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il s'agit d'un blog sur lequel paraissent certains de mes articles publiés dans le quotidien l'Humanité et les deux hebdomadaires, La Terre et l'Humanité Dimanche. J'utilise également ce blog comme moyen d'expression sur des sujets d'actualité que je ne traite pas directement à travers mes articles. Rendez-vous également sur le blog de la maison d'édition que j'ai créée : http://editionscogitoergosum.over-blog.com

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le plafonnement des salaires en France : les Français disent majoritairement "oui"

Le plafonnement des salaires

 

Editorial de Maurice Ulrich paru dans l'Humanité, le 11 janvier 2011

 

«À vrai dire, écrivait trois jours après Noël l’inimitable chroniqueur économique et membre du Medef, Yves de Kerdrel, dans le Figaro, personne n’est capable de dire ce qu’est un salaire excessif. Ni de dire si un patron du CAC 40 doit être payé 500 000 euros ou deux millions d’euros… » Et de dénoncer, quelques paragraphes plus loin une « dictature française de la notion d’égalité ». Personne, vraiment ? Voilà les résultats de notre sondage : 75 % des Français sont favorables à une limitation des hauts salaires, et 58 %parmi les sympathisants de l’UMP eux-mêmes. Des millions de Français ont tout de même une petite idée de « l’excès », et c’est peu dire. Car la réalité, c’est qu’ils sont des millions abasourdis, écœurés, voire incrédules, tant 
les chiffres sont énormes, devant l’obscénité des salaires que s’octroient certains patrons. Deux cents fois 
le smic en moyenne pour ceux du CAC 40, quand ce dernier, au 1er janvier, était augmenté de 13 euros !

Mais, en même temps que cette salutaire indignation, on peut aussi se poser une simple question. À quoi peuvent bien correspondre ces rémunérations insensées ? Quels talents récompensent-elles ? Combien d’heures passées à un travail d’un tel niveau de qualification qu’il laisse loin derrière le savoir et la science des chirurgiens les plus talentueux, des scientifiques les plus pointus ? On connaît les réponses que bredouillent les idéologues du capital. Il y a un marché international des compétences : les plus performants risquent de partir à l’étranger ; il est normal qu’un PDG qui fait gagner beaucoup d’argent à une entreprise en gagne beaucoup, lui aussi. Au fond, tout ça est à peu près vrai, mais à quelles fins ? Un expert, Jean Peyrelevade, ancien patron du Crédit lyonnais et directeur aujourd’hui d’une banque d’affaires, le disait sans ambages en décembre dans l’Expansion : « Les PDG sont les intendants du château actionnarial. » C’est clair. Ces dirigeants sont payés très cher parce qu’ils sont les serviteurs des possédants et qu’ils leur permettent de gagner beaucoup. De ce point de vue, les chiffres publiés dans le même numéro de l’Expansion sont encore plus indécents que ces salaires, si c’est possible. Chez Vallourec, entre 2003 et 2009, la masse salariale a augmenté de 35 %, le dividende par action, de 1 007 %. 24 % chez Bouygues pour la masse salariale, 241 % pour les dividendes. Sanofi-Aventis : – 2 % pour les salaires, plus 100 % pour les dividendes… Et le magazine économique annonce : « Et si c’était le grand retour de la lutte des classes ? Le CAC 40 fait la part belle aux actionnaires et laisse les salariés sur leur faim. Plongée dans cette mécanique de répartition des richesses dangereuse pour la croissance. »

Danger pour la croissance. Mais c’est même davantage, et c’est le nœud de la crise. La course à la rentabilité financière pervertit l’économie, elle est la cause des licenciements, elle affame les peuples, elle saccage l’environnement. Ce sont les masses énormes de capitaux en circulation et à la recherche de rentabilité qui ont conduit les banques à prendre des risques insensés avec des produits financiers toujours plus volatils. Et cela continue. Les banques anglaises estiment même qu’on les harcèle en leur demandant quelques tout petits comptes.

C’est aussi un cancer pour la démocratie. Où est-elle quand l’économie tourne au profit exclusif d’une couche d’hyperriches vivant en parasites sur le corps social ? Quelle est la contribution à la société, à la chose publique, de quelqu’un qui pense qu’il vaut deux cents fois plus que sa secrétaire ou son chauffeur ? Mais il paraît que Nicolas Sarkozy va parler de régulation financière à Barack Obama. On en rigole ou on s’indigne ?

Maurice Ulrich

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