« La situation des enfants en France est très préoccupante ».
Robert Pagès, ancien sénateur communiste, revient sur la journée des droits de l’enfant qui fête ses 13 ans cette année, dont il fut le rapporteur et premier signataire de la loi votée par le parlement en 1996.
Quelle est l’origine de cette journée nationale des droits de l’enfant instaurée chaque 20 novembre en
France ?
La convention internationale des droits de l’enfant avait institué en 1989 une journée internationale fixée au 20 novembre. L’idée a donc été émise d’instaurer une journée nationale. Mais cette
loi doit beaucoup en amont aux nombreuses associations, aux syndicats d’instituteurs, et au président du tribunal pour enfant de Bobigny de l’époque qui au cours des nombreuses discussions avec
les élus, notamment communistes, souhaitaient une telle journée nationale. J’ai été nommé rapporteur alors que le gouvernement était de droite. Il s’agissait d’un texte consensuel qui permettait
donc au gouvernement de ne prendre aucun risque en en confiant l’initiative à parlementaire communiste. Et j’ai peut-être été choisi car en tant qu’instituteur, dont je rappelais ma profession à
chacune de mes interventions publiques, j’avais peut-être une certaine légitimité à parler des droits de l’enfant. La loi qui ne comporte qu’un seul article a été votée à l’unanimité.
Quelle est encore aujourd’hui sa portée réelle ?
Cette loi est symbolique avant tout : elle marque la volonté affirmée de reconnaître les enfants comme des citoyens en devenir qui ont eux aussi des droits
imprescriptibles. Mais elle donne aussi concrètement la possibilité aux associations, aux enseignants de bénéficier d’une journée afin de sensibiliser la société aux droits de enfants. Et
aujourd’hui, de nombreuses écoles retiennent ce jour pour en discuter. « Les Amis de l’Humanité » ont d’ailleurs retenu ce thème sur leur stand lors de la prochaine Fête de l’Humanité
qui se tiendra à Rouen les 28 et 29 novembre prochains. Evidemment, cette journée n’est pas une baguette magique : les associations doivent s’en saisir car ce n’est pas l’actuel gouvernement
qui va la mettre en avant.
Justement quel est votre regard aujourd’hui sur l’action du gouvernement vis-à-vis des droits des enfants?
Ce gouvernement détruit tout ce qui a été construit en la matière. C’est d’abord la remise en cause de l’ordonnance de 1945 sur les mineurs. Quand Sarkozy dit qu’il
veut en finir avec les acquis de 1945, il pense aussi à la protection des enfants en matière pénale. Et puis dernièrement, n’oubliez pas que la défenseure des enfants a appris dans la presse que
son institution allait être démantelée. Le gouvernement n’avait pas apprécié certaines de ses positions. Surtout celle qui recommandait que les enfants de parents en situation irrégulière ne
soient pas incarcérés en centre de rétention, mais placés avec les parents en résidence surveillée. Et puis, je rappellerais tout de même que chaque année en France des centaines de milliers
d’enfants ne partent pas en vacances, que les principales victimes de la pauvreté en France concernent les enfants, comme l’a rappelé récemment ATD Quart Monde : 2,5 millions d’enfants de
moins de 18 ans sont concernés. Que dire aussi des enfants handicapés que beaucoup d’écoles publiques ne peuvent pas accueillir faute de structures et de moyens suffisants. La situation des
enfants en France est très préoccupante.
Entretien réalisé par Frédéric SEAUX
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