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16 février 2011 3 16 /02 /février /2011 09:10

Article paru dans l'Humanité le lundi 14 février 2011

Un Guantanamo à la mode de chez nous

 

Brice Hortefeux a intégré dans le projet de loi sur l’immigration une disposition permettant de maintenir en rétention durant dix-huit mois les étrangers condamnés pour terrorisme.

 

Un « Guantanamo à la française » : c’est en ces termes que plusieurs associations (1) ont dénoncé l’amendement gouvernemental à la loi Besson qui vient tout juste d’être adopté par le Sénat en première lecture (lire ci-dessous). Présenté à la commission des Lois, cet amendement intègre au projet de loi sur l’immigration la possibilité de maintenir en rétention administrative jusqu’à dix-huit mois des étrangers condamnés à une peine d’interdiction du territoire ou à une mesure d’expulsion pour des « actes de terrorisme » ou « un comportement lié à des activités à caractère terroriste pénalement constatées ».

Si elle était votée en 
deuxième lecture, cette mesure s’ajouterait à celle de la loi sur la sécurité Loppsi 2, qui vient d’être définitivement adoptée par le Parlement et qui prévoit le port du bracelet électronique pour ces mêmes personnes.

 Durée maximale prévue par la directive européenne

Jusqu’à présent, une fois leur peine purgée, ces personnes pouvaient être assignées à résidence, le temps que l’État français organise leur expulsion. Une organisation qui peut prendre plusieurs mois soit en raison du refus des autorités du pays d’origine de délivrer un laissez-passer consulaire, soit parce que l’intéressé a fait un recours suspensif devant la Cour européenne des droits de l’homme. Il arrive aussi que ces personnes ne puissent pas être renvoyées dans leur pays d’origine à cause des risques de persécutions auxquelles elles sont exposées. L’État français doit alors trouver un pays tiers d’accueil. Or, durant ce laps de temps, « l’assignation à résidence ne permet pas d’exercer un contrôle suffisant, de nature à garantir qu’elles ne se soustrairont pas à l’exécution de la mesure d’éloignement », affirme le gouvernement.

D’où cet article de loi qui prévoit que le juge des libertés et de la détention du tribunal de Paris puisse ordonner la prolongation de la rétention pour une durée d’un mois, renouvelable six mois. Si, au bout de cette durée, l’étranger n’a toujours pas pu être expulsé, la rétention est prolongée de douze mois supplémentaires. Au total, un étranger pourra donc être maintenu dix-huit mois en centre de rétention administrative, soit la durée maximale prévue par la directive européenne dite « retour ».

 L’amalgame entre immigration et terrorisme

Cette disposition ne devrait concerner qu’un « petit nombre » de personnes, de l’aveu même du gouvernement, mais crée un « amalgame pernicieux », dénonce Claire Rodier, juriste auprès du groupe d’information et de soutien aux immigrés (Gisti) : « On alimente la confusion entre immigration et terrorisme et, au nom de cette lutte contre le terrorisme, on crée des mesures d’exception. Les autorités françaises ont toujours dit que la durée de rétention de dix-mois (prévue par la directive « retour » – NDLR) ne se posait pas en France et, finalement, on entre dans un processus qui permet d’aller très loin en termes de détention administrative. »

Pour les associations, « il n’est pas acceptable que des personnes puissent être détenues pendant plus d’une année et demie sur simple décision administrative, et ce au seul motif qu’elles seraient vaguement soupçonnées de terrorisme ». Le ministre de l’Intérieur et de l’Immigration, Brice Hortefeux, a lui d’ores et déjà souligné l’avis favorable, le 13 janvier, du Conseil d’État face à cette mesure.

 

(1) Cimade, Gisti, LDH, Syndicat 
des avocats de France.

 

Marie Barbier

 

Commentaire : 50 000 étrangers ont été placés en rétention administrative en 2009, dont 318 enfants.

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11 février 2011 5 11 /02 /février /2011 21:31

 

Article paru dans l'Humanité le 10 février 2011

Quelles seront les énergies de demain ?

 

Invités au débat par les Amis de l’Humanité de Haute-Normandie, le député PCF Daniel Paul et l’ingénieur chercheur Luc Foulquier plaident pour un pôle public de l’énergie.

 

Rouen, correspondance.

 

 «Deux milliards d’individus n’y ont pas accès. » Daniel Paul, député communiste du Havre, pointe immédiatement la contradiction entre les besoins humains d’accès à l’énergie et la recherche constante du profit des groupes de production et de distribution. « Les questions énergétiques sont des questions majeures », insiste-t-il, rappelant au passage que le Parti communiste français avait été le premier parti français à disposer très tôt d’une commission environnement.

« Au vu de l’épuisement des énergies fossiles, réfléchir à leur remplacement est vital. » Tel est l’enjeu principal. Pour y faire face, le député est convaincu de la nécessité de poursuivre dans la voie nucléaire de production d’électricité qui couvre aujourd’hui, via les 58 réacteurs nucléaires, « 80 % des besoins de la France ». Sans nier l’intérêt d’investir également dans le développement d’autres énergies renouvelables, comme l’éolien et le photovoltaïque, le député communiste appuie néanmoins sur le fait que, grâce au nucléaire, la production électrique française est « la moins carbonée du monde ». « En matière de réponses à apporter aux questions énergétiques, ce n’est pas aux scientifiques de décider mais aux politiques », affirme Luc Foulquier, qui se fait tout de même insistant sur l’aspect « incontournable » du nucléaire, créateur d’emplois (près de 80 000 en France) dans la production électrique. Abondant dans le sens de Daniel Paul en matière de développement de l’éolien et du photovoltaïque, le scientifique a cependant pointé du doigt l’impossibilité de stocker ces productions par définition aléatoires, et donc la nécessité de recourir aux très polluantes centrales thermiques à gaz pour pallier leur déficit énergétique. Autre enjeu : celui de la concurrence au sein du secteur de l’énergie et de sa privatisation totale à plus ou moins long terme. Évoquant la situation d’EDF, Daniel Paul rappelle que « la loi sur la nouvelle organisation du marché de l’électricité oblige EDF à vendre 25 % de sa production nucléaire à ses concurrents à un tarif supérieur d’au moins 20 % au coût actuel de l’électricité d’origine, soit autant d’augmentation demandée au consommateur ensuite ».

Si l’usager apparaît comme le principal perdant de l’ouverture à la concurrence et des privatisations, les salariés du secteur risquent fort de ne pas être épargnés. « La Haute-Normandie, première région énergétique française avec ses 11 000 emplois dont 4 000 dans celui du raffinage qui couvre 36 % de la production nationale et troisième région en matière de production électrique (12% de la production nationale – NDLR) grâce à ses deux centrales de Paluel et Penly », est dans la ligne de mire, estime Daniel Paul qui craint inévitablement une saignée en matière d’emploi.

Rappelant le travail des élus communistes au Parlement, Daniel Paul plaide pour « le retour à la maîtrise publique complète » de la production énergétique pour assurer « l’approvisionnement et le maintien des tarifs régulés », ainsi que pour la création d’un pôle public de l’énergie et une production nucléaire « strictement publique ». Le parlementaire y voit un moyen de mettre fin à « la précarité énergétique dans les quartiers populaires » où on assiste à la multiplication des coupures de courant au sein des foyers qui n’ont plus les moyens de payer leur facture de gaz et d’électricité. C’est aussi, selon lui, la solution pour que le Grenelle de l’environnement, empli de belles déclarations d’intention, ait enfin « les moyens de ses ambitions ».

Frédéric Seaux

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11 février 2011 5 11 /02 /février /2011 21:25

 

Article paru dans l'Humanité le 10 février 2011

Le lycée autogéré de Paris menacé

 

La suppression annoncée de cinq postes à la rentrée prochaine compromet l’existence de cet établissement expérimental qui accueille de nombreux élèves en rupture scolaire.

 

«Le plus important, c’est de sauver notre lycée, il faut se serrer les coudes ! », lâche Vincent sous une salve d’applaudissements. En ce mardi après-midi, la salle du rez-de-chaussée du lycée autogéré de Paris (Lap) est archicomble. Une bonne centaine d’élèves et de professeurs se pressent dans les gradins. Jeudi dernier, le rectorat a transmis la dotation horaire de cet établissement expérimental public pour la rentrée prochaine. Bilan : 408 heures contre 500 cette année. Une baisse de 20 % qui entraîne la suppression de cinq postes d’enseignants sur les vingt-cinq actuels.

 

un ovni dans le paysage scolaire

« Pour nous, cela signi­fie pure­ment et sim­ple­ment la fer­me­ture défi­ni­tive de notre établis­se­ment », explique Emmanuelle Sliman, professeur de lettres et de théâtre. Le lycée autogéré de Paris, c’est un ovni dans le paysage scolaire. Créé en 1982, l’établissement et ses 242 élèves fonc­tionnent sans chef d’établissement. La col­lec­ti­vité se par­ta­ge la ges­tion, les tâches admi­nis­tra­tives, jusqu’à l’entretien des locaux... Ici, pas de sonnerie ni de surveillants, les élèves, la plupart issus d’un parcours scolaire chaotique, sont libres de ne pas venir en cours. « Tout repose sur la responsabilisation, résume Camila, dix-neuf ans, en terminale ES. Ici, si l’on vient en cours, c’est qu’on en a envie, pas sous la menace d’une sanction. On se sent plus respecté et autonome que dans un lycée normal. Moi, ça m’a réconciliée avec les études. »

 

les arguments

du rectorat font bondir

Tout cela s’accompagne d’une liberté pédagogique rare d’où sont bannis les notes et les conseils de classe, où l’enseignement se fait souvent à deux dans des classes limitées à seize élèves maximum. « Si vous enlevez cinq postes, ce fonctionnement spécifique ne sera plus possible », souligne Emmanuelle Sliman.

Une perspective qui, jusqu’ici, laisse froid le rectorat de Paris. « Comme tous les établis­se­ments, on demande au Lap de par­ti­ci­per à un effort natio­nal de ges­tion res­ser­rée, mais on ne met pas du tout en péril son exis­tence », assure Philippe Fatras, ins­pec­teur d’académie chargé du second degré à Paris. Selon le rec­to­rat, la dotation horaire du lycée n’aurait pas cessé d’augmenter ces der­nières années tandis que les pré­vi­sions d’effectifs à la rentrée 2011 feraient état d’une baisse du nombre d’élèves à 204.

Des arguments qui font bondir l’équipe du Lap. Il y a de quoi. En réalité, la dotation du lycée autogéré est passé de seulement 24 à 25 postes entre 1982 et 2011 ! Un poste en presque trente ans... Surtout, ce calcul ne prend pas en compte le fait que les profs du Lap ne font pas qu’enseigner mais prennent également en charge la quasi-totalité des tâches de gestion et de vie scolaire. Leur temps de service est de 25 heures contre 18 en lycée classique. « Quant aux effectifs pour la rentrée prochaine, ajoute Emmanuelle Sliman, le chiffre officiel d’inscriptions prévues est de 230, pas de 204. » Depuis une semaine, la mobilisation bat son plein. La pétition du Lap (1) a été signée par plus de 2 500 personnes. Et une délégation doit être reçue vendredi soir au rectorat.

(1) www.l-a-p.org

Laurent Mouloud

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11 février 2011 5 11 /02 /février /2011 21:20

Article paru dans l'Humanité le 10 Février 2011 

 

Sanofi est encore le roi des profits !

 

Le groupe pharmaceutique, leader du CAC 40, a une nouvelle fois annoncé un chiffre d’affaires record de 30,3 milliards d’euros. Le résultat d’une course effrénée à la rentabilité, au détriment de l’emploi.

 

«L’année 2010 s’est déroulée comme prévu », commentait hier Chris Viebacher, le directeur général de Sanofi-Aventis, lors de la présentation des résultats 2010 du groupe pharmaceutique. Et pour cause : avec un chiffre d’affaires de 30,3 milliards d’euros (+ 3,7 %) et un bénéfice net de 9,21 milliards d’euros, en augmentation de 6,8 % par rapport à 2009, Sanofi-Aventis ne s’est jamais aussi bien porté. Des profits record que les salariés ont bien du mal à digérer. « Restructurer à tout va et supprimer 4 000 emplois directs est purement inacceptable, injustifiable et intolérable », s’indigne le syndicat CGT. « Il n’y a pas quinze jours qui passent sans une annonce de restructuration chez Sanofi dans le monde », déplore Thierry Bodin, coordonnateur CGT.

Une stratégie de rentabilité financière qui réjouit en tout cas le patron de Sanofi, qui se félicitait de voir que « la réduction des coûts progresse plus rapidement que prévu ». « L’objectif initial de 2,5 milliards d’éco-
nomies prévu en 2013 sera atteint en 2011 », a-t-il même précisé. Pas de quoi rassurer les syndicats, qui craignent notamment que « l’acquisition de Genzyme (une “biotech” américaine spécialisée dans les maladies rares – NDLR) ne se traduise par de nouvelles suppressions d’emplois », concède ainsi Thierry Bodin.

Alexandra Chaignon

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10 février 2011 4 10 /02 /février /2011 13:59
 

Interview parue dans l'Humanité le mardi 8 février 2011

  

 

Dorothée Moisan : "Pour Nicolas Sarkozy, la justice,

c’est l’étape de trop entre la police et la prison"

 

Dans "le Justicier", la journaliste Dorothée Moisan analyse les rapports conflictuels du chef de l’État avec le monde judiciaire, qu’il voudrait à sa botte.

Dans son livre le Justicier. Enquête sur un président au-dessus des lois (Éditions du moment, janvier 2011, 19 euros), Dorothée Moisan, journaliste à l’AFP, évoque les rapports ambigus de Nicolas Sarkozy avec l’institution judiciaire.

 

 

Êtes-vous surprise par l’ampleur de la mobilisation des juges après l’affaire Laetitia ?

Dorothée Moisan. Non. La cassure entre les magistrats et le chef de l’État est l’expression d’une véritable lame de fond dont les premières écumes ont été visibles dès le 7 janvier dernier. « Les coups sont portés par celui qui est censé nous protéger », avait alors déclaré Jean-Louis Nadal, procureur général près la Cour de cassation pour dire son ras-le-bol face aux critiques répétées de la magistrature (lire notre édition du 10 janvier). L’article 64 de la Constitution stipule pourtant que le chef de l’État est garant de l’indépendance de la justice. Vincent Lamanda, premier président de la Cour de cassation, avait lui aussi adopté une posture critique, en contestant la question prioritaire de constitutionnalité devant la Cour de justice de l’Union européenne. Après la mobilisation exceptionnelle de hauts magistrats, c’est désormais l’ensemble des juges, de gauche comme de droite, du siège comme du parquet, qui expriment leur profond malaise.

D’où vient ce malaise selon vous ?

Dorothée Moisan. Les juges sont attaqués sans cesse par le pouvoir, taxés de laxisme, stigmatisés à la moindre erreur judiciaire. « Ce n’est pas parce qu’il y a 500 000 morts chaque année que l’on condamne la médecine », souligne Jean-Pierre Rosenczveig, président du tribunal pour enfants de Bobigny. Et, au-delà, le malaise de fond, c’est que la justice française manque profondément de moyens. Nous y consacrons seulement 0,19 % de notre PIB.

Les magistrats sont-ils majoritairement opposés au pouvoir ?

Dorothée Moisan. En dehors du Syndicat de la magistrature, de gauche, ou de l’Union syndicale des magistrats, majoritaire et apolitique, il est assez rare que les magistrats se prononcent publiquement. Ils ont un devoir de réserve et sont, de manière générale, plutôt conservateurs. Et Nicolas Sarkozy a su séduire certains d’entre eux, à coups de Légion d’honneur...

Le chef de l’État semble voir l’institution judiciaire comme un obstacle à l’exercice de son pouvoir...

Dorothée Moisan. Sarkozy l’hyperprésident est en effet crispé par tout ce qu’il ne peut pas contrôler. D’où le projet de supprimer les juges d’instruction. Ces magistrats du siège, indépendants et inamovibles, le gênent. Au niveau de la politique judiciaire, il faut aller de plus en plus vite. On a parfois l’impression que, pour lui, la justice est une étape de trop entre la police et la prison. Et qu’il oublie qu’en démocratie tout le monde a le droit d’être défendu. Ces derniers jours, Nicolas Sarkozy joue les citoyens contre les juges, dans l’affaire Laëtitia, ou quand il souhaite instaurer des jurés populaires, faisant intervenir des citoyens pour évincer les juges.

Vous écrivez que, au niveau législatif, « depuis Napoléon, personne n’avait osé ce gigantesque coup de plumeau ». Que voulez-vous dire ?

Dorothée Moisan. Plus de trente réformes depuis le début de son mandat, c’est énorme. Il y a eu la réforme de la carte judiciaire, dont la dernière date d’il y a un demisiècle, le projet de suppression du juge d’instruction, qui est une institution vieille de deux cents ans. Il y a aussi la rétention de sûreté, une mesure à la Minority Report, visant à enfermer les personnes présentant un risque de récidive, avant qu’ils ne commettent une infraction. Cette mesure crée d’ailleurs une véritable rupture philosophique dans la politique pénale à la française... Plus globalement, la méthode « un fait divers égale une loi » est devenue une industrie. La majorité de ces réformes ont été conduite sous l’ère Rachida Dati, qui a littéralement tétanisé les magistrats. En cas de pépin, au lieu d’être défendus par la garde des Sceaux, ils étaient convoqués à la chancellerie. Certains parlent encore de « terrorisme Dati ».

Vous évoquez aussi dans votre livre l’interventionnisme de l’Élysée à propos du yacht volé par des proches de Ben Ali...

Dorothée Moisan. Dans cette affaire, l’Élysée a arrangé à la fois un ami de Sarkozy et le pouvoir tunisien. Le yacht Beru Ma, volé le 5 mai 2006 dans le port de Bonifacio, appartenait à Bruno Roger, patron de la banque Lazard et proche de Nicolas Sarkozy. L’enquête du détective mandaté par Generali, qui assurait le yacht, a été suivie de près par Claude Guéant en personne, directeur de cabinet de Nicolas Sarkozy. Une fois le Beru Ma retrouvé près de Tunis, il a été rendu illico à Bruno Roger. Imed et Moez Trabelsi, commanditaires présumés, ont été mis en examen en 2008 par un juge d’instruction français pour complicité de vol en bande organisée. De manière inédite, le parquet a demandé une disjonction des faits. Les deux neveux de Ben Ali sont jugés chez eux alors que, normalement, les juridictions ne jugent pas leurs ressortissants pour des faits commis à l’étranger. Au terme d’un procès fantoche, le 30 janvier 2010, Imed Trabelsi a été acquitté et son frère Moez, condamné à un an avec sursis.

 

ENTRETIEN RÉALISÉ PAR MEHDI FIKRI ET PIERRE DUQUESNE

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8 février 2011 2 08 /02 /février /2011 10:24

 

Article de laurent Mouloud, paru dans l'Humanité, le 4 février 2011

Plus d’enfants = moins de profs, la mauvaise équation de Chatel

 

Le principal syndicat du primaire a dévoilé cette semaine la carte des suppressions de postes, département par département. Bien souvent des coupes claires auront lieu, alors même que le nombre d’élèves augmente.

 

On connaissait, depuis un mois et demi, le nombre global de suppressions de postes prévues à la rentrée 2011 dans les écoles (– 8 967). Depuis une semaine, les choses se sont précisées. Le SNUipp-FSU, principal syndicat du primaire, en a révélé la répartition, département par département, en se basant sur les chiffres officiels transmis par les autorités lors des comités techniques paritaires d’académie.

Conclusion : dans de nombreux départements, des suppressions de postes sont bel et bien programmées malgré une hausse, parfois importante, du nombre d’élèves : – 20 postes en Seine-Saint-Denis pour 2 160 élèves de plus ; – 11 dans le Val-d’Oise pour 1 409 ; – 20 dans le Rhône pour 1 229 ; – 63 dans les Bouches-du-Rhône pour 1 065 ; – 28 dans l’Hérault pour 709, ou encore – 20 dans le Val-de-Marne pour 577.

Au final, seulement neuf départements vont connaître des dotations de postes positives. « Mais celles-ci confinent au ridicule compte tenu des hausses démographiques », souligne le SNUipp. Il y aura, par exemple, la création d’un poste d’enseignant en Haute-Savoie et en Isère, pour respectivement 813 élèves et 719 élèves supplémentaires, deux en Vendée pour 336 élèves de plus, ou encore un demi-poste en Haute-Garonne pour 1 163 élèves supplémentaires…

Le SNUipp révèle également le nombre de suppressions de postes d’intervenants en langues étrangères prévues par académie. Au total, 700 disparaîtront à la rentrée 2011, alors même que Luc Chatel communique à tout-va sur la nécessité d’enseigner l’anglais aux enfants dès trois ans…

Reste à savoir, désormais, la nature précise des postes supprimés et leur répartition école par école. Une information que, prudent, le gouvernement a décidé de ne dévoiler qu’après les élections cantonales.

Laurent Mouloud

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2 février 2011 3 02 /02 /février /2011 16:22

 

Article paru dans l'Humanité le 31 janvier 2011

À Dieppe, plan social pour les lycées technos

 

La réforme de l’enseignement technologique, qui doit entrer en vigueur à la rentrée prochaine, menace la spécificité de cette filière. Exemple dans l’académie de Rouen.

 

Correspondance. Suppression du travail en atelier, reconversion plus ou moins forcée des profs… la réforme du lycée technologique, qui doit entrer en vigueur à la rentrée 2011 pour les classes de première, rencontre sur le terrain de plus en plus d’opposition. « C’est un véritable plan social qui est en train de se mettre en place », assure Claire Guéville, prof d’histoire-géo au lycée technologique Pablo-Neruda de Dieppe et membre du Snes-FSU. Le projet du ministère, rejeté par le Conseil supérieur de l’éducation, revisite en profondeur les séries STL (sciences et technologies de laboratoire) et STI (sciences et technologies industrielles), avec l’idée de faciliter les réorientations entre filières. Résultat : des enseignements généraux portés de 40 % à 60 %, au détriment des enseignements technologiques, et un resserrement de l’offre pédagogique. Ainsi, de 12 filières en STI, il ne demeure qu’un seul bac technologique (rebaptisé STI2D), décliné en 
4 spécialités (innovation technologique, numérique, énergies, architecture et construction).

En termes de contenu, le changement s’annonce radical. Fini, notamment, les cours en atelier. « La filière STI2D va devenir de plus en plus un enseignement général, tout devient théorique et virtuel », insiste Claire Guéville qui dénonce, à terme, la mise à mort de la spécificité des lycées technologiques. De fait, le nombre d’heures consacrées aux enseignements technos va baisser de 20 %. « Les jeunes qui sortaient de STI étaient relativement opérationnels, ajoute-t-elle. Là, ils n’auront jamais touché une machine. »

Mécaniquement, de nombreux postes liés à ces enseignements technologiques sont amenés à disparaître. Rien que dans l’académie de Rouen, assure le Snes, entre un quart et un tiers devraient être supprimés dans les deux années à venir. Depuis la rentrée, le rectorat a d’ailleurs mis en place une antenne de reconversion professionnelle destinée aux enseignants de STI, incités sans le dire à faire leurs bagages. « Un enseignant d’électrotechnique peut devenir prof de maths, voire conseiller principal d’éducation ! s’insurge Claire Guéville. D’autres se tournent vers le privé. »

Et pour les profs qui ne quittent pas la filière ? Le rectorat a mis en place un plan de formation minimaliste. Seuls 250 enseignants de STI (sur 500) seront formés d’ici trois ans sur ces nouvelles matières technologiques et à cette« polyvalence ». Le tout sans être défrayés et sans décharge horaire. « À terme, précise Claire Guéville, ce sera aux 250 profs formés de former à leur tour, gratuitement, ceux qui ne le seront pas encore. »

Au lycée Pablo-Neruda, 73,5 heures d’enseignement en moins et trois suppressions de postes en STI sont déjà programmées pour la rentrée prochaine. « En cinq ans, ce sont plus de cinquante postes qui ont disparu dans cet établissement », conclut Claire Guéville. Ce lycée, créé en 1974, et qui a ouvert le premier BTS dans le bassin dieppois, était un outil de promotion sociale au service de la population. Aujourd’hui, il ne compte plus que 400 élèves. Contre 900 dans les années 1990. La saignée se poursuit.

Frédéric SEAUX

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2 février 2011 3 02 /02 /février /2011 16:14

 

Article de Laurent Mouloud paru dans l'Humanité le 1er février 2011

Et Chatel inventa le prof multitâche...

 

Le ministre va tester en ZEP des profs uniques pour la physique, les SVT et la techno.

 

Luc Chatel a présenté hier son « plan » censé redonner le goût des matières scientifiques aux petits Français, plutôt mal classés dans ce domaine selon la dernière étude Pisa. Au milieu d’une batterie de mesures jugées « dilatoires » par le Snes-FSU (séance quotidienne de calcul mental, nomination d’inspecteurs spécialisés pour « mieux piloter le système », partenariat avec le monde des entreprises, etc.), il en est une qui promet de faire du bruit.

Dès la rentrée prochaine, le ministère envisage la mise en place, dans 400 collèges en « zones difficiles », de professeurs qui enseigneront à la fois la physique-chimie, les sciences de la vie et de la terre (SVT) et la technologie ! Un prof multitâche censé, selon les mots du ministre, faire comprendre aux enfants des quartiers populaires « la fluidité de la démarche scientifique »...

En fait, cet enseignement polyvalent, dit « intégré », des sciences est expérimenté depuis 2006 dans 50 collèges, en classe de 6e et 5e. Son bilan ? « On ne le connaît pas, explique Monique Daume, secrétaire nationale du Snes, chargée du collège. Mais les collègues nous disent qu’il est compliqué d’enseigner efficacement trois matières. Ils ne se sentent vraiment à l’aise que dans leur discipline de recrutement. »

Sur le fond, cette mesure réservée aux « zones difficiles » apparaît surtout, pour Monique Daume, comme un pas de plus dans « l’abandon » des milieux populaires. « On y construit, peu à peu, une école au rabais où l’ambition, en termes de savoirs, se limite au socle commun et où, maintenant, les professeurs n’ont plus besoin d’être spécialistes de leur discipline. » À l’heure où le gouvernement ne remplace qu’un fonctionnaire sur deux, cette polyvalence des profs de sciences semble également une aubaine pour faire de nouvelles économies de postes...

Laurent Mouloud

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31 janvier 2011 1 31 /01 /janvier /2011 18:29

Le site professionnel du lycée Brassens de Neufchâtel-en-Bray est en grève reconductible. Un de nos collègues d'EPS a décidé d'envoyer une lettre au ministre pour lui expliquer que sa réforme purement comptable des établissements scolaires était un véritable assassinat à l'égard des enseignants et des élèves. Voici un récit bouleversant de deux heures de cours classiques avec une classe difficile.

Frédéric Seaux

 

 

CHRONIQUE D’UN COURS ORDINAIRE EN LYCEE PROFESSIONNEL

LETTRE AU MINISTRE DE l’EDUCATION NATIONALE

 

 

 

Ce jour là, le mardi à 15h30, j’ai pour mission d’enseigner l’éducation physique à une classe de 22 élèves de Bac Professionnel industriel. C’est le moment de la semaine que je redoute, celui qui me pourrit la vie et me serre l’estomac les jours précédents. Je m’y suis préparé comme un boxeur qui rentre sur le ring, concentré, entraîné ; j’ai révisé mentalement tous les coups que je pouvais prendre et les parades pour les éviter.

Voilà, la classe approche du gymnase ; pas besoin de prêter l’oreille, elle arrive dans un grand chahut avec des appareils qui crachent une musique de mauvaise qualité ; l’estomac se noue un peu plus ; il va falloir d’entrée modérer cette agitation et faire preuve de diplomatie pour que tous ces jeunes adoptent une attitude scolaire ; eh oui il faut demander poliment ce qui devrait être fait naturellement : arrêter la musique, cracher les chewing-gums, essuyer ses pieds.

Après quelques ronchonnements, tout le monde a endossé le costume scolaire ; les élèves peuvent donc ouvrir la porte du gymnase, avec retenue, comme d’habitude, le genre de retenue à arracher les charnières ! Le groupe s’engouffre vers les vestiaires comme un troupeau de moutons qui rentre à la bergerie sans se préoccuper du berger ; ce genre de politesse surannée n’est plus à l’ordre du jour !

 

Toute la classe est au vestiaire, personne n’est venu me dire qu’il avait oublié sa tenue, l’atmosphère est à peu près calme… jusqu’au moment où de grands éclats de rire me rappellent à la réalité. Paul, le bon élève, trop bon probablement, celui que l’on traite de « fayot », celui qui fait constamment l’objet de moqueries, sort du vestiaire en pleurnichant ; il tient à la main ses affaires de sport dégoulinantes. « M’sieur, ils m’ont mis mon survêtement sous la douche ». J’investis les vestiaires, pour la forme et pour manifester ma désapprobation ; inutile de chercher un coupable, c’est la loi de l’omerta ». Je me contente donc de prêter une tenue à ce malheureux pour qui je ne peux pas grand-chose mais pour qui je compatis car pour lui la vie au lycée doit être un enfer.

 

Afin de passer directement à l’action, pas d’appel solennel, je compte rapidement les présents et cible facilement l’absent du jour ; c’est Quentin, pas de quoi me chagriner, c’est le plus impertinent et le plus arrogant du groupe ; son absence est plutôt une bonne nouvelle.

 

Nous faisons actuellement un cycle de Hand Ball ; trois équipes stables ont été constituées et au début du cours chacun sait quelle couleur de chasuble il doit revêtir ; tout le monde s’équipe, l’absence de Quentin déséquilibre les groupes ; je demande donc à Maxime de « passer chez les verts » qui sont en sous effectif. Pas question « j’ai pas envie de jouer avec ces bâtards », un compliment adressé à l’équipe des verts ; une dispute en vue ? Même pas ! C’est du vocabulaire coutumier que ni les élèves ni même le prof ne relève. J’ai conscience de cette dérive mais je ne peux m’attarder sur ce genre de « détail ». N’empêche que mon équilibre d’équipes n’est pas fait et qu’il va falloir parlementer longtemps pour qu’un élève un peu moins obtus accepte de régler le problème.

 

Echauffement : 3 minutes de trottinement ; c’est minimal mais je ne peux espérer beaucoup plus. Maxime ne veut pas courir, « ça sert à rien de courir ! » ; j’essaie de le convaincre de l’intérêt d’un échauffement. « Et puis de toute façon j’ai mal à la jambe ! »Pour éviter un conflit d’entrée, je fais semblant de croire à cette excuse bidon. L’échauffement se finit correctement mais j’ai déjà la désagréable impression d’avoir « baissé mon froc » devant un élève qui méritait « deux coups de pied au derrière » !

 

On sort les ballons. Pas trop ! Je dispose d’au moins d’un ballon pour deux joueurs ; mais pas question de profiter de cette aisance matérielle ; ce serait la meilleure recette pour un bazar collectif. Seulement 3 ballons, un par équipe, pour un exercice de « passe et suit » ; pour les néophytes il s’agit d’un exercice collectif de passes.

Pendant une minute cela fonctionne correctement, je me prends pour le roi de la pédagogie ; puis imperceptiblement les passes sont plus appuyées ; l’exercice dérive en « défonce pif » jusqu’au moment où un élève se prend vraiment le ballon en pleine « poire »ce qui enclenche une course poursuite dans le gymnase sous les hurlements des autres élèves.

L’exercice est abrégé ; je ne présente même pas les autres prévus pour la séance ; je passe directement au jeu ; évidemment pas un jeu débridé comme dans une cour de récréation, mais un jeu « à thème », ce terme pompeux qui donne l’illusion qu’on respecte les instructions officielles !

Mon thème de jeu c’est la « défense individuelle », un thème qui en dehors de l’aspect handball, doit faire comprendre à l’élève que chacun a une mission simple et que s’il ne l’accomplit pas c’est toute l’équipe qui en pâtit ; une préparation à la vie, au travail en équipe. Balaise n’est ce pas ? Un prof de gym qui réfléchit et qui a des ambitions pour ses élèves au-delà du lycée !

Avant de commencer il faut donc que je leur transmette des consignes ; je les fais asseoir devant le tableau ; j’aime cette situation où j’ai l’impression d’être dominateur ; de plus, par expérience j’ai remarqué que cette position favorisait l’écoute, comme si la pression sur les fesses excitait le nerf auditif. Une fois que tout le groupe est en position, j’ai une minute pour transmettre mon savoir ; il s’agit d’être très concis et d’aller à l’essentiel.

 Malgré ces conditions de rêve peu m’écoutent vraiment, la plupart ont l’esprit ailleurs ou chahutent avec leur voisin ; je ne me fais guère d’illusion sur la réception de mon message ; d’ailleurs quand je donne le feu vert pour passer au jeu certains me disent « M’sieur qu’est-ce qu’on fait ?

 

On passe au match, le moment tant attendu, le moment où on va pouvoir se défouler, le seul moment qui intéresse mes élèves. Comme j’ai trois équipes, j’essaie de trouver une occupation pour celle qui ne joue pas : l’arbitrage, le marquage des points, l’observation, différentes tâches qu’ils ont du mal à tenir et que je suis souvent obligé de reprendre en main. Je dois donc veiller au bon déroulement de la rencontre et surveiller ceux qui ne jouent pas et qui font les « zouaves » sur la touche ou tentent de s’éclipser pour fumer une cigarette dehors.

Le respect des consignes de ce jeu à thèmes devrait être prépondérant mais concrètement il passe au second plan ; ce qui m’absorbe ce sont les règles de bonne conduite : relever les insultes envers adversaires et partenaires ; réprimander ceux qui crachent ; intervenir avec rapidité et physiquement dans les débuts de bagarre. Un coup maladroit en cours de jeu déclenche fréquemment des conflits qu’il faut réprimer avec rapidité ; c’est une atmosphère explosive qui ne permet pas de se relâcher.

De temps en temps, je regarde l’horloge ; « plus que 10 minutes à tirer » avant la libération.

Coup de sifflet final, il faut ranger le matériel ; comme j’ai pris soin de fermer les vestiaires à clé, je suis tranquille, le travail sera fait ; Malgré tout ce sont toujours les mêmes qui rangent et les mêmes parasites qui regardent les autres travailler ; c’est d’ailleurs bien comme cela que ça se passe dans la vie !

Après une minute symbolique de bilan, je libère mes fauves qu’étrangement je trouve beaucoup plus sympathiques au moment du départ.

 

Je suis exténué de ce combat ; je n’ai pas fait un travail d’éducation physique mais une animation au cours de laquelle j’ai essayé d’inculquer quelques notions de politesse et de bonne conduite ; c’est une frustration qui me noue le ventre en attendant la semaine suivante, à moins qu’un conseil de classe, une journée de formation, une journée de neige ou un stage ne me fasse gagner deux heures de stress !

 

Monsieur le Ministre, ce n’est pas une fiction mais une réalité que vous ne connaissez probablement pas, une réalité que vous voulez ignorer.

 

Malgré mon ton pessimiste j’ai tout de même l’espoir d’avoir transmis certaines valeurs de respect, des valeurs qui font que les différentes tranches d’âge vivent en harmonie, des valeurs qui sont un rempart à l’explosion de la société ; cette action est déjà difficile avec une classe de 20 élèves ; la mission devient impossible avec des effectifs plus chargés et je n’ose imaginer comment pourraient faire les professeurs de français, de mathématiques ou de langues !

Il est facile derrière votre bureau de jouer de la calculette, surtout les soustraction et les divisions, pour supprimer des postes et emplir les classes au maximum ; n’oubliez pas que derrière ces chiffres il y a des jeunes et que devant ces jeunes il y a des hommes ou des femmes et que vous ne rendez service ni aux uns ni aux autres.

Vous me faites penser à ces généraux qui au cours des siècles ont envoyé leurs hommes à la mort pour des combats perdus d’avance.

Je ne veux pas mourir devant des effectifs ingérables, je ne veux pas avoir l’impression d’être un « garde chiourme ».

Monsieur le Ministre, informez vous des réalités, allez sur le terrain et vous comprendrez qu’avec des élèves difficiles on a besoin d’effectifs-raisonnables pour être efficaces et tout simplement survivre.

 

                                                                      

 

                                                                       JF HARIVEL, professeur d’EPS, lycée Brassens.

 

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29 janvier 2011 6 29 /01 /janvier /2011 13:30

 

Article de Laurent Mouloud, paru dans l'Humanité, le 28 janvier 2011

Se former ou enseigner, il leur faut choisir...

 

Dans les académies où les sessions de formation sont regroupées sur deux semaines, certains chefs d’établissement refusent de laisser partir les profs stagiaires, faute d’avoir quelqu’un pour les remplacer.

 

Encore un dommage collatéral de la réforme de la formation des maîtres. Un de plus ! Lâchés en septembre à temps plein dans les classes, sans aucune expérience, de nombreux professeurs débutants voient leur chef d’établissement refuser leur départ en formation, faute d’avoir quelqu’un pour les remplacer…

C’est le cas dans des académies comme Clermont, Lille ou Montpellier, où le rectorat n’a pas choisi de ventiler ces journées de stages sur l’année mais de les « masser » sur deux ou trois semaines. Cela entraîne de longues périodes d’absence pour les profs débutants et fait ressurgir d’autant plus les problèmes de remplacements.

« Les élèves ont déjà eu droit, depuis le début de l’année, à des profs stagiaires non formés, et maintenant, ils n’auraient même plus de profs du tout, c’est inadmissible ! » s’agace Philippe Tournier, secrétaire général du Snpden, le syndicat majoritaire des directeurs d’établissements scolaires, à l’origine de cette consigne de refus. « Nous avons toujours dit, poursuit-il, que cette nouvelle formation des maîtres ne devait pas se faire sur le dos des élèves, ils ne sont pas une variable d’ajustement mais la priorité du service public d’éducation. »

Pour les jeunes profs, le choix est cornélien : répondre à la convocation du rectorat et s’exposer à un abandon de poste, ou obéir à l’injonction de leur chef d’établissement et faire une croix sur le peu de formation qui leur est proposée depuis le début de l’année…

Le Snes-FSU juge la position du Snpden « scandaleuse ». « C’est d’autant plus facile pour eux de mettre la pression que le chef d’établissement a un avis décisif dans la titularisation du stagiaire à la fin de l’année, déplore Emmanuel Mercier, secrétaire national du syndicat. Mais ce n’est pas aux stagiaires de subir les carences de l’administration. »

Le Snes a demandé au ministère de rappeler les chefs d’établissement à l’ordre. Tout en soulignant que cette situation était directement liée aux suppressions de postes. « Depuis 2003, insiste Emmanuel Mercier, le gouvernement s’attaque en priorité aux postes de remplaçants car plus discrets. On en voit aujourd’hui très clairement le résultat. »

Laurent Mouloud

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