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21 octobre 2010 4 21 /10 /octobre /2010 13:57

Article paru dans L'Humanité le 20 Octobre 2010

 

Les « Attali’s boys » en éclaireurs

 

La commission présidée par l’ancien conseiller de Mitterrand soumet 25 propositions .

 

Le rapport remis à la fin de la semaine dernière à Nicolas Sarkozy par les 45 membres de la commission présidée par Jacques Attali, ancien conseiller de François Mitterrand à l’Élysée, a suscité l’enthousiasme du président de la République, qui s’est réjoui de ces « convergences » avec sa propre politique. 25 propositions sont soumises au chef de l’État, elles visent prétendument à « accroître le potentiel de croissance » du pays grâce, essentiellement, à la réduction des dépenses publiques.

Dans cette veine, la commission préconise de ramener le déficit public en dessous de 3 % du PIB en 2013 grâce à une croissance moyenne de 2 % par an et à un ajustement de 75 milliards d’euros sur trois ans, rendu possible par une réduction de la dépense publique de 50 milliards et un élargissement de l’assiette des prélèvements obligatoires de 25 milliards. Parmi les mesures préconisées, on note un gel du point d’indice des fonctionnaires jusqu’en 2013, l’élargissement de « la règle de non-remplacement d’un fonctionnaire sur deux partant à la retraite aux collectivités locales et à la Sécurité sociale », le gel de certaines prestations sociales, la mise sous condition de ressources des allocations familiales, le déremboursement de médicaments, la mise à contribution financière des malades en affection de longue durée…

Sur le sujet des retraites, les « Attali’s boys » estiment nécessaire d’étendre la durée de cotisation et celle du temps de travail. En ce qui concerne le capital et les hauts revenus, le document se contente de prôner « un réexamen » des plus-values et des successions, et de demander que « la contribution des plus favorisés ne soit pas annulée par le bouclier fiscal ».

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21 octobre 2010 4 21 /10 /octobre /2010 13:54

Article de Mina Kaci paru dans L'Humanité le 20 Octobre 2010

Un langage qui fait mouche

 

Jean-Luc Mélenchon, le président du Parti de gauche, a séduit la foule amassée, lundi soir, au Théâtre Dejazet à Paris, pour écouter son discours sur la « Révolution citoyenne ».

 

 

Les 600 places n’ont pas suffi à contenir la foule qui se pressait, lundi soir, au meeting parisien du Parti de gauche (PG) sur la «Révolution citoyenne» (1). Mais pour ne pas laisser la frustration gagner près de 300 personnes amassées dehors, Jean-Luc Mélenchon a dû prononcer son discours une première fois en plein air, avant de le déclamer de nouveau à l’intérieur du théâtre Déjazet.

Est-ce le parfum d’insurrection flottant en France qui provoque une telle affluence ? Est-ce une façon pour les militants “pégistes” de se montrer solidaires de leur leader que d’aucuns qualifient de « populiste » ? Est-ce simplement l’envie d’écouter cet orateur hors pair dire certaines vérités murmurées dans les couches populaires ? Jean-Luc Mélenchon charme cette foule qui applaudit ses diatribes contre la « médiacratie », rit à ses jeux de mots, du style « le Monde, ce journal de révérence », jubile à ses attaques contre Laurence Ferrari, la présentatrice de TF1 rebaptisée « préparatrice de temps de cerveau disponible pour la publicité ».

Mais le président du PG sait aussi attirer l’attention de l’assistance en dénonçant « l’oligarchie, cette bande du Fouquet’s qui hait le peuple, le méprise, car c’est la classe la plus dangereuse pour elle », en expliquant pourquoi et comment « couper tous les tuyaux raccordés à la bulle financière », en remettant à l’ordre du jour la lutte entre « le capital et le travail » et le « nécessaire partage des richesses ». Ce fin pédagogue transmet aisément son enthousiasme pour la « révolution citoyenne », concept inspiré de l’Équateur, qu’il fait sien, en espérant le faire devenir celui du Front de gauche. Laquelle alliance est « un outil pour le peuple, c’est le cœur de la gauche », clame-t-il, en affirmant que, si « le peuple a toujours été un problème pour l’oligarchie et la médiacratie, il a toujours été une solution pour nous ».

 

(1) Qu’ils s’en aillent tous, vite, 
la révolution citoyenne, 
Jean-Luc Mélenchon. Éditions Flammarion, 10 euros.

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21 octobre 2010 4 21 /10 /octobre /2010 13:50

Article de Michel Muller paru dans L'Humanité le 20 Octobre 2010

 

Dernier recours pour Mumia Abu Jamal

 

Les défenseurs du journaliste noir en appellent à l’aide de l’opinion internationale à un moment où des menaces de mise en œuvre de son exécution deviennent de plus en plus précises.

 

«Nous avons besoin de vous !» C’est un appel véritablement angoissé que nous avons entendu lundi soir au siège du PCF. Il est lancé depuis les États-Unis par maître Robert R. Bryan, l’avocat de Mumia Abu Jamal. Une liaison audiovisuelle avec le défenseur du journaliste noir avait été établie à l’occasion d’une rencontre avec le journaliste réalisateur Henry Chapier venu présenter son film-documentaire Un été américain. Ce dernier raconte l’improbable rencontre en été 1968 entre les étudiants, blancs dans leur immense majorité, de l’université californienne Berkeley et les jeunes Noirs du Black Panther Party, à Oakland.

 

Accusé sans preuves

Le lien entre le combat pour sauver Mumia et les Panthères noires, où dès l’âge de quinze ans il militait à Philadelphie (Pennsylvanie) en tant que responsable à l’information, est aujourd’hui encore la raison de l’acharnement de ceux qui veulent sa mort : en particulier le procureur général (noir) de Pennsylvanie et le syndicat policier mafieux, l’Ordre fraternel de la police (FOP) qui bénéficie d’une redoutable tribune avec la chaîne de télévision d’extrême droite FoxNews.

Accusé sans preuves d’avoir abattu le policier William Faulkner dans la nuit du 8 au 9 décembre 1981, Mumia Abu Jamal a été condamné à mort par un jury blanc sous l’égide d’un juge ouvertement raciste en juillet 1982. Par deux fois, la solidarité internationale, notamment française, l’a sauvé d’une exécution imminente.

En 2008, la cour fédérale, sans autre examen au fond, confirme sa culpabilité mais suspend provisoirement sa condamnation à mort ; mais, en janvier 2010, la Cour suprême des États-Unis donne suite en janvier au recours de l’accusation (ministère public de Pennsylvanie) en renvoyant l’affaire devant la justice fédérale et en lui faisant injonction de revoir sa décision en condamnant définitivement Mumia à mort.

 

l’ultime jugement

Le 9 novembre prochain la cour fédérale consacrera une audience destinée à décider définitivement du sort de la « Voix des sans-voix ». Après cet ultime « jugement », Mumia n’aura plus aucun recours. Il faut tout faire pour le sauver : c’est possible, tout particulièrement ces jours-ci, où des dizaines de milliers de jeunes qui défilent dans nos villes pour la justice et la liberté mènent un combat pour les mêmes valeurs que celles de Mumia, a souligné Marie-Georges Buffet présente aux côtés d’Henry Chapier, avec Jacky Hortaux, responsable du collectif unitaire pour Mumia, et Pierre Laurent, qui a réaffirmé le soutien des communistes, par leurs actions (1) et leur participation aux larges initiatives qui se dérouleront dans les prochains jours à l’appel notamment du collectif unitaire.

 

(1) Signez la pétition mondiale 
pour demander au président Obama de se prononcer pour un moratoire universel – donc y compris aux 
États-Unis – des exécutions capitales (il n’a pas la capacité constitutionnelle d’accord de la grâce). Site www.mumiabujamal.net (rubrique actualité – juillet 2010 nouveau recours de Me R. Bryan)

Michel Muller

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21 octobre 2010 4 21 /10 /octobre /2010 13:46

Article de Sébastien Crépel paru dans L'Humanité le 18 Octobre 2010

 

Au Sénat, la mobilisation de l’UMP en décélération

 

De plus en plus de sénateurs de droite désertent l’hémicycle... Résultat : des « erreurs » de vote aboutissent au rejet d’articles et mettent le gouvernement dans l’embarras.

 

Même si les conditions pour un débat serein ne sont plus remplies depuis longtemps au Sénat, le gouvernement continue de feindre de ne pas l’entendre et redouble de pression pour aller au bout de l’adoption de la réforme. L’objectif pour les ministres et Nicolas Sarkozy reste d’arracher un feu vert de la Haute Assemblée, mercredi, au lendemain de la nouvelle journée d’action décidée par l’intersyndicale. Et d’obtenir un vote définitif du Parlement d’ici à la fin du mois.

Car le gouvernement veut en finir d’autant plus vite que la démobilisation gagne son camp et non celui du mouvement social, comme il tente de le faire croire. De plus en plus de sénateurs UMP désertent l’hémicycle et obligent la présidence du Sénat à user des ressources du règlement pour garder la maîtrise des opérations et empêcher la gauche, de plus en plus souvent majoritaire en séance, de rejeter les articles. Parmi les artifices utilisés, celui dit du « scrutin public », qui permet à un seul sénateur de voter pour tout son groupe. Un exercice qui demeure aléatoire, comme le montrent les « erreurs » de sénateurs se trompant de bulletin… et qui ont entraîné le rejet de l’article 4 sur l’allongement de la durée de cotisation ou encore l’abrogation du report de l’âge de la retraite des infirmières ! « La fatigue aidant, notre sénateur (Adrien Giraud – NDLR) s’est trompé. Nous voulions voter pour l’article 4 », s’est désolé le groupe centriste, qui rejette la faute sur « l’obstruction » des communistes. Au groupe CRC-SPG, on rit de ces péripéties : « Nous préférons voir dans le vote de M. Giraud l’expression de son subconscient », ironise Guy Fischer. « Relever de deux ans la durée de cotisation, c’est interdire aux jeunes de prendre leur retraite à 60 ans », a objecté de son côté Marie-France Beaufils (PCF).

Auparavant, un article portant sur la retraite des militaires avait été rejeté par la gauche en supériorité numérique. À ce rythme, ces « incidents » n’en sont plus et contribuent à décrédibiliser un peu plus le gouvernement, acculé à demander au Sénat de revoter les articles en fin de discussion. « Vous voudriez faire croire que tout est plié. Pour notre part, nous sommes convaincus que tout reste possible ; et si vous demandez en fin de discussion de ce texte une deuxième délibération sur l’article 4, c’est qu’il sera possible de voter à nouveau sur l’ensemble des articles de votre projet de loi, y compris sur le passage à 62 ans et à 67 ans », a observé Guy Fischer. « Pour une réforme qui serait LA réforme du président de la République, votre mobilisation est extrêmement médiocre », a raillé de son côté Jean Mahéas (PS).

Samedi, alors que les manifestants défilaient, la bataille faisait rage au Sénat sur la pénibilité et sur le devenir de la médecine du travail. Marie-Agnès Labarre (Parti de gauche) a dénoncé la volonté du gouvernement de « faire entrer par la fenêtre son projet de démantèlement de la médecine du travail », dont l’indépendance vis-à-vis des employeurs est remise en cause. Quant à la pénibilité du travail, celle-ci est sciemment confondue avec le handicap dans le texte. Deux conceptions s’opposent alors : celle qui consiste à s’en remettre à « des facteurs objectifs qui ouvrent des droits » collectifs, comme le défend la gauche, ou celle du gouvernement qui individualise ces droits en contraignant le travailleur à « prouver devant le médecin qu’il est à bout de force », a accusé Jean-Pierre Sueur (PS).

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21 octobre 2010 4 21 /10 /octobre /2010 13:38

Article de Sébastien Crépel paru dans L'Humanité le 20 octobre 2010

 

 

 Pierre Laurent met Fillon au défi

 

Le secrétaire national du PCF propose de débattre avec lui des retraites à la télévision.

 

Le secrétaire national du PCF, Pierre Laurent, a proposé, hier, au premier ministre François Fillon, dans un courrier qu’il lui a adressé, d’ouvrir un « débat réellement contradictoire » sur la réforme des retraites. Pierre Laurent se dit prêt à débattre avec lui « sur une grande chaîne de télévision », en particulier des pistes de financement alternatives en débat. « Vous n’avez pas souhaité jusqu’à présent rouvrir la discussion avec les organisations syndicales sur d’autres bases que le report de l’âge légal de départ à la retraite alors même que des millions de Françaises et de Français vous le demandaient », rappelle Pierre Laurent dans sa lettre. « Vous dites qu’il n’y a pas d’autres choix possibles pour assurer le financement des retraites et vous déclariez dimanche soir (au 20 heures de TF1 – NDLR) que les propositions qui sont faites par l’opposition sur ce sujet sont en quelque sorte une escroquerie. Vous avez notamment affirmé que la taxation du capital n’a jamais permis de trouver des financements suffisants pour les masses qui sont en cause en matière de retraites. Or, c’est précisément cette affirmation qui mériterait un débat réellement contradictoire. » Le responsable communiste tient en effet ce refus « d’ouvrir ce débat sur la question du financement des retraites » comme le point majeur qui « est en train de provoquer le blocage du pays ». Estimant que le premier ministre ne peut plus « nier qu’un débat très profond traverse la société française sur les choix en matière de financement des retraites », il lui propose de « confronter (ses) positions à celles qu’au nom du PCF, [j’] avance à ce sujet, lors d’un débat, propositions contre propositions », à la télévision. « Dans l’attente d’une réponse de votre part », conclut-il… François Fillon relèvera-t-il le défi ?

S. C.

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11 juin 2010 5 11 /06 /juin /2010 15:29

Article de Laurent Mouloud paru dans L'Humanité jeudi 10 juin 2010

Les couacs annoncés de la rentrée scolaire

 

Dans un contexte de restrictions budgétaires tous azimuts, la rentrée 2010 s’annonce plombée par une série de réformes qui vont encore aggraver la situation de l’école publique.

La rentrée scolaire est encore loin. Et pourtant, le rendez-vous de septembre, organisé sur fond de diète budgétaire, inquiète déjà le monde éducatif. De la nouvelle formation des maîtres aux derniers programmes de seconde, en passant par le retour de la semaine de quatre jours et demi, une avalanche de mesures se profile à l’horizon. Pour chacune, les mêmes mots tournent en boucle – «  précipitation  », «  absence de concertation  ». Et la suspicion généralisée plane désormais sur les intentions de Luc Chatel, dont le peu de crédit s’est effondré auprès de la profession depuis que son plan pluriannuel de suppression de postes a fuité dans la presse. Tour d’horizon de ces dossiers qui vont plomber la rentrée.

1/ Pas plus de remplaçants devant les élèves

Selon les propres chiffres du ministère, les absences de courte durée dans le secondaire ont représenté cette année quelque 2,2 millions d’heures de cours perdues. Même la situation dans le primaire, d’habitude plus épargné, s’est dégradée cette année. Pour la première fois, des dizaines de parents d’élèves de l’académie de Créteil ont déposé plainte collectivement devant le tribunal administratif pour «  défaut de mise en œuvre de l’obligation scolaire  ». Face à cette situation, Luc Chatel a décrété, en mars, la «  mobilisation générale  ». Mais n’avait à offrir qu’un bricolage précaire. Ses solutions  ? Donner la possibilité aux profs remplaçants qui le peuvent d’œuvrer dans l’académie voisine et surtout constituer un hypothétique «  vivier  » de remplaçants composés de retraités de l’éducation nationale et d’étudiants en cours de formation  ! Évidemment, à aucun moment le ministre n’a envisagé de recréer les 3 000 postes de remplaçants titulaires supprimés en 2009… Ce qui rend furieux les parents d’élèves de la FCPE.

2/ Des profs sans formation

C’est l’autre grand sujet d’inquiétude. Cette rentrée 2010 sera marquée par l’arrivée de la nouvelle formation des maîtres. Contestée par l’ensemble du monde éducatif et objet de plusieurs recours au Conseil d’État, cette réforme va propulser dans les établissements une dizaine de milliers de professeurs débutants qui devront prendre d’emblée la responsabilité d’une classe à plein-temps sans avoir reçu de formation préalable. Tout juste seront-ils épaulés par un «  tuteur  », la plupart du temps un simple collègue. «  C’est l’assurance de les envoyer au casse-pipe  », pronostiquent les formateurs en IUFM. Ces classes, en tout cas, promettent de sacrés remous  : tenues par un stagiaire avec tuteur en début d’année, elles seront ensuite dirigées par le stagiaire seul, puis par le tuteur ou un étudiant remplaçant pendant les semaines de formation du prof stagiaire, puis de nouveau par ce dernier  ! Encore faut-il, pour les rectorats, trouver suffisamment de tuteurs volontaires. «  C’est loin d’être le cas dans certaines académies, assure un syndicaliste. Certains recteurs envisagent même de recruter parmi les néoretraités…  »

3/ La fin de la semaine de quatre jours

Lancée en grande pompe par Xavier Darcos en 2008, la semaine de quatre jours dans le primaire n’est plus la bienvenue. Dans sa circulaire de préparation de la rentrée 2010, publiée en mars, le ministère a demandé aux recteurs et aux inspecteurs d’académie d’encourager «  l’organisation de la semaine en neuf demi-journées (du lundi au vendredi en incluant le mercredi matin)  ». Une initiative saluée par la FCPE, mais qui doit encore être adoptée par les conseils d’école, qui décident en dernier ressort. En tout cas, ce retour aux quatre jours et demi devrait entraîner un nouveau branle-bas de combat dans les familles et les collectivités locales qui venaient à peine de s’habituer au précédent rythme…

4/ Pas de manuels scolaire en septembre ? 

La rentrée est dans trois mois et les programmes de la classe de seconde, issus de la réforme du lycée, viennent à peine d’être bouclés  ! Résultat de ces délais ubuesques  ? Hormis les mathématiques et les langues vivantes, les éditeurs ne parviendront pas à fournir tous les manuels scolaires avant la fin août. «  Les enseignants vont être obligés de préparer des cours déconnectés de tout manuel auquel les élèves puissent se référer  », peste le Snes-FSU. Avec leurs élèves, ils devront même se contenter de version numérique jusqu’à octobre  !

Laurent Mouloud

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11 juin 2010 5 11 /06 /juin /2010 15:24

 

Article de Ixchel Delaporte, paru dans L'Humanité, le 10 juin 2010

 

Ces profs stagiaires qu’on envoie « au casse-pipe »

 

Ils seront lancés dans les classes dès septembre, sans formation.

« On est complètement paniqués. » Étudiante en master d’histoire-géographie, Florence Giraud passe cette année le concours du Capes. Elle fait partie de ceux qui auront à pâtir de « l’improvisation totale » du ministère, lancé dans une réforme de la formation des enseignants. Les informations leur parviennent au compte-gouttes, par rumeurs ou par médias interposés. Seule certitude : les conditions difficiles de leur année de stage. « Nous allons travailler pendant dix-huit heures, sans presque aucun temps pour la formation. On va devoir assumer des classes comme un prof normal. Dans ces conditions, les tuteurs ne veulent pas de nous. Ça va être très dur », s’inquiète Florence. Même sentiment pour Guillaume Pollack, vingt-deux ans, qui prépare le même Capes  : « On a le sentiment d’être envoyés au casse-pipe. Nous ne sommes pas préparés à affronter une classe. Même celui qui finit major du concours n’est pas forcément tout de suite un bon prof… » Une inquiétude partagée par les tuteurs, ces professeurs chargés de guider les jeunes stagiaires pendant leur première année. Début avril, une pétition lancée par trois syndicats de la FSU appelait à refuser ces missions. Professeur et tutrice depuis dix ans dans un lycée des Hauts-de-Seine, Valérie (1) refuse d’appliquer un tutorat vidé de sa substance. « Le métier d’enseignant s’apprend en plusieurs années », appuie-t-elle et nécessite de pouvoir « prendre du recul sur l’enseignement », notamment « quand ça se passe mal ». Impossible avec un emploi du temps qui équivaut à un temps plein de vacataire. D’autant qu’aux dix-huit heures en classe, il faut ajouter le temps de préparation des cours. Valérie calcule  : « Pour un jeune prof, il faut entre trois et quatre heures de préparation à la maison pour une heure de cours. Sans compter la correction des copies. Ça laisse peu de temps à la formation et le stagiaire devra travailler sept jours sur sept. » Dans les établissements considérés comme difficiles, il paraît peu souhaitable, ajoute aussi la tutrice, que « les élèves sachent qui est stagiaire et qui ne l’est pas. Car dès qu’ils sentent une faille, ils s’y engouffrent ». « On paye les pots cassés des réformes », résume Guillaume, qui voit dans « cette formation au rabais un coup porté à l’égalité des chances ». La crainte de beaucoup ? Que ces professeurs débutants, submergés par les difficultés, ne démissionnent au bout d’un an.

 

Ixchel Delaporte

(1) Le prénom a été changé par souci d’anonymat

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11 juin 2010 5 11 /06 /juin /2010 15:19

Reportage de Christelle Chabaud, 

paru dans L'Humanité, le 10 juin 2010

Cliniques privées. À Montpellier, une révolte qui vient de loin

En Languedoc-Roussillon, depuis trois semaines, 
les personnels 
des cliniques privées sont engagés dans une grève puissante et inédite. Au cœur du mouvement, les « doubles journées » que certains sont obligés de faire, faute de salaires décents…

Montpellier (Hérault), correspondance.

 

 

Déjà la troisième semaine de grève. Du jamais-vu dans le secteur de la santé privée du Languedoc-Roussillon. Dans les cliniques montpelliéraines, les couloirs se sont comme accoutumés à la faible affluence, d’autant que certaines directions ont décidé de fermer des services. Depuis quatorze jours, les urgences lourdes sont redirigées vers les hôpitaux de la ville. Sous les tentes, devant la Maison des syndicats, les traits sont tirés mais les regards toujours aussi intraitables. En ce début de matinée, ils sont déjà plus de 200 grévistes à avoir enfilé les blouses, toutes bariolées de la même exigence  : « +10 % ».

Depuis le 25 mai, les salariés des dix grandes cliniques privées de Montpellier ont cessé le travail pour donner du poids à leur revendication  : une hausse de 10 % de la valeur du point sur lequel sont calculés les salaires, soit une augmentation de 120 euros à 250 euros brut mensuels. « Cela fait deux ans qu’on nous inflige 0 % et cette année, rebelote, explose Barbara Rampillon, porte-parole de la CGT. La Fédération de l’hospitalisation privée (FHP, le syndicat patronal – NDLR) vient d’annoncer qu’en 2010 non plus, il n’y aurait pas d’augmentation à cause de la crise, pourtant nos patrons n’ont pas trop l’air de la connaître… » Par souci d’exactitude, cette infirmière de la clinique Clémentville fouille dans ses papiers pour étayer son affirmation  : « le groupe Clinéa-Orpéa, par exemple, a fait 62 millions d’euros de bénéfices en 2009 et rien qu’au 1er trimestre 2010, son résultat s’est encore amélioré de 16,2 %. »

Des chiffres qui donnent le vertige à Réjane Franch. Le groupe européen Clinéa-Orpéa, elle connaît. Cela fait vingt-trois ans que cette aide-soignante travaille pour lui au sein de l’établissement psychiatrique La Lironde. Mais malgré son ancienneté, Réjane ne gagne que 1 280 euros net par mois. Insuffisant pour vivre et aider ses grands enfants, « dans la panade eux aussi ». Alors, depuis 2004, cette quinquagénaire n’a trouvé qu’une solution  : cumuler un autre emploi. Quitte à tirer sur la corde. « Chaque jour, je fais au minimum dix à douze heures de boulot… Je prends mon service à la clinique à 7 h 15 jusqu’à 14 heures, puis je pars faire le ménage chez des particuliers, ils me paient en chèques emploi-service, c’est toujours ça en plus. » Il y a quelques jours, Rejane a reçu un courrier de la caisse de retraite  : avec la complémentaire, elle touchera 595 euros par mois. « J’ai pleuré pendant trois jours, le quatrième je suis allée m’acheter une voiture d’occasion à crédit, c’est sûrement la dernière année où je peux m’en payer une. »

De Fontfroide à Saint-Roch, du Millénaire à la clinique du Parc, ils sont nombreux comme Réjane à s’être résignés à la double activité, en faisant des nuits dans une autre clinique ou en s’improvisant dans les services à la personne. Sans compter « tous les collègues qui pressent un max sur les heures sup’, parfois jusqu’à faire exploser le plafond autorisé ». Parce qu’« on ne vit pas avec un smic », Philippe Mathey, aide-soignant lui aussi, effectue au moins dix heures de plus par mois pour doper ses 1 080 euros net. « Quand j’ai débuté, il y a quatre ans, mon salaire dépassait le smic de plus de 20 euros, maintenant il n’y a même pas 5 euros d’écart. » Sur des postes équivalents, les rémunérations sont en moyenne 30 % inférieures à celles pratiquées dans la santé publique. De plus, explique Virginie Vidal, « les cliniques d’un même groupe n’ont pas forcément la même politique salariale, moi par exemple, je suis payée 400 euros de moins qu’une infirmière parisienne ».

Or, depuis trois semaines, les portes restent fermées aux étages des directions. « Trois groupes ne veulent même pas s’asseoir autour d’une table pour discuter », relate le cégétiste Philippe Gallais, fondateur du collectif Santé privée. Vendredi, la direction du géant régional Oc Santé – qui possède six cliniques, toutes en grève – a accepté une entrevue… Le temps de proposer une hausse de 2 % la première année et de 1 % la deuxième, « si le point est revalorisé au niveau national ». « Ridicule », selon la délégation syndicale. « Il y a une très grande fierté dans ce mouvement, analyse Philippe Gallais. Pour la plupart des gens, c’est leur première grève et ils veulent reprendre le travail la tête haute, pas question de se satisfaire d’une poignée d’euros supplémentaires. »

Avec plus de 80 % du personnel en grève, les établissements privés réquisitionnent près de 150 salariés par jour pour faire fonctionner a minima les services de soins. Mais pour limiter les dégâts sur le chiffre d’affaires, certains ont eu tendance à outrepasser le Code du travail. L’inspection du travail vient ainsi d’épingler la clinique Rech à la suite de recrutements présumés abusifs en CDD pour – dixit l’article L1242-6 – « remplacer un salarié dont le contrat de travail est suspendu à la suite d’un conflit collectif de travail ». Un procès-verbal a été transmis au procureur de la République et, à en croire les grévistes, d’autres établissements pourraient être concernés.

Cancérologue et ancien président de la Ligue nationale contre le cancer, le Dr Henri Pujol a été nommé la semaine dernière par le préfet pour tenter de forcer le dialogue. Sans grand résultat pour l’instant. « Dans certaines cliniques, les grévistes ont même proposé de discuter pour instaurer un service minimum, mais les directions refusent toute discussion et préfèrent prendre le risque de gonfler l’urgence sanitaire », dénonce Barbara Rampillon.

La situation est totalement bloquée : une négociation salariale prévue aujourd’hui à Paris a été annulée à la dernière minute par la fédération patronale. Dans le sillage du conflit montpelliérain, des appels à la grève ont été lancés dans des cliniques des Bouches-du-Rhône, de Gironde, de la Sarthe et du Cantal. Faute d’avancées significatives, ce mouvement inédit et puissant pourrait s’étendre.

Christelle Chabaud

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11 juin 2010 5 11 /06 /juin /2010 15:17

 Article de Dany Stive paru dans L'Humanité, le 10 juin 2010.

La chienlit des programmes

 

De Gaulle au programme du bac littéraire 2011 ? Le choix a du mal à passer chez certains professeurs de lettres. « Il est publié dans “la Pléiade” », se défend le ministère.

Le général de Gaulle jalousait-il son acolyte britannique Winston Churchill, qui, lui, fut auréolé d’un prix Nobel de littérature  ? Tardive revanche, le stratège militaire et politique accède au titre d’écrivain essentiel de son siècle par la grâce de l’inspection générale de l’éducation nationale, qui a choisi de faire étudier le tome III de ses Mémoires de guerre (le Salut, 1944-1946), pour ses qualités littéraires, par les candidats au baccalauréat L, en 2011. Une décision qui passe mal et qui sera, aujourd’hui, parmi d’autres, discutée lors d’une rencontre entre le SNES et l’inspection générale.

Quand la nouvelle a été rendue publique – dans le Bulletin officiel de l’éducation nationale du 14 janvier dernier –, le monde de l’éducation a alors l’attention aimantée par les suppressions de postes et la réforme du lycée. La promotion du général au panthéon de la littérature passe presque inaperçue. Toutefois, un collectif de professeurs de français met discrètement en ligne, en février, sur le site des Lettres volées, une pétition titrée « La littérature en phase terminale ».

Le culte des grands hommes

Le collectif, tout en reconnaissant l’envergure de l’homme, reste pantois devant un choix qui en fait un auteur de référence  : « Proposer de Gaulle aux élèves est tout bonnement une négation de notre discipline… Nous sommes professeurs de lettres. Avons-nous les moyens, est-ce notre métier, de discuter une source historique, d’en dégager le souffle de propagande mobilisateur de conscience nationale  ? » Pour appuyer cette position, une professeur interroge  : « La plupart des grands écrivains ont fait école, qui peut se targuer d’être le disciple littéraire de De Gaulle  ? La pauvreté des études universitaires littéraires sur son œuvre est parlante. » Philippe Guillou, doyen de l’inspection générale, et auteur de l’ouvrage Stèles à de Gaulle, se défend d’être à l’origine de cette promotion. Il la défend néanmoins : « C’est un grand mémorialiste, publié dans “la Pléiade”. Nous avons opté pour un texte non polémique, en perspective avec un double anniversaire gaullien (son appel et sa mort). » Mais, rétorque Valérie Sultan, du SNES, « la commémoration n’est pas au programme du bac. Nous voyons bien, en revanche, combien ce choix coïncide avec le devoir de mémoire et le culte des grands hommes chers au président de la République ». Conscient d’avoir perdu une bataille, le Snes devrait savoir, après la réunion d’aujourd’hui, s’il a aussi perdu la guerre.

Dany Stive

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11 juin 2010 5 11 /06 /juin /2010 15:08

 

Le billet de Maurice Ulrich, L'Humanité, le 10 juin 2010

Tendance Zola

 

 

La mode à Paris, c’est aux Galeries La Fayette, dont le patron, bien nommé Paul Delaoutre, ne craint rien tant que d’être ringard, has been, out. Ainsi est-il outré de la décision de la Mairie de Paris qui, malgré l’opposition des élus de droite, vient de refuser le classement des grands magasins du boulevard Haussmann en zone touristique, ce qui leur aurait permis d’ouvrir tous les dimanches.Donc, Paul Delaoutre dénonce d’abord « une décision politique », ce qui n’est pas sans logique toutefois, s’agissant d’élus de la population. À dire vrai, ils servent même à ça. Mais surtout pour le patron des Galeries La Fayette, c’est « une position contraire à la logique, au risque d’apparaître comme des gens du passé ».

La logique, en revanche, qui nous ferait apparaître comme des gens du futur serait la suppression du repos dominical, la fi n de la durée hebdomadaire du travail, puis celle des congés payés, s’il faut être conséquent. C’est qu’en matière sociale, aux Galeries La Fayette, la mode est très Zola.

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