire, et les heures supplémentaires imposées aux enseignants.

Premiers visés : les collèges et les lycées professionnels. Deux niveaux où se profilent pourtant les augmentations d’effectifs les plus importantes : + 28 000 élèves dans les collèges et + 11 800 dans les lycées pros. C’est logiquement dans ces deux types d’établissements que les mouvements de contestation sont les plus nombreux. Mardi dernier, alors que Nicolas Sarkozy arpentait les allées du Campus des métiers de Bobigny, les enseignants du lycée pro André-Sabatier, tout proche, se sont mis en grève. Pour eux, la facture est lourde : suppression de 7 classes, soit 13 postes d’enseignants évaporés et 132 places pour les élèves en moins dans des filières rares comme l’optique, l’esthétique ou encore la coiffure. Résistance également, cette semaine, à Paris, aux collèges Jean-Perrin (20e) et Max-Dormoy (18e), ou encore, à Pierrefitte, au collège Pablo-Neruda.

Contrairement aux promesses du gouvernement, les lycées, en pleine réforme, ne sont pas épargnés. La semaine dernière, la FCPE a constaté que leurs DHG étaient « massivement rejetées » par les conseils d’administration. Et a appelé le ministre « à écouter le mécontentement généralisé que sa politique budgétaire induit ».

Laurent Mouloud

Repost 0
8 mars 2011 2 08 /03 /mars /2011 09:12

Article paru dans l'Humanité le 4 Mars 2011

Médiator. Servier droit dans ses bottes et sans remords.

 

 

Le fabricant du Mediator était auditionné, mercredi, par la mission d’information parlementaire. Un huis clos aussi long qu’improductif.

 

Personne n’aura réussi à entrevoir Jacques Servier. Entrée discrète, sortie discrète : son passage à l’Assemblée fut à l’image de sa culture d’entreprise, paranoïaque et verrouillé. La presse se contentera des témoignages consentis, entre deux portes, par les membres de la mission d’information sur le Mediator. Car le président des laboratoires Servier a beau se protéger sous les traits d’un vieillard, il reste l’homme de poigne glacial qu’il a toujours été. Pour venir s’exprimer sur le plus gros scandale de sa carrière, c’était donc « un huis clos sinon rien ». Les députés se sont exécutés, préférant céder à ses conditions que de se voir accusés après coup d’avoir bâillonné la défense. Mais une fois les portes fermées, leurs questions se sont heurtées à une douzaine de molosses rodés à la communication, l’empereur Servier ne daignant donner de la voix qu’au cours d’une brève introduction.

Sur le long parcours mensonger de son médicament, fortement soupçonné d’être à l’origine de 500 à 2 000 décès en France, pas plus de concession. « L’imputabilité n’est pas prouvée, sauf peut-être dans un ou deux cas. » Savait-il que son produit appartenait à la classe des anorexigènes, directement dérivés des amphétamines ? « Non et de toute façon il n’y a jamais appartenu. » Pourtant, la terminaison en «-orex» de son appellation pharmacologique – le benfluorex – est caractéristique de cette classe… « Pas du tout, ce nom vient de "fluor" ce qui n’a rien à voir. » Bref, un dialogue de sourds édifiant, dont certains membres de la mission sont sortis inquiets, voire écœurés.

« On est à la veille de procédures très lentes, très astreignantes », a averti le député Jean-Marie Le Guen, qui craint que cette stratégie de négation ne soit qu’un avant-goût de l’attitude de Servier face à la justice. « Il n’a manifesté aucune empathie vis-à-vis des victimes, n’a reconnu que des effets secondaires minimes », a déploré Jean-Louis Touraine. Le président de la mission, Gérard Bapt, qui « ne s’attendait pas à mieux », s’est lui-même laissé surprendre par tant de mauvaise foi : « Il nie la pertinence du rapport de l’Igas de A à Z, ne croit même pas aux études réalisées par ses propres chercheurs dans les années 1970 et rejette toute responsabilité de l’utilisation du Mediator comme coupe-faim sur les médecins. » D’après le député, Servier fait pourtant « l’effet d’une forteresse assiégée ». Une formule assez juste au vu des hésitations maladroites de Lucy Vincent, communicante en chef du laboratoire, réputée inflexible. Fragilisée par une pression médiatique « terrible », elle a fini par reconnaître d’une voix blanche que l’affaire Mediator était bel et bien « un drame sanitaire ».

Flora Beillouin

Repost 0
8 mars 2011 2 08 /03 /mars /2011 09:02

Article paru dans l'Humanité le 4 Mars 2011

Libye. Ces travailleurs africains bloqués en territoire libyen

 

 et oubliés  du monde

 

 

Ils ne sont pas 
occidentaux, 
ni asiatiques, mais viennent du Tchad 
ou du Soudan... 
Ils sont les victimes indirectes 
du soulèvement. Personne ne se soucie plus d’eux. Rencontre.

 

Benghazi.Envoyé spécial.

 

Ils s’appellent Mohammed ou Abdou. Ils viennent du Tchad ou du Soudan. Ils sont ouvriers et souvent sans papiers. Ils sont les grands oubliés de la crise qui sévit en Libye.

Plusieurs dizaines de ces travailleurs immigrés vivent dans une zone industrielle de Benghazi. Un endroit pourri constellé de mares et où s’entassent des tiges de métal, des planches, des détritus. Rien qui laisserait penser que des humains y vivent. C’est pourtant là que loge Mohammad Ben Mohammad, trente ans. Il est venu du Tchad il y a deux ans et demi, où il a laissé femme et enfants, pour travailler au sein d’une société de construction turque. «Je ne suis jamais rentré chez moi», dit-il. « Mon salaire est bien trop bas, 350 dinars par mois (moins de 200 euros – NDLR), pour que je m’achète un billet et la compagnie ne nous aide pas.» Mais aujourd’hui, Mohammad, comme ses compagnons d’infortune que nous rencontrons, veut absolument rentrer chez eux. Coûte que coûte.

« En tant que Noir, la vie n’a jamais été vraiment facile pour nous, ici », explique Ahmed Adam, un Soudanais du Darfour qui est là depuis plus de vingt ans. « Mais maintenant, c’est pire. De jeunes 
Libyens traînent avec des armes, nous agressent, nous volent le peu d’argent que nous avons.» Un racisme latent qui se double d’une paranoïa soigneusement entretenue par la rébellion. Selon cette dernière, « les Libyens ne tuent pas les Libyens », moyennant quoi, toutes les exactions commises ou les affrontements qui se déroulent, sont le fait des milices de Ka-dhafi, les fameuses « mortazakah », composées d’éléments venus de l’Afrique subsaharienne. « Mais personne ne fait rien pour nous », fait remarquer Ahmed Adam. « Ils ont évacué les Chinois, les Turcs, les Européens, les Américains, les Algériens. Mais nous, on est là, on ne fait pas attention à nous. » Mohammad renchérit : « Les organisations des droits de l’homme se foutent bien de gens comme nous. Ils n’évacuent que ceux qui ont de l’argent. Si on en avait, on ne demanderait rien à personne. On partirait tout seul, on rentrerait chez nous. Dites-le là-bas : on ne veut pas émigrer en Europe, on veut rentrer chez nous. »

Alors que des milliers d’expatriés ont déjà profité des bateaux et des avions mis en place pour leur évacuation, l’Onu va maintenant commencer à étudier le rapatriement de ces travailleurs via le Niger. Les Nations unies fourniront-elles les gourdes d’eau pour traverser le désert ?

Pierre Barbancey

Repost 0
8 mars 2011 2 08 /03 /mars /2011 08:54

Article paru dans l'Humanité le 4 Mars 2011

 

Le logement n’est pas

un problème politique majeur en Allemagne

 

À contrario de ses voisins européens, l’Allemagne, depuis dix ans, n’est pas confrontée à la spéculation immobilière. Une étude publiée en février dernier décrypte les raisons de cette spécificité nationale, où le marché est encadré.

 

Existerait-il un «cas» allemand en matière de logement ? Deux agences françaises, l’Agence nationale de l’habitat (Anah) et l’Agence nationale pour l’information sur le logement, répondent par l’affirmative. «L’Allemagne fait figure d’exception», notent-elles dans une étude parue en février dernier. «Elle n’a connu ni l’augmentation des prix ni l’envol des loyers observé dans la majorité des pays développés au cours de la décennie.» Un commentaire qui induit des loyers plus faibles au pays de Goethe. Il est observé que les loyers oscillent entre 5,60 euros et 9,70 euros au mètre carré, avec une moyenne à 7,80 euros. À titre de comparaison, en France, l’observatoire Clameur, chargé d’étudier l’évolution des prix des loyers, constatait une hausse des prix de 2,5 % en 2010 dans une étude publiée mardi dernier. Dans l’Hexagone, le loyer moyen s’établit à 12,30 euros au mètre carré avec une très large fourchette allant de 3,50 euros et 54 euros.

Comment expliquer un tel écart ? Le parc locatif outre-Rhin est très développé. «L’Allemagne a le plus fort pourcentage de locataires de l’Union européenne, 55 %», explique l’étude. En septembre 2006, l’Anil avait déjà établi, dans une enquête intitulée « Logement locatif en Allemagne », les raisons historiques de cette spécificité. À l’effort massif de reconstruction d’après-guerre, l’héritage locatif de la RDA, l’Allemagne réunifiée a lancé un vaste plan de construction pour « répondre aux besoins ». « Un million de logements ont été construits au début des années 1990. » En somme, « un parc récent, qui suffit à répondre à la demande », concluait l’Anil.

Autre spécificité, des règles placent « le marché sous contrôle ». Les augmentations de loyer sont strictement encadrées. Depuis 1971, une loi de protection des locataires a défini un modèle unique de bail. « Le bail est à durée indéterminée et il n’est pas possible d’y mettre fin pour vendre le logement », explique l’Anil. Seule possibilité pour le propriétaire ? La reprise pour occupation personnelle. Un dispositif qui permet d’endiguer les hausses de loyer à la suite de relocations successives. De plus, régi juridiquement par l’État fédéral, le logement est une compétence des Länder. Les communes établissent des listes de référence des loyers sur son territoire. Un loyer supérieur de 20 % au tarif-étalon peut être contesté. Le locataire peut « négocier, accepter ou refuser » cette augmentation. « En cas de refus du locataire, le propriétaire n’a pas d’autre recours que de se retourner vers le juge », commente l’enquête. Juge qui peut se prononcer pour une baisse du loyer. Au-delà d’une décision, l’hypothèse d’un recours à la justice semble contraindre les propriétaires à la raison.

Lionel Decottignies

Repost 0
8 mars 2011 2 08 /03 /mars /2011 08:49

Article paru dans l'Humanité le 4 Mars 2011

 

"C'est un scandale !"

Zemmour place sa haine au cœur de la République

 

Sous l’oeil bienveillant de députés de l’UMP, le chroniqueur vedette a pu exposer ses vues à l’Assemblée nationale.

 

L’homme est connu et ses idées convenues. Le voilà désormais célébré et reconnu. Fraîchement condamné pour provocation à la discrimination raciale, Éric Zemmour était l’invité vedette, mercredi soir, d’un débat organisé à l’Assemblée nationale par l’UMP. Le thème ? « La liberté d’expression ». Une occasion de plus pour l’éditorialiste-homme de radio- essayiste- romancier et chroniqueur de télé d’enfourcher ses antiennes sur le poids du «politiquement correct», de la «bien-pensance» et autre « terreur moralisatrice ».
 Une posture qui prêterait à sourire, tant lui, comme la droite, truste physiquement comme idéologiquement les grands médias. En matière de « pensée dominante »,
 la question se pose là. Plus grave, loin des plateaux de la télé-spectacle, une étape nouvelle a été franchie. C’est au sein des palais de République qu’Éric Zemmour a pu défendre sa conception de la «liberté d’expression». Une intervention qui n’honore ni la République ni ses symboles, dans la droite ligne d’un Nicolas Sarkozy qui, depuis son élection, foule et déchire le pacte social issu des Lumières. Bien que déjà multi-casquettes, sous les applaudissements, le chroniqueur s’est mu en conseiller politique. Devant les élus UMP, il a suggéré de « supprimer l’action pénale pour les associations anti-racistes ».
 Et de lancer sur son élan : « Pendant que vous y êtes, si vous pouviez supprimer leurs subventions, cela ferait du bien au budget de l’État ».

« Loin de faire profil bas, Monsieur Zemmour en a profité pour doper les penchants les plus réacs de ces messieurs, en les invitant à remettre en cause les lois permettant de le condamner mais aussi de tuer les associations antiracistes en s’en prenant à leurs subventions » a fustigé Marie-George Buffet, députée PCF de Seine-Saint-Denis. « Que cet individu - qui ose convoquer les chansonniers pour justifier sa haine - gagne sa vie en éructant des propos racistes et sexistes, c’est déjà énorme. Mais que cet homme devienne le nouveau gourou de l’UMP et que ses idées soient applaudies par des élus de la République, cela devient inquiétant pour la démocratie. » Également dans le viseur du journaliste, les « lois mémorielles » qui appellent les lois Gayssot, visant à réprimer tout propos raciste, antisémite ou xénophobe, et Taubira, déclarant les traites et l’esclavage comme crimes contre l’humanité. Selon lui, « la République, de Gambetta au général De Gaulle, a très bien vécu sans ces législations liberticides ». Outre, la teneur des propos d’Eric Zemmour, c’est un signal manifeste qui est envoyé. Prête à tout pour garantir la présence de Nicolas Sarkozy, une part de l’UMP tisse des liens toujours plus étroits avec le Front national. Histoire, nul doute, de grappiller des voix au parti d’extrême-droite voire comme l’espèrent certains élus UMP d’aboutir à d’éventuelles alliances électorales.

Lionel Decottignies

Repost 0
5 mars 2011 6 05 /03 /mars /2011 19:09

Article paru dans l'Humanité le 28 Février 2011

 

"C'est un scandale!"

Pour Salah, l’Élysée prône la diplomatie du silence

 

L’ancien député Jean-Claude Lefort rend public un communiqué que l’Élysée lui avait demandé de cacher.

 

Silence ! On emprisonne. Dans les geôles israéliennes, le jeune Franco-Palestinien Salah Hamouri est victime de la diplomatie du deux poids deux mesures de Nicolas Sarkozy. Les familles de la Française Florence Cassez, recluse au Mexique, ou du Franco-Israélien Gilad Shalit, enlevé par le Hamas ont été reçues à plusieurs reprises par le président de la République Nicolas Sarkozy. Jamais Denise Hamouri, mère de Salah, n’a eu ces honneurs. La différence entre la diplomatie du coup d’éclat pratiquée pour le cas de Florence Cassez, au prix d’une tension diplomatique avec Mexico, et la diplomatie de l’omerta pour Salah Hamouri a été rendue évidente au début de ce mois.

Un nouvel élément est porté à la connaissance du public par le président du comité de soutien à Salah Hamouri, Jean-Claude Lefort. Suite à la mobilisation populaire sur le cas du jeune homme, Jean-David Levitte, conseiller diplomatique de Nicolas Sarkozy, recevait enfin Denise Hamouri le 29 juin dernier. Lors de cet entretien, Jean-David Levitte « tenait des propos “nouveaux” sur le cas de Salah et l’attitude de la France à l’égard de notre compatriote », commente Jean-Claude Lefort. La France « prenait des engagements ». Aussitôt, le comité de soutien rédige un communiqué qu’il publie sur son site (1). Peu après, l’ambassadeur d’Israël se plaint à Jean-David Levitte. Et ce dernier joint Jean-Claude Lefort pour lui demander de retirer ce communiqué, « dans l’intérêt » de Salah Hamouri. Le communiqué est retiré. Mais voilà. Depuis presque sept mois, l’Élysée ne réagit plus. D’où la décision de le publier à nouveau.

Quelles étaient les nouveautés dans la position de la France ? « Nicolas Sarkozy aurait une égale attention et une même détermination pour obtenir la libération de Gilad Shalit et de Salah Hamouri », lit-on dans le texte. L’Élysée se prononce également sur la façon dont le jeune Franco-Palestinien a été condamné : « L’acte d’accusation du tribunal militaire israélien ne mentionne aucun fait ni acte répréhensibles mais une simple “intention”, notion qui relève d’un pur arbitraire » et « Salah Hamouri n’a pas été jugé par un “État de droit” mais par un État en guerre qui condamne par ses tribunaux militaires ceux-là mêmes qu’il occupe. »

Il n’empêche, Michèle Alliot-Marie, ministre des Affaires étrangères, donnait en janvier la réelle position de la diplomatie française sur le dossier de Salah : « Il n’appartient pas aux autorités françaises d’intervenir ou même de commenter les procédures judiciaires d’un État souverain. » Si la chef de la diplomatie devait être limogée hier, c’est bien la politique étrangère, impulsée par l’Élysée et non par le Quai d’Orsay, qui est en cause.

(1) www.salah-hamouri.fr

Gaël De Santis

Repost 0
5 mars 2011 6 05 /03 /mars /2011 18:52

Article paru dans l'Humanité le 1er Mars 2011

 

Rue d’Ulm, siège de l’École normale de la censure ?

 

Après avoir censuré une conférence avec Stéphane Hessel, la directrice de l’École normale supérieure vient d’être condamnée en justice pour avoir interdit un autre débat organisé par un collectif étudiant sur le conflit israélo-palestinien.

 

Qu’il est loin le temps où l’École normale supérieure abritait les réunions contre la torture en pleine guerre d’Algérie ! Loin, le temps où le plus célèbre de ses anciens élèves, Jean-Paul Sartre, défendait les « illégalités légitimes » ! Légitimité et légalité sont deux concepts que semble en effet confondre l’actuelle directrice de la rue d’Ulm, Monique Canto-Sperber.

Après avoir annulé en janvier une conférence de Stéphane Hessel sur le boycott des produits issus des colonies israéliennes, elle a refusé d’accorder une salle au collectif Palestine ENS pour un débat dans le cadre de l’Israeli Apartheid Week, les 8, 9 et 10 mars prochain. Le collectif, qui voulait « réfléchir à la pertinence de la qualification juridique d’apartheid pour qualifier la situation israélo-palestinienne », avait proposé à l’administration de trouver des intervenants.

 «Atteinte grave illégale à la liberté de réunion »

Face à l’obstination de la direction, les élèves ont donc eu recours au tribunal administratif. Écartant la menace de trouble à l’ordre public, le juge des référés a condamné, samedi matin, cette interdiction qualifiée « d’atteinte grave et manifestement illégale à la liberté de réunion, qui constitue une liberté fondamentale ».

Ce jugement a eu ses premiers effets, hier, lors du conseil d’administration de l’école. Monique Canto-Sperber n’a pas mis au vote un texte visant à revoir l’organisation des réunions publiques. Pour cette philosophe spécialiste de l’éthique et de la morale, l’ENS, en raison de « sa place particulière sur la scène intellectuelle française », n’a pas « vocation à abriter des meetings de partis politiques ou des réunions organisées par des groupes militants nationaux ou internationaux, dans lesquels s’exprimerait un point de vue univoque ». Cette position ne remet pas en cause, et l’on s’en réjouit, la conférence des Amis de l’Humanité sur Jaurès, le 4 mars, à l’ENS. Mais elle conduit à proscrire une réunion publique sur l’agriculture organisée par des élèves du Front de gauche. « C’est sur la question israélo-palestinienne qu’il y a un tabou », relève Sandro Franceschi, membre du collectif ENS Palestine. « Plus largement, nous faisons face à une frilosité, un repli et une crispation face à des courants d’idées défendus par la gauche associative et politique de la part d’une directrice qui cherche systématiquement des cautions institutionnelles », renchérit François Avisseau, élu CGT au sein de l’école.

En attendant, un moratoire empêche toute organisation d’événement politique, regrette le normalien cégétiste. « Or, la vie de l’école doit continuer pour qu’une nouvelle génération puisse aussi être au cœur des débats politiques. »

Pierre Duquesne

Repost 0

Présentation

  • : Le blog de frederic seaux
  • Le blog de frederic seaux
  • : il s'agit d'un blog sur lequel paraissent certains de mes articles publiés dans le quotidien l'Humanité et les deux hebdomadaires, La Terre et l'Humanité Dimanche. J'utilise également ce blog comme moyen d'expression sur des sujets d'actualité que je ne traite pas directement à travers mes articles. Rendez-vous également sur le blog de la maison d'édition que j'ai créée : http://editionscogitoergosum.over-blog.com
  • Contact

Recherche

Liens