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3 décembre 2010 5 03 /12 /décembre /2010 17:08

 

Cet article est paru mardi 7 décembre 2010 dans le Journal d'Elbeuf

 

Au nom du père et du fils

Robert Hazet est une figure incontournable de la vie syndicale et politique dans l’agglomération elbeuvienne depuis quarante ans. Mais derrière le tribun qui a gardé son caractère d’homme révolté, se cache en réalité un homme sensible plus que tout attaché à ses proches.

 

En sport, on l’appellerait « le régional de l’étape ». Appelez-le aussi « l’enfant du pays », cela lui fera plaisir. Robert Hazet, avec son regard malicieux, vous répondra spontanément avec sa voix légèrement cassée par de longues années de cigarette, d’innombrables manifestations qui ont très certainement usé ses cordes vocales : « Je suis né à Elbeuf il y a soixante-quatre ans, j’ai passé toute ma jeunesse à Caudebec-lès-Elbeuf et Aujourd’hui je vis à Saint-Pierre-lès-Elbeuf ».

Un passionné

Lui le militant de la CGT et du Parti communiste français depuis 1969 (après les avoir quittés après mai 1968 parce qu’il n’approuvait pas leurs décisions d’alors face au mouvement de contestation), ouvrier chez Renault de 1969 à 2003, connaît par cœur l’histoire de l’agglo elbeuvienne et du mouvement social en particulier qui lui est attaché. Il est d’ailleurs intarissable sur le sujet. Mais il l’est tout autant sur ses proches, son père aujourd’hui décédé, son fils Mathieu, sa regrettée épouse Annick, et bien sûr ses deux petites-filles, Juliette et Charlotte qui ont respectivement bientôt sept ans et deux ans et demi. Bref, Robert Hazet est ce qu’on pourrait appeler un bavard passionné qui le rend « parfois un peu brouillon » dit Mathieu, jamais bien loin de son père. « Il est tellement passionné, qu’il veut tout dire en peu de temps», poursuit-il, sous le regard affectueux et le silence- pour une fois ! - de Robert

 

robert-hazet-2.JPG

Sa femme… sa muse

Son épouse et lui n’étaient peut-être pas faits pour se rencontrer, ou du moins pas au point de faire leur vie ensemble. Et pourtant la catholique et le jeune militant communiste vont passer leur vie ensemble. Et les deux vont s’inspirer mutuellement. Elle n’a jamais été encartée au parti, mais elle a tout de même été élue sur une liste communiste à Saint-Pierre-lès-Elbeuf.

 

 

 

 

Robert Hazet entre Mandela son mentor et Mathieu, son fils, sa fierté

 

« Ma femme avait l’esprit militant, elle était toujours sur le terrain,  dans l’action, surtout à partir du moment ou elle a travaillé aux œuvres laïques où elle s’occupait de formation auprès de jeunes arrivants, notamment africains. Cela l’a conduit naturellement à partir plusieurs fois au Burkina Faso pour monter des projets humanitaires» , explique Robert Hazet. Et cet esprit militant inspire aujourd’hui le responsable de la section communiste d’Elbeuf. « La théorie, il en faut, mais ce qui compte chez les militants, c’est le terrain auprès de la population », poursuit-il. Et puis, le malheur vient percuter Robert, avec le décès d’Annick en 2007 d’un cancer du colon. Les deux jeunes retraités avaient pourtant prévu de partir monter des projets en Afrique. Robert ne partira jamais sans sa femme. Mais, à la place, il reprend du poil de la bête et travaille beaucoup pour la section. « J’avais plein de projets, d’idées », précise-t-il. « Inconsciemment, mon père s’est jeté dans le militantisme politique après avoir consacré surtout sa vie au militantisme syndical, pour ne pas ruminer », analyse Mathieu.

 

Un grand-père irréprochable

D’ailleurs, entre les fils et le père, il y a, sans nul doute, plus que de l’amour filial et paternel. Les deux n’ont pas le même parcours ― Robert a travaillé dès quatorze ans comme ouvrier, Mathieu a suivi des études universitaires et travaille aujourd’hui au comité d’entreprise de Renault― et les conflits intergénérationnels peuvent parfois apparaître. Mais le respect et la fierté réciproques entre ces deux là sont indéfectibles. Même si Mathieu avoue, avec toute sa pudeur, que l’absence de son père, quand il était plus jeune, à cause de son engagement syndical et politique, lui a pesé lourdement. « Au point à un moment de rejeter tout engagement », explique-t-il. « Et puis à partir de la Seconde, j’ai pris conscience que j’étais communiste, sans que mon père ne m’ait jamais forcé à quoi que ce soit. Mais mon père, avec son expérience, son travail, ses lectures, est devenu alors pour moi une plus-value », conclue le fils. « J’ai vécu la même chose avec mon père, militant lui aussi qui m’a beaucoup appris », poursuit Robert. Chez les Hazet, l’histoire bégaie naturellement. Mathieu n’en veut pas à son père. De toute façon, Robert ne regrette rien, et puis « comme grand-père, il est irréprochable » prévient le fils. « Je suis attentif aux progrès de mes petites-filles », commente le grand-père.

Le regret de n’avoir pas fait d’études

Aucun regret donc, si ce n’est peut-être que professionnellement, en  amoureux qu’il est de la nature et de son jardin, il aurait voulu être paysagiste. Il regrette aussi de ne pas avoir fait d’études, ni même d’avoir obtenu son certificat d’études. « L’instituteur ne le faisait passer qu’aux meilleurs », explique-t-il. Alors Robert va compenser ses lacunes, par un caractère frontal, par ses lectures également et grâce aux écoles de formation de la CGT et du parti communiste. « Je leur dois beaucoup », insiste l’autodidacte stakhanoviste qui a terminé sa carrière à la CGT de Renault Cléon en tant que secrétaire-adjoint.

 

 

robert-hazet-3.JPG

 

Liberté j’écris ton nom

Mais si Robert Hazet prétend n’avoir jamais souffert du moindre complexe d’infériorité, hors de question néanmoins que son fils, lui, Mathieu ne fasse pas d’études. Mais en toute liberté. « Car je suis d’esprit libéral », prévient-il. Ce que confirme le fils. « Mon père comme ma mère m’ont toujours laissé faire ce que je voulais ». Liberté donc. Une valeur importante chez les Hazet. « D’ailleurs moi, je ne prétends jamais avoir raison quand je prends la parole. Je pose des questions et on débat ».                                      

                                                                               L'Humanité ? Un besoin quotidien pour Robert Hazet

 

 

L’homme épris de liberté a  toujours été finalement un électron libre. « Très tôt, j’ai souhaité la chute du Mur de Berlin, surtout à partir du moment où je suis allé en URSS, en 1982, avec la CGT pour rencontrer les ouvriers de Lada. Là, j’ai vu de belles réalisations, des crèches dans les entreprises, des salles de repos, des soins dentaires gratuits pour les ouvriers, par exemple. Mais j’y ai vu aussi un manque de liberté dans leurs déplacements et l’absence de produits de consommation. Cela ne pouvait pas durer », affirme Robert. Mais la conscience de classe et la protection du parti demeurent la priorité. C’est le fils qui l’explique : « Mais de ce que tu as vu en URSS, tu n’en as parlé qu’à ton père, de peur de faire le jeu des anti-communistes ».

 

Le père acquiesce, face à un fils qui le connaît par cœur. D’ailleurs Robert adore particulièrement l’adage, qui leur va comme un gant à tous les deux, de l’association d’amitié « France-URSS », dissoute en 1992 et dont il a gardé un médaillon : « Se connaître pour se comprendre. Se comprendre pour se connaître ». Elle devrait bientôt orner un des murs de la section du parti à Elbeuf.

           Frédéric SEAUX

 

Les repères de Robert Hazet

Naissance le 8 juin 1946 à Elbeuf

Commence à travailler à 14 ans et adhère à la CGT et aux jeunesses communistes

Rencontre Annick, sa future femme, à seize ans

Quitte le parti communiste et la CGT après mai 1968

Reprend sa carte au syndicat et au PCF en 1969

Mariage en 1970

Voyage en URSS en 1982

Secrétaire-adjoint à la CGT Renault Cléon de 1987 à 2003 

Responsable de la section PCF d’Elbeuf depuis 2007

Un fils, Mathieu, 35 ans.

Grand-père de deux petites-filles Charlotte et Juliette

Retraité de chez Renault depuis 2003

Décès de son épouse Annick en 2007

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Published by frederic seaux - dans portrait
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