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La suppression annoncée de cinq postes à la rentrée prochaine compromet l’existence de cet établissement expérimental qui accueille de nombreux élèves en rupture scolaire.
«Le plus important, c’est de sauver notre lycée, il faut se serrer les coudes ! », lâche Vincent sous une salve d’applaudissements. En ce mardi après-midi, la salle du rez-de-chaussée du lycée autogéré de Paris (Lap) est archicomble. Une bonne centaine d’élèves et de professeurs se pressent dans les gradins. Jeudi dernier, le rectorat a transmis la dotation horaire de cet établissement expérimental public pour la rentrée prochaine. Bilan : 408 heures contre 500 cette année. Une baisse de 20 % qui entraîne la suppression de cinq postes d’enseignants sur les vingt-cinq actuels.
un ovni dans le paysage scolaire
« Pour nous, cela signifie purement et simplement la fermeture définitive de notre établissement », explique Emmanuelle Sliman, professeur de lettres et de théâtre. Le lycée autogéré de Paris, c’est un ovni dans le paysage scolaire. Créé en 1982, l’établissement et ses 242 élèves fonctionnent sans chef d’établissement. La collectivité se partage la gestion, les tâches administratives, jusqu’à l’entretien des locaux... Ici, pas de sonnerie ni de surveillants, les élèves, la plupart issus d’un parcours scolaire chaotique, sont libres de ne pas venir en cours. « Tout repose sur la responsabilisation, résume Camila, dix-neuf ans, en terminale ES. Ici, si l’on vient en cours, c’est qu’on en a envie, pas sous la menace d’une sanction. On se sent plus respecté et autonome que dans un lycée normal. Moi, ça m’a réconciliée avec les études. »
les arguments
du rectorat font bondir
Tout cela s’accompagne d’une liberté pédagogique rare d’où sont bannis les notes et les conseils de classe, où l’enseignement se fait souvent à deux dans des classes limitées à seize élèves maximum. « Si vous enlevez cinq postes, ce fonctionnement spécifique ne sera plus possible », souligne Emmanuelle Sliman.
Une perspective qui, jusqu’ici, laisse froid le rectorat de Paris. « Comme tous les établissements, on demande au Lap de participer à un effort national de gestion resserrée, mais on ne met pas du tout en péril son existence », assure Philippe Fatras, inspecteur d’académie chargé du second degré à Paris. Selon le rectorat, la dotation horaire du lycée n’aurait pas cessé d’augmenter ces dernières années tandis que les prévisions d’effectifs à la rentrée 2011 feraient état d’une baisse du nombre d’élèves à 204.
Des arguments qui font bondir l’équipe du Lap. Il y a de quoi. En réalité, la dotation du lycée autogéré est passé de seulement 24 à 25 postes entre 1982 et 2011 ! Un poste en presque trente ans... Surtout, ce calcul ne prend pas en compte le fait que les profs du Lap ne font pas qu’enseigner mais prennent également en charge la quasi-totalité des tâches de gestion et de vie scolaire. Leur temps de service est de 25 heures contre 18 en lycée classique. « Quant aux effectifs pour la rentrée prochaine, ajoute Emmanuelle Sliman, le chiffre officiel d’inscriptions prévues est de 230, pas de 204. » Depuis une semaine, la mobilisation bat son plein. La pétition du Lap (1) a été signée par plus de 2 500 personnes. Et une délégation doit être reçue vendredi soir au rectorat.
(1) www.l-a-p.org