il s'agit d'un blog sur lequel paraissent certains de mes articles publiés dans le quotidien l'Humanité et les deux hebdomadaires, La Terre et l'Humanité Dimanche. J'utilise également ce blog comme moyen d'expression sur des sujets d'actualité que je ne traite pas directement à travers mes articles. Rendez-vous également sur le blog de la maison d'édition que j'ai créée : http://editionscogitoergosum.over-blog.com
Double peine…
Peu importe ce que vous avez fait
Vous avez été jugés et condamnés
Pour certains, à perpétuité
Pour un crime ou un délit
Que maintenant vous regrettez.
Qui suis-je pour vous juger ?
Un avocat ? Un magistrat ?
Je ne suis qu’un simple enseignant
Qui a vos côtés trouve le milieu carcéral écoeurant.
Pas seulement pour vous
―Certains diront que vous l’avez mérité
Et ils espèrent d’ailleurs que vous souffrez―.
Pas seulement pour vous,
Mais aussi pour vos petits bouts de chou
Vos familles et vos amis
Qui eux n’ont rien commis
Et qui sont pourtant condamnés, humiliés
A devoir attendre des heures comme des prisonniers,
Avant de pouvoir vous embrasser, ou simplement, seulement, vous parler.
Ils subissent la double peine
Et parfois de l’administration carcérale, la haine
Qui fait de vous,
A petit feu des fous,
Des bombes à retardement.
Et tant pis pour le moment
Où il sera l’heure pour vous de sortir,
De tenter de refaire votre vie.
Vous serez alors meurtris, anéantis
Par tant d’années d’humiliation, de frustration.
Vous ressortirez avec l’envie de vous faire une situation.
Mais alors rapidement,
Vous trouverez sur votre passage
Des enfants pas sages
Qui vous proposeront de nouveau le naufrage.
Vous voudrez résister, vous demanderez qu’on vous aide
On vous promettra un stage,
Seulement si vous êtes sage.
Le rarissime patron
Qui répondra à votre lettre de motivation
Sera froid comme un glaçon
En apprenant que vous sortez de prison,
Alors que dans le même temps, en creusant un peu,
J’suis sûr qu’il a quelques pourris dans ses relations
qui fréquentent son salon
Et que vous auriez pu les croiser en détention
Ou les avoir en cellule comme compagnons.
Il hésitera tout de même
Car sa charité chrétienne ordonne qu’il aime son prochain,
Même si celui-ci n’est pas aussi bien que ses copains
Et qu’il ne connaît pas la messe en latin.
Mais il vous embauchera
Vous ne devrez pas être trop regardants sur vos contrats.
Vous oserez réclamer le respect de vos droits !
Vos droits ? Quels droits ?
Il sous-entendra que vous êtes mal placé pour en parler.
Vous serez pour lui, à jamais, un condamné.
Vous resterez, à ses yeux, un danger imminent.
Au moindre délit aux alentours,
Au moindre braquage aux environs
Il fera de vous le coupable évident.
Vous aurez beau dire « C’est pas moi »,
La société bien pensante, bien propre sur elle, sera en émoi
Et réclamera votre incarcération pour l’éternité.
Certains iront de leur couplet : « Faut pas les laisser sortir, il faut les faire souffrir.
Ils n’ont pas à avoir la télé, et tant pis pour eux s’ils se font… ».
Heureusement qu’en prison
On n’y met pas tous ces cons.
Car là, c’est sûr,
Y’aurait vraiment surpopulation.
Alors moi, au lieu de les écouter,
Je préfère passer
Mes mercredis
Après-midi
A vos côtés.
Mon objectif
N’est pas seulement de vous faire passer le certif’,
Mais de vous permettre d’avoir des objectifs,
D’apporter un correctif,
De vous aider à réparer
Les erreurs passées.
Rien n’est moins facile
Car même si vous êtes subtils,
Et que vous êtes devenus raisonnables,
Il y a en prison des impondérables
Qui rendent votre vie insupportable
Et vos efforts insurmontables.
Mais de cela
La société ne s’en émeut pas.
Elle voit dans votre incarcération
Un progrès de la civilisation,
Une supériorité de l’humanité sur la barbarie,
Car la prison vous punit.
Vous permet-elle de vous réinsérer ?
Question idiote, me répondra t-on, « tu es hors sujet ».
Et pourtant, c’est pour moi, la seule question qui vaille la peine d’être posée.
Mais il faut que je redescende sur terre,
Que je retrouve ma petite vie pépère.
A regarder TF1,
Comme un bon crétin.
Pardon, je voulais dire « un bon citoyen, un bon sarkozyen ».
Sinon ?
Sinon… on va moi aussi venir m’arrêter
Me juger,
Me condamner à de la prison.
Pour quelle raison ?
Pour incitation
A la réflexion
Sur l’utilité des prisons.