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7 septembre 2011 3 07 /09 /septembre /2011 09:18

Article paru dans l'Humanité, le 5 septembre 2011

Renault, une entreprise sous influence

 

L’agence de notation Fitch incite fortement le groupe automobile à délocaliser des productions. Problème : le principal actionnaire de l’agence siège au conseil d’administration de l’entreprise.

 

Dans une note, publiée en juin dernier, visant à justifier la notation de la dette de Renault, l’agence de notation Fitch émet un avis positif sur la stratégie du groupe permettant d’améliorer sa marge opérationnelle grâce, notamment, à des « mesures de réduction des coûts et de délocalisation de la production à l’extérieur de l’Europe de l’Ouest ». Fitch, en outre, salue la volonté de la direction de Renault « d’augmenter la production dans les pays à bas coût et de développer la flexibilité ».

Cette incitation aux délocalisations est d’autant plus choquante que, pour Renault, Fitch n’est pas une agence comme les autres, comme ses deux grandes consœurs, Standard & Poor’s et Moody’s. Certes, dans sa note, l’analyste de Fitch est contraint d’indiquer que « Marc Ladreit de Lacharrière, dirigeant et membre du conseil d’administration de Fitch, est aussi membre du conseil d’administration de Renault SA », mais il juge nécessaire de préciser qu’« il ne participe à aucun des groupes de notation, notamment celui de Renault ». Cette indication ne dissipe pas pour autant la gêne occasionnée par cette affaire.

À l’occasion de notre enquête sur Fitch Ratings, nous avons sérieusement mis en doute l’indépendance des agences de notation, ces organismes qui classent les dettes des États, des collectivités territoriales et des entreprises en fonction de critères essentiellement fondés sur la rentabilité financière afin d’orienter les choix en placements des marchés financiers. Une entreprise mal notée par l’une d’entre elles devra payer des intérêts plus élevés pour emprunter.

Déjà, aux États-Unis, plusieurs affaires ont éclairé les relations entre ces « milices privées » des marchés et les directions des multinationales américaines. En ce qui concerne la France, nous avons révélé les liens existant entre le principal actionnaire de Fitch Ratings, Marc Ladreit de Lacharrière, l’une des grandes fortunes françaises, et la direction de Renault. Le patron de Fimalac et de sa filiale à 60 %, Fitch, est en effet un administrateur très actif du groupe. Fimalac est en outre représenté au conseil d’administration de Renault par un autre de ses dirigeants, Philippe Lagayette, ancien responsable de l’administration du Trésor public français. Enfin, l’ancien directeur financier de Renault, Thierry Moulonguet, siège au conseil d’administration de Fimalac. Savant jeu de chaises musicales !

Dans la suite de notre recherche, nous avons eu confirmation que, en contradiction avec le principe d’indépendance, Fitch est l’une des trois agences de notation de Renault. Son patron, Marc Ladreit de Lacharrière, contribue à définir la stratégie du groupe, et l’agence, qui lui appartient, lui donne une note. Renault est ainsi particulièrement sous la surveillance des marchés. La pression sur ses choix de gestion est intense, interne et externe !

Dans leur rapport de juin sur Renault, les analystes de Fitch considèrent que la situation du groupe s’est améliorée en 2010 : la dette financière nette a « substantiellement diminué depuis 2009 » et les grands indicateurs s’améliorent. Ils remarquent cependant « qu’en dépit des récentes décisions de produire des véhicules en Russie, en Afrique du Nord et en Inde, les ventes de Renault restent concentrées en Europe de l’Ouest ». En outre, ajoutent-ils, elles sont trop centrées « sur les segments petits et moyens, les moins profitables ».

En foi de quoi, l’agence y confirme la note « BB+ stable » de Renault déjà attribuée précédemment, ce qui est loin d’être un cadeau, même si nombre de groupes automobiles héritent de scores similaires. Celui-ci, en tout cas, classe la dette du groupe français dans la catégorie des placements « spéculatifs ». Une façon de pousser l’industrie automobile française à rechercher la rentabilité maximale par tous les moyens.

Pierre Ivorra

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