Overblog Suivre ce blog
Administration Créer mon blog
20 juillet 2011 3 20 /07 /juillet /2011 17:33

 

 

 

 DSCF6155

 

 

J'ai enregistré ce matin, mercredi 20 juillet, la première émission de la nouvelle saison de l'émission "Rencontre" sur l'antenne de RCF Haute-Normandie. L'émission de 27 minutes sera diffusée le 30 août et le 1er septembre 2011.

 

Mon invité était Pascal Tesnière. Ce Gonfrevillais fêtera ses 50 ans en janvier prochain. "Oui et alors ?" me répondrez-vous. C'est un très grand sportif, habitué aux triathlons longues distances. "Mais encore ?", renchérirez-vous, snobs que vous êtes. Il a décidé de participer à la 3e édition de la course transatlantique Bouvet-Guyane qui partira de Dakar le 29 janvier prochain, jusqu'à Cayenne. "Ah, là, c'est plus intéressant, mais c'est quoi cette course", me demanderez-vous. Cette course, vous répondrai-je, bien heureux de vous coller, c'est une course à la rame sans escale et sans assistance durant 4700 km, pendant 40 à 60 jours. "Ah ouais, là évidemment ça calme", bafouillerez-vous, un peu minables, ayant douté quelques instants de la qualité de mon invité.

"Mais il est fou ce type?", vous exclamerez-vous, comme si on venait de vous dire que Sarkozy allait supprimer des postes dans la fonction publique et faire des cadeaux fiscaux à ses copains du CAC 40. Impossible !

 

Fou, Pascal Tesnière ? Il a peur de l'océan et n'aime pas la solitude. C'est vrai que présenté ainsi, il parait un peu dingue le bonhomme. Mais on n'est pas fou quand on a ses motivations. Il part pour se dépasser et surtout pour faire connaître la maladie orpheline qu'est le syndrome de Rett. Charlotte, une petite Gonfrevillaise de 10 ans en est atteinte et Pascal a décidé de se battre pour elle et pour toute les petites filles qui en sont atteintes : 1 petite fille sur 20 000 en France comme dans le monde. La petite Charlotte est d'ailleurs la marraine du bateau qui porte son nom.

Mais pour réussir son pari fou, Pascal a décidé "d'embarquer" le maximum de monde. Enfin, c'est une image évidemment, parce qu'il n'y a pas de place dans son aviron arrivé en kit et qu'il a fallu monter. Pascal a créé une association, "les bras de l'océan". Elle compte aujourd'hui une trentaine de bénévoles qui ont aidé, aident et aideront Pascal a bien préparer cette course et a affronter les mauvais moments. On ne sort pas indemne d'une telle épreuve. Des écoles, du CP au BTS, ont participé à ce projet. Son employeur et la municipalité communiste de Gonfreville-l'Orcher, et d'autres partenaires et mécènes, ont apporté leur soutien à Pascal et à cette cause.

Alors fou Pascal Tesnière? Oui peut-être, sûrement même, mais fou de la vie et des êtres humains, tout simplement.

Puisse tout le monde être fou comme lui.

Bon vent Pascal

 

Pour aider Pascal et son association, en devenant bénévole ou donateur, vous pouvez aller sur le site internet de l'association : http://lesbrasdelocean.free.fr, ou sur la page facebook de l'association. Vous pouvez aussi contacter directement Pascal Tesnière au 06 27 57 68 08 ou par mail : les.brasdelocean@laposte.net

Vos dons sont déductibles d'impôts.

 

1 petite fille sur 20 000, n'oubliez pas...

 

Frédéric SEAUX

Repost 0
Published by frederic seaux - dans portrait
commenter cet article
28 mai 2011 6 28 /05 /mai /2011 19:31

 

RENCONTRE Responsable départemental d’ADOT 76

 

Le cœur de Gérard Gausset

 n’est pas à prendre, et pourtant…

 

 A 65 ans, Gérard Gausset est ce qu’on peut appeler un homme heureux. Pourtant, sa vie a littéralement basculé en 2004. Depuis, l’homme ne cesse de rendre ce qu’autrui lui a donné.

 

 En 2004, cet ancien contrôleur de gestion chez Renault apprend que sa maladie génétique et héréditaire des reins, qui évoluait alors lentement depuis près de trente ans, a soudain pris une ampleur inquiétante. Au point de devoir subir une dialyse de quatre heures par jour, trois fois par semaine, en attendant une hypothétique greffe. « La dialyse mène votre vie », explique aujourd’hui froidement Gérard Gausset qui, par pudeur, ne s’étend pas sur les moments difficiles et douloureux qu’il a dû vivre. Heureusement ses proches sont là, ses enfants, et son épouse, Christiane, qu’il a rencontré à 21 ans. Le coup de foudre est suivi d’un mariage dix mois après. Rapidement, celle-ci lui transmet sa foi catholique et son engagement religieux.

Gerard-Gausset-1-copie-1.JPGOn est en 1968, à une époque ou être « catho », comme on dit, n’est plus très à la mode. Mais l’église aussi a fait sa révolution. Les réformes de Vatican II bouleversent les pratiques religieuses des catholiques. Gérard Gausset adhère à ce tournant historique. Sa foi a, par la suite, toujours fait partie de sa vie et de son couple qui s’engage au sein de son église. Gérard ne compte pas ses heures de dévotion et de dévouement au service des autres.

Une foi importante

Et sa foi a sans doute joué un grand rôle dans le combat difficile mais gagnant qu’il a mené contre la maladie. « La chance aussi » insiste-t-il. Oui, parce que Gérard Gausset subit une greffe en 2005, un an seulement après le début de son traitement, alors que l’attente est en moyenne de trois ans et demi. « Deux cent vingt personnes en moyenne meurent chaque année en France, faute d’obtenir une greffe à temps », poursuit Gérard, conscient que sans cette greffe, il aurait pu faire partie de cette liste. Alors il sourit à la vie. « Les difficultés ne sont pas faites pour abattre mais pour être abattues » dit l’adage qu’il pourrait allègrement s’attribuer, tant sa vie est aujourd’hui alimentée par son désir ardent de faire bouger les mentalités sur le don d’organes, de tissus et de moelle osseuse.

Lui qui a reçu une greffe de rein veut alors s’engager, dès sa convalescence terminée. « J’avais reçu un tel cadeau, le plus beau certainement, que c’était plus fort que moi, je devais m’engager », assure-t-il.  Il contacte alors, via internet, une association de dialysés.

Le don d’organes

Mais ce n’est pas suffisant. Il ne veut pas seulement accompagner les malades, il veut travailler à une révolution (une autre !) des esprits. Gérard Gausset poursuit alors ses recherches et rencontre l’association France ADOT, association reconnue d’utilité publique. Composée de fédérations départementales, sa mission consiste à informer et à sensibiliser sur la cause du don d'organes, de tissus et de moelle osseuse, afin que la population prenne position sur cette question, en incitant évidemment chacun d’entre-nous à se porter volontaire. A l’époque, il n’y a pas de fédération en Seine-Maritime. Qu’à cela ne tienne, Gérard Gausset en prend les commandes. Aujourd’hui, le président de la fédération multiplie les kilomètres pour tenter de sensibiliser et de convaincre la population du département, à commencer par la jeune génération qu’il rencontre au sein des établissements scolaires et dans les universités. Mais il faut bien reconnaître que les mentalités évoluent lentement, trop lentement, au regard des besoins criants : parce que même si l’année 2010 fut celle du plus grand nombre de greffes depuis cinq ans, près de 15 000 personnes sont chaque année en attente d’un don d’organes. « Un chiffre qui s’accroît de 500 à 600 tous les ans », se désole Gérard Gausset qui pourtant ne ménage pas ses efforts. Quant aux dons de moelle osseuse, il en a manqué 50 000 en 2010 pour répondre à seulement 50% des besoins.

Pour Gérard Gausset, les explications sont nombreuses. En tout cas, ce qu’il sait, c’est que les établissements scolaires font figurent de cancres. Rares sont en effet ceux qui répondent favorablement à une de ses demandes d’intervention auprès des élèves. Moins de frilosité parmi les églises monothéistes par contre qui, il est vrai, se sont toutes prononcées en faveur de ces dons. Mais pas question pour le responsable seinomarin de se contenter des terrains conquis ou gagnés d’avance. Lui qui n’a jamais baissé les bras devant la maladie n’entend pas les baisser maintenant devant la frilosité de certaines institutions, alors que les besoins n’ont jamais été aussi importants.

Des vies en jeu

Il relance constamment ses interlocuteurs, tient des stands avec son épouse à l’occasion de manifestations aussi diverses que variées. Des vies sont en jeu, et pour le laïque et le croyant qu’il est, rien n’est plus important à ses yeux.

Et comme si son engagement au sein de l’ADOT ne suffisait pas à combler son besoin de servir et d’aider son prochain, Gérard a intégré récemment le Rotary Elbeuf-drapière. « En décembre, on a remis cent quatre-vingt colis au resto du cœur en faveur des familles monoparentales et on a remis un chèque important à l’association « Envie » qui fait réparer de l’électroménager par des personnes en réinsertion », explique, toujours humblement cet homme constamment à la recherche du bonheur d’autrui.

Il y a six ans, Gérard Gausset recevait un rein qui lui a sauvé la vie. Il faut dire que depuis des décennies l’homme donne son coeur. Juste récompense non ?

Frédéric SEAUX

Repères

65 ans

Catholique

Ancien contrôleur de gestion chez Renault à Paris

Mariage avec Christiane en juillet 1968 à l’âge de 21 ans dix mois seulement après leur rencontre

Vient habiter à Elbeuf en 1970

Commence une dialyse en 2004

Il reçoit une greffe de rein en 2005

Président de l’ADOT 76 depuis 2009

Membre du Rotary-Elbeuf-Drapière

22 juin 2011 : onzième journée nationale du don d’organes

 

Légende de la photo : Gérard Gausset tente de sensibiliser les jeunes aux dons d’organes

Repost 0
Published by frederic seaux - dans portrait
commenter cet article
27 avril 2011 3 27 /04 /avril /2011 08:31

 

Article paru dans le Journal d’Elbeuf, le mardi 26 avril 2011

 

Vincent Hébert alias « kopsy », en tout simplicité

 

Vincent Hébert est depuis 2008 le directeur de la structure pour adolescents et préadolescents de Tourville-la-Rivière. Son nom ne vous dit rien ou presque ? Et pour cause, tout le monde l’appelle Kopsy. Derrière ce surnom, qui reflète bien le personnage, se cache un homme simple et qui tient à le rester.

 

Vincent, c’est l’homme au chapeau dont il ne se départ jamais. Qu’a-t-il donc à cacher ? Une calvitie naissante ou déjà bien avancée ? « Non pas du tout, dit-il en ôtant, phénomène rare, son chapeau révélant une coupe courte. C’est juste que je n’aime pas plus que cela mes cheveux et que ça fait aussi partie de mon identité. D’ailleurs aujourd’hui tout le monde est étonné si je ne l’ai pas sur la tête », poursuit-il. Ne pas passer inaperçu est important pour Kopsy dont le surnom suscite lui aussi des interrogations. « Personne ne m’appelle par mon vrai prénom », reconnaît celui qui tient beaucoup à ce surnom qui reflète aussi son identité. Kopsy, qui signifie « psycho » en verlan, lui fut donné, il y a plus de quinze ans, lorsque Vincent fit une rencontre qui bouleversera sa vie d’artiste. « J’habitais Alizay et je fréquentais l’école de musique de Pont-de-l’Arche. J’y apprenais la guitare et j’ai fait un concert avec mon prof. Son fils jouait dans un groupe de la banlieue elbeuvienne et il m’a demandé de l’intégrer comme guitariste et chanteur. Ce sont les membres qui m’ont donné ce surnom car j’avais souvent des moments d’humeur et je n’étais pas toujours clair dans mes propos souvent imagés. Cela faisait rire les copains. J’ai gardé ensuite ce surnom qui me résume bien finalement ». Oui car Vincent, pardon Kopsy ! est certes un homme d’action, peu enclin à la théorie, mais il n’en demeure pas moins un homme de réflexion. Lui qui rêvait de faire carrière dans la musique, et qui a bien failli devenir assureur, aime les choses cadrées ne souffrant aucun à-peu-près. Car au bout, il y a des jeunes qui comptent sur lui.

Tout pour la musique

Le futur responsable de la structure pour ados de Tourville-la-Rivière obtient son bac ES (économie) après une seconde tentative avec la mention « bien »… content de l’avoir ! Il faut dire que Kopsy n’aimait pas beaucoup les études, trop théoriques, là encore. Et c’est vrai qu’on imagine mal celui qui fait le bonheur des adolescents de Tourville-la-Rivière, rester assis huit heures par jour. Alors que ses camarades, eux, le font naturellement, lui multiplie déjà les concerts avec son groupe qui deviendra « Bad Joke ».

Mais l’enfant de parents ouvriers, malgré les apparences, a les pieds sur terre. La musique est avant tout une passion, il est vrai, dévorante, mais de là à en faire une carrière… Kopsy doit trouver la motivation pour obtenir son bac. Il la trouve finalement, à quelques mois des épreuves, en découvrant qu’une grosse société d’assurance propose, après concours d’entrée, un BTS en alternance avec une embauche au bout des deux ans d’études. Kopsy saute sur l’occasion. Il réussit le concours, obtient son bac avec un « brillant dix et quelque chose… ». En septembre, il se retrouve alors avec dix autres bacheliers tous plus âgés que lui, dans les locaux de cet assureur. Très vite pourtant, Kopsy étouffe dans son costume où le chapeau, les baskets et les vêtements larges sont proscrits. « Au bout d’un an, je savais que cette formation n’était pas pour moi. Je n’allais pas en cours car ils ne me convenaient pas, et puis j’avais la tête ailleurs… ». On connaît la musique, pourrait-on dire sans mauvais jeu de mots. Car la musique justement prend de plus en plus de temps dans la vie de Vincent avec les concerts qui se multiplient. Alors le BTS en poche, car Vincent va toujours au bout des choses, il refuse l’embauche de cet assureur qui a oublié la dimension sociale de son métier. Et pendant près d’un an, lui et son groupe diffusent leur talent dans les bonnes salles de France et de Navarre, jusqu’à jouer, excusez du peu, sur la scène du Printemps de Bourges.

Et puis, la nécessité de gagner sa vie, le ramène, malgré lui, à la triste réalité de devoir accepter un emploi de commercial itinérant chez un autre groupe d’assurance. « Mais après le succès du printemps de Bourges, je ne me voyais vraiment plus travailler dans ce secteur », explique-t-il. Surtout que le premier album studio du groupe sort en 2002. Et Vincent veut du temps, pour la musique, on l’aura deviné. Il démissionne alors et trouve un travail d’emploi jeune dans une école primaire de Val-de-Reuil. Lui qui a obtenu son Bafa à 18 ans y voit alors une opportunité, sur le moment pas professionnelle, mais surtout artistique. « Je travaillais vingt sept heures par semaine, payées trente cinq, avec tous mes vendredis et week-ends. C’était cool pour les concerts », sourit-il. Mais Il sait désormais qu’il ne fera jamais de la musique son métier. Alors il profite de son droit à la formation pour passer son brevet d’Etat auprès des adolescents, public qu’il encadrait durant ses jobs d’été les années passées.

Un homme simple

Aujourd’hui Kopsy regarde ce passé encore récent avec beaucoup de satisfaction, car il a « toujours voulu goûter à tout pour ne pas avoir de regret ». Lui qui reconnaît l’importance d’avoir été cadré par des adultes, sans pour autant avoir le sentiment d’être étouffé, veut désormais arborer la même démarche auprès des jeunes et de ses supérieurs à la mairie de Tourville-la-Rivière. « En psycho, cela s’appelle un transfert », lui rappelle-t-on. Kopsy salut la référence. Apprécié, Kopsy l’est forcément, des jeunes, tout d’abord, qui reconnaissent en lui en priorité la disponibilité. Mais il ne veut pas qu’on lui dise trop frontalement. Vincent n’est pas homme à honneurs. « Je ne suis qu’une poussière sur la planète » affirme le jeune trentenaire qui ce serait bien vu être un scientifique, là encore pour le côté original de la démarche. « D’ailleurs je me sens mal à l’aise quand on me félicite trop. C’est comme ce portrait dans le journal d’Elbeuf, j’en suis étonné, car je suis finalement quelqu’un de simple et d’ordinaire », lâche-t-il.

Ce personnage ordinaire reste par contre très discret sur sa vie privée, afin « de bien fixer les frontières notamment avec les jeunes », confie-t-il. Par contre, ce qu’ils savent, c’est qu’il sera absent durant toutes les vacances d’avril. Kopsy a pris ses congés pour pouvoir partir en concert en Allemagne et en République thèque avec son groupe des débuts, « Bad Joke », mauvaise plaisanterie, en anglais, qui en est à son troisième album. Kopsy aime l’autodérision qui lui permet de rester humble, là où d’autres, même avec un petit chapeau, pourraient avoir un gros melon.

Frédéric SEAUX

 

Repères

 

Naissance le 28 octobre 1978

Originaire d’Alizay

Intègre le futur groupe « Bad Joke » à 15 ans

BAFA en 1996

Obtient son Bac ES au lycée Marc Bloch (Val-de-Reuil) en 1997

BTS en assurance en 1999

Joue au printemps de Bourges en 2001

Brevet d’Etat d’animateur pour préadolescents et adolescents en 2005.

Animateur auprès des 11-15 ans au sein de la  structure Condorcet à Gaillon de 2006 à 2008

Depuis 2008, directeur de la structure adolescents et préadolescents de Tourville-la-Rivière

 

Repost 0
Published by frederic seaux - dans portrait
commenter cet article
8 janvier 2011 6 08 /01 /janvier /2011 13:30

 Article paru dans le Journal d'Elbeuf, le vendredi 7 janvier 2011 

  

L’Evangile selon Bernard Lebeau

Le père Bernard Lebeau, prêtre itinérant à Elbeuf, sort un nouvel ouvrage[1]. Il propose une relecture des Evangiles à la lumière d’aujourd’hui et relate quelques événements survenus à Elbeuf qui ont profondément marqué cet homme continuellement révolté par la condition humaine.

 

« La religion est l’opium du peuple ». Ce n’est pas Karl Marx qui le dit. Non. Aussi étonnant que cela puisse paraître, c’est un prêtre, Bernard Lebeau qui l’affirme. Mais ce prêtre « itinérant », comme il aime se présenter, né à  Elbeuf en 1942, tient à compléter cette citation afin d’être bien compris : « si et seulement si la religion fait oublier à quelqu’un qu’il est avant tout un homme qui doit rester digne, sans jamais baisser ni les bras, ni la tête ».

Bernard Lebeau aura bientôt soixante-dix ans. Et une vie continuellement au service des autres. Au moins depuis 1969 –après être monté sur les barricades à Rouen en mai 1968 !- et sa première mission de prêtre à Oissel. Ensuite, il exercera sa fonction ecclésiastique à Dieppe, puis à Canteleu et depuis 1996, à Elbeuf où l’évêque lui a donné la mission de faire réapparaître l’église catholique dans les lieux elbeuviens qu’elle semblait avoir désertés. Un travail évidemment en lien avec la paroisse et les paroissiens d’Elbeuf. Il y a du Jacques Gaillot (ancien évêque médiatique d’Evreux) dans cet homme. A la différence près, que Bernard Lebeau, lui, n’aime pas trop les médias et les lumières qu’on pourrait diriger sur sa personne.

DSCF4139Il rêvait de devenir missionnaire

 D’ailleurs, le livre que Bernard Lebeau vient de publier n'est accompagné d'aucune promo. Aucune dédicace n’est en effet prévue -pour l’instant- pour ce nouvel ouvrage, Dieu croit en l’homme, paru aux éditions ébroïciennes, « Le rire du serpent ». Après quarante et un ans de prêtrise, cet ancien gamin du Puchot dont les parents étaient des petits commerçants vraiment modestes dans ce quartier « misérables » durant les années 1950-1960, a eu envie  d’écrire un livre « méditatif consistant en une relecture des Evangiles à la lumière de ce que je vois autour de moi et de ce que les gens me disent », explique ce prêtre qui veut rester en phase avec ceux qu’il côtoie au quotidien, tant dans ses activités laïques – il dirige un atelier de réparation de vélos-, que religieuses.

A la prison de Rouen
  Lui qui rêvait à  dix-sept ans de devenir missionnaire, à quelque part réalisé son rêve : pas besoin de partir loin pour aider son prochain. La misère et la souffrance, le père Bernard Lebeau les affronte partout. Hier, pendant la guerre d’Algérie où il y fait dix-huit mois en tant qu’appelé du contingent. Lui qui au départ voulait être objecteur de conscience part finalement pour constater de lui-même ce qui se passe « là-bas ». Une expérience qui développe alors son esprit critique et lui fait dire que « toutes les guerres sont sales ».

  Aujourd’hui, auprès des détenus de la maison d’arrêt « Bonne Nouvelle » de Rouen. Son action d’écoute et de conseil, il la mène donc aussi depuis 1997 auprès de ces êtres humains « avant tout », non pas pour leur faire la morale, terme qu’il exècre, et encore moins pour les juger, car ce n’est pas sa mission.

 Des hommes, pas des mosntres

 « Mon but est de leur rappeler qu’ils sont des hommes et pas des monstres. Je les amène à aller chercher au fond d’eux leur part d’humanité, sans leur parler de bondieuseries qui ne servent à rien dans ces moments là », explique-t-il. Bernard Lebeau rencontre ces hommes dans leur cellule où ils sont deux voire trois à se partager 10 m2, en contradiction totale avec les règles les plus élémentaires de la dignité humaine. Et ces conditions d’existence le révoltent. La destruction prochaine de cette maison d’arrêt ? Bernard Lebeau pourrait en être satisfait, « mais tant que la justice ne sera que vengeresse, la prison ne pourra pas être humaine, même dans une prison flambant neuve, ni pour les détenus, ni pour le personnel pénitentiaire », affirme-t-il, convaincu que l’actuel milieu carcéral prépare plus à la récidive qu’à la réinsertion.

Bernard Lebeau va même plus loin dans sa démarche auprès des détenus. « Avec d’autres », insiste-t-il, au sein de « accueil Bethani » (Du nom, dans les Evangiles, de la demeure de Marthe, Marie et Lazare qui ont accueilli Jésus durant son voyage vers Jérusalem), « on a ouvert un centre d’accueil provisoire pour ceux qui sortent de prison sans rien ». Le père Bernard Lebeau est vu par son éditeur et par bien d’autres comme « un cinglé ». « Oui car on me dit que je suis un utopiste car je crois en l’homme, j’ai foi en lui ». Mais Bernard Lebeau n’est pas de ceux qui « donnent le bon dieu sans confession » au premier venu, car il considère qu’un homme est le produit de la société dans laquelle il vit, et comme notre société est vraiment loin d’être parfaite… . 

Ce nouveau livre de Bernard Lebeau est donc un bel ouvrage à l'image de son auteur. Les deux réconcilient sans nul doute l'Eglise avec ceux qui ont perdu la foi et avec ceux qui, sans l'avoir jamais eue, pourraient trop rapidement penser que l'homme n'est qu'un loup pour l'homme. En écoutant et en lisant le père Bernard Lebeau, on est en droit de se dire que l'utopie n'est pas l'irréalisable, mais l'irréalisé.

  

Frédéric SEAUX                                                                  


[1] Bernard Lebeau, Dieu croit en l’homme, Editions Le rire du serpent, Evreux, 2010, collection « Témoignage », 15 euros, 91 pages.

Repost 0
Published by frederic seaux - dans portrait
commenter cet article
3 décembre 2010 5 03 /12 /décembre /2010 17:08

 

Cet article est paru mardi 7 décembre 2010 dans le Journal d'Elbeuf

 

Au nom du père et du fils

Robert Hazet est une figure incontournable de la vie syndicale et politique dans l’agglomération elbeuvienne depuis quarante ans. Mais derrière le tribun qui a gardé son caractère d’homme révolté, se cache en réalité un homme sensible plus que tout attaché à ses proches.

 

En sport, on l’appellerait « le régional de l’étape ». Appelez-le aussi « l’enfant du pays », cela lui fera plaisir. Robert Hazet, avec son regard malicieux, vous répondra spontanément avec sa voix légèrement cassée par de longues années de cigarette, d’innombrables manifestations qui ont très certainement usé ses cordes vocales : « Je suis né à Elbeuf il y a soixante-quatre ans, j’ai passé toute ma jeunesse à Caudebec-lès-Elbeuf et Aujourd’hui je vis à Saint-Pierre-lès-Elbeuf ».

Un passionné

Lui le militant de la CGT et du Parti communiste français depuis 1969 (après les avoir quittés après mai 1968 parce qu’il n’approuvait pas leurs décisions d’alors face au mouvement de contestation), ouvrier chez Renault de 1969 à 2003, connaît par cœur l’histoire de l’agglo elbeuvienne et du mouvement social en particulier qui lui est attaché. Il est d’ailleurs intarissable sur le sujet. Mais il l’est tout autant sur ses proches, son père aujourd’hui décédé, son fils Mathieu, sa regrettée épouse Annick, et bien sûr ses deux petites-filles, Juliette et Charlotte qui ont respectivement bientôt sept ans et deux ans et demi. Bref, Robert Hazet est ce qu’on pourrait appeler un bavard passionné qui le rend « parfois un peu brouillon » dit Mathieu, jamais bien loin de son père. « Il est tellement passionné, qu’il veut tout dire en peu de temps», poursuit-il, sous le regard affectueux et le silence- pour une fois ! - de Robert

 

robert-hazet-2.JPG

Sa femme… sa muse

Son épouse et lui n’étaient peut-être pas faits pour se rencontrer, ou du moins pas au point de faire leur vie ensemble. Et pourtant la catholique et le jeune militant communiste vont passer leur vie ensemble. Et les deux vont s’inspirer mutuellement. Elle n’a jamais été encartée au parti, mais elle a tout de même été élue sur une liste communiste à Saint-Pierre-lès-Elbeuf.

 

 

 

 

Robert Hazet entre Mandela son mentor et Mathieu, son fils, sa fierté

 

« Ma femme avait l’esprit militant, elle était toujours sur le terrain,  dans l’action, surtout à partir du moment ou elle a travaillé aux œuvres laïques où elle s’occupait de formation auprès de jeunes arrivants, notamment africains. Cela l’a conduit naturellement à partir plusieurs fois au Burkina Faso pour monter des projets humanitaires» , explique Robert Hazet. Et cet esprit militant inspire aujourd’hui le responsable de la section communiste d’Elbeuf. « La théorie, il en faut, mais ce qui compte chez les militants, c’est le terrain auprès de la population », poursuit-il. Et puis, le malheur vient percuter Robert, avec le décès d’Annick en 2007 d’un cancer du colon. Les deux jeunes retraités avaient pourtant prévu de partir monter des projets en Afrique. Robert ne partira jamais sans sa femme. Mais, à la place, il reprend du poil de la bête et travaille beaucoup pour la section. « J’avais plein de projets, d’idées », précise-t-il. « Inconsciemment, mon père s’est jeté dans le militantisme politique après avoir consacré surtout sa vie au militantisme syndical, pour ne pas ruminer », analyse Mathieu.

 

Un grand-père irréprochable

D’ailleurs, entre les fils et le père, il y a, sans nul doute, plus que de l’amour filial et paternel. Les deux n’ont pas le même parcours ― Robert a travaillé dès quatorze ans comme ouvrier, Mathieu a suivi des études universitaires et travaille aujourd’hui au comité d’entreprise de Renault― et les conflits intergénérationnels peuvent parfois apparaître. Mais le respect et la fierté réciproques entre ces deux là sont indéfectibles. Même si Mathieu avoue, avec toute sa pudeur, que l’absence de son père, quand il était plus jeune, à cause de son engagement syndical et politique, lui a pesé lourdement. « Au point à un moment de rejeter tout engagement », explique-t-il. « Et puis à partir de la Seconde, j’ai pris conscience que j’étais communiste, sans que mon père ne m’ait jamais forcé à quoi que ce soit. Mais mon père, avec son expérience, son travail, ses lectures, est devenu alors pour moi une plus-value », conclue le fils. « J’ai vécu la même chose avec mon père, militant lui aussi qui m’a beaucoup appris », poursuit Robert. Chez les Hazet, l’histoire bégaie naturellement. Mathieu n’en veut pas à son père. De toute façon, Robert ne regrette rien, et puis « comme grand-père, il est irréprochable » prévient le fils. « Je suis attentif aux progrès de mes petites-filles », commente le grand-père.

Le regret de n’avoir pas fait d’études

Aucun regret donc, si ce n’est peut-être que professionnellement, en  amoureux qu’il est de la nature et de son jardin, il aurait voulu être paysagiste. Il regrette aussi de ne pas avoir fait d’études, ni même d’avoir obtenu son certificat d’études. « L’instituteur ne le faisait passer qu’aux meilleurs », explique-t-il. Alors Robert va compenser ses lacunes, par un caractère frontal, par ses lectures également et grâce aux écoles de formation de la CGT et du parti communiste. « Je leur dois beaucoup », insiste l’autodidacte stakhanoviste qui a terminé sa carrière à la CGT de Renault Cléon en tant que secrétaire-adjoint.

 

 

robert-hazet-3.JPG

 

Liberté j’écris ton nom

Mais si Robert Hazet prétend n’avoir jamais souffert du moindre complexe d’infériorité, hors de question néanmoins que son fils, lui, Mathieu ne fasse pas d’études. Mais en toute liberté. « Car je suis d’esprit libéral », prévient-il. Ce que confirme le fils. « Mon père comme ma mère m’ont toujours laissé faire ce que je voulais ». Liberté donc. Une valeur importante chez les Hazet. « D’ailleurs moi, je ne prétends jamais avoir raison quand je prends la parole. Je pose des questions et on débat ».                                      

                                                                               L'Humanité ? Un besoin quotidien pour Robert Hazet

 

 

L’homme épris de liberté a  toujours été finalement un électron libre. « Très tôt, j’ai souhaité la chute du Mur de Berlin, surtout à partir du moment où je suis allé en URSS, en 1982, avec la CGT pour rencontrer les ouvriers de Lada. Là, j’ai vu de belles réalisations, des crèches dans les entreprises, des salles de repos, des soins dentaires gratuits pour les ouvriers, par exemple. Mais j’y ai vu aussi un manque de liberté dans leurs déplacements et l’absence de produits de consommation. Cela ne pouvait pas durer », affirme Robert. Mais la conscience de classe et la protection du parti demeurent la priorité. C’est le fils qui l’explique : « Mais de ce que tu as vu en URSS, tu n’en as parlé qu’à ton père, de peur de faire le jeu des anti-communistes ».

 

Le père acquiesce, face à un fils qui le connaît par cœur. D’ailleurs Robert adore particulièrement l’adage, qui leur va comme un gant à tous les deux, de l’association d’amitié « France-URSS », dissoute en 1992 et dont il a gardé un médaillon : « Se connaître pour se comprendre. Se comprendre pour se connaître ». Elle devrait bientôt orner un des murs de la section du parti à Elbeuf.

           Frédéric SEAUX

 

Les repères de Robert Hazet

Naissance le 8 juin 1946 à Elbeuf

Commence à travailler à 14 ans et adhère à la CGT et aux jeunesses communistes

Rencontre Annick, sa future femme, à seize ans

Quitte le parti communiste et la CGT après mai 1968

Reprend sa carte au syndicat et au PCF en 1969

Mariage en 1970

Voyage en URSS en 1982

Secrétaire-adjoint à la CGT Renault Cléon de 1987 à 2003 

Responsable de la section PCF d’Elbeuf depuis 2007

Un fils, Mathieu, 35 ans.

Grand-père de deux petites-filles Charlotte et Juliette

Retraité de chez Renault depuis 2003

Décès de son épouse Annick en 2007

Repost 0
Published by frederic seaux - dans portrait
commenter cet article

Présentation

  • : Le blog de frederic seaux
  • Le blog de frederic seaux
  • : il s'agit d'un blog sur lequel paraissent certains de mes articles publiés dans le quotidien l'Humanité et les deux hebdomadaires, La Terre et l'Humanité Dimanche. J'utilise également ce blog comme moyen d'expression sur des sujets d'actualité que je ne traite pas directement à travers mes articles. Rendez-vous également sur le blog de la maison d'édition que j'ai créée : http://editionscogitoergosum.over-blog.com
  • Contact

Recherche

Liens