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12 avril 2010 1 12 /04 /avril /2010 10:30

 

Le boulevard de détournement

Nicolas Sarkozy préfère que le peuple se moque plutôt qu’il prenne son destin en main.

Par Jean-Paul Piérot, éditorialiste à L'Humanité,

le vendredi 9 avril 2010

 

Il y a quelque chose de pourri au royaume de la Sarkozye. « Rumeur  », « complot  », une inquiétude s’étale à la une des journaux, de Libération au Figaro. On ne parle plus dans les dîners en ville que de conjurations qui se nouent, d’enquêtes diligentées par l’Élysée puis démenties par l’épouse du chef de l’État, contredite par le chef de la police secrète. Qui nous menace ? Où est l’ennemi intérieur qui voudrait déstabiliser le couple présidentiel ? Où l’emballement politico-médiatique nous a-t-il subitement transportés ? Quelque part entre la principauté de Monaco et le Kirghizistan ? Ce qui est certain dans tout ce remue-ménage de pacotille, c’est que la communication élyséenne a obtenu le résultat que sans doute elle souhaitait : détourner l’attention des médias des menaces qui pèsent sur les retraites, de la riposte sociale qui s’organise, sur l’explosion du scandale du bouclier fiscal, sur les méthodes de voyou d’un certain patronat dont nous relatons les forfaits

Mais le registre choisi, le mélange de la vie privée et de la vie publique, ce mauvais pastiche de Feydau que l’on sert à l’opinion, est un révélateur de l’état où ce quinquennat a rabaissé les institutions républicaines. Les ministres en fonction ou en disgrâce ont revêtu la livrée du courtisan et les palais de la République bruissent des fausses confidences que l’on croit remontées des dédales de Versailles. À la vérité, ce jeu de rôle prête à sourire, voire provoque une franche rigolade, alors que l’injustice sociale dont le bouclier fiscal est l’expression la plus ostentatoire exacerbe la colère et aiguise l’envie d’y mettre fin. Là est toute la différence : à tout choisir, le président préfère que le peuple se moque plutôt qu’il prenne son destin en main. La bouffonnerie n’a jamais été une grande menace contre les puissants, alors que l’élaboration collective des cahiers de doléances a abouti à la Révolution.

Le monde du travail ne doit pas se laisser distraire par ce théâtre de boulevard, au moment où Nicolas Sarkozy et François Fillon ont entrepris d’engager la bataille décisive des retraites. L’enjeu est capital pour le président dont la mission fixée par la caste des affairistes consiste à mettre la France aux normes du néolibéralisme, de briser les digues du modèle social forgé par plus d’un siècle de luttes ouvrières et consacré par le Conseil national de la Résistance. Le président de la République peut alors se rendre en Haute-Savoie pour l’hommage aux martyrs du massif des Glières, la contradiction est telle entre sa politique et l’idéal qui portait les jeunes gens assassinés qu’il ne pourra empêcher d’anciens combattants de la lutte contre le nazisme de lui reprocher de se servir de la Résistance plutôt que de la servir.

La gauche commettrait une grave faute en imaginant qu’il suffirait d’attendre que le président, plombé par un bilan catastrophique et par une impopularité grandissante, tombât de lui-même, lâché par les siens. La haute bourgeoisie financière ne met jamais tous ses œufs dans le même panier. On teste des relèves possibles, « acceptables  » après les tristes années Sarkozy. Villepin, Fillon, Copé… Le Nouveau Centre et les centristes s’interrogent, des députés et sénateurs regimbent, à peine ont-ils quitté l’Élysée pour une séance de recadrage. Le temps est venu de mettre en débat ce que doit être l’alternative politique. Le dossier des retraites en est une pièce maîtresse.


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13 mars 2010 6 13 /03 /mars /2010 15:12

 
Brève parue dans L'Humanité, le 13 mars 2010

Un candidat NPA saisit la Halde

Stéphane Bois, tête de liste NPA dans le Loiret, a décidé de saisir la Halde après la décision de son employeur, le rectorat, de mettre fin à son contrat en raison de "l'engagement politique" de ce professeur des écoles, chargé de mission pour trois ans pour développer le site Internet de l'académie. Le candidat a reçu le soutien du PCF, du Parti de gauche, de LO et de la majorité des syndicats départementaux, qui dénoncent des "pratiques discriminatoires".

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12 mars 2010 5 12 /03 /mars /2010 08:57

Le billet de Maurice Ulrich, paru dans L'Humanité, le 11 mars 2010

Rantanplan


- Nous avons peut-être en France un génie comme on les compte sur les doigts d’une main dans l’histoire, dont l’inventeur 
de la brouette et du fil à couper le beurre… C’est Hervé Novelli, modeste secrétaire d’État au Commerce et à l’Industrie, mais inventeur depuis 2009 des auto-entrepreneurs. 
Cité dans un livre qui vient de paraître, Déjeuners avec des ministres sous pression, il commente son invention  : 
« C’est une vraie réforme de société. Sans avoir la grosse tête, je peux dire que c’est une révolution copernicienne. 
C’est la fin de la lutte des classes. » Avec quelques dizaines de milliers d’auto-entrepreneurs se versant à grand-peine un salaire moyen de moins de 800 euros par mois, on mesure en effet la révolution. Ce n’est plus autour du Soleil que tourne la Terre, mais autour de lui et de sa petite tête. Et de poursuivre  : « Le président me dit toujours “ta réforme”. J’ai de la chance, 
il ne la reprend pas 
à son compte. » Certes… Au rang des génies, Hervé Novelli égale aussi Rantanplan.
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12 mars 2010 5 12 /03 /mars /2010 08:52


Article de Pierre-Henri Lab,
paru dans L'Humanité du 11 mars 2010

Multiples impostures climatiques

Dans l’Imposture climatique (1), Claude Allègre reconnaît la réalité du réchauffement du climat. Il reconnaît aussi que l’augmentation du CO2 dans l’atmosphère est un phénomène préoccupant , notamment parce qu’il conduit à l’acidification de l’eau des océans. Mais il renouvelle son désaccord sur le fait que cette augmentation soit la cause principale du réchauffement. Ses arguments ont fait l’objet de réfutation de la part de scientifiques. Les médias les ont abondamment relayés. Sa « démonstration » a été soigneusement épluchée, faisant apparaître que l’imposture n’est pas forcément du côté où l’auteur la situe. Il apparaît en effet que Claude Allègre a « enrôlé » malgré eux des scientifiques convaincus de l’implication de l’effet de serre dans le réchauffement climatique, et a même cité à l’appui de « sa démonstration » des publications scientifiques ou des chercheurs qui n’existent pas (2). L’essentiel de l’Imposture climatique n’est pas là. Le livre de Claude Allègre n’est pas une contribution à la science. C’est un livre politique dans lequel l’auteur s’emploie à dénoncer « une conspiration » mêlant scientifiques, industriels du « green business » et politiques. Si, comme lui, on peut s’indigner des récupérations commerciales dont font l’objet les préoccupations environnementales ou dénoncer ceux qui agitent les peurs millénaristes pour imposer telle ou telle politique, on ne peut pas accepter, comme il le sous-entend, que tout le monde soit logé à la même enseigne. Les scientifiques qui ont tiré le signal d’alarme sur le réchauffement climatique sont-ils responsables de l’instrumentalisation qu’en font des affairistes ou autres prêcheurs d’apocalypse  ? C’est la leur faire un mauvais procès. On ne peut pas, par exemple, décemment reprocher aux chercheurs l’usage de l’effet de serre comme prétexte par le gouvernement pour instaurer la taxe carbone.


Pierre-Henri Lab


(1) Paru chez Plon.
(2) Le Monde du 28 février 2010.

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9 mars 2010 2 09 /03 /mars /2010 14:01

Editorial de Paule Masson, L'Humanité du 8 mars 2010


 L'égalité est un combat commun
 

 Normal que l’éditorial soit écrit par une femme  : nous sommes le 8 mars. Cette journée internationale des droits de la femme est notre jour de lumière. Une fois dans l’année, nous sommes sûres de faire parler de nous. Mais dans ce domaine-là plus que dans tout autre, les grandes promesses tiennent souvent de la fable. Nicolas Sarkozy n’avait-il pas, dans sa campagne électorale de 2007, exigé que « l’égalité salariale et professionnelle entre les femmes et les hommes soit totale en 2010 »  ? Depuis, chaque 8 mars est une bonne occasion de répéter combien le président de la République tient à ce « principe sacré » de l’égalité. Et puis, la baudruche se dégonfle. Au balcon  : les bonnes intentions, les bons bilans, les belles promesses. Dans l’arrière-cour, un amas de droits non appliqués, des textes qui s’empilent et prennent la poussière. Car la réalité devrait plutôt amener à sonner le tocsin. Les femmes ont beau, depuis quarante ans, avoir largement investi le monde du travail – avec un taux d’activité en constante progression –, avoir rattrapé le niveau d’éducation des hommes, s’immiscer dans des métiers qui leur sont traditionnellement réservés, elles restent les laissées-pour-compte du monde du travail. Les hommes dirigent les entreprises, siègent à 95 % dans les conseils d’administration, occupent les fonctions de cadres pour 70 %, touchent en moyenne des salaires supérieurs de 25 %, occupent les emplois à temps complet quand 80 % des temps partiels sont imposés aux femmes. Pourtant, l’égalité professionnelle est une « obligation légale » qui ne manque pas de textes pour l’encadrer  : loi Roudy en 1983, loi Génisson en 2001, accord interprofessionnel sur l’égalité en 2004, conférence salariale en 2007… À chaque étape, les textes se musclent. Mais ne s’appliquent pas. Ou si peu. Sans doute parce que l’obligation de négocier sur l’égalité professionnelle dans les entreprises ne s’accompagne pas d’une obligation de résultats. Ni de sanctions en cas de manquement. « Il n’y a pas de pente naturelle vers l’égalité », assure la sociologue Margaret Maruani, favorable à des mesures coercitives. Mais si l’interdit mérite d’être nettement renforcé, il ne fera pas tout. Pour le capitalisme, le seul temps qui compte est celui qui procure de la rentabilité. Or, desserrer l’étau des inégalités de genre dans les entreprises appelle un tout autre rapport au travail car il signifie accepter l’idée d’un temps qui se partage entre le travail et la vie personnelle. Les femmes sont largement privées de ce choix, sauf à en payer les conséquences (temps partiel, précarité, bas salaire). Bien des hommes, notamment les jeunes, aspirent à consacrer plus de temps à leur famille ou à leurs projets personnels. Voilà pourquoi l’égalité est un combat commun aux deux sexes. Un combat de gauche, qui mise sur l’émancipation de tous. La Journée internationale pour les droits de la femme fête ses cent ans. Rien n’a jamais été donné. Tout a été conquis. Cent ans de lutte pour arracher le droit de vote (avec une nouvelle occasion de s’en servir dimanche prochain), imposer le droit à l’avortement (dangereusement remis en cause), contraindre à parler égalité au travail ou mode de garde des enfants. Ce 8 mars promet un bouillon d’initiatives. Sûr qu’on va parler de nous mais, en matière de droits des femmes, sortir de l’ombre un jour n’y suffit pas.

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16 février 2010 2 16 /02 /février /2010 23:45



Article paru dans L'Humanité, le 15 février 2010

Dans les stations, passer l’hiver sans les humiliations

Samedi, des dizaines de saisonniers des stations de ski de la Savoie ont investi le péage autoroutier d’Albertville afin d’informer les vacanciers de leurs conditions de travail indignes. Ceux de La Plagne ont obtenu gain de cause.

 

« Si tu n’es pas content, tu vas voir ailleurs  ! » « Si tu fais grève, l’an prochain, ce sont des ouvriers polonais qui viendront à ta place  ! » Voilà ce que s’est entendu répondre un saisonnier de La Plagne, en Savoie, alors qu’il réclamait un peu plus de dignité dans ses conditions de travail. C’est pour s’élever contre ces humiliations et sensibiliser le public au devenir d’une profession sur laquelle reposent 70 % de l’économie savoyarde que des saisonniers des stations de la Tarentaise investissaient, à l’initiative de la CGT, samedi, le péage d’autoroute d’Albertville.

des salariés à part entière

« C’est tout d’abord une opération destinée à informer les vacanciers sur les conditions de vie des 75 000 saisonniers sans le savoir-faire desquels toute une économie ne pourrait fonctionner », soulignait Bernard, perchiste à Valmorel. Venus des Menuires, des Arcs et des 30 autres stations de ski du département, ils ont donné à entendre leur inquiétude et leur colère quant au devenir de leur métier  : « Être saisonnier n’est pas un choix, soulignait Christian, des Saisies. C’est dans la nature même de notre travail. Nous préférerions avoir une activité à plein-temps à l’année. Nous ne profitons pas du système, nous le subissons. Quand considérera-t-on le saisonnier comme un salarié à part entière  ? Quand lui donnera-t-on le droit à l’indemnisation pendant les périodes de non-activité  ? Ce n’est pas à lui de supporter le manque d’activité économique », s’indigne-t-il, avant d’ajouter  : « Chaque année, la saison raccourcit. Il y a vingt ans, les saisonniers travaillaient plus de six mois. Aujourd’hui, avec le manque de neige et une certaine désaffection des stations françaises, nous n’exerçons plus que quatre mois l’hiver. Le tout assorti de salaires qui frôlent parfois l’indécence  ! »

« Ici, surenchérit Paul, des Menuires, nous ne voyons souvent devant nous que la précarité, les logements indécents, les heures non payées, les jours de repos qui sautent. Voilà le lot quotidien des saisonniers qui, par leur talent, permettent aux gens de pratiquer un ski de qualité en toute sécurité. » Débats, échanges ponctuent ces rencontres improvisées  : « Nous ne demandons rien d’autre que l’application de la législation sociale, déclare Serge, de Courchevel. Malheureusement, le Code du travail ici a tendance à baisser avec l’altitude  ! »

il faut un véritable statut

Respect du salarié, remise à niveau des salaires, amélioration de l’hébergement à l’heure où certains vivent dans leur voiture ou dans des caravanes, telles sont les principales revendications des travailleurs de montagne. Les manifestants réclament un véritable statut du saisonnier  : « Nous exigeons des contrats clairs qui réaffirment la sécurisation de notre travail, notamment par une clause de reconduction des contrats (après deux saisons dans un établissement, le salarié deviendrait prioritaire pour la troisième) ou encore la prise en compte de l’ancienneté, la possibilité de formation hors saison. En somme ce qu’avait préconisé Anicet Le Pors en 1999, en avançant 31 propositions pour un vrai statut du saisonnier. » À cela s’ajoute la nécessité de sauvegarder et de développer l’emploi industriel de la vallée, garant de la double activité et du maintien des services publics, d’assurer d’une vraie reconnaissance des métiers de la neige et surtout une équitable répartition du bénéfice des entreprises… Appel a été fait aussi à une intervention début mars devant les locaux du patronat à Montmélian. À l’heure où la manifestation s’achève, les saisonniers de La Plagne se félicitent d’avoir obtenu une augmentation salariale de 3 % après le dépôt d’un préavis de grève pour dimanche prochain.

Michel Etiévent

LE CHIFFRE :

75 000. C’est le nombre de saisonniers dont le savoir-faire fait vivre toute une économie, 15 grandes stations de ski et 380 000 lits touristiques pour le seul secteur de la Tarentaise, en Savoie

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16 février 2010 2 16 /02 /février /2010 23:36


Le Billet de Maurice Ulrich
paru dans l'Humanité, le 9 février 2010


Laurence Parisot, la présidente du Medef, vit dans un monde enchanté dont elle parlait hier dans le Journal du dimanche, les yeux tout brillants, en évoquant les retraites et les rapports du Medef avec les syndicats. Ainsi, dans le monde de Laurence, « nous avons une qualité de dialogue social jamais atteinte en dépit d’une crise inouïe ». Dans le monde commun, l’espérance de vie est de 77 ans pour les hommes, 84 ans pour les femmes, mais six ans de moins pour les professions pénibles. Dans le monde enchanté de Laurence, on peut repousser sans problème l’âge du départ en retraite car « l’espérance de vie approche les 100 ans ».

Dans le monde réel, des millions de retraités américains ont perdu leurs retraites avec la faillite de leurs fonds de pension, mais dans le monde merveilleux de Laurence, « les régimes par capitalisation s’avèrent toujours gagnants à terme »… Dans le monde de Laurence et toujours à propos des retraites, « à faire l’autruche nous jouons avec la réputation de la France ». Et à faire l’ange, on fait la bête ou on prend les Français pour des imbéciles ?

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8 janvier 2010 5 08 /01 /janvier /2010 16:08


Papier paru dans L'Humanité, le 7 janvier 2010

Il combattait le dopage, sans faille

Le peu de réactions au décès de Jacques de Ceaurriz, codécouvreur du test de détection de l’EPO, questionne sur la volonté de démasquer les tricheurs.

Il est des silences plus assourdissants que d’autres. Celui-ci atteint la cacophonie. Mardi soir, l’Agence française de lutte contre le dopage (AFLD) annonçait le décès de son directeur du département des analyses, le professeur Jacques de Ceaurriz, à l’âge de soixante ans. Hier en fin d’après-midi, excepté le président du Comité olympique français, personne parmi les autorités du sport français n’avait réagi. Aucun communiqué du secrétariat d’État aux Sports, pourtant si prompt à dégainer, ni du ministère de la Santé et des Sports, sûrement trop occupé avec ses millions de doses de vaccins contre la grippe A H1N1. Jacques de Ceaurriz n’était certes pas très connu du grand public. Il n’en était pas moins l’une des grandes personnalités de la lutte contre le dopage française, si ce n’est internationale. C’est à ce pharmacien de formation, chercheur et professeur à l’université Paris-XI, nommé en mai 1997 directeur du Laboratoire national de dépistage du dopage (LNDD), que l’on doit la mise au point en 2000 du test de détection de l’EPO, avec son collègue François Lasne. Un tournant majeur, puisqu’en dépistant cette hormone stimulant la production de globules rouges, véhicules de l’oxygène dans le sang, donc favorisant l’endurance, la lutte contre le dopage parvenait pour la première fois à rattraper des tricheurs qui comptaient jusqu’alors toujours une longueur d’avance sur leurs pourfendeurs. De Riccardo Rico à Floyd Landis, nombre de cadors du peloton cycliste ont été pris grâce à ce test. D’autres disciplines d’endurance, comme le ski de fond, l’athlétisme, ont aussi pu faire le ménage dans leur rang grâce à cette avancée.

il faut avoir un peu de courage Mais Jacques de Ceaurriz n’était pas dupe. « Le contrôle antidopage n’est qu’un outil, et un outil tout seul a forcément ses limites. Pour arrêter les tricheurs, il nous faut créer des synergies avec ceux qui peuvent aussi les traquer  : la police, la justice, les législateurs », écrivait-il dans ses colonnes mi-2007. Le manque de réaction à sa disparition nourrit un peu plus les interrogations sur la volonté réelle du mouvement sportif de poursuivre le combat contre les tricheurs. Pas un mot par exemple de l’Union cycliste internationale, ni d’ASO, organisateur du Tour. Il est vrai qu’à l’heure du retour de Lance Armstrong dans le peloton, il faut avoir un peu de courage pour saluer celui qui, en 2005, avait rétrospectivement découvert des traces d’EPO dans les échantillons du coureur Texan prélevés lors de sa première victoire sur la Grande Boucle, en 1999. Hier, Marie-George Buffet, qui l’avait nommé à la tête du laboratoire de Châtenay-Malabry lorsqu’elle était aux Sports, saluait « cet homme intègre ayant toujours fait face aux pressions, ayant toujours travaillé pour le respect des sportifs et des sportives ». Espérons qu’il en reste d’autres et en nombre.

Stéphane Guérard

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29 décembre 2009 2 29 /12 /décembre /2009 12:03

Papier paru dans L'Humanité, le 23 décembre 2009

Michel ou la galère d’un « sous-prof »

Pas de formation, pas de congés payés ou maladie… Michel est l’un de ces précaires auxquels recourt de plus en plus l’éducation nationale. Témoignage.

Il en rigolerait presque. « Surtout quand j’entends les discours sur la formation des profs et que je vois mon parcours… » Depuis un an, Michel enseigne l’histoire-géographie en collège et lycée. Pourtant, Michel n’a pas de formation professionnelle. La classe, la préparation des cours, les élèves turbulents… Tout ça, le jeune homme, diplômé d’un master d’archiviste, l’a découvert sur le tas. Du jour au lendemain. À vingt-quatre ans, Michel fait partie des « précaires » de l’éducation nationale. Ces milliers d’enseignants vacataires ou contractuels (lire encadré) auxquels les établissements recourent de plus en plus pour pallier le manque de profs remplaçants titulaires.

Son premier poste, Michel l’a décroché en décembre 2008 dans un lycée agricole de Bourgogne. Sans difficulté. « J’ai été vu par le proviseur adjoint. Il n’y a pas eu d’entretien d’embauche. La question ne se posait pas : il avait besoin d’un prof d’histoire-géo et il aurait pris n’importe qui ! » Reçu le vendredi, Michel se retrouve devant la classe le mardi suivant. « Trois jours pour préparer les cours, quand on n’a jamais fait ça, c’est un peu court. » Face à la vingtaine de paires d’yeux qui le dévisagent, le néophyte fait illusion. « Mais, au bout de dix minutes, tu te sens vraiment seul, se souvient-il. Je croyais connaître le métier, mais, en fait, pas du tout. Pédagogiquement, c’était pas le top. Dur de savoir intéresser les élèves quand on sort de la fac et des cours magistraux… » Pour cette première expérience, Michel a été embauché en tant de contractuel, pour 1 400 euros net mensuel. Il n’aura pas toujours cette « chance ».

Son deuxième poste, dans l’académie de Nice, se fera sous statut vacataire, sans droit aux congés payés ou maladie. « Passez-moi l’expression, mais on est ravalé, là, au rang de sous-merde. À l’embauche, on n’a même pas vérifié mes diplômes ! Une collègue m’a avoué qu’ils m’avaient pris car ils cherchaient un homme pour équilibrer les équipes enseignantes trop féminisées. J’étais le premier sur la liste… »

De mars à juin, Michel partage son temps entre cinq classes réparties sur deux collèges du Var, glanant toujours des conseils à droite à gauche. En septembre dernier, il sera finalement embauché au lycée hôtelier de Toulon. Des contrats d’un mois renouvelables. Jusqu’au 10 décembre. « Le prof que je remplaçais est passé en longue maladie. J’ai espéré alors un contrat jusqu’en juin, histoire de voir sur le long terme. Au lieu de ça, ils m’ont repassé sous statut vacataire ! »

Aujourd’hui, Michel s’avoue un peu dégoûté. Lui qui espérait quitter le toit familial pour un appartement n’y croit plus trop. « Les bailleurs ne me feront pas de fleur. » En attendant de décrocher l’hypothétique concours du Capes, Michel va poursuivre sa carrière de « sous -prof », comme il dit. « Attention, précise-t-il, mes collègues ont toujours été solidaires. Mais pour l’institution, on n’est rien. »

Laurent Mouloud

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24 décembre 2009 4 24 /12 /décembre /2009 11:18

 Papier paru dans L'Humanité, le lundi 21 décembre 2009

Le véritable taux de chômage
de la population active

Officiellement, ni la barre des 3 millions de chômeurs ni celle des 10 % de la population active ne sont franchies dans l’Hexagone. Cela reste vrai si l’on s’en tient au baromètre officiel du chômage, la catégorie A des personnes inscrites à Pôle emploi. Ses effectifs ont augmenté de 25 % en un an, pour s’établir à 2 627 300 personnes fin octobre. Mais cette catégorie exclut les chômeurs ayant travaillé ne serait-ce qu’une heure dans le mois, ainsi que les sans-emploi des DOM. Si on les inclut, on passe à 4 019 700 personnes, en augmentation de 20 % sur un an. Il faut ensuite ajouter les catégories D et E, où sont inscrits les demandeurs d’emploi non immédiatement disponibles (en emploi ou en formation), ce qui porte le total à 4 518 900. Rapporté à la population active française (28 146 000 personnes), cela représente un taux de chômage de 16 %.
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  • : il s'agit d'un blog sur lequel paraissent certains de mes articles publiés dans le quotidien l'Humanité et les deux hebdomadaires, La Terre et l'Humanité Dimanche. J'utilise également ce blog comme moyen d'expression sur des sujets d'actualité que je ne traite pas directement à travers mes articles. Rendez-vous également sur le blog de la maison d'édition que j'ai créée : http://editionscogitoergosum.over-blog.com
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