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17 janvier 2011 1 17 /01 /janvier /2011 13:41

Article de damien Roustel paru dans l'Humanité le 14 janvier 2011

 La mort du paludisme ?

 

Chaque année, 
la maladie transmise par un moustique
tue près d’un million de personnes. L’Afrique concentre 90 % des victimes. Le combat contre l’épidémie marque pourtant des points. Grâce à des acteurs comme l’Unicef, premier fournisseur 
de moustiquaires. 
Le Rwanda mène 
une lutte exemplaire.

Kayonza, Kigali (Rwanda), envoyé spécial.

 

C’est une hécatombe silencieuse. Toutes les trente

 secondes, un enfant meurt du paludisme. Au total, cette maladie tue presque un million de personnes chaque année. Et près de 250 millions de cas sont recensés dans le monde tous les ans. Les victimes, presque exclusivement des enfants de moins de cinq ans, se trouvent en Afrique. À 90 % !

Le paludisme, qui tire son nom du latin paludis, marais, est aussi appelé malaria, de l’italien mal’aria, mauvais air. Jusqu’à la fin du XIXe siècle, on croyait que les accès de fièvre mortels de cette maladie étaient provoqués par les odeurs qui émanaient des marais. Il a fallu attendre les travaux de Ronald Ross (prix Nobel de médecine en 1902) pour découvrir que le paludisme était dû essentiellement à un parasite, le Plasmodium falciparum, transmis à l’homme par la piqûre d’un moustique, l’anophèle femelle.

Un siècle plus tard, il n’existe toujours pas de vaccin. Face à la gravité de la situation, la communauté internationale a décidé d’inclure en l’an 2000 la lutte contre le paludisme parmi les huit objectifs du millénaire pour le développement (OMD), censés réduire de moitié la pauvreté d’ici à 2015. L’objectif du millénaire numéro 6-C prévoit d’avoir maîtrisé le paludisme d’ici à 2015 et « commencé à inverser la tendance actuelle ». Dix ans plus tard, le pari est en passe d’être réussi. Le combat contre le paludisme est l’un des rares domaines humanitaires où la communauté internationale peut s’enorgueillir de tenir ses promesses.

Selon le dernier rapport annuel de l’OMS, publié le 14 décembre, le nombre de décès estimé est passé de 985 000 en 2000 à 781 000 en 2009. Quant au nombre de cas, qui avait augmenté de 233 millions à 244 millions entre 2000 et 2005, il est redescendu à 225 millions. Selon un document de Roll Back Malaria (RBM), la vie de plus de 730 000 enfants, dans trente-quatre pays d’Afrique, a été sauvée au cours des dix dernières années.

La maladie a été éradiquée l’année dernière au Maroc et au Turkménistan. Mais les progrès les plus spectaculaires sont à mettre au profit de onze pays d’Afrique qui ont réussi au cours de la décennie écoulée à faire chuter de plus de 50 % le nombre de décès et de cas de paludisme confirmés. Le Rwanda est l’un de ces bons élèves.

L’histoire de Vestine Mukaruka est emblématique. Cette villageoise rwandaise de vingt-sept ans n’avait jamais entendu parler du paludisme jusqu’à ce qu’elle le contracte il y a deux ans. Elle vit pourtant dans la zone la plus endémique du pays, à Kayonza, l’un des sept districts de la province de l’Est. Pour arriver chez elle, à Bicumbi, un village très pauvre d’une centaine de foyers situé à une heure de route de Kigali, il faut emprunter une piste de terre qui serpente le long d’innombrables collines verdoyantes. Sur le chemin, on croise des chèvres, des vaches, des travailleurs dans les champs, et des cyclistes qui transportent des montagnes de bananes fixées on ne sait comment sur le porte-bagages de leur vélo. À chaque montée, des attroupements se forment pour aider le vendeur de bananes, suant à grosses gouttes, à pousser sa cargaison au sommet de la pente.

La famille de Vestine, elle, tire ses maigres revenus des deux chèvres et de la poule qui déambulent nonchalamment devant leur sombre petite maison en boue séchée. « Il y a deux ans, j’ai eu de la fièvre, des maux de tête et de ventre. Au bout de quatre jours, comme cela ne passait pas, j’ai décidé d’aller au centre de santé. J’étais tellement faible que j’ai dû payer un vélo (le taxi local – NDRL) pour m’y rendre », raconte-elle. On lui donne des médicaments et on lui demande de revenir. « C’est à ce moment-là que j’ai appris que j’avais le paludisme », poursuit-elle. Au cours son récit, en kinya rwandais, Vestine explique qu’elle s’est remise sur pied au bout d’une semaine et qu’elle n’a pas dû débourser un seul franc rwandais. Puis elle lâche en français trois mots : « mutuelle de santé ». Comme une très grande majorité de Rwandais, elle bénéficie d’un accès aux soins gratuits en contrepartie d’une cotisation annuelle de 1 000 francs (2 dollars). Un système de santé unique en Afrique à faire pâlir d’envie bien des pays riches.

Ces deux dernières années, Vestine n’est plus tombée malade. « Je suis les conseils du médecin du centre de santé. J’évite les marais. La nuit, je ferme la porte et les fenêtres. Je veille à la propreté et je dors sous une moustiquaire », ajoute-elle. Après avoir enjambé dans une semi-obscurité des sacs de sorgho destinés à la vente, entreposés dans cette bicoque sans électricité, elle nous conduit à l’unique chambre. Elle nous montre deux moustiquaires. « Pour l’instant, je n’en utilise qu’une seule », précise-t-elle. Elle y dort avec son mari et ses trois enfants.

Evariste est l’un des quatre agents de santé communautaires bénévoles du village de Bicumbu. Sa mission : informer les habitants sur les grandes maladies et prendre en charge les enfants de six mois à cinq ans. Sa priorité, repérer les enfants fiévreux. Depuis deux ans, il visite les familles à raison de trois heures par soir. Il dispose d’un téléphone. Chez lui, cadenassés dans un coffre en bois, il possède des cures de paludisme pour cinq enfants et des tests de dépistage rapide. « J’ai été formé. Je montre aux mères comment administrer les médicaments et je m’assure ensuite que le traitement est bien pris », assure-t-il, conscient du poids de sa responsabilité.

Il renvoie les cas les plus graves vers un poste de santé, situé à vingt minutes à pied du village, qui peut décider de diriger le patient vers un centre de santé. Le plus proche est à deux, trois heures. Les trente districts du pays sont désormais dotés d’au moins un hôpital. Et si l’état du malade est alarmant, le pays a installé au sommet de cette pyramide trois hôpitaux dits de référence, basés dans la capitale. Un maillage extrêmement efficace dans un pays à peine plus grand que deux départements français.

Opérationnel depuis 2005 grâce à l’ONG américaine Partners in Health et à la Fondation Clinton, l’hôpital de Rwinkavu peut désormais soigner les malades du district de Kayenza. Dans la salle de pédiatrie, les lits sont tous placés sous une moustiquaire. Dans le lit numéro cinq, une femme tient son nourrisson mis sous perfusion. « Il a le paludisme mais dans trois à cinq jours il sera sorti d’affaire », rassure Félix Rwabukwisi, un responsable de l’hôpital. « Un paludisme diagnostiqué égale un patient vivant », assène-t-il. « Je suis ici depuis trois ans. J’ai constaté une évolution remarquable en termes de décès. Mais les pics, de septembre à janvier, et à partir d’avril, ne se réduisent pas », poursuit-il. De janvier à juin, sur les quarante-neuf décès enregistrés à Rwinkavu, seuls six sont liés au paludisme. Mais cette maladie reste la première cause d’hospitalisation.

Le paludisme était la première cause de mortalité au Rwanda entre 2005 et 2008. « Grâce aux efforts de la communauté internationale et du gouvernement, ce n’est plus le cas. Le taux de morbidité est tombé à 2 % », explique Denis Muhoza, médecin de l’Unicef à Kigali. « Même pour nous, ce sont des résultats spectaculaires. Mais il n’y a pas de magie », affirme-t-il. « Lutter contre cette maladie repose sur la prévention et le traitement », poursuit-il. La prévention ? Distribution de moustiquaires, pulvérisation d’insecticides dans les habitations et épandage d’insecticides dans les eaux stagnantes, lieux de reproduction des moustiques.

L’Unicef est le plus important acheteur de moustiquaires au monde. Le fonds des Nations unies en a acheté quarante fois plus en 2000 qu’en 2009, soit environ 140 millions de moustiquaires au cours de la décennie écoulée. Il en a payé près de 300 000 pour le Rwanda au cours des trois dernières années. Avec un taux de couverture de l’ordre de 70 % pour les populations à risque, le Rwanda fait partie du Top 5 des pays d’Afrique les mieux pourvus en moustiquaires.

Les 67 millions de dollars d’aide reçus ces cinq dernières années n’y sont pas étrangers. Mais sans la mise en place d’un véritable plan national de lutte contre ce fléau, les résultats n’auraient pas été aussi bons. « En 2006, la population était devenue résistante au parasite. Nous avons dû changer de médicaments », raconte Monique Ruyange, responsable du paludisme au sein du centre national Trac Plus. À chaque vaccination contre la rougeole, une moustiquaire est distribuée, puis ensuite lors d’une consultation prénatale. « Tous les ménages en auront trois d’ici à 2013 », annonce-t-elle. Selon la spécialiste, à cette date, le Rwanda sera passé à la phase de préélimination, étape qui précède l’élimination puis l’éradication.

Propagande gouvernementale ? S’il est bien une personne que l’on ne peut pas suspecter de complaisance à l’égard du régime de Paul Kagamé, c’est bien Pascal Nyilibakwe. Seule voix critique à Kigali à parler ouvertement, ce défenseur des droits de l’homme ne tarit pas lui non plus d’éloges. « Avant, mes enfants étaient tout le temps malades. Maintenant, avec les moustiquaires, c’est fini. Un mort de paludisme à Kigali, c’est rare », affirme-t-il.

Mais ces succès restent fragiles. Une résistance à l’artémisinine, un des composants du traitement antipaludéen, est apparue à la frontière entre le Cambodge et la Thaïlande, et inquiète l’OMS. Le Nigeria et la République démocratique du Congo, territoires immenses, très peuplés et soumis à des instabilités politiques, sont très en retard. Aucune victoire définitive ne sera possible sans des actions massives dans ces deux pays. Enfin, les pays vertueux ne sont pas à l’abri d’une rechute.

Dans son dernier rapport, l’OMS a enregistré une augmentation des cas dans trois pays en Afrique en 2009. Il s’agit de Sao Tomé-et-Principe, la Zambie et… le Rwanda. Les raisons n’en sont pas connues. Ce n’est pas parce que les moustiques tueurs ont du plomb dans l’aile qu’ils ne piquent plus.

Damien Roustel

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17 janvier 2011 1 17 /01 /janvier /2011 13:28

 

Article de Alexandra Chaignon, paru dans l'Humanité, le 14 janvier 2011

Comment les laboratoires nous font avaler la pilule

 

Le scandale du Mediator a mis en lumière la défaillance du système de contrôle des médicaments. Les pouvoirs publics privilégient l’intérêt économique avant celui des patients. Le meilleur remède, c’est celui qui fait grossir le portefeuille.

 

Deux mois après s’être vu confier l’enquête sur le Mediator, ce coupe-faim retiré du marché fin 2009, l’Inspection des affaires sociales (Igas) doit remettre demain son rapport au ministre de la Santé. « Je veux comprendre pourquoi, malgré certaines mises en garde, malgré une parenté chimique avec des molécules interdites, ce médicament est resté sur le marché pendant trente-trois ans », déclarait Xavier Bertrand, fin décembre. C’est justement LA question que tout le monde se pose et qui interroge les liens existant entre l’agence sanitaire publique et les laboratoires.

« On ne soupçonne pas la puissance de l’industrie pharmaceutique. Elle contrôle toute la chaîne du médicament, depuis la molécule jusqu’à sa prescription. » Ancien médecin-conseil de la Cnam, Claude Béraud a été vice-président de l’une des plus hautes institutions publiques en matière de médicament, la Commission de transparence de l’Afssaps (Agence française de sécurité sanitaire des produits de santé). Pour lui, les pouvoirs publics privilégient l’intérêt économique et celui des firmes avant celui des patients.

 

18 000 morts par an en France

À commencer par les pratiques d’évaluation. Les essais cliniques, qui servent de référence à l’évaluation des médicaments par la commission d’autorisation de mise sur le marché (AMM), sont réalisés à l’initiative des laboratoires. Le médicament passe ensuite par la commission de la transparence, chargée d’évaluer son apport thérapeutique, sur une échelle de 1 à 5. Sachant qu’entre 1 et 3 le taux de remboursement variera entre 35 et 65 %. Au-dessus de cette fourchette, le principe actif est jugé inefficace et n’est pas admis sur la liste des produits remboursés. « En théorie », précise Claude Béraud. Car cette commission n’exige aucune preuve de progrès thérapeutique. 90 % des nouveaux médicaments seraient pourtant dans ce cas ! Quant au contrôle des médicaments après leur mise sur le marché, aucune étude ne permet de vérifier que les plus prescrits tiennent bien leurs promesses alors que la collectivité consacre à leur remboursement des sommes astronomiques. Pourtant, les effets secondaires dus aux médicaments font chaque année près de 18 000 morts en France.

Parallèlement, que penser des comités d’experts dont la plupart sont rémunérés comme consultants des firmes dont ils doivent juger les produits ? Ces liens ont l’obligation d’être publiés, mais la transparence n’est pas l’indépendance. En 2010, 99 % des experts de l’Afssaps ont déclaré des liens avec l’industrie pharmaceutique. « Ce n’est pas parce qu’il y a un lien entre la firme et l’expert qu’il y a conflit d’intérêts », se défend Christian Lajoux, président du Leem (syndicat français de l’industrie pharmaceutique).

 

une concurrence acharnée

Le financement de l’Afssaps fait également débat. Désormais, ses ressources proviennent à 100 % des labos pharmaceutiques. Un mode de financement « pas de nature à assurer l’indépendance de l’agence », note la Cour des comptes. L’agence rétorque que ces redevances sont des taxes obligatoires. « Il n’y a pas d’échanges financiers. Ce type de financement garantit l’autonomie financière de l’agence sans pour autant dresser de lien de subordination », s’irrite Christian Lajoux. « Certes, mais rien n’oblige la firme à soumettre sa demande d’autorisation de mise sur le marché à l’Afssaps, en concurrence sur ce “marché” avec l’Agence européenne du médicament, encore moins indépendante, voire avec des agences d’autres pays européens. L’agence subit donc le dumping réglementaire de l’agence la plus conciliante, au risque de voir les demandes d’AMM et les recettes afférentes se détourner d’elles », explique Philippe Foucras, président du collectif Formindep (pour une formation médicale indépendante au service des professionnels de santé et des patients ).

Les laboratoires doivent donc se livrer à une concurrence acharnée pour préserver des marges bénéficiaires extrêmement élevées. « Les axes de recherche développés par l’industrie pharmaceutique correspondent essentiellement aux pathologies représentant un marché important, délaissant nombre de pathologies des pays en voie de développement », dénonce Thierry Bodin, délégué central CGT chez Sanofi-Aventis. Cette logique industrielle accule les laboratoires à tout faire pour réduire les délais de retour sur investissement. De son côté, financée par les firmes, l’Afssaps n’ose plus prendre de décisions contrariant un tant soit peu les intérêts des labos.

Alexandra Chaignon

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12 janvier 2011 3 12 /01 /janvier /2011 14:35

Article de Maud Dugrand paru dans l'Humanité le 11 janvier 2011

Enquête 

Victimes du Mediator

 Elles réclament justice

 

Plus d’une centaine de plaintes contre le laboratoire Servier doivent être déposées ce matin par une association de malades, tandis que d’autres réclament un accord à l’amiable et la création d’un fonds public d’indemnisation.

Ce matin, quelque cent dix dossiers doivent être déposés au pôle de santé publique du tribunal de Paris par l’association d’aide aux victimes du Mediator et de l’Isoméride. Précisément cent plaintes pénales avec constitution de partie civile contre le laboratoire Servier pour « blessures involontaires », dix plaintes avec constitution de partie civile pour « homicide involontaire », auxquelles s’ajoute une plainte pénale déposée au nom de l’association elle-même. Ces procédures interviennent en parallèle à celle engagée par le parquet de Paris au mois de décembre et confiée à l’Office central de lutte contre les atteintes à l’environnement et à la santé publique (Oclaesp).

Une démarche jugée trop lourde par Georges-Alexandre Imbert, président de l’association d’aide aux victimes des accidents de médicaments. Lui préfère s’orienter vers une conciliation avec le laboratoire Servier afin de permettre une indemnisation des victimes plus rapide que ce que produirait une longue procédure pénale, qui pourrait durer plusieurs années. Et où il sera de toute façon difficile de prouver au cas par cas le lien entre la prise du Mediator et ses conséquences sur la santé. Signe d’un certain changement de ton dans la communication et la stratégie du laboratoire, celui-ci ne semble pas opposé à cette éventualité. Il faut dire qu’il était déjà passé par là avec les victimes de l’Isoméride, son autre médicament interdit, en 1997.

 

Dans l’attente du rapport de l’Igas

« Si notre responsabilité est engagée, Servier l’assumera, comme il l’a toujours fait », a déclaré hier la directrice générale du laboratoire, Lucy Vincent, au micro de RTL. Une promesse qui ne convainc guère le député PS Jean-Marie Le Guen, qui réclame que l’État mette en place « un fonds d’anticipation des indemnisations » et même « la mise sous séquestre des biens de Jacques Servier ». Difficile de s’y retrouver aujourd’hui pour les malades, autour desquels se pressent nombre d’avocats, flairant le procès de la décennie. Marc Paris, du collectif interassociatif sur la santé, conseille, lui, aux victimes de constituer leur dossier de plainte, démarche déjà longue et fastidieuse (lire les portraits ci-joints). Une seule certitude : tous attendent avec impatience le rapport de l’Inspection générale des affaires sociales (Igas), à la fin de la semaine, qui devrait nous éclairer un peu plus sur la chaîne des responsabilités. Si Servier est aujourd’hui visé, il ne sera sans doute pas le seul. Car c’est tout un système qui est à réformer.

Maud Dugrand

 

Commentaire : Trois témoignages poignants  de victimes du Médiator  suivent ce papier de Maud Dugrand. Un rappel :  en juillet 2009, Nicolas Sarkozy remettait la grande croix de la Légion d'honneur à Jacques Servier, patron du laboratoire commercialisant en France le Médiator, pourtant déjà interdir en Italie et en Espagne. Vous avez dit collusion d'intérêts?

Frédéric SEAUX

 

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12 janvier 2011 3 12 /01 /janvier /2011 14:28

Les victimes du Médiator

Témoignage paru dans l'Humanité, le 11 janvier 2011

« Je ne mangeais plus, je ne me nourrissais plus que de pilules »

 

Souffrant de dépression et d’isolement, Catherine Leraillez a sombré, il y a quinze ans, dans l’engrenage des cocktails médicamenteux. Jusqu’au point de rupture.

 

Divorce, licenciement, dépression : en 1992, Catherine Leraillez n’a pas tiré le tiercé gagnant. Son quotidien bascule peu à peu dans une solitude sans fond. Sous l’effet conjugué des antidépresseurs et autres anxiolytiques, elle subit alors une importante prise de poids, passant de 63 kilos à 108 kilos. Sa nouvelle morphologie tourne vite à l’obsession. Son médecin généraliste choisit alors de lui prescrire le Mediator à contre-emploi, comme coupe-faim. Dans son profond désarroi, elle voit en lui « le remède miracle ». Le cocktail médicamenteux ne tarde pas à se faire sentir. « J’ai commencé à avoir des vertiges, des troubles de la vision, je ne supportais plus ni la lumière ni le bruit. »

D’après Catherine, son médecin a sous-estimé ces effets secondaires. « À chaque fois que je lui en parlais, il allongeait la liste des prescriptions, mettant ces symptômes sur le dos de nouvelles maladies. Si j’avais des palpitations, c’était parce que je faisais de la tachycardie. Si j’avais des vomissements, c’était une gastro-entérite... » Très affaiblie, Catherine prend vite la fâcheuse habitude de « faire son marché » auprès de son médecin, pour un oui ou pour un non, comparant ses traitements avec ceux de sa meilleure amie, à l’époque dans le même cas de figure. « Comme il n’était pas très regardant, c’était quasiment devenu de l’automédication. Je passais commande et lui, il se contentait de signer des ordonnances longues comme le bras, sans prendre garde à d’éventuelles contre-indications », témoigne-t-elle. Peu à peu, l’appartement de Catherine change lui aussi. « La table du salon était couverte de médicaments, divisés en trois lignes : celle du matin, celle du midi et celle du soir. Je ne mangeais plus, je ne me nourrissais plus que de pilules diverses, mais je ne maigrissais pas pour autant. »

En 2002, après une brutale intensification des effets, un de ses collègues de la communauté urbaine de Lille la retrouve gisant chez elle. Catherine a fait une rupture d’anévrisme. Lorsqu’elle sort, miraculée, de l’hôpital, elle reprend pourtant le Mediator en dépit du bon sens.

Cristallisant sa rancœur sur son médecin, elle se ruine en procès et en expertises, l’accusant de plusieurs retards de diagnostics dont il sort finalement blanchi. Pendant douze ans, elle n’a pourtant pas jugé bon de le quitter pour un autre. « J’avais des problèmes financiers, j’avais donc peur de changer de généraliste, car comme il me connaissait, il acceptait de me faire un forfait au mois. » Aujourd’hui, reconnue Cotorep à 79 %, Catherine ne décolère pas et répète à l’envi que les professionnels de santé gagnent primes et voyages au prorata de leurs prescriptions. Son récit, contredit par celui du médecin, qui ne se souvient pas lui avoir prescrit le Mediator, « sauf peut-être une ou deux fois », et estime ne lui avoir « délivré que des ordonnances justifiées », sème le trouble. Une chose est sûre cependant, le recours addictif de Catherine aux médicaments, tout comme ses effets néfastes, est bien réel. Et il a été permis par notre système de soins.

Catherine leraillez, 55 ans, 4 cachets par jour pendant 5 ans

 

Flora Bellouin

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12 janvier 2011 3 12 /01 /janvier /2011 14:22

Les victimes du Médiator

Témopignage paru dans l'Humanité le 11 janvier 2011

Mediator. « Servier ne pouvait ignorer les risques »

 

Pour quelques kilos superflus, Dominique Garcia s’est retrouvé aux urgences. Il porte plainte aujourd’hui.

 

 

« Ce médicament va faire d’une pierre deux coups : il va vous permettre de réduire le taux de sucre dans le sang et il facilitera votre régime. » Cette phrase, prononcée par son médecin en 2005, Dominique Garcia ne l’oubliera pas de sitôt. À l’époque, aux yeux de cet homme complètement obnubilé par ses 83 kilos, l’argument sanitaire fait office de bon prétexte pour prendre le Mediator. Pourtant, sa glycémie dépasse à peine la moyenne et il n’est pas diabétique. Quant au régime, cet homme de haute stature reconnaît aujourd’hui que « ça relevait plutôt de la coquetterie ».

Mais depuis que Dominique s’est reconnu dans les témoignages des premières victimes du Mediator, ce qu’il ne s’explique pas, c’est que son généraliste ait continué à lui prescrire le médicament alors que son régime avait porté ses fruits. «  Je ne pesais plus que 71 kilos, j’aurais dû arrêter. J’ai continué à prendre du Mediator pendant trois ans. » À l’époque, pourtant, il ne s’en plaint pas : « Ça me permettait de recommencer à manger normalement sans reprendre le poids que j’avais perdu, mais cela n’avait aucun impact sur mon taux de sucre dans le sang. »

Sans aucun signe avant-coureur, c’est par une matinée de décembre 2009, alors qu’il est au volant, que ce chauffeur professionnel commence à ressentir de violentes bouffées de chaleur. Très vite, il peine à trouver son souffle et appelle le Samu. Aux urgences, Dominique est aussitôt pris en charge pour un œdème pulmonaire. Lors de son hospitalisation, les médecins lui recommandent d’arrêter le Mediator, lui expliquant qu’il n’en a plus besoin mais sans pour autant évoquer un quelconque danger. « Sur le coup, personne n’a pas percuté sur un lien éventuel entre le médicament et l’œdème. Ce n’est que lorsque l’affaire a été médiatisée que j’ai identifié la ressemblance avec mes propres symptômes. J’ai enfin pu mettre un nom sur ce que j’avais vécu. »

Lorsque le Mediator est retiré de la vente, peu après son hospitalisation, son médecin généraliste – « peut-être par ignorance » –   n’évoque pas cette information avec lui, et aucun examen médical ne lui est alors proposé. « On se demande pourquoi les médecins sont si mal informés sur les motifs d’interdiction de certains médicaments », s’étonne Dominique, dont la valvulopathie est désormais avérée et qui s’attend à subir prochainement une opération à cœur ouvert. Miné par l’hypertension, sous anticoagulants, il remet en question le rapport consumériste de certains patients aux médicaments. Une relation ambiguë dans laquelle il s’inclut. « Ma mère a aussi pris du Mediator, pour maigrir, en 2009. Mais très vite, son cardiologue le lui a formellement déconseillé. Il devait avoir été informé, mais comme mon généraliste continuait à m’en prescrire, on n’a pas pris ses conseils au sérieux. Du coup, je fournissais moi-même des boîtes à ma mère », confie-t-il. « Aujourd'hui, je n’en veux pas à mon médecin, je pense qu’il ne savait pas. En revanche, l’attitude de Servier est impardonnable. Après les interdictions en Espagne et en Italie, il ne pouvait pas ignorer les risques. »

Dominique garcia, 48 ans, 
3 cachets par jour pendant 4 ans

 

Flora Beillouin

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12 janvier 2011 3 12 /01 /janvier /2011 14:16

Les victimes du médiator

 

Témoignage paru dans l'Humanité, le 11 janvier 2011

 

Mediator. « Mon médecin en prenait lui-même » 

 

 

 

Diabétique, Henri Ferrer trouvait son traitement pénible. Son généraliste lui a conseillé le Mediator.

 

 

En 1998, Henri Ferrer est rattrapé par son hérédité. La faute à pas de chance, il se découvre diabétique de type 2. Ce fonctionnaire du ministère des Finances se voit alors assujetti à un traitement à vie : un glucophage destiné à régulariser sa glycémie. Aujourd’hui, de l’eau a coulé sous les ponts et il a oublié le nom dudit médicament. Tout ce dont se souvient Henri, c’est qu’il en avait plus qu’assez des ballonnements occasionnés. Compréhensive, sa généraliste lui propose donc en 2000 d’opter pour le Mediator. Il accepte.

Dès les premiers mois, ce passionné de rugby de cinquante-sept ans se met à ressentir des pointes au cœur, « comme si des aiguilles me transperçaient ». L’hiver arrivé, ce sont les bronches qui trinquent. Puis rebelote l’hiver suivant. Chaque année, Henri souffre de pathologies respiratoires de plus en plus lourdes sans que les médecins ne parviennent à les identifier. En 2008, il reste souffrant plus de cinq mois d’affilée, et de grosses fièvres viennent envenimer son état de santé. Malgré de fortes doses d’antibiotiques et d’antidouleurs, la situation empire.

Inquiet, Henri se tourne vers un pneumologue qui, après des examens plus poussés, l’exhorte à arrêter le Mediator. « Il m’a prévenu qu’il pouvait avoir des effets néfastes, mais sans préciser lesquels. Peut-être avait-il peur de subir les foudres des laboratoires s’il en disait trop ? » s’interroge le Perpignanais, dont les étranges bronchites ont disparu dès l’interruption du traitement. Seuls des essoufflements ponctuels et des palpitations persistent, mais il faudra attendre que le scandale éclate pour qu’Henri évoque l’impact du Mediator avec son médecin. « Elle m’a répondu de ne pas m’en faire, qu’elle aussi en avait pris. » Depuis, Henri attend le verdict de l’échographie pour constituer sa plainte. « Mais même si elle n’est pas déclarée, la maladie pointera forcément le bout de son nez un jour ou l’autre. »

Henri FERRER, 57 ans, 
3 cachets par jour pendant 10 ans

 

Flora Bellouin

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5 janvier 2011 3 05 /01 /janvier /2011 19:51

Editorial de Paule Masson paru dans l'Humanité le 4 Janvier 2011

 

Vieillir est une chance, pas une charge

 

 

Et rebelote ! La réforme des retraites n’est toujours pas digérée, que s’engage un scénario en tout point similaire avec le chantier de la dépendance. D’abord, le président de la République lance à la télévision une promesse qu’il va dévoyer : « créer une nouvelle branche de la Sécurité sociale ». Ensuite, Nicolas Sarkozy lâche une petite phrase en forme de question, comme si de rien n’était : « Faut-il un système assurantiel ? Obliger les gens à s’assurer ? » Et là tout est dit. Le recours à l’assurance privée est dans les tuyaux. Pire, l’idée s’en trouve banalisée, préparant le terrain d’une inversion totale de logique. Adieu le concept de solidarité nationale inscrit dans le principe « chacun cotise en fonction de ses moyens et reçoit en fonction de ses besoins ». Bonjour le diktat des marchés : chacun cotise en fonction de ses moyens et se retrouve couvert en conséquence, c’est-à-dire peu pour les foyers les plus pauvres. Les syndicats vont se montrer réticents à emprunter ce chemin. Le gouvernement installe donc un sens unique. Une « concertation » suffira. Pas de négociation. Pas de place aux propositions alternatives.

Pas étonnant dans ce cadre que les Français soient les champions du monde du pessimisme. 
Ils viennent de perdre deux ans de retraite, pressentent qu’ils vont devoir se payer le risque dépendance, et même du côté des socialistes, il est aujourd’hui question de rogner sur les 35 heures ! Dans l’optique sarkozyste, au nom de la réduction des déficits publics, le social doit payer, générant pour des millions de citoyens des lendemains qui déchantent.

Mais rien n’est perdu. Car l’opinion publique fait d’abord preuve d’une grande lucidité. Face à l’indice de « malheur intérieur brut » que veulent imposer les libéraux, la protection sociale est précisément un des principaux facteurs de confiance quand il s’agit de mesurer le bien-être d’une population, un « indice de bonheur brut » qui pourrait s’imposer dans le débat.

La question est donc bien d’occuper les mois 
qui viennent à déverrouiller la bataille idéologique.
La Sécurité sociale a été créée pour répondre à une question : comment compenser tous les aléas de la vie, de la naissance à la mort. L’UMP considère que vieillir est une charge pour les finances publiques et rabaisse le grand âge au rang d’une facture de 6 milliards d’euros par an à trouver. Mais il n’est pas impossible d’inverser le point de vue. Si vieillir est une chance, alors il faut protéger ce temps de vie, en imaginant une solide protection sociale, qui sécurise aussi la perte d’autonomie, quel que soit l’âge auquel on y est d’ailleurs confronté. Il s’agit donc d’imaginer une sorte de service public de la vieillesse, dont les ressorts de financement s’appuieraient sur une répartition plus équitable des richesses, ce qui permettrait au passage de rabattre le caquet aux lobbies des assurances qui piaffent d’impatience en attendant les étrennes que leur prépare
le « président des riches ».

La question est donc bien d’occuper les mois qui viennent à déverrouiller la bataille idéologique.

Paule Masson

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31 octobre 2009 6 31 /10 /octobre /2009 21:16

Article publié dans l'Humanité le 14 mai 2009


La mucoviscidose, une maladie pas assez rentable


Au Havre, l’association « Vaincre la mucoviscidose » est fortement mobilisée afin de dénoncer les conclusions de l’audit commandé par le Ministère de la Santé et l’association elle-même sur l’état des 49 centres labellisés de lutte contre la mucoviscidose au sein des hôpitaux publics. Et pour cause, selon cet audit, le nombre de patients serait insuffisant (35  actuellement sur Le Havre) et l’hôpital du Havre ne compterait pas parmi ses professionnels de santé  de médecin spécialisé dans cette maladie auprès des malades adultes.

Il n’en fallait pas plus pour mobiliser la population, les élus, les malades et les familles concernées par cette maladie rare (NDLR- près de 6 000 malades en France) grave et évolutive. Car les quelque 12 000 signataires de la pétition transmise au Ministère de la Santé craignent que le ministère se base sur ces conclusions pour, à long terme, annoncer la fermeture de ce centre de soin au sein de cet hôpital, pôle pilote depuis 1985 dans le dépistage de cette maladie. Une décision qui serait dramatique pour les malades et les familles qui doivent déjà supporter des soins lourds et longs (2 à 6 heures par jour plusieurs fois par mois) et pour lesquelles une fermeture, synonyme de centralisation des soins au CHU de Rouen, serait épuisante et très onéreuse (NDLR-169 euros pour un aller-retour le Havre-Rouen en transport sanitaire). La mobilisation s’est donc au fil des semaines amplifiée avec le soutien des députés communistes Daniel Paul et Jean-Paul Lecoq, mais aussi UMP, en la personne du maire du Havre Antoine Rufenacht, du sénateur Charles Revet et du député Fidelin notamment.

Au plan, nationale, l’association, par la voix de son président, Jean Lafond, a demandé au ministère une dotation complémentaire de 5 millions d’euros par an (NDLR- la dotation globale est d’environ 9 millions par an actuellement) afin d’anticiper les besoins pour ces 49 centres qui accueillent de plus en plus de malades qui, progrès de la science aidant, vivent désormais plus longtemps. Elle demande également qu’un amendement soit ajouté à la loi Bachelot, examinée depuis mardi au Sénat. Amendement stipulant que chaque schéma régional des agences de santé devra comporter un chapitre « maladies rares » afin qu’elles ne soient pas les parents pauvres des centres de soins. Un amendement qui selon le président Jean Lafond prend « une bonne tournure » puisqu’il a reçu le soutien d’Alain Milon, sénateur UMP du Vaucluse et rapporteur de la loi au Sénat.

 

Frédéric SEAUX

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