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5 mars 2011 6 05 /03 /mars /2011 18:39

Article paru le 28 Février 2011 dans l'Humanité

L’opposition au gaz de schiste fait tache d’huile

 

20 000personnes ont manifesté samedi à Villeneuve-de-Berg, en Ardèche, contre les risques 
de pollution liée 
à l’exploitation 
de ce gaz, un péril écologique qui mobilise aussi en Seine-et-Marne.

 

Après s’être distillée en quelques semaines dans tout le Midi, l’opposition à l’exploitation des gaz de schiste a jailli samedi, à Villeneuve-de-Berg, au cœur de l’Ardèche. Dans cette bourgade d’à peine 3 000 âmes, 20 000 personnes ont défilé contre des permis d’exploration accordés en catimini par le gouvernement aux lobbys pétroliers.

« Des bouchons se sont formés sur quatre kilomètres. Cela m’a rappelé la grande manifestation sur le Larzac, en 1973 », raconte Michel Wienin. Ce géologue d’Alès (et président du comité de soutien au candidat Front de gauche dans le canton de Vézénobres), bat les tribunes en Ardèche, en Aveyron, dans la Drôme ou le Gard plusieurs fois par semaine. Il y explique « le danger écologique de forages tous les 500 mètres pour pulvériser la roche avec une pression de 700 bars avec de l’argile mélangée à une quantité impressionnante de produits chimiques. Aux États-Unis et au Canada, les eaux superficielles et des nappes phréatiques ont été contaminées ».

Dans une zone géographique « où l’environnement a un impact économique important, en raison du tourisme vert et de l’attachement des habitants à leur qualité de vie », l’ampleur de la manifestation ardéchoise n’étonne pas outre mesure Michel Wienin, qui y voit plutôt un beau point de départ. Les collectifs départementaux qui se sont constitués samedi matin en coordination nationale ne se satisfont pas de la suspension de l’exploration annoncée par la ministre de l’Écologie, Nathalie Kosciusko-Morizet, qualifiée de manœuvre dilatoire.

Seule l’abrogation des permis permettra de sortir de la mobilisation, a déclaré José Bové, député européen Europe Écologie et fer de lance du mouvement, évoquant même un grand rassemblement cet été sur le Larzac.

Marie-Françoise Lepetit espère que le mouvement se propagera avec la même force en Seine-et-Marne, où un permis a été accordé autour de Château-Thierry. Candidate du Front de gauche aux cantonales, elle tente, avec son époux et un large collectif d’organisations politiques locales, d’obtenir des informations sur le premier préforage, réalisé dans sa commune de Doue sans la moindre concertation des élus locaux.

« Ici, c’est le triangle des Bermudes de la politique. Christian Jacob, président du groupe UMP, Jean-François Copé, président de l’UMP, et Franck Riester, tous députés du département, disent qu’ils n’étaient pas au courant. Or, M. Jacob a été rapporteur de la loi sur le Grenelle de l’environnement… » Ce samedi, une manifestation est prévue à Doue. D’ici là, le conseil municipal abordera cette question du gaz. Il s’annonce pour le moins explosif.

Pierre Duquesne

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5 mars 2011 6 05 /03 /mars /2011 17:57

Article paru le 1er mars dans l'Humanité

Adrexo surfe sur la misère des petites retraites

 

Grand groupe de distribution postale de publicité non adressée, Adrexo fait travailler des salariés précaires, le plus souvent âgés, dans des hangars sans table, sans chaise et non chauffés. À Montpellier, le personnel se rebiffe.

 

Montpellier,correspondance.

 

Une route sépare le golf de Baillargues de l’entrepôt d’Adrexo sur la commune de Mudaison, à une quinzaine de kilomètres à l’est de Montpellier. Deux mondes. D’un côté un golf fréquenté par de nombreuses personnes fortunées et de l’autre côté de la route des salariés précaires, pour la plupart âgés, malmenés par des patrons sans scrupule. Contraste saisissant. Mais depuis plusieurs jours, avec leurs syndicats, les distributeurs de prospectus se rebiffent.

À Mudaison, 50 % du personnel a entre 50 et 80 ans, selon les responsables syndicaux. Beaucoup doivent ajouter un maigre revenu à leur pension trop basse. Jusqu’à présent ces salariés triaient dans un entrepôt sans chauffage, sans chaise et sans table, les palettes de bois faisant office de plan de travail. À la demande de l’inspection du travail, le tribunal de grande instance a exigé la mise en conformité des locaux. La direction a préféré alors bouter hors du hangar les salariés plutôt que de se conformer aux demandes du tribunal. Pourtant un courrier de l’inspection du travail adressé le 24 février à Adrexo rappelle le jugement du 17 février pour l’établissement de Mudaison : « Il a été ordonné d’assurer le chauffage des locaux, d’installer des postes de travail ergonomiques, de munir ces postes de sièges, d’équiper le personnel travaillant sur tout lieu d’utilisation d’engins de levage de chaussures de sécurité. Par ailleurs il a été constaté que le CHSCT n’a pas été consulté sur le changement d’organisation du travail. » Mais Adrexo s’entête. Aurore Verny, déléguée syndicale FO, le confirme : « À la réunion exceptionnelle qui s’est tenue vendredi après-midi, la direction a campé sur ses positions. Elle dit que chaque distributeur a trouvé une solution et que trier en dehors du dépôt est une décision prise volontairement et sans contrainte. » Sans contrainte, sauf que les salariés n’ont pas le choix, ils ont trop besoin de ce maigre revenu : « Ils exploitent la misère », ajoute la jeune déléguée.

 Exploitation des chômeurs et retraités

Les salariés sont priés désormais d’aller trier chez eux, certains le faisaient déjà mais tous n’ont pas cette possibilité, alors ils font comme ils peuvent, ils trient dans leur voiture ou sur le trottoir. Sur le site Internet d’Adrexo, on peut lire : « Pour Adrexo, la réussite d’un groupe passe par l’apport des compétences de tous les collaborateurs. Nous favorisons également l’intégration de personnes handicapées et de personnes retraitées… » Adrexo surfe sur la souffrance de milliers de femmes et d’hommes qu’elle emploie ; cette société fait de l’exploitation des chômeurs et retraités un label, l’intégration sociale version Adrexo.

 

Le vendredi est le jour où les distributeurs viennent s’approvisionner pour leurs tournées. Le ballet des véhicules s’étale de 9 heures à 12 heures sur le parking de l’entreprise. Jeunes étudiants, chômeurs, retraités viennent charger leur cargaison, plusieurs tonnes de publicités vont ainsi être réparties dans des milliers de boîtes à lettres, et c’est ainsi chaque semaine. Adrien Trivellato travaille toujours à 79 ans. « Ça complète ma retraite », souffle-t-il. Un autre témoigne : « Je gagne entre 300 et 500 euros mensuels, heureusement que j’ai mon épouse qui travaille, car moi je n’ai plus droit au chômage. » Âgé d’une soixantaine d’années, il ne souhaite pas donner son nom :  Le projet de mécanisation du tri inquiète

Chaque jour les délégués de la CGT et de FO sont là, comme encore hier matin dans l’attente de la venue de l’inspecteur du travail. Sur le parking ils parlent avec les salariés et veulent « montrer à la direction qu’on ne lâche rien en attendant qu’elle se mette en conformité ». D’autres syndicalistes sont venus apporter leur soutien comme des délégués SUD PTT de Médiapost (groupe La Poste), société qui se partage le marché de la publicité non adressée avec Adrexo.

Ce qui inquiète aussi les syndicats, c’est le projet de mécanisation du tri qui serait dans les tiroirs. « Adrexo fait croire aux salariés que tout ce qui arrive est de la faute des syndicats, que s’ils n’avaient pas attaqué sur les conditions de travail la société n’aurait pas été amenée à modifier l’organisation du travail », explique Micheline Zanoni, déléguée CGT. Une stratégie classique de division qui se heurte aujourd’hui à la volonté de bon nombre de travailleurs d’Adrexo qui veulent stopper la précarité et revendiquent le respect de leur dignité.

Éloi Martinez

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17 novembre 2010 3 17 /11 /novembre /2010 15:55

Article de Laurent Mouloud paru dans L'Humanité le 16 novembre 2010

Un prof de maths pour... l’EPS ?

 

Confrontées à une pénurie de remplaçants titulaires, certaines académies n’hésitent plus à nommer des profs dans d’autres disciplines que les leurs. Exemples à Paris.

 

Cette prof de maths remplaçante a dû lire et relire le courrier à s’en écarquiller les yeux. Mais pas de doute : son arrêté d’affectation, expédié mi-octobre par le rectorat de Paris, lui demande bien de remplacer, la semaine suivant la Toussaint, un collègue prof d’éducation physique et sportive ! Et elle n’est pas la seule dans cette situation. À la même période, un prof remplaçant de physique-chimie a également été affecté sur le poste d’un prof d’EPS du lycée Carnot (17e arrondissement)…

Une situation qui a fait bondir les syndicats. Le Snes et le Snep (profs d’EPS) ont demandé des explications au rectorat, qui plaide aujourd’hui la bourde administrative. « Il y a eu quatre arrêtés faits par erreur, assure Benoît Verschaeve, directeur des ressources humaines de l’Académie de Paris. On les a annulés mais dans un ou deux cas, l’enseignant s’est quand même présenté à l’établissement. Évidemment, ils ont donné des cours dans leur discipline, pas en EPS. »

Fin de l’histoire ? Pas vraiment. Car, au-delà de ces cas extrêmes réglés sous la pression syndicale, la nomination de titulaires remplaçants (TZR) sur des matières jugées proches de leur discipline est de plus en plus utilisée pour pallier les manques d’effectifs.

À Paris, l’Académie, qui a perdu 300 postes de TZR en deux ans, a dû gérer, avant et après les vacances de la Toussaint, le départ en formation de quelque 200 enseignants stagiaires. Résultat : de nombreux remplaçants de physique-chimie, en surnombre, se sont retrouvés nommés à des postes de profs de maths, de sciences de la vie et de la terre (SVT) ou encore de technologie… « Pédagogiquement, cela ne me choque pas, estime Benoît Verschaeve. Il y a des convergences entre ces matières. Et puis, il faut bien donner une activité à des profs qui restent rémunérés. »

Légalement, l’administration ne peut – pas encore ? – obliger un prof à enseigner une matière qui n’est pas la sienne. « Mais ils y sont fortement incités, dénonce Thierry Ananou, secrétaire académique du Snes. Notamment à travers ce qu’on appelle des enseignements de ‘‘convergence’’ qui consistent, par exemple, à aborder des notions de maths à travers un exercice de physique. »

Cette polyvalence des professeurs de collège est aujourd’hui prônée au plus haut niveau, rappelle le Snes. Luc Chatel y voit l’une des solutions peu coûteuses aux problèmes de remplacements. « La bivalence existait jusqu’aux années 1980 et on a fait le constat de son échec, note Thierry Ananou. Il est triste de voir que pour des raisons d’économies, on est prêt à faire un bond de vingt-cinq ans en arrière. »

Laurent Mouloud

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17 novembre 2010 3 17 /11 /novembre /2010 15:50

Article de Pierre Duquèsne, paru dans L'Humanité, le 16 novembre 2010

Un surveillant de prison, ça ferme sa gueule ou...

 

Malgré des modes d’action très limités, les personnels pénitentiaires ont envoyé, hier, un message clair à leur nouveau ministre.

 

La gendarmerie mobile a débarqué avant huit heures du matin, hier, à Fleury-Mérogis. Les gaz lacrymogènes dispersés, un surveillant de prison a été arrêté et conduit au poste, menottes aux poignets.

Difficile pour le personnel pénitentiaire de protester contre ses mauvaises conditions de travail, un manque criant d’effectifs et un budget de la justice famélique, au 35e rang européen. « En nous évacuant dès la première journée, ils ont voulu montrer leur fermeté », explique Céline Verzeletti, de la CGT pénitentiaire. Ce blocage, symbolique et partiel, était pourtant le seul moyen de lutte des personnels de Fleury. Sur « le piquet de grève », aucun surveillant n’est gréviste. 
« Notre statut nous interdit de faire grève, précise Christian Marques, de Force ouvrière. Pour ne pas risquer la sanction disciplinaire, on manifeste sur notre temps de repos ou nos congés. »

Les rassemblements devant les prisons de Fresnes, Toulouse, Béziers et devant les directions interrégionales pénitentiaires à Marseille ou Dijon sonnent, dans ce contexte, comme une réussite pour la CGT, FO, la CFDT et la FSU, qui annoncent une nouvelle journée d’action le 24 novembre.

Entre-temps, ils espèrent que le message aura été entendu par leur nouveau ministre. « Michel Mercier devra être réactif et plus ouvert au dialogue que son prédécesseur », prévient la cégétiste. Même souhait du côté de l’Ufap-Unsa. Le syndicat majoritaire n’appelait pas à manifester car il négociait avec Michèle Alliot-Marie les moyens alloués aux transferts des détenus entre les prisons et les tribunaux. Cette mission, confiée à compter du 1er janvier aux personnels pénitentiaires déjà débordés, « devait se traduire par la création de 900 postes », explique Claude Tournel, de l’Ufap-Unsa. Son syndicat espérait, avant le changement de ministre, obtenir 100 postes supplémentaires et un moratoire jusqu’en décembre 2011. À défaut, il a déjà prévenu qu’il n’hésitera pas, lui aussi, à mettre le feu aux poudres.

Pierre Duquesne

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17 novembre 2010 3 17 /11 /novembre /2010 15:39

 

Article de Yves Housson, paru dans L'Humanité le 16 novembre 2010

Le Conseil économique et social mis sous contrôle

 

Après y avoir investi nombre de patrons et d’élus UMP, Nicolas Sarkozy appuie la candidature de Jean-Paul Delevoye à la tête du Conseil économique, social et environnemental.

 

Sale temps décidément pour la démocratie politique. Après le passage en force de la réforme des retraites, au prix d’une limitation des droits du Parlement, le renouvellement du Conseil économique, social et environnemental (Cese), dont le président doit être élu aujourd’hui, confirme les inquiétudes grandissantes en la matière. Troisième assemblée constitutionnelle, après la Chambre des députés et le Sénat, le Cese est censé représenter l’ensemble des composantes de la société civile et, par ses « avis » au gouvernement, participer à l’élaboration des choix économiques, sociaux et environnementaux de la nation. Il pourrait être un lieu exemplaire de démocratie participative. D’autant qu’une récente réforme a renforcé sa représentativité en faisant place aux associations de défense de l’environnement ainsi qu’aux mouvements de jeunes et d’étudiants, et en lui imposant la parité hommes-femmes.

Dans les faits, comme le notait un rapport récent, le Conseil « passe largement inaperçu de l’opinion publique (…), mais aussi, ce qui est plus préoccupant, des pouvoirs publics ». Il est peu sollicité par l’exécutif (28 fois au cours des cinq dernières années), et ses avis sont encore plus rarement suivis par le pouvoir politique. Et le renouvellement de sa composition ne laisse pas vraiment espérer une réelle revalorisation de son rôle. L’Élysée a, de toute évidence, suivi l’opération de très près. Pour preuve, le choix, la semaine dernière, par le Conseil des ministres des 40 membres du collège des « personnalités qualifiées », sur 233 conseillers que compte le Cese. Parmi eux, nombre de représentants d’employeurs, à l’image de l’ultralibérale Anne-Sophie de Menton, de l’association patronale Ethic, et pas moins d’une douzaine d’élus UMP ou apparentés, ainsi remerciés pour avoir « rendu de fiers services à l’Élysée », notait le Figaro. Dans le lot, on trouve également deux conseillers de Nicolas Sarkozy, Raymond Soubie et Pierre Charon, et Jean-Paul Delevoye, actuel médiateur de la République, membre éminent de l’UMP.

Avec le soutien de l’Élysée, Jean-Paul Delevoye brigue cet après-midi la présidence du Cese. S’il est élu, le Conseil sera, pour la première fois de son histoire, dirigé par un homme politique. Son seul rival, Jean-Pierre Davant, président de la Mutualité, a accusé Nicolas Sarkozy de « politiser à l’extrême » le Conseil et plaidé pour qu’il soit « une caisse de résonance de la société civile, pas un étouffoir ». Le groupe des conseillers CGT, de son côté, relevant que les désignations faites par l’Élysée « portent préjudice, de fait, à nos futurs travaux », a dénoncé « une tentative de reprise en main de notre assemblée par le pouvoir », et annoncé son abstention lors de l’élection à la présidence. Pour sa part, FO a fait savoir qu’il soutiendrait Jean-Paul Delevoye, qualifié de « républicain, attaché au dialogue social », la CFDT apportant ses suffrages à Jean-Pierre Davant.

Yves Housson

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13 novembre 2010 6 13 /11 /novembre /2010 10:06

Article de Laurent Mouloud, paru dans L'Humanité, le 12 novembre 2010

Copiez 100 fois : « Je ne dirai plus de mal de la réforme Woerth... »

 

 

Dix élèves d’un lycée de Seine-et-Marne ont été exclus durant quarante-huit heures pour avoir organisé le blocus de leur établissement en octobre.  Et ont été obligés de rédiger un devoir sur la réforme des retraites Woerth-Sarkozy...

 

Lorsqu’il s’agit de réprimer les mobilisations lycéennes, certains proviseurs ne font pas dans la finesse. Dix élèves du lycée Galilée de Combs-la-Ville (Seine-et-Marne) ont ainsi été exclus durant quarante-huit heures de leur établissement pour avoir organisé, le mardi 19 octobre, le blocus de leur établissement contre la réforme des retraites. Une sanction prise sans conseil de discipline. Et qui s’est accompagnée d’une drôle de punition à faire à la maison : un devoir sur la réforme des retraites version gouvernementale…

« La proviseure a décidé de se faire justice elle-même, dénonce Éric Sueur, le secrétaire départemental de la FSU. On ne dit pas qu’il est bien de bloquer les établissements, mais s’il doit y avoir des sanctions, elles doivent être transparentes et pédagogiques. Là, on n’a même pas pu contester les soi-disant preuves. »

Le blocus du 19 octobre s’était accompagné de quelques incidents. Notamment des tags et un incendie de poubelle, qui s’est propagé à une partie du grillage du lycée. Quelques jours plus tard, dix familles ont reçu des courriers d’exclusion. Pour monter son dossier à charge, la proviseure a repéré sur Facebook les élèves qui appelaient au mouvement et s’est également basée sur des vidéos et photographies prises par du personnel du lycée.

« Ce choix est totalement arbitraire et injuste ! réagit Nicolas, élève à Galilée et responsable départemental de la Fidl. Un des élèves a été visé pour être juste monté sur une poubelle ! » Quant aux débordements, ils ont été le fait de jeunes extérieurs à l’établissement, assure Nicolas. « Les organisateurs du blocus, au contraire, ont appelé à la dispersion lorsqu’ils ont vu qu’il commençait à y avoir des violences. »

Des arguments que la proviseure, qui a rencontré samedi dernier une délégation de représentants de la FCPE, de la Fidl et de syndicats enseignants, se refuse à entendre. Pis : elle a exigé des élèves sanctionnés qu’ils rédigent un devoir sur le thème des retraites pendant leurs deux jours d’exclusion. Un questionnaire qui réjouirait Éric Woerth : il associe implicitement – dans la droite ligne gouvernementale – espérance de vie et recul de l’âge de départ, il demande aux élèves de présenter « précisément » la réforme de 2010 ou encore, il invite à disserter sur le lien entre emploi des jeunes et maintien de l’âge de départ en retraite… « C’est une punition orientée, provocatrice, regrette Éric Sueur. Une manière de dire que les jeunes n’ont rien compris et de faire taire toute velléité de contestation. »

Laurent Mouloud

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13 novembre 2010 6 13 /11 /novembre /2010 09:57

Article de Grégory Marin, paru dans L'Humanité, le 12 novembre 2010

Dans la France de Sarkozy, tous suspects, tous surveillés ?

 

Il est « interdit aux services de renseignements » de demander hors cadre légal des factures de téléphone détaillées aux opérateurs. En rappelant le droit, le gouvernement confirme les soupçons d’espionnage dont les journalistes sont victimes.

 

Les « grandes oreilles » ont dû siffler. C’est de Matignon qu’est venue la confirmation que la DCRI (direction centrale du renseignement intérieur) a bien procédé à des écoutes illégales sur les sources de journalistes travaillant sur des affaires sensibles pour l’Élysée et le gouvernement, notamment l’affaire Bettencourt et celle de l’attentat de Karachi. Selon France Info, une note classée confidentiel-défense, signée du directeur de cabinet de François Fillon, a été envoyée fin septembre au ministère de l’Intérieur, recadrant l’utilisation de ce moyen d’investigation : « La loi interdit aux services de renseignement de se procurer directement les factures détaillées auprès des opérateurs de téléphone », rappellent les services du premier ministre.

Matignon ouvre le parapluie. À l’approche du remaniement, le premier ministre se donne le beau rôle, celui du garant de la démocratie. Mercredi, devant l’Assemblée nationale, il s’est désolidarisé de la place Beauvau, comme de l’Élysée : « Le strict respect des libertés publiques (…) impose que les interceptions et toutes les données qui s’y rattachent soient strictement limitées et soient contrôlées de façon très étroite. » Manière de dire que jusqu’ici, cela n’a pas été le cas… Le ministre de l’Intérieur, Brice Hortefeux, a démenti : « Hier, aujourd’hui comme demain, la DCRI respecte et respectera très précisément les textes, leur interprétation et leur évolution. »

Majorité et opposition, des élus sur écoute

Est-ce bien « l’interprétation » et « l’évolution » des textes  qui a permis les dérives que l’on sait ? Daniel Vaillant, ancien ministre socialiste de l’Intérieur et membre de la Commission nationale de contrôle des interceptions de sécurité (CNCIS), en doute. « Il y a une loi, elle a très bien fonctionné, y compris quand j’étais ministre. Aucune écoute administrative ou consultation de fadettes (les factures détaillées fournies par les opérateurs – NDLR) n’était effectuée sans l’accord du premier ministre, qui lui-même consultait la CNCIS. »

François Fillon a beau opposer une « ligne de conduite du gouvernement » irréprochable aux questions sur le contrôle des citoyens, il semble que les services de renseignement instrumentalisés aient outrepassé leurs droits. Car si les services et Matignon s’étaient adressés à la commission, « nous aurions donné un avis défavorable, expliquait hier Daniel Vaillant à France Info. Voilà pourquoi sans doute certains ont cru pouvoir se priver de cet avis, s’attendant à la réponse ».

Les « fantasmes » dénoncés par le premier ministre devant la représentation nationale semblent plus courants qu’il ne veut le laisser croire. Alain Juillet, ancien directeur du renseignement à la direction générale de la sécurité extérieure, rappelle les fondamentaux : « Il y a toujours eu, au sommet de l’État, une cellule chargée de contrôler et de piloter des opérations utiles au pouvoir ou destinées à le protéger. » Ce que confirment certains membres de l’opposition. Ainsi l’ex-magistrate Eva Joly, interrogée par le Nouvel Observateur, affirmait être « sur écoute ». « Ce n’est pas une inquiétude mais une certitude. »

Le doute n’épargne pas la droite. Le président du groupe UMP à l’Assemblée nationale, Jean-François Copé, assure à l’Express être « probablement sur écoute », l’eurodéputée Rachida Dati se pose des questions… Si même pour la majorité, la France de 2010 devient orwellienne…

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13 novembre 2010 6 13 /11 /novembre /2010 09:52

 

Article de Peter Avis paru dans L'Humanité le 12 Novembre 2010

 

Cameron met le feu aux poudres dans les facs

 

 

Des milliers d’étudiants et d’enseignants ont manifesté mercredi à Londres pour 
dénoncer les coupes du premier ministre dans le budget de l’enseignement supérieur.

 

Londres, correspondance.

 

Cinquante mille étudiants et enseignants sont descendus dans la rue mercredi pour défendre les universités contre le programme de rigueur du gouvernement. Une telle manifestation à Londres ne s’était pas vue depuis de très longues années. Mais la colère était à la hauteur de ce que veulent imposer les conservateurs. Les frais d’inscription à l’université en Angleterre devraient considérablement augmenter d’ici à 2012, certaines facultés pouvant jusqu’à tripler les frais d’entrée, a annoncé le cabinet de coalition rassemblant les conservateurs et les libéraux-démocrates le 3 novembre. Actuellement, ces frais ne dépassent pas 3 300 livres (3 800 euros) par étudiant et par an. Mais le gouvernement a décidé que les universités pourront les fixer à 6 000 livres, et dans « des circonstances exceptionnelles » à 9 000 livres. Et les étudiants seraient obligés de rembourser ces frais après avoir trouvé un emploi à la fin de leurs études : un lourd fardeau à porter à l’avenir.

Le plan de rigueur du premier ministre David Cameron dit envisager des économies de 40 % sur quatre ans dans l’éducation supérieure. D’où, la manifestation de mercredi, organisée par le Syndicat national des étudiants en liaison avec celui des enseignants.

Dans la foule près du Parlement à Westminster se trouvait David Barclay, président du syndicat des étudiants à la prestigieuse université d’Oxford, avec quatre cents de ses camarades. « Les étudiants d’Oxford n’acceptent pas d’assister à la décimation des fonds pour l’enseignement, a-t-il déclaré, ni que la prochaine génération d’étudiants soit alourdie d’une dette insupportable pendant que notre université devienne de nouveau un refuge pour l’élite privilégiée. »

Dans les médias, c’est le débordement de quelques centaines de personnes à la fin de la manifestation qui a attiré surtout l’attention. Millbank Tower, le quartier général du Parti conservateur, a été envahi et occupé pendant quelque temps. La violence d’une petite minorité de manifestants a été dénoncée par le syndicat des étudiants. 32 personnes ont été arrêtées et la police fait état de 14 blessés, dont 7 policiers.

Le programme de rigueur (pour payer les dettes créées par des banquiers) est ressenti par d’autres couches de la population. Ainsi, les sans-emploi pourront être obligés de travailler gratuitement pour garder leurs allocations. La colère sera exprimée encore plus dans la rue.

Peter Avis

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11 novembre 2010 4 11 /11 /novembre /2010 11:42

Article paru dans L'Humanité, le 9 novembre 2010

La pauvreté s'installe en France

 

 

Chômeurs, étrangers sans ressources mais aussi salariés: près d'1,5 million de personnes ont eu recours à l'aide du Secours catholique en 2009, un nombre en augmentation compte tenu de la crise économique. Le rapport annuel de l'association relève un point commun à toutes ces personnes: l'extrême faiblesse de leurs ressources, insuffisantes pour faire face aux dépenses courantes, encore plus aux dépenses imprévues.

 

"Toutes ces personnes en difficultés ne sont pas de mauvais gestionnaires", souligne Pierre Levené, secrétaire général du Secours catholique: c'est "l'insuffisance de leurs ressources, absolument criante", qui est en cause."On est proche du scandale de laisser autant de gens avec si peu", souligne-t-il.

En 2009, pour la seconde année consécutive, le nombre de personnes accueillies par les 63.000 bénévoles du Secours catholique a progressé et atteint 1,48 million, soit 80.000 personnes de plus qu'en 2008. Le nombre de "situations de pauvreté" parmi les ménages rencontrés a progressé de 2,1%, à 637.200, en particulier dans les rangs des familles avec enfants, des moins de 40 ans et des personnes "inclues" dans la société, Français ou étrangers en règle. Cette hausse s'explique par une augmentation du nombre d'étrangers, avec ou sans papiers, mais aussi, pour les Français actifs, par les effets de la crise économique: chômage et baisse du pouvoir d'achat.

Le nombre d'actifs employés ou en recherche d'emploi (62% du public, +2,5 points) "représente l'essentiel de la hausse", note le rapport. "Le travail pauvre ne recule pas malgré la mise en place du revenu de solidarité active (RSA) en 2009", précise-t-il. Chez les demandeurs d'emploi, l'ONG rencontre "un plus grand nombre de personnes pour qui aucune perspective d'amélioration de l'emploi ne se dessine alors que la mise en place du RSA devait rendre l'emploi plus attractif". Parallèlement, "même si les prix se sont stabilisés en 2009, l'augmentation des revenus n'a pas compensé les hausses de prix intervenues précédemment".

Beaucoup de ménages sont dans des situations de surendettement

En décortiquant les budgets de 1.163 ménages vivant non pas dans la grande exclusion mais dans une "pauvreté ordinaire", le Secours catholique évalue le revenu mensuel médian à 759 euros hors aides au logement. Les dépenses incompressibles : loyers, énergie, eau, mutuelles et assurances, impôts, transports, scolarité, représentent 515 euros, soit 68% du budget, les dépenses de la vie courante (alimentation et habillement) 265 euros. A la fin du mois les comptes sont déjà dans le rouge (-21 euros). Il reste encore à financer, souvent par le crédit, les dépenses imprévues (pannes, problème de santé) et les dépenses "souples" (entretien du logement, du véhicule, loisirs), que l'on peut retarder. Le solde plonge alors à -141 euros.

"Beaucoup de ces ménages sont dans des situations de surendettement. Ensuite c'est l'accumulation et un cercle vicieux duquel ils ne peuvent jamais sortir complètement", explique Pierre Levené. Une situation particulièrement complexe en milieu rural, "où l'absence de transports publics complique encore la tâche des actifs", souligne-t-il.

A partir de ce constat le Secours catholique dresse une liste de propositions: "créer un environnement plus porteur" pour les actifs avec davantage de places en crèche et de transports en milieu rural, mais aussi relever les minima sociaux et revaloriser les aides publiques au logement, favoriser les contrats à temps plein et la formation.

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9 novembre 2010 2 09 /11 /novembre /2010 18:14

Article de Damien Roustel paru dans L'Humanité, le 8 novembre 2010

La croissance en question

 

Les progrès dans la santé et l’éducation ne sont pas toujours liés aux revenus.

 

«Il y a peu ou pas de lien entre la croissance économique et le développement humain », assène Emma Samman, à l’occasion de la présentation, à Paris, du vingtième rapport annuel sur le développement humain du Programme des Nations unies pour le développement (Pnud). « Un des résultats les plus surprenants de la recherche sur le développement humain de ces dernières années, confirmé dans le rapport, est l’absence de corrélation forte entre la croissance économique et les améliorations en termes de santé et d’éducation », indique le Pnud. Le rapport de l’ONU cite l’Iran, le Togo et le Venezuela où, malgré une baisse des revenus, l’espérance de vie a augmenté de quatorze ans en moyenne, et le taux de scolarisation de 31 % depuis 1970. Le cas de la Chine est exemplaire. Le champion planétaire de la croissance a enregistré des progrès très lents dans les domaines liés au développement humain.

En 1970, l’espérance de vie d’une petite fille chinoise était de soixante-trois ans contre cinquante-cinq ans pour une petite fille tunisienne. Quarante ans plus tard, l’espérance de vie d’une jeune Tunisienne est de soixante-seize ans, soit un an de plus qu’une petite Chinoise. Et pourtant le PIB par habitant en Chine a bondi de 8 % par an pendant cette période, contre 3 % en Tunisie. Pour expliquer ce paradoxe, le Pnud met en avant les progrès des technologies et l’évolution des structures de la société qui « permettent à présent, même aux pays plus pauvres, d’obtenir plus facilement des améliorations ». C’est particulièrement vrai pour des États comme Oman, le Népal, la Tunisie ou bien encore l’Éthiopie. Le Pnud insiste également beaucoup sur les limites de l’économie de marché, sans toutefois remettre en cause le rôle indispensable de la croissance dans l’augmentation des revenus. « En général, les marchés affichent de piètres performances en termes de fourniture de biens publics tels que sécurité, stabilité, santé et éducation », assure le Pnud.

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