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18 septembre 2010 6 18 /09 /septembre /2010 09:03

 

Article publié, en partie, dans L'Humanité, le 22 septembre 2010

 

Unification de la Normandie. Une réelle nécessité oui, mais pour qui ?

  

Evoquée depuis les années 1950, l’idée d’unification de la Normandie refait surface avec en ligne de mire, pour le pouvoir sarkozyste, la volonté de nuire à la décentralisation.

 

« Il y a deux Normandie, on les aime, mais en faut-il deux ? »  Il aura fallu cette déclaration de Nicolas Sarkozy au congrès des maires de France le 27 novembre 2008 pour relancer le fameux débat sur l’unification de la Normandie, vieux serpent de mer né au même moment du découpage régional de 1956 qui fit immédiatement l’objet de multiples critiques. Mais si à l’époque le combat unificateur était mené par des mouvements régionalistes souvent réactionnaires, aujourd’hui cette idée même d’unification dépasse les clivages gauche-droite. Il faut dire que l’unification, aux dires des sondages, ferait son chemin dans la tête des « Normands ». Deux tiers d’entre-eux y seraient ainsi favorables.

  Unie, la région, d’après quelques économistes et géographes régionaux très impliqués dans l’unification, serait la 6e de France en termes de PIB, alors que la Haute et la Basse-Normandie sont actuellement 13e et 18e sur 22. L’unification fournirait aussi, selon eux, à la nouvelle collectivité territoriale l’opportunité de profiter de l’image exceptionnelle, quoique souvent d’Epinal, de la Normandie (la gastronomie, ses vaches, ses prés, etc.) dans le reste de l’Europe et du monde. La fusion serait enfin pour la Haute-Normandie un moyen d’exister à côtés d’une capitale parisienne trop proche et trop puissante, et pour une Basse-Normandie excentrée, un moyen de devenir enfin attractive. Enfin pour les deux, il s’agirait de retenir les jeunes qui par milliers quittent les deux régions qui les forment chaque année.

 

"Une déclaration de guerre"

Pourtant la question de l’unification est toujours au point mort, malgré les études et rapports favorables publiés sur le sujet. En cause : l’incontournable et épineuse question de la future capitale. Si, à gauche comme à droite, les Bas-Normands rêvent de voir Caen devenir cette capitale, les Haut-Normands, eux, refusent de voir Rouen reléguée au second rang. Et aucun des deux camps ne semble vouloir faire d’effort. Dernier exemple en date, le très attendu rapport Tourret, du nom du 4e vice-président PRG (historiquement favorable à l’unification) en charge notamment de la question de l’unification, qui est en réalité pour Michel Bussi, politique et professeur de géographie à l’université de Rouen une véritable « déclaration de guerre ». Ce rapport retient en effet Caen comme future capitale, sans qu'aucune autre alternative possible ne soit évoquée dans les deux pages que l'élu bas-normand consacre à cette question sur les 122 pages que compte cette  étude.

Or, pour Michel Bussi, les alternatives à ce choix binaire existent pourtant. « Un pouvoir partagé entre les trois principales métropoles normandes. Caen abriterait le conseil régional, Rouen la préfecture de région. Et le Havre abriterait le conseil économique et social », explique l’universitaire. Outre le fait que ce partage mettrait enfin un terme au conflit, il permettrait aussi, d'après le géographe, de soulager les aménagements et les axes routiers qui seraient quotidiennement engorgés en cas de capitale unique.

Pas de réunification à l'allemande

   En attendant, les deux présidents socialistes (Alain Le Vern en Haute et Laurent Beauvais en Basse) poursuivent les nombreuses coopérations interrégionales lancées depuis 2004, notamment dans le toursime, la politique portuaire et aéroportuaire. Du côté des élus communistes bas et haut normands, on se déclare depuis longtemps favorable à l'unification, mais à condition que les habitants soient associés au projet, via un référendum, et qu'il ne s'agisse pas de faire de la région réunifiée "un 21e arrondissement de la capitale", explique Jean-Luc lecomte, élu communiste à la région Haute-Normandie. Le récent projet du "Grand Paris" qui avait oublié dans un premier temps d'inclure la Basse-Normandie dans le projet de ligne à Grande Vitesse (LGV) depuis Paris jusqu'au Havre (d'où la fronde de la droite bas-normande à l'encontre d'Antoine Rufenacht, maire UMP du Havre, qui avait mis Caen à l'écart du projet), montre d'ailleurs que l'exécutif élyséen porte peu d'intérêts au développement économique normand.

Une querelle à droite qui arrange finalement bien le parti socialiste surtout haut-normand qui n'adhère pas, mais alors vraiment pas, à cette idée d'unification. L'agument resté officieux pour ne pas blesser les camarades bas-normands porte surtout sur le coût qu'aurait une telle unification pour la Haute-Normandie qui devra alors payer tous les retards actuels de la Basse-Normandie dans de nombreux secteurs. En clair, les socialistes, à la tête de la région Haute-Normandie, n'ont guère envie de jouer le même rôle que l'Allemagne de l'Ouest lors de la réunification allemande qui n'est en définitive toujours pas achevée, tant les disparités entre l'Est et l'Ouest sont toujours prégnantes.

 

  En réalité, plus que d’une unification, la Haute et Basse-Normandie ont surtout besoin, comme l’ensemble des régions françaises, d’une vraie décentralisation qui demeure actuellement toujours inachevée puisqu’elle limite les pouvoirs des conseils régionaux. Et ce n’est pas le récent rapport Balladur sur la réforme territoriale préconisant la réduction du nombre de régions au nom d’une recentralisation des lieux de décisions qui renforcera leurs pouvoirs et ainsi le développement économique de ces deux régions.

 

Frédéric SEAUX

 

Repères

 

En cas d’unification…

3e rang régional en termes de production de valeur ajoutée industrielle, liée au secteur de l’énergie.

4e rang régional en termes de production de valeur ajoutée liée au secteur des transports

6e rang régional en termes de population, de PIB et d’emplois salariés

 

Source : Edater, Ineum Consulting, Evaluation des effets d’une fusion de la région Haute-Normandie et de la région Basse-Normandie, Rapport remis au conseil régional de Haute-Normandie, 2008, 210 pages.

 

Pour approfondir...

 

  • "Normandie 2010 : le débat régional" in Etudes Normandes, n°1, 2010, 8 euros.

 

 

 

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commentaires

Christian Pujol 18/09/2010 17:22


Très belle analyse mon cher.
Amicalement
christian


frederic seaux 19/09/2010 10:35



merci monsieur  !



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