il s'agit d'un blog sur lequel paraissent certains de mes articles publiés dans le quotidien l'Humanité et les deux hebdomadaires, La Terre et l'Humanité Dimanche. J'utilise également ce blog comme moyen d'expression sur des sujets d'actualité que je ne traite pas directement à travers mes articles. Rendez-vous également sur le blog de la maison d'édition que j'ai créée : http://editionscogitoergosum.over-blog.com
OQTF
Quatre lettres menaçantes
Quatre lettres en haut d’un arrêté
Quatre lettres qui mettent fin à tout espoir de vie meilleure
Loin de la peur
Loin d’enfants qui meurent.
OQTF : Obligation de Quitter le Territoire Français
Le monde n’est pas parfait
Tu le savais.
Mais de là à ce que le pays de Du Bellay
Te dise « du balai ! »,
Alors que pendant des décennies
Tes frères de couleur
L’ont utilisé
Souvent dans la douleur
Mais toujours en gardant leur honneur.
Alors que pendant des lustres
Tes ancêtres ont défendu, combattu
Pour un pays gouverné aujourd’hui par une bonne cargaison de faux culs
Tu as eu beau le raconter, le crier au Préfet, au juge du tribunal,
Ils s’en foutent pas mal :
Tu n’as plus de parents depuis l’âge de 10 ans.
Tu as tes deux sœurs de 13 et 15 ans
Qui sont désormais un peu tes enfants.
De tes parents, tes sœurs n’ont pas d’images.
Toi, tu les cherches tous les jours dans les nuages.
Tu leur demandes de t’envoyer un soutien, un message.
Tu les as vus pour la dernière fois au village
Tu as assisté au carnage.
Tu cherchais ton Bon Dieu dans les parages
Il avait dû se faire la malle, partir en voyage.
Tu as vu tes parents se faire massacrer.
Tu pensais que le Préfet et le juge seraient sensibilisés ?
Mais tu t’es retrouvé sans papiers.
« Désolé l’immigré, pour toi c’est retour at home »,
Et pas question du pays des droits de l’homme.
Depuis, tu n’as pas seulement la flippe
De ne pas toucher ton fric
Du trésor public.
Tu as également la frousse
D’un Etat policier à tes trousses
Qui te dit : « retourne dans ta brousse ! »
Alors que toi,
Tu rêves.
Tu ne rêves que d’un toit
D’une chambre pas plus grande que celle du CROUS.
D’un métier
Que tu n’exerceras qu’avec des papiers
Car dans deux ans
Tu auras le diplôme suffisant
Pour faire un boulot que de nombreux céfran
Refusent avec un ton condescendant.
Mais moi, peu m’importe que tu viennes de Brazzaville, de Nasheville ou de Belleville.
Je ne peux pas te promettre que tu obtiendras des papiers
Et que tu pourras vivre dans la sérénité
Et la joie
Aux côtés de tes sœurs Horlane et Ymelda
Je peux seulement te promettre que je ne te laisserai pas tomber.
Ce n’est pas de ma part un acte courageux, valeureux.
Pas non plus un acte qui mérite que je sois décoré, remercié.
C’est juste une réaction saine
Contre la haine.
C’est la preuve que je suis encore un être humain
Qui refuse un monde malsain
Ou la seule loi d’airain
Pour les étrangers
Serait un ADN compatible
Un compte en banque bien rempli
Et un bac plus 5 en poche.
Quand j’étais petit, mon instit m’avait montré qu’au début de la vie
La Terre n’était qu’un seul pays.
Cela s’appelait la Pangée.
J’ai alors compris l’origine de l’humanité.
Je proposerais bien
A Nicolas, monsieur « bling bling »
A Besson, son complice
Au Préfet, ce benêt
De retourner à l’école,
Non pas pour réviser la bataille d’Arcol
Mais pour qu’ils réapprennent par coeur
Les B-A-BA de la solidarité.
Je voudrais bien les rendre plus humains.
Finalement à bien y réfléchir, je préfère encore tenter d’instruire mon chien.
Car lui, au moins, il est humain : il ne te veut que du bien.