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7 juin 2012 4 07 /06 /juin /2012 20:13

Article paru dans l'hebdomadaire La Terre, 5-11 juin 2012

 

 

 

Le livre prend la parole

 

Du 28 juin au 8 juillet, La Haute-Normandie met à l’honneur le livre à travers son premier festival « Terres de paroles ». Soixante-dix lectures sont programmées dont une grande partie en milieu rural.

 

 

« Le pays de Flaubert a enfin le festival littéraire qu’il mérite ». Didier Marie, le président socialiste du Département de Seine-Maritime, ne cache pas sa joie. Le festival « Terres de paroles », aura lieu du 29 juin au 8 juillet 2012 et proposera des lectures publiques sur l’ensemble du territoire haut-normand.

Né d’une volonté politique de la région Haute-Normandie et de ses deux départements de compléter l’offre culturelle existante sur le territoire, ce nouveau festival est mis en oeuvre par « Arts 276 », établissement public de coopération culturelle (EPCC), qui a vocation à initier des projets culturels d’envergure. Car le projet est très ambitieux. Le directeur, Robert Lacombe, a pris la tête de cet EPCC au mois de janvier seulement, avec pour mission, en sus de poursuivre le festival « Automne en Normandie », de créer un second événement culturel de grande ampleur, mais avec peu de moyens supplémentaires. Sa particularité ? Son « éclatement » sur l’ensemble du territoire urbain mais aussi très rural de la région.

Tous les « pays », hormis le Vexin (oublié ?), de la région recevront donc ces rencontres littéraires. Des comédiens professionnels liront, en présence des auteurs, des extraits de livres récemment ou bientôt publiés. Le festival met ainsi un point d’honneur à être très présent en milieu rural, pou créer du lien social et contribuer à résoudre le fort illettrisme qui touche la région (trois à quatre points supérieurs à la moyenne nationale) et particulièrement le monde rural qui se refuse pourtant à tomber dans le fatalisme. C’est le cas notamment de la commune littorale de Sotteville-sur-mer et de son maire Dominique Chauvel. L’élue, également vice-présidente du Département de Seine-Maritime, en charge des questions culturelles, mutliplie les spectacles culturels à destination de sa population. Les 367 habitants de la commune disposent aussi d’une bibliothèque associative et près du tiers la fréquente régulièrement. Pour l’élue, sa politique locale en la matière et ce festival ont le même objectif : Amener la culture au plus près d’une population qui manque d’habitude et parfois de moyen pour se déplacer. Briser l’élitisme qui entoure souvent la culture est un autre credo des organisateurs en choisissant des lieux populaires et sans une trop forte tradition culturelle pour ces lectures et ateliers.  Dominique Chauvel soutient cette démarche : « Il faut d’abord créer le besoin, l’envie et ce n’est qu’ensuite que la population aura envie d’en avoir plus ».

                                                                                                                         

   Frédéric SEAUX

 

 

« Je n’ai pas été mis au courant »

 

Lionel Avisse, le maire de Tourville-sur-Arques (1197 habitants), dans le canton d’Offranville, près de Dieppe, est satisfait que plusieurs lectures publiques aient lieu dans sa commune, plus précisément au Château de Miromesnil, demeure privée où naquit Guy de Maupassant. « C’est bénéfique pour la lecture, mais je ne l’ai appris que récemment par la communauté d’agglomération de Dieppe ». Lionel Avisse est donc un peu vexé de ne pas avoir été prévenu et surtout associé au projet. « Le château est privé, mais les quatre classes élémentaires de la commune auraient pu participer », poursuit l’élu. Les organisateurs ont en réalité porté leur choix sur des classes élémentaires d’autres communes rurales. Lionel Avisse émet donc des doutes sur la présence de sa population aux lectures prévues au château de Miromesnil : « si elle n’est pas mise au courant, comment voulez-vous qu’elle s’y rende ? ».

   F.S

 

Published by frederic seaux
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7 juin 2012 4 07 /06 /juin /2012 18:42

  

Article paru dans Le Journal d'Elbeuf, le  jeudi 24 mai 2012

  

  

La maire de Freneuse mise en minorité par son conseil

  

  

Le logement de la discorde

  

Le 15 mai dernier, le conseil municipal de Freneuse a mis en minorité le maire sur la question de la récupération du logement de l’école occupé depuis 1996 par la famille Dupont. Explications.

 

 

            « Freneuse, charmante petite bourgade rurale où il fait bon vivre ». Ça c’est pour la carte postale, car la réalité est un peu différente depuis que le conseil municipal a mis le maire, Monique Lemarié, en minorité lors d’une délibération du 15 mai dernier. L’atmosphère au sein du conseil et dans le village est désormais quelque peu tendue.

DSCF7991.JPGEn cause, le logement de l’école, propriété de la commune, occupé par le couple Dupont et ses trois enfants, et que celle-ci veut récupérer, arguant qu’elle ne dispose plus d’espace suffisant pour loger toutes ses associations et sa MJC. Mais la majorité du conseil (neuf voix contre, six pour) en a décidé autrement. La famille restera donc dans sa maison jouxtant la salle Bouchor. A moins que Monique Lemarié, n’applique l’arrêté datant du 1er août 1996 stipulant que « sur simple demande du maire, le logement devra être libéré dans un délai d’un mois ». Mais la première magistrate dit vouloir poursuivre les négociations avec la famille et ne pas devoir en arriver à appliquer cet arrêté, et notamment ce délai d’un mois. « Des propositions de relogement ont déjà été proposées à la famille qui les a pour l’instant refusées », précise-t-elle.  Deux  logements, au presbytère et au Colombier, ont en effet été proposés à la famille qui n’a pas donné suite, estimant les logements trop petits, d’autant que l’épouse, assistante maternelle, doit disposer de places suffisantes pour accueillir les enfants.

Autre point d’achoppement entre la famille et madame le maire, cette fois-ci soutenue par la majorité de son conseil (trois contre et une abstention) : l’augmentation – et pas des moindres ! – du loyer : de 288 euros actuellement, celui passera prochainement à … 700 euros par mois, soit 143 % d’augmentation. Nicole Lemarié l’explique du fait que le conseil n’a jamais réévalué le montant du loyer (qui est, faute de bail, en réalité une redevance) depuis 1996, où à l’époque le loyer avait fixé à 1890 francs. Si de son côté la famille ne rejette (voir le point de vue du CLCV) pas l’éventualité d’une augmentation, elle s’interroge sur la légalité d’une telle augmentation et surtout sur la légitimité d’un tel montant. « D’après nos calculs, la prise en compte de l’indice devrait fixer un loyer ne dépassant pas 407 euros au 1er septembre 2012 ». (424,21 euros d’après les calculs du Journal d’Elbeuf. www.pap.fr-NDLR) De son côté, la municipalité dit s’être renseignée auprès des HLM d’Elbeuf, de l’association des maires de France et d’un notaire pour fixer à un tel montant.

Le statu quo règne à Freneuse. La mauvaise ambiance aussi !

 

                                                                                                                         Frédéric SEAUX

 

 

 

 

 

Réaction de Monique Lemarié

 

« Nous disposons actuellement des 200 m2 de la salle Bouchor qui ne suffisent pas à accueillir les activités du centre des loisirs et d’autres associations de la commune (scrapbooking, patchwork, broderie, photo) qui nécessitent un emplacement plus fonctionnel. Si nous devions envisager une nouvelle construction pour répondre à ces besoins, cela ne pourrait se faire qu’au détriment d’autres projets importants. Quant au loyer, j’ai informé les locataires de cette augmentation par courrier remis en mains propres le 18 avril dernier ».

 

 

 

Le point de vue juridique du CLCV (association de consommateurs) de l'agglomération d'Elbeuf

 

La révision du loyer, telle qu'envisagée par la Maire, ne se justifie pas. En effet, l'arrêté précise, en son article 3, que M. et Mme DUPONT verseront une indemnité d'occupation s'élevant à 1 890 francs.  Il ne contient nullement une disposition prévoyant la révision ou l'augmentation de cette indemnité d'occupation devant correspondre à la valeur des locaux soumise à la variation de l'indice des loyers publiée par l'INSEE.

S'agissant du délai préavis d'un mois donné aux époux DUPONT, la Maire ne viole en rien les dispositions de la loi, dès lors que le changement d'affectation est connu et se réfère aux dispositions de l'article 5 de l'arrêté d'attribution. Cependant, sur le plan de l'équité,  et vu les difficultés de trouver un autre logement dans un laps de temps, ce délai est trop court. Il devrait être appelé au sentiment d'humanité de Madame la Maire afin que ce délai soit allongé au mois de trois mois.

 

 

 

Point de vue de deux conseillers municipaux de Freneuse

 

Un Conseil Municipal s’est déroulé le 15 mai 2012 et nous nous sommes prononcés contre la reprise du logement par la commune, pour les raisons suivantes:

- Cette démarche nous semble précipitée dans son application et son déroulement, estimant nécessaire et indispensable de prendre le temps de la réflexion (…).

- Les différentes sections concernées ont-elles participé au projet ?

- Diverses solutions, autre que la libération de ce local entraînant l'expulsion d'une famille, doivent avant tout être étudiées, chiffrées et portées à notre connaissance (notamment une éventuelle extension à proximité de la salle Bouchor... entre autres). Nous  rappelons que lors de la cérémonie des vœux, Madame le Maire faisait état qu'une nouvelle salle s'avérait indispensable.

- Le réaménagement du local occupé par les Dupont pour accueillir le public (aux normes actuelles) aura un certain coût... A l’origine, ce logement n'a pas été conçu pour accueillir des activités associatives... et ont la proximité du groupe scolaire.

- L'augmentation conséquente de la redevance d'occupation, (de 288€, elle passe à 700€). Certes, un réajustement s'imposait, mais nous avions  espéré que celui-ci soit de l’ordre de 500 euros dans un premier temps, dans la perspective d’un échelonnement …. Madame le Maire a pris les renseignements auprès de l'office des HLM pour ramener la valeur de cette indemnité au niveau du marché. Elle a été votée mais pas à l’unanimité.

- Perte annuelle de l'indemnité : 8400 euros. (700 X 12) pour la commune dans l’hypothèse de l’expulsion.

- Sur le plan national, il est préconisé de créer des logements et non d'en perdre...

- Ce logement occupé « à temps plein » était un gage de sécurité au niveau de l’environnement de la salle Bouchor, du groupe scolaire, du terrain de football.

- Il n’y aura plus de personnel à proximité de la salle Bouchor, de l’école…en cas de problèmes techniques. Dévoué à sa commune, David assure une réparation, une maintenance de dernière minute et apporte son aide, en cas de besoin. (Salons, associations, école…).

- Cette famille est estimée, le travail de Lydie Dupont en tant qu'assistante maternelle est lié en partie à la situation de ce logement. En déménageant, suivant l'endroit où elle se demeurera, elle ignore si elle pourra continuer de garder les enfants qu'elle a actuellement.

En conclusion, s'il est vrai que Madame le Maire a dit ne pas renoncer pour autant à une réquisition de ce logement, nous estimons important de souligner que nous faisons partie d'une équipe municipale dynamique, dans laquelle les avis même s'ils sont parfois contraires, sont  énoncés, discutés ...et qu'une concertation bien menée avec toutes et tous permettra, nous l’espérons, d’aboutir à une solution convenant aux uns et aux autres, en toute humanité.

M. Jean-Claude DECOSTER et Mme Gina BUTET

 

 

Published by frederic seaux - dans logement
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13 avril 2012 5 13 /04 /avril /2012 11:00

Compte-rendu du débat paru dans l'Humanité le 10 Avril 2012

 

 

Face-à-face

Quelles politiques pour développer la Seine-Maritime ?

 

Industrie, emploi des jeunes, services publics : deux élus confrontent les points de vue de sébastien jumel, 
candidat Front de gauche 
dans la 6e circonscription 
de seine-maritime et Michel Lejeune, 
candidat ump 
dans la 6e circonscription 
de seine-maritime

 

Sébastien Jumel, maire de Dieppe et vice-président PCF-Front de gauche du conseil général de la Seine-Maritime, a débattu vendredi dernier au théâtre de Neufchâtel-en-Bray (Seine-Maritime) avec Michel Lejeune, maire UMP de Forges-les-Eaux et député du département. Ils sont candidats tous les deux dans la nouvelle 6e circonscription de Seine-Maritime, la plus grande de France, regroupant 177 communes sur 10 cantons.

Votre circonscription est essentiellement rurale. 
Les problématiques y sont donc nombreuses, à commencer par celle de l’accès aux soins. Quel est votre regard sur cette question ?

Sébastien Jumel. La région Haute-Normandie est au 20e rang en termes d’accès aux soins pour ses habitants. Je reproche au gouvernement et à Michel Lejeune de n’avoir apporté aucune réponse pour corriger ce retard et les inégalités qui s’y développent. Il faut ouvrir le numerus clausus en médecine pour augmenter le nombre de médecins et les inciter par des aides à l’installation à venir en territoire rural. Le budget de la santé doit être augmenté en stoppant les exonérations de charges patronales, qui ne créent aucun emploi, ainsi que les nombreux cadeaux fiscaux aux plus riches : 70 milliards sous Nicolas Sarkozy. Il faut prendre l’argent là où il est, en taxant fortement les plus riches et les entreprises qui délocalisent.

Michel Lejeune. Je suis d’accord avec votre constat, mais pas sur les mesures à prendre. Quand on a plumé les riches, il ne reste plus rien après et vous risquez de faire fuir les capitaux. Et vous évoquez l’augmentation du numerus clausus qui ne peut, à lui seul, résoudre le problème, car cela aura des effets mais dans dix ans seulement. Je vous rappelle que c’est la gauche, en 1981, qui a baissé le numerus clausus de moitié. Et puis la situation ne va pas si mal. Ici, à Neufchâtel-en-Bray, en milieu rural, grâce à l’action du gouvernement, l’hôpital fonctionne vingt-quatre heures sur vingt-quatre. On sait que le premier problème de l’hôpital, en général, c’est son déficit et l’application des trente-cinq heures a fait beaucoup de mal.

Sébastien Jumel. Les trente-cinq heures n’ont aucune responsabilité dans les problèmes de l’hôpital. Plus globalement, je considère que l’aménagement du territoire est une prérogative de l’État. Or, celui-ci, sous le quinquennat de Nicolas Sarkozy, a cassé les services publics. Des services comme la caisse d’allocations familiales, la Sécurité sociale, La Poste ont été éloignés des habitants. Des classes ont été fermées. Votre bilan, Michel Lejeune, c’est la dévitalisation du territoire.

Autre problématique ici concernant le territoire : les études 
supérieures quasi inexistantes. Comment y remédier ?

Sébastien Jumel. En dehors de Rouen, il n’y a pas beaucoup d’offres. Il faut donc développer des BTS, des IUT, des licences professionnelles qui répondent à une demande des professionnels qu’il faut associer. Il faut de toute urgence rattraper le retard en milieu rural pour que les jeunes s’y installent durablement.

Michel Lejeune. On ne peut pas avoir une offre sur tous les territoires. Moi-même, quand j’étais jeune, j’ai dû quitter mon territoire pour faire mes études de vétérinaire.

La Haute-Normandie a connu ces dernières années une forte désindustrialisation. Que proposez-vous pour inverser la tendance ?

Michel Lejeune. Je vous rappelle qu’on a connu trois crises économiques successives depuis 2008. Pour lutter contre la désindustrialisation, il faut lutter contre les délocalisations. Pour cela, la seule solution est d’avoir des prix compétitifs. Il faut absolument baisser le coût du travail et réduire notre dette, en limitant le nombre de fonctionnaires. Et puis, il faut que les entreprises continuent d’investir dans la recherche, grâce au crédit d’impôt mis en place par le gouvernement.

Sébastien Jumel. Les salaires sont, dans le pays de Bray, plus bas que dans la région rouennaise, à seulement trente minutes en voiture. Or, pour vous, le salaire est un problème, alors que pour nous, au Front de gauche, il est la solution. C’est la revalorisation des salaires qui est la condition de la relance du pouvoir d’achat et de la consommation et qui permettra ainsi aux industries de résister. Il faut prendre des sanctions contre les entreprises qui délocalisent pour augmenter leurs profits. Quant aux aides et aux crédits, ils devront être versés aux entreprises en fonction de leurs engagements sociaux et environnementaux.

Le chômage et la précarité touchent en particulier les jeunes. 
Quelles mesures faut-il prendre 
pour favoriser leur embauche ?

Sébastien Jumel. Les jeunes ne veulent pas de petits boulots, mais d’abord une vraie formation débouchant sur un vrai emploi, avec un salaire convenable. Les jeunes ont aujourd’hui conscience de vivre plus mal que la génération précédente.

Michel Lejeune. C’est pour cela que Nicolas Sarkozy veut accroître la formation en alternance pour permettre à des jeunes d’être plus tôt sur le marché de l’emploi et d’être mieux formés.

Sébastien Jumel. En 2011, il n’y a eu que 13 % de contrats d’apprentissage, c’est la preuve que ça ne marche pas. Au contraire, il faut développer l’enseignement professionnel et technique au sein de l’Éducation nationale. Concernant l’emploi, la priorité des PME est l’accès au crédit, aujourd’hui rendu très difficile par les banques. Il faut donc créer un pôle public bancaire qui prêtera de l’argent aux PME avec un taux variant en fonction de la priorité établie en faveur de l’emploi des jeunes, de leur formation.

Michel Lejeune. Il faut surtout que Pôle emploi soit plus efficace, que chaque demandeur d’emploi ait une formation qui débouche sur un emploi. Arrêtez de créer des problèmes aux entreprises, car c’est cela qui les fait partir !

Sébastien Jumel. Vous leur avez offert des cadeaux fiscaux, le bouclier fiscal aux plus aisés de leurs dirigeants et pour autant y a-t-il eu moins de délocalisations ?

Michel Lejeune. Le bouclier fiscal avait pour but de faire revenir les capitaux partis à l’étranger et d’éviter que de nouveaux s’en aillent. Et dois-je vous rappeler que c’est la gauche, avec Rocard, qui l’a mis en place ? Quant au pouvoir d’achat, je vous rappelle que l’Insee a établi qu’il avait augmenté sous le quinquennat de Nicolas Sarkozy. Ce sont les chiffres et vous n’y pouvez rien. Alors bien sûr, des prix comme ceux de l’essence à la pompe augmentent, mais nous n’y pouvons rien, puisque le prix du baril augmente. Pour le moment, il faut faire avec.

Sébastien Jumel. J’ai récemment eu entre les mains le contrat de travail d’un jeune travaillant à temps partiel en «horaires modulables» : voilà, en résumé, tout le projet de société que propose la droite !

 

                                                            Propos recueillis par Frédéric Seaux

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11 avril 2012 3 11 /04 /avril /2012 09:22

Article paru dans L'humanité, le mardi 10 avril 2012

 

 

Patron favorable à la hausse du Smic 

 

 Pour Patrick Marais, dirigeant de PME, la revalorisation du Smic permettrait de relancer l'activité

 

Patrick Marais a monté son entreprise de communication par l’objet, « LM Communication » à Saint-Etienne-du-Rouvray (Seine-Maritime) il y a presque vingt ans. Son cœur bat bien à gauche. Pas si étonnant pour celui qui a connu auparavant le licenciement, le RMI et les bons alimentaires.

Le dirigeant d’entreprise qui compte quinze salariés votera pour le Front de gauche aux prochaines élections. Parce que pour lui, l’augmentation des salaires n’est pas le problème, mais la solution. "Seule une augmentation des salaires à commencer par le Smic à 1700 euros, relancera l’économie. Ce que les patrons verseront d’un côté, ils le récupèreront forcément et davantage de l’autre par la relance de leur activité ".

Mais ce patron pose néanmoins une condition : que la mesure soit applicable immédiatement par tout le monde.  "Il ne faut pas que l’on fasse comme pour les 35 heures, où les patrons ont disposé de temps pour les mettre en place. Moi, je les ai appliqués immédiatement sans baisser les salaires, j’ai même créé un emploi, mais je me suis retrouvé ensuite avec des devis bien supérieurs à mes concurrents, car il fallait bien que je répercute mes coûts supplémentaires qu’eux n’avaient pas".

Et pour ce dirigeant de PME, favorable au plafonnement des salaires des grands patrons, cette augmentation ne pose aucun problème de financement. Mais lui avance ainsi l’idée d’une baisse de 20% des cotisations patronales des petites entreprises qui servira à augmenter les salaires et à investir dans de nouvelles machines. "Les 20 % manquant dans les caisses de l’Etat, il faudra aller ensuite les chercher là où est l’argent, entre autres dans les entreprises du CAC 40 qui paient au final peu de charges", conclue le dirigeant qui a créé le logo des salariés de la raffinerie Petroplus et les banderoles de soutien qui ornent d’ailleurs les bâtiments de son entreprise.

Frédéric SEAUX

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14 mars 2012 3 14 /03 /mars /2012 14:43

Article paru dans l'Humanité le 8 Mars 2012

Europe, droits des salariés et fiscalité

à l’honneur à Rouen

 

Jean-Luc Mélenchon, Pierre Laurent et Martine Billard ont abordé des thèmes centraux de la campagne du Front de gauche, mardi.

 

Correspondance.

Jean-Luc Mélenchon a développé deux autres grands thèmes mardi soir à Rouen : la lutte contre l’extrême droite et la taxation des grosses fortunes, idée d’ailleurs vilipendée par le FN comme par l’ensemble des partis de droite, le candidat du Front de gauche parlant même à ce propos de « programme de convergence » entre toutes ces composantes. « Mais je félicite François Hollande d’avoir proposé de taxer à 75 % ceux qui gagnent un million d’euros par an. C’est un bon début mais nous, nous sommes partisans d’un revenu maximum. Un impôt doit être progressif, c’est pourquoi nous proposons quatorze tranches, car la progressivité doit être lissée. Ce qui n’est pas normal, c’est quand vous mettez peu de tranches. C’est comme ça que la droite a descendu le taux d’impôt supérieur à 41 % sur la dernière tranche », a-t-il expliqué, poursuivant son allocution en mettant en garde sur le caractère incomplet du programme socialiste. « Ils vont monter jusqu’à 45 %, et puis d’un seul coup le taux de prélèvement va passer à 75 % pour la dernière tranche. Mais il n’y a aucun système fiscal au monde où il y a une telle marche. Donc, il faut arranger ça. Mais ne vous souciez de rien, tout est prévu dans le programme du Front de gauche. Et comment nous allons faire avec ceux qui vont partir ? Nous allons les pourchasser, on exigera auprès des pays dans lesquels il y a ces comptes bancaires de nous donner la liste de nos ressortissants ainsi que les montants. Et ça, la législation votée à Bruxelles le permet. »

Au tout début de la soirée, il était revenu à Martine Billard, députée, coprésidente du Front de gauche, de se lancer sur scène devant une salle très réceptive à ses propos quand elle a évoqué la judiciarisation des plans sociaux (voir notre édition de lundi). « Un grain de sable vient de s’insinuer dans trois entreprises, Viveo, Ethicon et Sodimédical, où les salariés refusent les plans sociaux, invalidés d’ailleurs par la justice. La Cour de cassation doit dire que ces plans sociaux sont nuls et non avenus et que les salariés doivent être maintenus dans l’emploi. Le problème de l’emploi industriel en France, ce n’est pas le contrat de travail, mais le coût des dividendes. »

Pierre Laurent, secrétaire national du PCF et coprésident du conseil de campagne du Front de gauche, a ensuite insisté sur la question européenne et l’opposition à mener contre les deux traités européens que Sarkozy et Merkel veulent faire passer avant l’élection, au nom de l’austérité. « Ces deux traités de gouvernance sur la politique économique et monétaire ont pour but d’interdire les déficits publics et d’imposer des sanctions automatiques aux Parlements nationaux, alors muselés, qui ne les respecteraient pas. Sarkozy n’a pourtant jamais dit un mot pour expliquer aux Français de quoi il s’agissait. Il vient de faire voter par le Parlement le respect des mécanismes européens, et pas question pour lui de demander l’avis aux Français. Quand nous aurons chassé Sarkozy, il faudra imposer que la France se dégage de ces mécanismes. » Pierre Laurent a rappelé que le Parti socialiste ne s’était guère honoré sur cette question au Parlement français : « Seuls vingt parlementaires socialistes se sont opposés avec ceux du Front de gauche à ces mécanismes européens, refusant ainsi les injonctions du candidat Hollande. Le Sénat, à gauche, pouvait bloquer la procédure, mais il ne l’a pas fait. » Pour le Front de gauche, le président élu en mai devra soumettre ces traités au référendum.

Frédéric Seaux

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14 mars 2012 3 14 /03 /mars /2012 14:34

Article paru dans L'Humanité le 8 Mars 2012

 

À Elbeuf, le Front de gauche séduit

au-delà des électeurs communistes

 

Le meeting avec Jean-Luc Mélenchon, mardi, a donné du baume au cœur aux militants communistes, mais il a ravi aussi des électeurs socialistes ainsi que des citoyens non encartés.

 

Correspondance.

 

Les militants communistes d’Elbeuf comptent près de deux cents militants. Et mardi soir, c’est plus de la moitié de la section qui s’est déplacée pour assister au meeting du Front de gauche, afin d’écouter et de soutenir Jean-Luc Mélenchon. Alors, évidemment, pendant et à la sortie du meeting, c’est l’euphorie qui règne. « C’est un meeting extraordinaire, historique », affirme, enthousiaste, Jean-Pierre Buttard, soixante-six ans et militant communiste depuis plus de quarante ans. Des meetings, Jean-Pierre en a fait un paquet en autant d’années de militantisme. Mais, pour lui, c’est certainement un des plus grands. Il retient surtout la densité et la qualité du programme du Front de gauche. « Les principaux thèmes retenus ce soir (fiscalité et lutte contre l’extrême droite – NDLR) par Jean-Luc Mélenchon sont essentiels. L’extrême droite n’est rien d’autre que la prolongation de la droite et sa complice », affirme-t-il, entouré par de nombreux militants enthousiastes de mener la campagne pour le Front de gauche. Robert Hazet, le secrétaire de cette section, voit dans ce meeting « un encouragement pour les militants à poursuivre davantage la campagne ».

« Cela fait du bien », lance Jean-François, un militant socialiste de l’agglomération d’Elbeuf, qui ne veut pas en dire plus sur son identité. « Je suis séduit par Mélenchon, par l’homme et son discours. Je suis prêt à voter pour lui au premier tour, surtout si je vois que Hollande est sûr d’y être. » Les communistes d’Elbeuf avaient aussi invité des curieux, éloignés de tout militantisme comme Martial. « C’était ce soir mon premier meeting », avoue-t-il. L’homme qui se revendique à gauche n’est pas allé au récent meeting de Hollande à Rouen. En revanche, pour rien au monde il n’aurait manqué celui du Front de gauche. « Il n’oublie personne, il est moins timoré qu’Hollande. Ce meeting, c’est pour moi la cerise sur le gâteau », explique Martial, qui n’a jamais été encarté ni dans un parti ni dans un syndicat. « Mais ce soir, j’ai envie de prendre part à la campagne et de rejoindre la section communiste d’Elbeuf. »

Frédéric Seaux

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14 mars 2012 3 14 /03 /mars /2012 14:27

 

Article paru dans l'Humanité, le 27 Février 2012

 

Chez Petroplus, le grand barnum de Sarkozy

 

Invité en qualité de candidat de l’UMP, le président a délivré des annonces déjà connues des salariés.

 

Rouen (Seine-Maritime), correspondance.

 

 Décidée seulement la veille au soir et officialisée le matin même à 9 heures, la venue de Nicolas Sarkozy vendredi midi sur le site de la raffinerie Petroplus de Petit-Couronne (Haute-Normandie), à l’arrêt depuis début janvier, avait été demandée par l’intersyndicale. « Au même titre que tous les autres candidats à l’exception de Le Pen, précise Yvon Scornet, porte-parole et élu CGT, puisque désormais le président est candidat à sa réélection ». Et la visite de Nicolas Sarkozy a eu finalement tout l’air d’une visite médiatique et électoraliste savamment orchestrée par l’Élysée, au mépris de la démocratie et des ouvriers de la raffinerie du site, menacés de licenciement après le redressement judiciaire consécutif à l’annonce du groupe suisse Petroplus de la prochaine mise en faillite du site racheté à Shell en 2008. Mépris de la démocratie car ce n’est pas le candidat qui s’est officiellement déplacé vendredi midi, mais le président de la République, aux frais du contribuable donc, et sans que sa conférence de presse tenue ensuite devant de nombreux journalistes ne soit finalement comptabilisée dans son temps de parole de candidat à l’élection présidentielle.

Mépris pour les ouvriers du site aussi qui méritaient mieux que cette mise en scène. Ils espéraient au moins plus de respect de sa part vis-à-vis de leur situation. Raté ! Le président s’est livré à un exercice visant à annoncer une avancée dans la situation de la raffinerie, pourtant déjà connue des salariés depuis une semaine. Le président s’est donc lancé dans un grand numéro d’autosatisfaction en annonçant que le pétrolier Shell avait signé « hier soir dans la nuit » un contrat de processing pour une durée de six mois, reconnaissant quand même que « ce contrat ne résout pas tout ». Un contrat déjà commenté mardi dernier par Jean-Luc Brouté, secrétaire CGT du site, sans mâcher ses mots : « Shell nous a foutu dans la merde, c’est donc le minimum que ce pétrolier puisse faire ! »

Sarkozy a ensuite poursuivi par un mensonge en annonçant que les 50 millions nécessaires à la réalisation de travaux nécessaires au redémarrage du site avaient été versés et que par conséquent « les travaux peuvent commencer ». « Sauf que, rappelle pour sa part Yvon Scornet, pour l’instant seuls les 20 millions de l’État ont été versés et on attend prochainement les 10 millions de Shell. » Il manque encore donc 20 autres millions pour financer l’intégralité des travaux. Enfin Nicolas Sarkozy n’a certes pas démenti que « trois ou quatre repreneurs sont intéressés par la reprise de la raffinerie », mais il n’a pas tenu à rassurer davantage les salariés, en n’avançant aucun nom, ni en donnant sa préférence pour l’un d’entre d’eux, un pétrolier plutôt qu’un financier. Rien de neuf sous le soleil donc pour les salariés qui savent surtout que la date butoir du 15 mars pour le dépôt des dossiers de reprise arrive à grands pas. Une visite pour rien, donc. En tout cas, pas au profit des salariés !

 

                                                                                                    Frédéric SEAUX

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14 mars 2012 3 14 /03 /mars /2012 13:18

Article paru dans l'Humanité, le 6 Mars 2012

 

"Portrait de la France populaire"

Elbeuf a perdu ses cheminées mais pas sa dignité

 

Terre ouvrière, Elbeuf, toute proche de Rouen, est une ville dans laquelle la pauvreté gagne du terrain. Il y a quatre ans, les communistes ont décidé de partir à la reconquête des milieux populaires, mesurant l’étendue du travail militant qu’il faut accomplir auprès de populations qui luttent pour survivre et se sentent abandonnées.

 

Elbeuf (Seine-Maritime), envoyé spécial. 

 

Longtemps surnommée « la Ville aux cent cheminées », Elbeuf-sur-Seine, en Seine-Maritime, ancienne cité textile, n’est plus aujourd’hui que l’ombre d’elle-même. La désindustrialisation bat son plein depuis plusieurs décennies. Le principal employeur se nomme Renault, installé à Cléon, commune voisine. Et encore, la marque au losange a perdu de sa superbe, ne comptant aujourd’hui que 4 000 salariés contre 10 000 il y a vingt ans. Résultat, Elbeuf perd des habitants et se paupérise. Dans leur enquête sur « la pauvreté ouvrière à Elbeuf », deux sociologues, Jean-François Laé et Numa Murard, évoquent une population majoritairement ouvrière. 76 % des habitants sont locataires, pour un tiers d’entre eux dans des logements sociaux qui vieillissent mal. Une paupérisation que les militants et la vingtaine d’élus communistes de cette agglomération toute proche de Rouen ressentent jusque dans leur rang. Ce qui fait dire à Robert Hazet, secrétaire de la section du PCF, que « la section PCF d’Elbeuf est le reflet de la population elbeuvienne. Les militants appartiennent pour la plupart aux milieux très modestes. Les chômeurs représentent près de 10 % du nombre d’adhérents ».

La présence sur le terrain est aujourd’hui une composante essentielle du travail des communistes. « La chute du mur et ses conséquences sur l’électorat populaire qui votait communiste, le vieillissement des militants et la mainmise politique de Fabius et des élus, tous jeunes, qui lui sont proches sur l’agglomération avaient fini par avoir raison de notre action militante, qui par le passé était dynamique. La section était tombée à une trentaine de militants. Elle en compte aujourd’hui environ cent cinquante », raconte Robert Hazet. « On a d’abord mis en place une rencontre hebdomadaire le mercredi à la maison des communistes à Elbeuf pour parler politique, lire l’Huma et décider d’actions sur le terrain. Ces réunions sont ouvertes à tous, sans obligation d’adhésion. Cela arrive assez souvent que des gens invités par des militants passent pour discuter, et parfois finissent par militer », poursuit-il. Depuis quatre ans, cette section communiste ne ménage pas sa peine. Outre les traditionnels tracts et affiches distribués et collés chaque semaine, les militants organisent des conférences et multiplient les actions d’envergure, allant de la simple manifestation contre la TVA sociale jusqu’à la mise en place d’un bureau d’embauche en direction de l’usine Renault (l’Humanité, le 4 avril 2011). La population, qui il y a quatre ans jetait ou ignorait souvent les tracts, « vient maintenant les chercher », confie Christophe, militant de trente-cinq ans, au chômage. Il faut dire aussi que le PCF est le seul à gauche à occuper le terrain, le Parti socialiste l’ayant abandonné depuis longtemps, ne comptant que sur la seule attractivité de ses élus, Laurent Fabius en tête, ex-premier ministre et député de la circonscription, mais aussi l’influent Guillaume Bachelay, conseiller régional, élu à Cléon, secrétaire national à l’industrie au sein du PS et surtout porte-plume du projet présidentiel socialiste.

Tous le reconnaissent ici, dans ce terreau de terre ouvrière, l’élection présidentielle qui arrive est un enjeu pour toute la gauche. Elle l’est plus encore pour le Front de gauche où un score à deux chiffres de Jean-Luc Mélenchon n’est pas seulement espéré, mais très attendu. Même chez ceux, comme Frédéric, éducateur de rue, qui constatent aussi qu’ils entendent souvent parler aussi d’un vote « en faveur du Front national ». Un Front national qui à Elbeuf et dans l’agglomération n’atteint pas les chiffres élevés des banlieues des grandes villes : 11,5 % et 4,5 % des voix respectivement lors de la présidentielle et des législatives de 2007.

Les militants le reconnaissent, pour beaucoup, l’échéance est encore lointaine. Mais s’il existe du désintérêt, les milieux populaires ont tous le point commun d’avoir vu leur quotidien s’aggraver ces cinq dernières années sous l’ère Sarkozy. C’est le cas de Martine. « J’ai cinquante-huit ans, tous mes trimestres, et à cause du recul de l’âge du départ à la retraite, je dois attendre plus de trois ans pour la prendre. Or je suis en invalidité à 50 % et je ne peux plus travailler. Je touche une allocation de misère. Franchement, si Sarkozy repasse, ce sera terrible car il va encore plus attaquer les basses classes. » Pour Patrick, militant communiste au chômage qui perçoit l’allocation de solidarité, « la création de la TVA sociale est une attaque de plus contre les précaires ». Les jeunes aussi sont très remontés contre Sarkozy. Ainsi Ibrahim et Wilfried, la petite vingtaine d’années. Le premier est étudiant, le second a arrêté ses études pour travailler afin de se payer le permis de conduire nécessaire à la poursuite de ses études ! La situation est si ubuesque que Wilfried, quoique dépité, préfère en sourire. Les deux jeunes garçons savent ce que sont les mois difficiles. Pour eux, c’est douze mois sur douze. Cela ne les empêche pas de se mobiliser, avec l’association qu’ils ont créée, Impulsion urbaine, pour aider les jeunes des quartiers dans lesquels ils résident à prendre pied dans la société. « Sarkozy a donné une image sinistre de la jeunesse des quartiers en voulant la nettoyer au Karcher. Et quand il parle d’identité nationale, c’est évident que ce sont d’abord les jeunes d’origine étrangère de ces cités qui sont visés. Avec cette mauvaise image, ce n’est pas un hasard si nous sommes les plus touchés par le chômage. Pourtant, dans ces quartiers, il y a des talents et beaucoup de diplômés », explique posément Ibrahim, étudiant en première année de psychologie.

« Et la présidentielle ? » leur demande-t-on. Long soupir. Et du désintérêt. « Pour quoi faire ? Tout ça, ce sont des promesses », lance Wilfried qui parle de « corruption » quand il évoque, sans distinction, les élus politiques. « Le Pen ou un autre, c’est pareil », ose-t-il. Ibrahim dit aussi ne porter aucun intérêt à la présidentielle. Contrairement à Wilfried qui ira voter certainement blanc, Ibrahim, lui, ne fera pas le déplacement jusqu’aux urnes. « Je voterai le jour où l’humain sera au cœur des préoccupations des candidats », essaie-t-il pourtant. Et quand on lui dit que « l’humain d’abord » est justement au cœur du programme du Front de gauche, Ibrahim semble agréablement surpris. Pas sûr pour autant qu’il aille jusqu’à glisser le bulletin Mélenchon.

Du côté de militants syndicaux, les élections qui s’annoncent suscitent un peu plus d’intérêt. Et encore beaucoup de méfiance. Au dire des plus anciens, la jeune génération serait plus facilement prête à s’engager dans le combat syndical que politique, convaincue par son plus fort impact sur les conditions d’existence ponctuelles des salariés. Benjamin Duhaussé est de ceux-là. À trente-quatre ans, ce salarié qui touche 1 140 euros par mois a rejoint la CGT après avoir été, comme il dit, « pris pour un con » par sa direction. « Je ne suis pas du tout politisé et je me demande à quoi ça sert de voter », lance-t-il. Le militant cégétiste n’a aucun atome crochu avec le PS et avec Hollande qu’il trouve « trop mou ». Benjamin a le sentiment que ni lui ni ses parents, « qui ne mangeaient pas tous les soirs », n’ont été aidés un jour par des politiques. Aujourd’hui père de famille, le jeune homme a encore du mal à parler de cette époque. Le regard se perd très loin, il devient humide et la rancune est tenace. Il avoue du bout des lèvres que c’est de Mélenchon qu’il se sent « le plus proche ». Mais « je ne suis pas d’accord sur tout », précise-t-il. L’homme est hésitant à en dire plus. Toujours cette méfiance à l’égard de la gauche qui l’a toujours déçu. À quelques semaines de la présidentielle, le militant, qui dénonce les pressions quotidiennes du patronat et du pouvoir pour faire taire le monde du travail, ne sait toujours pas vraiment pour qui voter. Ce soir, pourtant, il fera le déplacement jusqu’à Rouen, pour participer au meeting de Jean-Luc Mélenchon au parc des expositions.

La reconquête du vote populaire est donc en marche à Elbeuf, où Jaurès vint tenir une conférence au cirque théâtre il y a cent ans. C’est la lourde tâche que s’est donnée le Front de gauche, le Parti socialiste étant lui intimement convaincu de ne jamais l’avoir perdu.

 

Frédéric Seaux

 

REPERES :

28,2 %

C’est le pourcentage de chômeurs que compte 
la ville d’Elbeuf. La population y est décroissante 
et sous-qualifiée. Moins de 20 % des adultes 
ont le bac. Le principal employeur est l’usine Renault. L’annonce, il y a un an, par le groupe, de l’embauche 
de 4 700 salariés sur l’ensemble de ses sites 
n’a pas eu des répercussions à Cléon qui a multiplié 
les contrats d’intérim et les CDD.

3 000

C’est le nombre de bénéficiaires du RSA (revenu 
de solidarité active) dans l’agglomération d’Elbeuf 
qui compte 60 000 habitants, soit 5 % de la population 
totale. 30 % des allocataires de la CAF de l’agglomération ont un revenu inférieur au seuil de bas revenu. 
Et pour 25 % des allocataires, cette « banque sociale » représente plus de 50 % de leurs ressources.

15 %

C’est le pourcentage de perte de population enregistrée par la ville d’Elbeuf depuis 1970. 
La ville comptait 20 000 habitants au début des années 1970. Elle n’en compte plus que 17 000 aujourd’hui.

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27 février 2012 1 27 /02 /février /2012 14:54

Article paru dans L'Humanité le 8 Février 2012

 

 

Les lycées professionnels

au premier rang des restrictions budgétaires

 

Déjà touché par la réforme de 2009, l’enseignement professionnel supportera les deux tiers des suppressions de postes dans le secondaire et se voit de plus en plus menacé.

 

Dans l’académie de Lille : 468, 300 à Créteil, 120 à Toulouse, 105 à Caen… L’enseignement professionnel supportera la majeure partie des suppressions de postes prévues à la rentrée 2012 dans le secondaire. Au total, selon les syndicats, elles oscilleront entre 3 500 et 4 000 sur les 6 550 exigées par le gouvernement.

Principale raison d’une telle saignée : la réforme du lycée professionnel de 2009, qui a réduit la durée de formation de quatre à trois ans et créé artificiellement un surcroît d’élèves puisque regroupant sur une année les nouveaux venus du collège et ceux qui avaient déjà effectué un an de CAP ou BEP. Parvenue cette année en terminale, cette « bulle d’élèves », comme l’appelle le ministère, n’existera plus à la rentrée. Ce qui entraînerait un déficit de quelque 33 000 élèves.

Un prétexte tout trouvé pour faire avaler un nouveau train de restrictions budgétaires. Et continuer d’éteindre l’enseignement professionnel public, sous couvert de « rationaliser » l’offre de formation. En janvier, le lycée professionnel du Mas-Jambost, à Limoges, a réussi, grâce à la mobilisation, à infléchir la décision de fermeture. Mais de fait, les petits établissements et les filières à faibles effectifs sont particulièrement visés. Dans l’académie de Lille, le rectorat procédera, à la rentrée 2012, à 14 « fusions » de lycées professionnels. En Midi-Pyrénées, le maillage territorial des formations en prend un coup avec la disparition de quatre bac pro et trois CAP.

Autre exemple au lycée des métiers du bois et de l’écoconstruction, à Envermeu, près de Dieppe (Seine-Maritime). Depuis plusieurs semaines, enseignants, parents et élus s’opposent à la volonté du rectorat de fermer à la rentrée le bac professionnel « technicien de scierie », ouvert depuis seulement deux ans et encore en phase expérimentale. Motif invoqué : l’insuffisance des effectifs dans cette section, où il y a actuellement deux élèves en seconde, onze en première et six en terminale. Les enseignants s’insurgent contre cette vision bêtement comptable. Ces « demi-sections » ne sont destinées à accueillir que quinze élèves et, surtout, cette formation rare, la seule dans le quart nord-ouest du pays, répond à une demande de la part des professionnels haut-normands de la filière bois. Ces derniers, par la voix de l’interprofession normande Anoribois, ont immédiatement apporté leur soutien à la mobilisation. Tout comme la presse professionnelle. « Il faudra nous expliquer comment nous allons développer l’usage des bois locaux si les scieries françaises ne trouvent plus de salariés qualifiés », s’agace l’éditorialiste de l’hebdomadaire Bois international dans son numéro de janvier.

Le 10 janvier, l’Association des régions de France a dénoncé le « gâchis financier incompréhensible » que représentent les fermetures de filières ou d’établissements. Quelques jours plus tard, Nicolas Sarkozy, en guise de réponse, faisait l’apologie de l’apprentissage… « Il y a une volonté idéologique et budgétaire de supprimer la formation professionnelle sous statut scolaire au profit de l’apprentissage assuré par le secteur privé », dénoncent les syndicats comme le Snuep-FSU et la CGT éduc’ action.

 

Laurent Mouloud avec Frédéric SEAUX

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27 février 2012 1 27 /02 /février /2012 13:19

Article paru dans L'Humanité le 13 Février 2012

 

 Bernard Thibault « Petroplus, M-Real : même combat »

 

 

Bernard Thibault était vendredi aux côtés des ouvriers en lutte de ces deux sites industriels.

 

En Haute-Normandie, les sites de la raffinerie Petroplus de Petit-Couronne et de la papeterie M-real d’Alizay sont tous deux menacés de fermeture. Dans les deux cas, « il ne s’agit pas de sites industriels en mauvais état. La qualité des outils ne menace pas l’activité économique. C’est là le scandale ! » s’est emporté le leader de la CGT, dénonçant le rôle mortifère des actionnaires. « Ce n’est pas la crise pour tout le monde », a-t-il lancé, sous de forts applaudissements, tout en saluant l’important travail que les intersyndicales ont fourni pour présenter aux directions et actionnaires des projets alternatifs pour revitaliser les sites. « C’est bien la preuve que ce sont eux, les ouvriers, les techniciens, les premiers experts dans leurs domaines. » D’où la nécessité d’accroître les droits des salariés : « La citoyenneté dans l’entreprise doit progresser », a réaffirmé le leader syndical.DSCF7488.JPG

Bernard Thibault a saisi 
l’occasion de ce déplacement pour souligner le caractère stratégique du secteur de l’énergie qui, observe-t-il, n’est « pas incompatible avec le développement durable ». Pour preuve, le projet présenté conjointement par les salariés des deux sites d’utiliser la ouate de cellulose des ateliers de M-real pour fabriquer du biocarburant sur le site de Petroplus.

                                                 Bernard Thibault en conversation avec les représentants CFDT et CGC de Petroplus

 

DSCF7454.JPGDevant les salariés normands en lutte, le secrétaire général de la CGT a de nouveau épinglé la 
politique gouvernementale insufflée par Sarkozy, « qui a multiplié les lois antisociales durant son mandat », fustigeant en parti-culier « la TVA sociale qui n’a rien de social ».

 

Bernard Thibault, à la sortie de la visite du site de M-Real, aux côtés du maire communiste d'Alizay Gaëtan Levitre, et d'Arnaud Levitre, candidat Front de gauche aux prochaines életions législatives du canton de Pont-de-l'Arche.

Évoquant la venue du ministre Besson chez Petroplus le 30 janvier, ou encore le sauvetage des Lejaby, que Bernard Thibault a qualifié de « politique des copains », il a dénoncé cette « majorité sortante (qui) veut s’efforcer de se montrer active dans les dernières semaines qui lui restent » sur le front de l’emploi, alors qu’elle a multiplié les cadeaux fiscaux aux entreprises « qui bien souvent sont allés tout droit dans les poches des actionnaires ».

 

Frédéric SEAUX

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  • : il s'agit d'un blog sur lequel paraissent certains de mes articles publiés dans le quotidien l'Humanité et les deux hebdomadaires, La Terre et l'Humanité Dimanche. J'utilise également ce blog comme moyen d'expression sur des sujets d'actualité que je ne traite pas directement à travers mes articles. Rendez-vous également sur le blog de la maison d'édition que j'ai créée : http://editionscogitoergosum.over-blog.com
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